Pérou : 1er mai à Arequipa

Le premier mai se célèbre ici aussi.

Occupant les trois-quarts du pourtour de la place d’armes, des officiels civils et militaires. Discours convenus,  protocole assorti, claquements de bottes, mouvements de troupe dirigés au hurlement, salut pétrifié aux couleurs. Au milieu de la place, une foule indécise, spectatrice, jusqu’à cet air, peut- être l’hymne national, entonné la main sur le cœur.

 

Sur l’espace restant, des représentants syndicaux. Mais point de « contrechant ». Du moins ne m’est-il pas parvenu aux oreilles.

 

 

 

 

 

 

Curieuse présence compacte et presque dérisoire, noyée sous les clairons.

En passant, je me suis demandée ce que syndicaliste pouvait bien représenter en ce pays. Un risque ? Ou bien s’était-on accordés sur la partition sociale ?

 

 Passé les banderoles, plus bavardes que ceux qui les portaient : le silence.

Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Statistiques

 

Presque rien à signaler ces derniers jours.

« Un égoïste, c’ est quelqu’un qui ne pense pas à moi », disait Eugène Labiche. Cette phrase  me revient en regardant ce petit tableau, agaçant comme une courbe de températures, qui m’indique, au jour le jour, le nombre de pages lues sur ce blog. Ironique renversement des choses, plus la courbe s’élève, plus on (La)biche.

Sans lui, je ne m’inquièterais pas de la vacuité de certains jours. Mais voilà, il est là, comme un aimant, insidieux curseur affectif. C’est lui faire trop de place, sans doute. Mais il y a, tout de même, un peu de ça.

Alors, devant ce presque zéro qui s’obstine, je me demande : comment, dans ce monde virtuel, retenir par la manche, ou plutôt par les yeux,  celui qui est passé par là et celui qui viendra peut- être ?

 

Pérou : Arequipa, vue générale

 

Nous voici entre le désert côtier et l’altiplano, sur le fil d’une fusion architecturale coloniale et indigène : Arequipa, également nommée « la ville blanche » à cause de ses constructions en sillar 1.

 

Témoins de ce métissage :  les maisons cossues du  centre-ville,

 

 

 

 

 

 

 

les arcades de la place d’armes ou encore le cloître de Santo Domingo,

 

 

 

alternant figurines stylisées et naïves, comme ce Christ  affublé d’une robe pudique que l’on retrouvera  ailleurs.

 Un peu à l’écart du spirituel, le marché couvert.

« Prenez de grands axes » nous – a – t-on recommandé. Ainsi donc, la ville ne serait pas si sûre et la gouape prospèrerait sous  le virginal ?

 

Des policiers ponctuent effectivement  le chemin, mais les abords du marché ne laissent rien augurer d’autre …qu’un marché. Quadrilatère de béton, celui-ci est assez vaste, bruyant,  coloré, odorant, ordonné selon un plan de table  qui m’échappe, où le poulet voisine avec le petit équipement, les condiments avec des jus de fruits multivitaminés aux vertus à vérifier.

 

 

Côté vendeurs, on s’active, on lit le journal, on laisse le temps passer, on est songeur, comme en suspension  de soi.

 

 

 

 

A en croire certains chercheurs 2 , deux étymologies existeraient pour expliquer le  nom de la ville : l’actuelle assure que le mot Arequipa vient de l’Aymara ari (sommet) et quipa (situé derrière) , Arequipa  serait donc l’endroit derrière le sommet ; d’autres soutiennent  que le mot viendrait de la phrase quechua « Ari, quipay » qui signifierait  « Oui, restons ».

Qu’importe, la ville fragile et dense est bien là, dans l’ombre du volcan Misti – plus menaçant que  le Fuji Yama, son clone par la forme – et de celle de ses acolytes : le Chachani et le Pichu Pichu.

On dit des Arequipenos  (habitants d’Arequipa) qu’ils sont fiers, libres, blagueurs, épicuriens, aimant la bonne chère et la fête. Mais, comment être autrement quand demain sera peut-être en cendres ?

 

Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

1. Le sillar est une  pierre volcanique poreuse, blanche, laiteuse.

2. Source wikipédia

Pérou : Chauchilla-Arequipa

 

Perdu au milieu de nulle part, longtemps livré aux pillards, le cimetière de Chauchilla est aujourd’hui  un lieu touristique à la survie fragile. Des morceaux d’étoffe, des os, des restes de chevelure et des éclats de poteries essaimés en marge des sentiers qui le quadrillent en témoignent. On protège ce que l’on peut : ces quelques tombes témoins de la culture Ica-Chinca. Qu’y avait-il là de si précieux ? De l’or, peut- être, car l’orpaillage se portait bien alentour, des bijoux  … et ce que le vent a gardé pour lui.

Seules ces momies millénaires dessiquées, pelotonnées au fond leurs sépultures ouvertes aux regards,  pourraient répondre. Pour l’heure, elles semblent s’amuser de leur éternité troublée. A leurs pieds des objets  usuels,  qui ne furent peut- être pas les leurs.

 

 

Guerriers, prêtres, les deux ? Et  pourquoi avoir choisi cet endroit pour s’ensevelir ? La réponse s’est perdue en chemin.

 

Non loin de là, un autre cimetière, plus récent, abandonné à lui-même. Quelques tombes en dur et des croix bancales. Désolation simple.

 

 

 

 

 

Yauca ensuite, petit village aux maisons colorées, patrie de l’olive et tous ses dérivés : la jeune fille qui nous sert a un profil pur et le long de la route des cantonniers bataillent contre la poussière qui se soulève.

 

 

 

 

 

 

 

 

Puerto  Inca  enfin :  ancien fort livré aux oiseaux et aux voyageurs. Dans la crique, la mer s’abîme en rouleaux dissuasifs : seule une otarie s’en régale.

 

La route est encore longue jusqu’à Arequipa que nous atteindrons à la nuit. Bière  fraîche sur la place d’armes dominée par une cathédrale déroulant sa formidable masse dans les lumières de la ville.

Texte et photos S. Lagabrielle

Syrie, Egypte, ailleurs …semper et sans image

Un enfant appelle

de ses yeux affamés.

 

Son enfance agonise

Entre ses deux mains nues,

Son enfance

Bercée de cris

Déchirée

Par le sifflement des balles.

 

Vivra – t – il encore demain ?

Ses forces s’épuisent

Dans la poursuite obstinée

D’un horizon

Fuyard.

 

Aimera – t – il encore ?

Quand,

Au  fil des jours,

Son cœur emprunte aux chemins

La dureté de leurs pierres.

Texte S. Lagabrielle

Pérou : Nazca, ses géoglyphes et autres lieux

 

 

350 dessins distincts paraît-il, se jouant des ravins et des collines : singes, oiseaux, araignées, spirales, lignes droites  et autres formes géométriques. Ces figures, que seul un tour en avion permet d’embrasser,  continuent d’intriguer : calendrier géant, labyrinthes secrets, sites rituels, traces d’autres mondes ?

 

Nous n’en verrons qu’un extrait minuscule du haut d’une tour d’une dizaine de mètres. Des accidents aériens récents  nous ont conduits à la prudence … et une certaine frustration. Autant vouloir deviner le monde à  travers le chas d’une aiguille.

 

 

 

A la base de la tour, une route d’une rectitude absolue, sèche comme une idée fixe, que notre chauffeur suit, impassible, en mâchant des feuilles de coca. Notre petite  Europe ne sait rien de l’espace.

 

 

 

 

Peu avant il y avait eu Ica, ville de tchouk-tchouk aux couleurs primaires zigzagant au milieu de taxis canaris, ses distilleries de pisco, son musée désarmé livrant quelques clés des cultures Nazca, Paracas et Inca : poteries, momies au crâne déformé, meubles, barques, peintures, bijoux, calculettes archaïques en forme de cordelettes aux nœuds codés …. Ici, de mauvais clichés à la place de tissages inestimables  dérobés, là, un dérisoire appel à témoin. Drôle de mélange de richesse et d’abandon, d’érudition et de bricolage : un jardin de curé archéo-ethnologique survivant sans moyens.

Puis, de nouveau la route. Les dunes de sable, où certains travaillent leur glisse sur  des sandboards, ont cédé le pas à des reliefs plus rugueux .

 

Nazca enfin. Jolie petite ville dépassée par l’étrangeté et la popularité des géoglyphes qui lui sont associées.

Un pisco léger et onctueux, une fraîcheur à peine ventée nous délivrent de la chaleur du jour. Manque juste une balançoire pour regarder les étoiles en sirotant et s’évader sur des sentes imaginaires.

 

PS : Le pisco est une eau de vie de raisin. Le cocktail pisco sour est un mélange de pisco, de citron vert, de sirop auxquels s’ajoutent un blanc d’œuf, de la glace et un peu  d’ Angostura. Le secret d’un bon pisco comme les sources de Manon, ou les coins à cèpes, ne se dit pas.

Textes et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

 

 

 

 

Digressions sur la route et les récits qui ne viennent pas

Je m’étais inscrite dans cet atelier d’écriture avec une sorte de sûreté qui ne m’était pas habituelle. Le sentiment, pour une fois, d’être dans le vrai. C’était ma première séance et j’attendais avec fébrilité les termes de l’exercice.

“ Décrivez un trajet”. La proposition d’écriture ne pouvait que me séduire.

J’ai toujours aimé marcher, arpenter, sentir l’espace en retrouvant cette pulsation intime égarée dans le quotidien métropolitain. Ces humeurs vagabondes m’avaient déjà conduite loin de mes bases européennes.

 

Sur la route de la soie, par exemple : à Samarcande, à Boukhara, sur les pentes gelées des montagnes du Pamir.

 

 

 

 

 

Au Népal, plus tard, à Kathmandou, Bakhtapur, Patan, sur les pistes rêches du Khumbu en passant par Namche Bazar, dernier endroit où l’on peut encore compléter son équipement, rattraper ses oublis, renoncer aussi.

 

 

Moi, j’avais continué jusqu’au pied de l’Ama Dablam, presque minuscule comparée à l’Everest… l’Ama Dablam, si belle, solitaire et blanche, cocon minéral où j’avais passé ma dernière nuit en altitude.

“Décrivez un trajet”.

Des trajets, j’en avais plein ma besace, plein les souliers que j’avais abandonnés sur le rebord de la fenêtre de ma chambre.

Ces routes, ces boues, ces soleils et ces pluies d’ailleurs, je les avais enfermées dans des petits carnets qui ne quittaient jamais ma poche.

Ce souci de relater amusait, parfois, mes compagnons de voyage et m’avait valu d’exercer, le temps de quelques cartes postales, un vague rôle d’écrivain public.

En somme, les mots étaient dans mes pas, à moins que ce ne fût l’inverse. Les phrases avaient l’ampleur de mon souffle. Je les scandais en montant, les dévidais à la descente,  les roulais sur les parois, les modelais en soupirant.

Dans ce fatras de sentiers, je n’avais qu’à piocher.

Me figurer, par exemple, le lac Atitlan, au Guatemala, le marché de Sololà, rouge et cuivré, la petite boucherie au bout du village, l’odeur du poisson frit, les chapeaux et les fruits, et nous, les randonneurs, si décalés, repérables et perdus.

Je m’élançais donc… pour m’arrêter net.

Mes souvenirs m’apparurent soudain comme une suite de pauses sans lien formel. J’avais été ici, puis là. Et entre ces deux points ? Quoi ? Rien qu’une somme de joies, de sueurs et de peurs qui m’échappaient soudain.

“Décrivez un trajet”.

On me demandait du mouvement, j’étais aimablement statique, comme un appareil photo fixé sur son pied.

Et soudain stérile.

J’ai froissé la feuille, lissé la suivante pour me donner une contenance dont ma voisine d’en face, qui noircissait ses pages avec aisance, n’avait rien à faire.

J’étais vide et blanche.

Pangboche.  3850 m environ. Avant, des sentiers rudes mais sans difficulté et des ponts aléatoires. Je m’étais avancée sur celui – là sans état d’âme et commençais même à m’amuser de son balancement quand un yack s’avança face à moi. Le yack est un animal usuellement débonnaire mais parfois impulsif. J’avais fait les deux tiers du parcours ; sous mes pieds le vide et le voilà traînant sa masse pataude, incertain, nerveux, et surtout seul.

Le yack, moi, le pont rudimentaire, l’autre côté, le torrent loin dessous, ma feuille barbouillée, tous mes chemins désertés, j’étais là au milieu d’une histoire, en suspension.

J’ai regardé le mur, blanc, invoqué toutes ces phrases égrenées au fil des routes, ces impressions  minimales scrupuleusement consignées.

“Décrivez un trajet”.

Rien, pas un frémissement.

Nous étions là, la bête et moi, oscillants, méfiants, figés comme des points noirs au centre d’un paysage pelé.

D’en bas, j’aurais pu décrire cette immobilité inquiète et inquiétante, j’aurais pu dire le pont, j’aurais pu dire le vide, donner une autre idée du danger, spéculer sur la peur, digresser sur les porteurs…que sais-je ?

Je rattrapais ma première esquisse. Une sente se dessinait soudain dans l’épaisseur des ratures.

Ce ne serait pas moi, mais quelqu’un d’aussi égaré dans le paysage que je l’étais au milieu de ma page.

Un être en recherche et en attente.

J’ai remonté mes quelques phrases et recommencé ainsi :

“ Une petite barque l’avait laissé sur un ponton peu fréquenté encore à cette heure. Santiago Atitlan. Il était venu là pour ces fumées sucrées qu’il avait humées la veille depuis l’autre rive du lac. Ce matin – là, dans cette chaleur déjà lourde, tout lui semblait soudain plus lointain, plus blanc, plus terne. La faim qui l’avait guidé là s’évanouissait dans la moiteur …”.

Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Retour bohémien 6 : réminiscences tardives

 

Ma mémoire est restée en panne. Diluée dans le quotidien, perdue dans les cartons, au point qu’il devient presque vain de rendre corps à des souvenirs dont la vivacité ne réside plus que dans quelques clichés ordinaires.

 

En vrac reviennent, les murs pastels de Telc, ville  minuscule aux allures flamandes, lointaine soeur de Bruges,

 

 

 

 

 

les cheveux blonds orangés et le français approximatif et rocailleux de la guide du château de Hradec, les sgraffittes de Slavonice,

 

,

le charme viennois de Cesky Krumlov, son théâtre baroque dont l’éclairage fragile souligne encore le merveilleux

 

 

 

 

 

 

 

la Prague avant – gardiste de l’entre deux – guerres hantée par les chimères de Franz .

 

 

 

 

 

 

Tout cela s’est achevé dans un petit café du Josefov où je me suis imaginée rivée au regard intense et au visage de faune délicat de cet homme dont Milena 1 disait qu’il admirait le banal comme un merveilleux ignoré. Je ne sais si j’aurais été capable de le suivre dans tous ses dédales. Reste le bruit de mes pas et les façades élimées de lieux où il aima se perdre.Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

1. Milena Jesenská (10 août 1896, Prague – 17 mai 1944, Ravensbrück, Allemagne) est une journaliste, écrivaine et traductrice tchèque. En 1919, elle découvrit par hasard une nouvelle de Franz Kafka, « Le soutier », et lui écrivit pour lui demander l’autorisation de la traduire. Ce fut le début d’une correspondance passionnée. Pour en savoir plus, lire le très beau livre de Margarete Buber-Neuman qui fit sa connaissance à Ravensbrück où elle avait été également déportée : Milena, Seuil

 

 

Retour Bohémien 5 : Sobotka et Kost

Humprecht Jan Czernin von Chudenice était de ces hommes qui avaient su saisir le côté du manche (c’est à dire l’ Autriche) mais que la fortune et le pouvoir égara.

 

Sous d’autres cieux, les paysages l’auraient sans doute ramené à plus de modestie, mais ici le moindre mamelon invite à se montrer, et lui, influent et riche, n’y résista pas.

 

 

 

 

Son pigeonnier n’est qu’un amuse gueule, une épate insolente, mélangeant  régularité et  trompe l’oeil,  renaissance et  baroque. Peu de chose à dire de l’intérieur si ce n’est l’ovale celé qui s’y révèle.

 

Pour le reste, la batisse s’affiche sur son promontoire. “Je suis là”, semble clamer Humprecht du haut de sa tour, “je suis là et je vous tiens”.

L’ or dépensé seule demeura la faillite. Czernin vécut sans doute dans l’illusion et sa puissance de craie, comme celle de bien d’autres, sombra dans la pierre et une prodigalité orgueilleuse.

 

 

Ironie de l’histoire, la culture populaire tchèque, qu’il contribua à exiler longtemps dans les  arrières – cours et les arrières – pensées des paysans, occupe, de nos jours,  une partie de ses appartements.

 

Plus tard, Kost.

Hrad Kost fut d’abord une forteresse aux charmes militaires rassemblés en un donjon massif. La survivance du bâtiment et ses extensions successives témoignent de la souplesse d’échine de ses propriétaires : les Wartenberg puis les Libkovicz. L’enceinte, au fil d’années courtisanes étayées par une diplomatie avisée, s’est peu à peu défaite de sa raideur soldatesque. Les chemises à jabot ont heureusement  supplanté la cotte de maille. Poudre à canons et  poudre de riz s’entremêlent ainsi, aujourd’hui, en ces murs à la fois rugueux et précieux .

 

Curieuse destinée que celle de la Bohème, exemple précurseur d’une monarchie parlementaire, rêve fracassé en 1620 après la bataille de la montagne blanche.

 

Le chateau de Trosky aux allures cathares n’était déjà plus, alors, qu’un souvenir brutal et superbe, victime du feu, de la vanité et de l’ivresse humaine. Ses murs dévastés dominent la plaine. Les romantiques y mirent en scène leurs sombres chimères. Celles – ci sont mortes avec le siècle mais le repaire visible de loin attire toujours le chaland et, au soir, les touristes adossés à ses tours décharnées s’abandonnent aux derniers rayons du soleil.

Juste

A Michèle, en espérant que tu croiseras la route d’au moins un magistrat comme celui-là


La toge lui allait bien. Appendice naturel de sa fonction, elle densifiait un corps fragile et mince. Ne pas se fier à cette légèreté, pourtant. Cette délicatesse n’excluait pas la fermeté. Pour qui en aurait douté, son visage était là pour le rappeler. Tout en barres et en fossettes, échos aux plis lourds de son habit.

Perdu dans cette austérité, un regard attentif. Un regard simplement posé sur les choses. Sans a priori.

Dire de lui qu’il était juste peut prêter à sourire. Sauf à s’entendre sur les mots. Je veux dire ici qu’en lui, la justesse frappait avant tout. Dans le silence épaissi par les lambris, il imposait son calme au milieu d’histoires familiales fracassées. Ses propres errances lui avaient affiné l’ouïe. Écouter, entendre, comprendre, cerner, tenir tel était son travail : mais, dans cet effort, ne pas se tromper, se prendre pour un autre, insistait -il.

« Les litiges trouvent ici une résolution imparfaite…Quoi que vous fassiez, il en subsiste toujours quelque chose. Quelque chose que la justice ne répare pas ».

Sa sensibilité s’irritait de cette impuissance. Alors, cette réparation, il s’efforçait de la dispenser ailleurs, autrement. Dans une association qu’il avait contribué à créer. Cette dichotomie n’était pas facile à vivre.

 

Il y laissa son cœur, un jour.