Territoires et vivre au noir

A travers la presse déchaînée : « Révoltant », « tapageur », « pire que Munich en 1938 ». « Trump s’est ridiculisé », commentent certains. Tout cela me laisse un peu froide, ce qui est une gageure par canicule ambiante (entre 35 et 42 degrés depuis 10 jours et des températures nocturnes qui ne baissent pas assez pour se reconstituer). Si le ridicule devait tuer, Donald Trump, s’il s’en préoccupait (sauf cinglante raclée publique d’Obama en 2011 devant tout un parterre de correspondants de presse dont il ne s’est toujours pas remis), serait mort depuis longtemps et, à en croire le journal Courrier international, si la presse européenne fulmine face à la réhabilitation de Vladimir Poutine, mise en scène vendredi 15 août en Alaska, une pointe de soulagement transparaît aussi : les deux présidents n’ont pas conclu d’accord au détriment du Vieux Continent et de l’Ukraine. Mouais …

Dans un article très intéressant sur Médiapart, la journaliste Martine Orange décortique la « diplomatie » selon Trump : « Au-delà du chaos mondial provoqué par Donald Trump, il y a cependant des constantes et des obsessions dans sa politique. Elles se retrouvent dans chaque négociation menée par l’administration états-unienne. Rompant avec le capitalisme financiarisé des dernières décennies, Trump renoue avec un capitalisme d’extraction et d’extorsion. Pétrole, gaz, matières premières, mais aussi données numériques, tout ce qui peut lui permettre de tirer profit, d’exercer un pouvoir monopolistique, l’intéresse. »..

https://www.mediapart.fr/journal/international/130825/aux-etats-unis-un-capitalisme-d-extraction-et-d-extorsion

Dans cette configuration là, il me semble que les dindons de la farce sont l’Ukraine et l’UE. Il était tout ce qu’il y a de prévisible que deux mafieux s’entendent. « Montre moi tes terres rares et je verrai si je te considère ».

Notre petit roitelet à nous qu’on a montre ses nouveaux muscles (il paraît qu’il soulève de la fonte à ses heures perdues si on en croit le Palmipède) mais il semblerait que cet homme là (voir ci-dessous) soit plus à même de capter la faible attention de Donald : https://philippecorbe.substack.com/p/le-golfeur-qui-murmure-a-loreille

C’est dire où l’on en est. Pendant qu’on papotait à Anchorage, la Russie arrosait copieusement l’Ukraine. Zelensky va se rendre à Washington , histoire de montrer sans doute qu’il est près à négocier c.a.d accepter d’autres concessions. Mais lesquelles ? Gaz, pétrole, terres rares et métaux critiques sont désormais à la main des groupes états-uniens pour leur exploitation.

Les lettres CCCP (URSS pour nous) sur le sweat de S. Lavroff à son arrivée à Anchorage annonçaient sans complexe la couleur de ce que demeurent les ambitions territoriales russes (en tous cas en ce qui concerne l’Europe), non ? Grande Russie, Grand Israël , Donald ne s’en sort ni avec Netanyahou ni avec Poutine : « le problème avec ce genre de dirigeants, c’est qu’ils ont leurs propres objectifs, et ces objectifs ne relèvent pas du registre transactionnel où Trump évolue. Poutine veut l’Ukraine ; il ne veut pas la paix ni négocier un règlement », selon Adam Kinzinger un ancien élu républicain.

Hormis ce fichu Prix Nobel de la Paix qu’il vise parce qu’Obama (son obsession) l’ a eu, je crois que la vie de ses semblables intéresse assez peu Donald (sauf ceux qui le flattent – invraisemblable le nombre de flagorneurs dans son administration- et/ou peuvent le financer d’une manière ou d’une autre) et il ne m’étonnerait pas outre mesure qu’il menace la Norvège de tarifs douaniers élevés pour arriver assez fins nobélisables. Je plaisante à peine.

TACO (Trump always chickens out), Trump de se dégonfle toujours devant qui lui résiste mais à l’heure de la mondialisation il faut être puissant ou en avoir sous le pied.

A l’intérieur du pays, il saisit le moindre prétexte pour s’emparer de la sécurité publique surtout dans des grandes ville gérées par des démocrates. Jusqu’où ce barnum va-t-il continuer ?

Rien à voir.

Les températures, pour ceux qui n’ont pas souscrit à la climatisation, nous confinent dans l’obscurité dès la mi-journée.. Depuis une dizaine de jours à Bordeaux on oscille entre 35-42 degrés en journée et au mieux 20-21 degrés à la fraîche mais plus souvent 24-25 et encore à partir de 3-4 heures du matin. Nous avons déjà eu droit à ce traitement climatique entre le 11 juin et le 6 juillet. Quand les températures consentent à baisser, les murs ont retenu la chaleur et il faut plusieurs jours avant de respirer. La pause entre le 6 juillet et le 7 août nous a permis de souffler un peu. Madame météofrance nous prévoit une baisse des températures à partir de lundi ou mardi prochain mais avec quelques pics de chaleur ici ou là en fin de mois. Madame Borne a-t-elle des idées fraîches pour la rentrée ? Pas évident mais alors pas du tout.

Pour l’heure, je passe mes journées au noir en regardant des petites vidéos postées par de jeunes japonais ….enfin surtout japonaises, vivant seules. On ne sait pas de quoi elles vivent et on les suit dans une monotonie commerciale (les courses, quelques virées au restaurant, de courtes journées en famille ou avec des amis) . On ne voit pas leur visage ou très peu. C’est vide, paisible et reposant. On apprend ici ou là des choses sur la vie économique au Japon, les difficultés des travailleurs étrangers (l’une des vidéastes est philippine), la santé, les impôts mais c’est très fugitif. Celle que je préfère habite à Hokkaido où il fait froid en hiver. Elle a posté pas mal de vues enneigées

Je me rafraîchis à distance.

Chutes

Image d’un trou noir qui me semble assez réunir les chutes de ce billet

Ce matin, la pluie, enfin, et une chute annoncée des températures de 15 ° environ par rapport à hier. Le mercredi 22 août nous avons tutoyé les 40-41 ° (44° dans certaines chambres non climatisées du service de pédiatrie du CHU de Bordeaux, autrefois réputé pour sa qualité), la nuit du mercredi au jeudi le mercure est péniblement descendu à 27 ° à 6 heures du matin pour remonter dès la mi-journée à son étiage de la veille. Aujourd’hui donc, minimales au réveil 21° -soit 5 degrés au dessus des normales saisonnières tout de même -, maximales en journée 23-25 ° – les prévisionnistes ne sont pas tous d’accord – soit 3 = 5 degrés en dessous des normales saisonnières ,

Cette chute brutale du mercure est un soulagement, les murs refroidissent, le corps se détend, mais ce yoyo climatique, appelé à se renouveler de plus en plus fréquemment, à en croire les spécialistes, inquiète autant qu’il use. Fataliste, le ministre de la santé nous assène que l’on « doit s’habituer à vivre avec » mais heureusement, rassurons-nous, il a pensé à activer un numéro vert dédié. Magique. A chaque difficulté son numéro, les mesures concrètes attendront. En ce domaine comme en d’autres, le Gouvernement se contente donc de brasser du vent. Les quelques mottes de green arrachées dans un golf poitevin – soit dit en passant situé en zone d’alerte renforcée sécheresse- par des manifestants estampillés Soulèvements de la Terre, semblent émouvoir davantage les ministres de l’agriculture et de la transition écologique que cette surchauffe tardive alors que le niveau des trois quarts des nappes phréatiques est sous la normale..

Autre chute, mortelle celle-là, celle d’Evgueni Prigojine à bord d’un avion privé qui s’est écrasé, mercredi 23 août, dans la région de Tver, à environ 180 kilomètres au nord-ouest de Moscou. Les causes du crash soulèvent de nombreuses questions, la réalité de la présence de Prigojine dans l’avion semble également susciter, malgré tout, quelques doutes : le Journal Le Monde titrait encore hier sur sa mort « présumée ».

Si l’agence Rossaviatsia confirme qu’Evgueni Prigojine se trouvait à bord de l’avion, l’agence de presse russe Interfax sur Telegram, citant les services de secours, indique que les corps des dix personnes qui se trouvaient à bord de l’avion ont été retrouvés sans préciser si les victimes ont pu être identifiées.

Alors ? Ma première réaction a été de me dire que ce flou était un terreau fertile au complotisme. Après tout, figurer sur une liste de passagers ne prouve pas toujours que vous ayez effectivement embarqué. On a déjà connu le cas de personnes qui auraient dû se trouver dans un appareil s’étant abîmé en mer ou crashé sur terre mais l’ayant loupé pour une raison ou une autre. Et si Prigojine avait organisé sa propre disparition avant que l’impavide Poutine ou ses sbires n’agissent ? Hein ? Disparaître ne signifie pas nécessairement être mort. Et d’abord que faisait-il en Russie ? Connaissant son Vladimir par cœur, il devait bien se douter qu’il se jetait dans la gueule du loup. Donc ce n’était pas lui mais un sosie. Et puis, à supposer que son corps soit identifié, quel crédit accorder aux conclusions d’une unité médico-légale composée d’individus asservis au pouvoir et nécessairement corrompus ?

Je n’ai pas écumé les réseaux sociaux mais je suis à peu près sûre qu’on doit y trouver des choses de ce genre.

On pourrait se dire, c’est très simple au fond : il suffit de savoir à qui profite le crime.

Vlad ?

Pas si sûr. Selon le journaliste Antoine Perraud de Médiapart, si l’élimination de Prigojine était bien la basse œuvre du Kremlin, ou pour le moins de son bras armé le FSB, à en croire les services secrets britanniques, souvent bien informés, quel signe cela envoie-t-il au monde ?  Cette élimination s’avère-t-elle un signe de force ou de faiblesse du pouvoir et de son sommet ? Mes petite cellules grises affaiblies par une semaine de franche canicule n’ont pas de réponse à cette question. Je suis à peu près certaine, en revanche, que les claviers et les rotatives ne vont pas tarder à chauffer et nous servir sur cet évènement des opus tous aussi bien étayés les uns que les autres.

Hiberner en été

Montage d’une twittos dénomée NOname

Les grosses chaleurs ont ce résultat paradoxal que l’on recherche le moindre coin de fraîcheur pour … s’assoupir, oublier cette torpeur qui vous accable, la soif, l’absence d’appétit et d’appétence pour quoi que ce soit.

Le climat se venge en imposant des températures que nos modes de vie contribuent à amplifier.

« Comment vivre avec » est devenu une expression passe partout : avec le Covid, les inondations, la canicule et j’en passe. Façon implicite de ne rien faire.

Ou injonction à s’adapter. Une injonction dont les plus fortunés s’affranchissent comme si la planète, décidément, était un jouet comme un autre.

Tandis que la majorité des hommes étouffe, les forêts brûlent, la glaciers fondent, l’eau se barre, la spéculation prospère sur les raréfactions.

Le Gouvernement se dédouane en numéros verts.

On déverse des milliers de litres d’eau sur l’asphalte pour sauver le Tour de France quand la pénurie menace.

On prône une sobriété énergétique qu’on ne s’applique pas à soi même, on rouvre une centrale à charbon et on prévoit la construction d’un nouveau port méthanier qui accueillera nos importations de gaz de schiste. La transition écologique attendra.

Politique de Gribouille et du Sapeur Camember conjuguées

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le 21e siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d’un crime de l’humanité contre la vie. » Jacques Chirac, 2002.

Au 28 juillet nous avons consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer en un an. Tout va bien. A ce rythme, il faudra apprendre à vivre avec et sans.

Rien à voir.

Distrayante (sic) Aurore Bergé qui parle de loyauté mais qui, à l’instar des radicaux, bien qu’elle n’ait jamais été bien « rose » n’est jamais loin de l’assiette au beurre.

(les radicaux étaient comparés aux radis : « roses à l’extérieur, blancs à l’intérieur, et toujours près de l’assiette au beurre » ).

PS : http://www.slate.fr/story/214958/porter-une-cravate-pourrait-reduire-flux-sanguin-vers-cerveau

Eric Ciotti devrait se méfier. Les débats encravatés risquent de perdre en fond ce qu’ils auront gagné sur la mise.

Pendant ce temps là, Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol, a appelé vendredi 29 juillet à suivre son exemple et à tomber la cravate pour réduire la facture d’énergie en ayant moins recours à la climatisation….

La cravate, cet obscur objet climaticide. On aura tout lu.

PPS : No comment

En pause pour cause de canicule

L’un des effets de la canicule, en plus d’un certain épuisement physique est d’assécher ce qui reste de cervelle. Pas l’ombre (sic) d’une idée ce jour, obsédée que je suis de garder un semblant de fraîcheur.

Pendant que Vulcain (anciennement Jupiter) prépare ses marteaux législatifs pour la rentrée, indifférent au contexte social et climatique comme un gamin de 2 ans aux injonctions parentales, il y a heureusement des belges pour nous rappeler, avec une sorte d’humour impavide, l’absurdité du monde…

ou se gausser non sans pertinence de nos petits habitus politiques

La République c’est qui ?

On a beaucoup glosé et rigolé sur les mots de Mélenchon « La République c’est moi ».

Mais ceux-là, plus insidieux (déroulés sur un tarmac avec en fond sonore un avion faisant tourner ses moteurs …on appréciera le virage écologiste), mériteraient un sort semblable

« Aucune voix ne doit manquer à la République » (on passera aussi sur l’adaptation opportuniste d’une formule de JL Mélenchon à l’issue du premier tour des élections présidentielles).

Que comprendre, sinon, ce qui se distille dans ces éléments de langage gouvernementaux – après les « errements extrémistes Bornés » – , à savoir qu’il y aurait au sein des candidats NUPES qualifiés pour le second tour des législatives et en lice contre Ensemble (voire contre le RN) des candidats fréquentables (PC, PS, EELV) et des horreurs (LFI) (le fameux « au cas par cas » sorti du chapeau après des « extrêmes » indistincts) ?

Tout ça après avoir dragué de manière éhontée l’électorat mélenchoniste au second tour des présidentielles pour se faire réélire.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/richard-ferrand-ne-celebre-plus-ses-valeurs-communes-avec-melenchon_fr_6278df90e4b00fbab630a22c

La danse du ventre du second tour des présidentielles n’a pas pris chez moi ni dans mon entourage (pas plus qu’en 2017). Et je ne serais pas fâchée que le cynisme de cet homme soit justement récompensé par un franc dégagement. Mais les chances sont minces.

Et l’on s’étonne, face à ce pragmatisme sans âme (et sans doute aussi au fait que l’inversion du calendrier des élections a grandement participé à l’invisibilisation de l’importance des élections législatives), du niveau de l’abstention en particulier chez les jeunes.

Le vieux lion (j’en connais déjà un qui rigole) Mélenchon ne sera pas premier ministre mais on peut lui reconnaître d’avoir relancé une certaine dynamique à gauche. Que durera-t-elle ? Je ne sais. Les « je t’aime moi non plus Rousselliens » ne me disent rien qui vaille. Les coalitions comptent toujours des planches pourries. Et chez Ensemble, je me méfierais d’Horizons.

Bref, si Renaissance n’obtient pas sa majorité absolue, le prochain quinquennat risque d’être rock and roll à moins que Jupiter ne décide de dissoudre ce qui ne lui convient pas. Pari risqué.

En attendant ici, on crame

Dessin posté sur twitter par le reporter Loup Espagilière

Coup de chaud

C’est très convenu j’en conviens, mais la chaleur, et c’est paradoxal, a tendance à congeler mon écriture. Dans la torpeur, rien ne me séduit, j’ai le sentiment de remuer une boue vague.

Gabriel Matzneff méritait-il toutes ces attentions ? L’ironie pourrait être que l’affaire « Girard-Cofin » suscite une sorte de curiosité sur des écrits…restés plutôt confidentiels il me semble. La raison ? Ne pas passer, dans les dîners mondains, pour celui qui condamne sans savoir. Éternelle schizophrénie assez francophone ma foi : distinguer le réalisateur, le pédophile, le ministre, du ….. je vous laisse remplir les blancs. On recycle Gisèle Halimi en icône d’un féminisme responsable (convenable soudain ?) si loin de ces hystériques androphobes du conseil de Paris ….

On nous stresse aussi avec « Covid le retour ». L’avalanche de chiffres exténue sans informer. La peur anesthésiera-t-elle la rentrée sociale et éducative annoncée comme musclée ?

Pour qui le Covid roule-t-il ? C’est peut-être la seule question à la fois idiote, vaine et essentielle qui louvoie dans les commentaires sur les réseaux sociaux.

Le monde diplomatique sort un numéro spécial sur les fake-news. Un numéro de santé publique en ces temps où la mise en exergue convenue (pourquoi avoir attribué le prix Nobel de l’économie à Jean Tirole qui est à l’inventivité économique ce que je suis à l’astrophysique ? ) de la catastrophe économique justifie l’abandon de toutes les utopies…

Le « business as usual » a repris ses droits et on en profite pour baisser les protections sociales. La liberté de licencier, d’augmenter la durée du travail ou de baisser les salaires via des « accords compétitivité emploi », voilà la solution ; on y croit ou l’on fait semblant car depuis Raymond Barre (1979) toutes ces incitations à l’embauche n’ont conduit à presque rien sur le terrain de l’emploi …les assistés ne sont pas où l’on croit : crédit impôt recherche, crédit compétitivité emploi, réduction générale de charges patronales, contrats aidés, baisse de l’impôt sur les sociétés…et j’en oublie sûrement. Combien de milliards ici et d’allocations là ? Le nombre de millionnaires s’accroit, celui des pauvres aussi. Vous avez dit ruissellement ? Mais la fortune, telle un saumon, semble remonter son cours financier plus que descendre.

Dans les supérettes près de chez moi, les salariés ne portent plus de masques …ou alors sous le menton. Plus de « bonjour », ni de « bonne journée « . Rendus à leur invisibilité. Pourtant si « cela » devait repartir on considèrerait comme normal qu’ils soient là. Masqués, distanciés, les mains hydro-alcoolisées lorsqu’elles se saisissent de votre carte fidélité…

La Sibérie brûle, le permafrost fond, bientôt du méthane en plus du CO2, Aurore Bergé pleure de n’avoir rien gagné à sa servitude volontaire, … et l’on applaudit au Puy du Fou.

Tout va bien donc.

Dans vos rêves, s’il vous en reste.

Post caniculaire exténué et néanmoins avancé

Autant l’avouer, je déteste cette chaleur. Elle me laisse dégoulinante, sans envie, sans énergie, inerte. Une loque.

Je loue un appartement comprenant deux pièces, l’une  fréquentable car elle reçoit peu de lumière directe, l’autre (un salon avec cuisine américaine)  impossible à garder un tant soit peu fraîche car non pourvue de volets et exposée au soleil de 8 heures du matin à 15 heures passées. J’ai essayé le papier alu sur les vitres (inefficace), les draps mouillés ventilés (bof), le mélange ventilateur, rafraîchisseur d’air (quelques degrés de moins mais pas assez).

En dessous de chez moi, au rez-de-chaussée, une supérette dont un machin (lié à la climatisation du magasin ? ) renvoit un air chaud qui contribue à faire monter la température déjà conséquente de la rue. Le carrelage de mon salon en atteste : la partie au-dessus de l’engin est tiède. Ajoutez à cela des nuits où le mercure paresse à des étiages élevés….  Bref, le moindre mouvement me met en eau et de mauvaise humeur.

Au moins la chaleur est-elle supportable avec un peu d’air, mais celui-là aussi s’est fait la malle.

Je rêve de nord, d’altitudes, de nuits apéritives bercées par le vent à la terrasse d’un café ilien, de lacs. Comme celui-ci tiens, survolé dans un petit coucou plus très jeune, un jour où il faisait bon.

 

La fête de la musique dans cette étuve urbaine ne m’a rien dit alors je me suis installée entre deux ventilos et me suis concoctée une petite programmation distractive. Ainsi, ce  Ludwig cubanisé qui m’a fait voyager … peut-être pas vers le frais … et même plutôt vers le lourd humide, mais loin. Loin du bureau où je m’attarde pour profiter au maximum de la climatisation (et travailler un peu en passant). C’était dejà ça.

Textes et photos S. Lagabrielle. © 2017 Tous droits réservés

 

Post accablé mais pas totalement

Il y a la chaleur d’abord. Plus de 30 °  (36° hier et aujourd’hui) depuis plusieurs jours, sans un souffle d’air avec un mercure qui baisse péniblement en milieu de nuit.  Je ne tiens pas ces températures là. Elles me laissent écrasée, atone, sans envie, sans volonté sinon celle de m’en tenir à des mouvements minimaux pour ne pas me transformer en fontaine ambulante, me condamnent à une vie à bas bruit que j’exècre.

Il y a ensuite ces débats burkinisés, bien commodes pour détourner l’attention du chaland des sujets qui le concernent de près, de ce qui se prépare ou se fait en douce. Choc des mots, poids des photos et l’impression pénible que l’on avance pas : le coeur balance entre laïcité de combat, pour reprendre la formule de Marcel Gauchet, et République de combat pour s’en tenir celle de notre adjudant catalan. 25 ans que ça dure, 25 ans qu’on tourne en rond sous l’oeil consterné de certains, amusé d’autres. Pour moi, je finis par me demander si ce n’est pas la laïcité qui me pose problème. Non que je la récuse, au contraire, mais je ne sais plus comment la comprendre. Jusqu’ici cela me semblait assez simple.  J’en tenais pour Jean Baubérot pour qui « la laïcité c’est la liberté imposée aux religions et non la répression des religions. La neutralité et la séparation sont des moyens. Le but, c’est la liberté de conscience ». Pour résumer, laisser croire … ou ne pas croire. Mais quand la République s’en mêle sur fond d’attentats …je ne sais pas plus définir un islamiste que la laicité. Et des évènements corses récents médiatisés n’importe comment me donnent à craindre qu’on finisse à pousser certain(e)s vers ce que l’on cherche à combattre : le fondamentalisme (et là, je ne vise pas que le religieux).

Accablée encore par cette rentrée littéraire politique, où (à lire certaines « bonnes feuilles ») « Monsieur j’ai changé » reprend, en pire, ses vieilles antiennes, et « Monsieur petites blagues » se reproche d’avoir, entre autres cyniqueries, lié son sort à l’inversion de la courbe du chômage, jamais arrivée (quoiqu’en disent les résultats récents).  » J’ai eu tort, j’ai pas eu de bol » aurait-il confié. Comme certains l’ont déjà fait remarquer, les chômeurs apprécieront. Ce qui donne « en creux » le degré d’insensibilité sociale du personnage.

Heureusement pour se distraire de tout ça, il y a la musique (celle qui pourrait rassembler au passage). Joli documentaire hier sur Arte « Twenty feet from stardom », autour de choristes, noires, nourries au godspel, ferventes, fragiles et volontaires, ayant émergé sur fond de luttes pour les droits civiques. Leurs noms : Lisa Fisher, Darlene Love, Merry Clayton … entre autres. Petit échantillon