Une stratégie en accordéon serré

Accordéon Banque D'Images Et Photos Libres De Droits - 123RF

Nous voilà revenus au point mars. On sentait assez dans les interstices des allocutions gouvernementales cette même ambiguïté : je la joue immunité collective ou pas ?

Un poker sur la santé sur fond de chantage économique.

Que privilégier ?

La situation hospitalière plus que tendue a eu raison de la procrastination. Ne pas croire qu’on a augmenté les lits en réanimation, ce sont des lits pris ailleurs. Souvenez-vous, les bed managers dont se glorifiait Agnès Buzyn.

Pour le reste, rien ne change. Ce sera l’économie first. Le social, démerdez-vous, mais travaillez, surtout chez vous, en attendant que l’Allemagne et les pays dits frugaux s’inquiètent suffisamment à leur tour pour envisager d’autres options économiques que l’offre, l’offre et la consommation à perte de vue, le fric balancé à l’aveugle, sans considérer véritablement la pauvreté qui gonfle et sans voir qu’on fait n’importe quoi écologiquement.

Pourquoi cette impression que rien ne bouge et n’est vraiment réfléchi parce que l’opportunité financière est devenue une affaire de seconde ici, de quelques jours là ?

Les librairies indépendantes ferment mais les services amazon et fnac restent ouverts.

L’argent toujours.

Cette deuxième séquence ouvrira-t-elle les yeux sur la faillite de ce modèle qui nous conduit, virus aidant (sic), à une absence de vie sociale ? de vie tout court ?

« Antoinette  » est un délicieux restaurant levalloisien à tous points de vue, qu’il s’agisse de la cuisine, de l’environnement ou du personnel. Depuis son ouverture en septembre, nous sommes nombreux dans l’entreprise à y avoir pris nos habitudes. Et c’est bien le souci : récent, l’estaminet n’a pas eu le temps de « draguer » l’autochtone levalloisien et ne peut pas se rabattre, comme son compère La Maiella, institution presque Balkanyque, tant l’ancien maire y faisait escale, sur la vente à emporter et survivre.

Même dilemme pour « The daily », un petit japonais en bas de chez moi.

Le télétravail en vidant les locaux professionnels les réduisent à quia.

Il n’est pas évident de construire un réseau à partir d’un service de livraison à domicile que l’on a pas et faire appel aux plateformes connues (Deliveroo ou Uber eats, par exemple) ne doit pas être gratuit (sic encore).

Alors de ma fenêtre, devenue lugubre avec le raccourcissement de la durée du jour, je songe à ces gens-là qui ont pris des risques que je n’aurais jamais osé prendre même en période plus faste.

Pour ne rien arranger, sur le front de la laïcité et de la religion, le bordel est total et meurtrier et, sous cet angle, le retour médiatique hexagonal de Manuel Valls n’a rien d’une bonne nouvelle. On devrait suggérer à Ada Colau de l’occuper sur Barcelone … mais à quoi ? Parce que, pour paraphraser Pagnol, ce n’est pas que cet homme n’est bon à rien, c’est qu’il est mauvais en tout. Et d’ailleurs, pourquoi lui faire toute cette place alors qu’il a quitté son mandat parlementaire sans état d’âme pour se rapprocher de ses « racines » catalanes ? Ceux qui n’ont vraiment honte de rien me sidèrent. Et lui, à mes yeux, est une sorte de cador dans le genre.

Selon AssuranceCastex  » le meilleur moyen de soulager l’hôpital c’est de ne pas tomber malade ». Mais qui l’a mis dans cet état de tension et de dépression cet hôpital avec sa T.2A misérablement comptable ? Le même. Comme quoi détruire ou échouer n’est pas un obstacle à la promotion.

Pour revenir à l’accordéon, nous sommes, sur le plan des libertés et de l’espérance, en période de compression sévère.

Je ne vois pas dans l’immédiat ce qui pourrait desserrer le nœud même si ce qui se passe au Chili ou en Bolivie m’allège l’humeur.

Télétravail

C’était le sujet d’une émission un peu agaçante, mais intéressante cependant, sur le site d’arrêt sur images la semaine dernière. Invitées une sociologue du travail et une philosophe qui ne se situaient pas, à mon sens, sur le même plan (plus individuel chez la philosophe et plus collectif chez la sociologue), d’où parfois une fausse impression de dissonance.

Quelques points d’accord cependant : le télétravail en période de confinement fut une expérience singulière et il ne doit pas être apprécié à l’aune de celle-ci mais il a surligné ce dont on pouvait se douter : entre autres choses, la difficulté qu’il y a dans un tel cadre de séparer vie privée et vie professionnelle (d’où l’importance d’un espace propre et d’un matériel adéquat), les inégalités sociales et sectorielles au regard de ce type d’exercice de son activité (nombre de métiers, souvent peu reconnus, mais pas seulement, sont inenvisageables à distance).

Au-delà de ces banalités, il me semble que l’interrogation essentielle posée au cours de l’émission et restée, au fond, non tranchée (le peut-elle d’ailleurs?) est celle-ci : le télétravail est-il un progrès (on laissera de côté la notion de progrès qui mérite une encyclopédie) ?

Individuellement peut-être, socialement cela se discute.

Je me souviens d’un film déprimant des années 80 où de jeunes yuppies américains ne finissaient par avoir que des relations téléphoniques…Les moyens et les services ayant largement évolué depuis lors, une vie sans jamais physiquement croiser personne est devenue possible (cela aussi, au-delà du télétravail, le confinement nous l’a mis sous le nez. Non que cela ne fut pas pensable auparavant mais naïve comme je suis cela ne m’était pas venue à l’idée).

Pour revenir au télétravail, je l’ai envisagé, parfois, pour m’extraire de querelles intestines ou de la pression au bureau, mais au fond, tout cela est un leurre. La contrainte vous rejoint toujours et l’isolement physique est « désocialisant ».

Faut-il y voir le tropisme de quelqu’un élevé dans la curiosité et le partage ? Allez savoir.

Toujours est-il que le retour des usagers dans le métro ont conduit un certain nombre de mes collègues à demander à télétravailler. Pour l’heure (en attendant un futur accord collectif) c’est 2 jours maximum. Les couloirs seront passablement désertés les mercredi et vendredi.

Alors que les locaux de l’entreprise étaient pratiquement vides la semaine dernière, notre PDG plaidait, chez les quelques présents, pour une reprise du travail sur site pour « redynamiser le collectif ». Attitude un peu étrange quand on songe à la prudence de sioux mise au ré-investissement des locaux et à l’injonction quelques semaines plus tôt à ne pas hésiter à demander à télétravailler.

Ainsi va ce monde coronavidé, où les consignes gouvernementales autour du masque zigzaguent et où l’on se demande s’il y a vraiment quelqu’un aux manettes de la santé.

Soyez rassurés tout de même, il n’est pas nécessaire de mettre un masque pour faire du vélo d’appartement avant de télétravailler chez vous.

Vagabondages sur 1er mai confiné

On avait plutôt l’habitude du Je. Mais voici que les discours Jupitériens se teintent depuis le confinement d’un peu plus de nous. En témoigne cet extrait de celui du jour.

« Privés des rituels de cette journée, nous en éprouvons aujourd’hui toute la valeur, tout le sens. Avec cette volonté forte : retrouver dès que possible les 1er Mai joyeux, chamailleurs parfois, qui font notre Nation »

Chamailleurs ? La première pensée qui vient est que notre Président n’est pas encore en phase de réinvention de sa personne.

Sans remonter aux exploits d’Alexandre Benalla place de la contrescarpe le 1er mai 2018, souvenons – nous par exemple de cela :

Chamailleries vraiment que cela ? Dans quel monde vit-il ? Et ce nous ?

Nous inclusif ou nous de majesté ?

J’opterais plutôt pour le second, même si l’intention jupitérienne semble incliner vers le premier, tant cette union à laquelle il fait référence est contredite par les faits. Faut-il croire, par exemple, que par le miracle du saint déconfinement, les forces de l’ordre cesseront de verbaliser ou de nasser ? Il faudrait pour cela changer de personnel et de doctrine, ce qui passerait, notamment, par la mutation du Préfet de Police de Paris sur un poste n’ayant rien à voir avec le maintien de l’ordre.

La mise en place de l’application Stop-covid est suspendue mais on note un curieux appel d’offre d’un montant de près de 4 millions d’euros pour l’achat de plusieurs centaines de drones de types différents (micro-drones du quotidien», drones de capacité nationale, nano-drones spécialisés) dont on peut redouter l’usage qui en sera fait dans le contexte d’une police en roue libre. Dans le même temps Sibeth Ndiaye déclare tranquillement « la crise du COVID19 favorise la propagation de fakenews. Plus que jamais, il est nécessaire de se fier à des sources d’informations sûres et vérifiées. C’est pourquoi le site du @gouvernementFR propose désormais un espace dédié ». C’est ici.

https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/desinfox

Bien(sur)veillance pour reprendre le mot de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury et prêt à penser…Nul doute que les listes aimablement diffusées auront autant pour effet de faire descendre sur les publications citées la défiance qui se manifeste à l’égard du Gouvernement.

Passés les applaudissements et autres casserolades de 20 heures, on se sent assez chiffon dans son confinement. Penser le monde d’après, une gageure tant les prémices de son visage ressemblent à celui d’avant.

On apprend ainsi que des grandes enseignes ont « sécurisé » des millions de masques quand l’hôpital en manquait cruellement (et en manque toujours). Individualisme et profit.

On voit déjà poindre les « efforts » auxquels il faudra consentir dont on sait sur qui il pèseront puisque le Président n’envisage pas de modifier substantiellement les bases de sa politique. Le nouveau capitalisme plus respectueux des personnes cher à Bruno Le Maire a déjà vécu. Autre signe annonciateur, quelle sera la temporalité des décisions prises en matière sociale, notamment sur la durée du travail ? Seront-elles effectivement remises en cause à la fin de l’année ? Pendant ma semaine de congés, je me suis bien gardée de suivre « mon terrain » de près. Cela faisait du bien de s’aérer l’esprit, de se faire moins de cheveux virtuels, la réalité capillaire se suffisant à elle-même.

Entomologie des jours

Journal de Louis XVI

« Aujourd’hui, rien » pourrais-je écrire comme Louis le Seizième ce 14 juillet 1789 à la suite d’une journée de chasse infructueuse. Rien ou presque. Des petits détails. Le chantier en face de chez moi, à l’arrêt depuis 3 semaines s’est brièvement animé ce matin. 3 ouvriers dûment masqués, une pelleteuse. 3 heures environ d’activité, le temps de « validité » de leurs masques chirurgicaux ?

Il y a les joggeurs du matin et ceux du soir, souvent sans masque (il faut bien souffler à fond) et assez peu respectueux de toute distanciation sportive.

Le chant des oiseaux a couvert celui des pigeons ce qui n’est pas pour me déplaire mais les pollens et autres saletés printanières ne m’ont pas oubliée. J’éternue confinée, unique consommatrice de mes gouttelettes.

Des heures insignifiantes.

Démarrée vers 8 h30, avec un break entre 13 et 14 heures, ma journée se poursuit entre mails à profusion, coups de fils et autres conférences téléphoniques jusqu’à 19 heures environ. (parfois plus, parfois moins). Entretemps, je ne quitte guère mon banc de labeur. Bizarre cette sensation de pression permanente, d’injonction redoublée de produire toujours plus qui me laisse au soir, le dos cassé et les yeux explosés car mon installation personnelle n’a rien d’ergonomique.

Étrange cette culpabilité lorsque je me laisse aller à lire des quotidiens en ligne pour changer d’angle alors même que je n’y passe pas le quart du temps des échanges usuels et informels que j’ai au bureau avec mes collègues à la machine à café ou ailleurs. Je comprends mieux la fringale des travailleurs à domicile qui se noient sous les tâches de peur d’être considérés comme des feignasses.

Alors que les rues vides donnent le sentiment d’un temps immobile, j’ai l’impression de courir après lui. Absurde non ?

Il fait un temps radieux depuis notre décrété confinement. Un temps qui donne envie de randonnée, de paysages, de rencontres. Toutes choses bannies pour le moment et pour ce qui est de l’aération, j’ai largement épuisé les charmes des pâtés de d’immeubles voisins.

Une légende veut qu’en 1839 à l’âge de onze ans, le petit Jules Vernes aurait tenté de s’embarquer sur un long-courrier en partance pour les Indes, en qualité de mousse. Son père l’aurait récupéré in extremis à Paimbœuf. Jules aurait avoué avoir voulu partir pour rapporter un collier de corail à sa cousine, dont il était amoureux. Rudement tancé par son père, il aurait promis de ne plus voyager qu’en rêve.

Heureux homme qui a pu (presque) tenir sa promesse.

Le droit n’incite guère à la rêverie d’où cette envie, mes capacités d’adaptation techniques reculant, d’abréger mon temps laborieux.. Mais avec ce coronavirus et ces « efforts » auxquels on nous promet de devoir nous plier, pas sûr que j’y parvienne à court terme..

Certains pensent que le Codiv 19 nous engage à réfléchir sur demain. Pour s’en tenir à l’Union (sic) européenne, ou aux déclarations de notre ministre des finances (après un égarement fugace sur un capitalisme solidaire à inventer), économiquement, écologiquement rien n’est moins sûr. Les crises financières et sanitaires se rapprochent les unes des autres et l’on veut croire que notre modèle de développement est encore soutenable.

Misère. Sapiens, il est temps de te faire greffer un cerveau neuf.

Vie partielle

C’est un peu le sentiment qui me vient, en regardant ma cour vide qui ne s’anime que vers 17 heures à peu près. La jeune femme à la corde à sauter fait ses exercices et les gamins s’égosillent comme à l’école. Pourquoi cette heure là et pas une autre moins usuelle ? 17 heures, la quille pour les enfants.

Ne pas croire que l’immeuble est silencieux. Je viens de me taper pratiquement une semaine de travaux au-dessus de ma tête : perceuse, marteau, ponceuse, bruits d’ ustensiles qu’on préfère laisser tomber plutôt que reposer. Les sols et les murs vibrent et il est difficile de se concentrer sur quelque ligne de texte que ce soit. Je monte et je demande poliment aux ouvriers pour combien de temps ils en ont : « il faut bien qu’on fasse aussi notre travail madame ». Fermer le ban, je n’en saurai pas plus. Par le gardien de l’immeuble, j’ai su que ces travaux auraient dû être réalisés il y a quelque temps. Avant notre confinement en tous cas. D’où mon agacement. Mais ce petit entrepreneur, prisé par mon bailleur, que je croise depuis près de 20 ans que j’habite ici, n’a jamais su gérer correctement ses chantiers. Pour moi, j’ai appris à me passer de ses services, sans doute pas cher mais très médiocres.

Reste que le voisin qui devait emménager ne le pourra pas de sitôt et que la fondation qui possède notre immeuble ainsi que quelques autres autour, devra se mettre quelques loyers derrière l’oreille.

On croyait avoir touché le fond de cuve, c’était compter sans le préfet de police de Paris, notre Lallement national pour qui les victimes du covid-19 en réa l’ont bien cherché en ne se soumettant pas au confinement dès le début. Gros succès auprès des médecins, soignants, aides à domicile, salariés des commerce d’alimentation, voire certaines forces de l’ordre envoyés sur le terrain sans luxe de protection. L’homme a rétropédalé ; on l’avait mal compris bien sûr. Mais on le sent qui s’ennuie avec ses drones de surveillance des citoyens au-dessus de Paris. Ah, le post-confinement, quand il sera temps, pour trier les immunisés des pas immunisés, les asymptomatiques des populations à risques, toutes ces proies relâchées en liberté, de tracer tout ce monde là comme on traçait la vache folle … on le sent frétiller sous son képi trop grand pour ce qui lui sert de réflexion.

Comment dire sans insulter : il faut croire que l’ignominie protège.

Suis-je asymptomatique ? Comment savoir ? Je sors un jour sur 3, me tiens à distance sans masque. Jamais chopé la grippe de ma vie. Alors ?

Je note que si les hôpitaux manquent de masques, certains en trouvent. Bien sûr, il y a les self-made mais pas seulement : des FFP2 tous neufs aussi, qui vous font un bec de canard, dans la queue de la supérette en dessous de chez moi, tous les jours. Où ces gens se les procurent-ils ? Par les temps qui courent, il en est des sources d’approvisionnement comme des coins à champignons. Cela ne se dit pas. Chacun pour soi et au bon beurre.

Parce qu’on voit aussi remonter des choses qui fleurent (sic) bon d’autres temps : à 20 heures on applaudit les soignants, ce qui n’empêche pas certains d’engager ceux habitant leur immeuble à aller vivre ailleurs via des notes anonymes ….on n’est jamais trop prudent.

On laisse des cliniques privées qui proposent leurs services sans réponse (pour ne pas à avoir à les remercier plus tard ?), Alors que l’usine Luxfer pourrait préserver la France d’une pénurie de bouteilles d’oxygène, le ministre de l’économie vient d’écarter l’hypothèse d’une nationalisation du site. Et j’oublie sans doute plein d’autres initiatives laissées dans le vide.

Ah, ce nouveau capitalisme, plus humain , qu’on nous promet (comme en 2008 soit-dit en passant) comment y croire ? Surtout quand certaines notes de la caisse des dépôts et consignations relatives au devenir du système de santé dévoilées par Médiapart mettent en lumière que ce Gouvernement, à commencer par son Président, n’apprends rien. Ou ne veut rien apprendre ce qui semble encore plus grave.

https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/actualites/l-etat-refuse-la-nationalisation-de-l-entreprise-luxfer-de-gerzat-puy-de-dome-pour-fabriquer-des-bouteilles-d-oxygene-medical_13772937/#refresh

Activité partielle

Ce sera sans doute mon seul jour du genre. Et pour cause, mon activité pouvant être exercée en télétravail, sans ralentissement notable, mon employeur n’est pas éligible, au moins pour les fonctions comme les miennes, à ce dispositif. Il y aura songé pourtant…l’espace d’une semaine. Le beurre, l’argent (public) du beurre et la crémière avec.

J’avais pensé que, ce nouveau mode de travail n’étant pas l’évidence même -je pense en particulier aux parents de jeunes enfants-, on aurait pris le temps de réfléchir un peu plus sur l’organisation du travail en fonction des aptitudes des uns et des autres. Il y a les agités de l’information, les affolés du vide, qui aiment à publier à tour de bras, pour occuper l’espace informatif, peu important qu’il y ait du fond ou pas. Et d’autres, comme moi, qui auraient bien aimé en profiter pour réfléchir, sérieusement, sur des réécritures de plus longue haleine. Mais cela ne me sera pas donné.

Je termine mes journées, rincée, avec ce sentiment de n’en avoir rien fait d’utile. Rien avancé. Juste couru après le temps. J’aurai relu les papiers des uns et des autres avec un intérêt décroissant tant cette espèce de ponctuation quotidienne « coronavirus : le point au xxx mars » finit par me sortir par les trous du nez.

Il fait un temps radieux, froid et sec, qui inciterait, en temps normal, à la promenade, à la rêverie, à l’envie de lire en se balançant dans un jardin imaginaire et me voilà scotchée à un écran et un bureau inconfortable (faute d’avoir eu le temps de m’organiser autrement). Là où il pourrait y avoir une continuité apaisée, je ne rencontre qu’agitation…..finalement assez stérile. Combien de temps continuera, cet engouement du lectorat pour nos vignettes coronavirussiennes ? Dans ce qui se décrète et ce qui s’ordonnance il y a vraiment plus inquiétant !! Non ? Vous y croyez vous au temporaire qui ne va pas durer ? L’absence de réflexion sur cet après qu’on aurait supposément soupesé … comme le coronavirus en somme est sidérante.

« Alors que le gouvernement américain prévoit expressément que les entreprises qui procèdent à des rachats d’actions et distribuent des bonus seront exclues du plan de relance de 2 000 milliards de dollars qu’il s’apprête à lancer, que le gouvernement allemand demande à tous les groupes de renoncer à leurs dividendes et à leurs bonus, que le gouvernement suédois a interdit à ses banques de verser le moindre dividende cette année afin de préserver leur trésorerie » le gouvernement français par la voie de son inconsistant ministre des finances, Bruno Le Maire, « demande à toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération sur le versement des dividendes » Combien de milliards seront ainsi distribués, notamment par les banques, sans aucun profit pour la collectivité ? « Aucune contrepartie, aucune conditionnalité n’est imposée aux entreprises qui vont demander la garantie de l’État sur leurs prêts, dans le cadre du plan d’aide de 300 milliards d’euros qu’il (le gouvernement) a annoncé le 24 mars (Martine Orange, Médiapart 27 mars 2020).

Aucune contrepartie quand on demande tant à ceux qui « ne sont rien ».

Où l’on voit en quelque sorte se reprofiler le scénario du CICE qui a coûté si cher pour si peu d’emplois. Aucune leçon de rien. Désespérant.

Le confinement est prolongé jusqu’au 15 avril… en voilà une surprise ! Je pense qu’on ira facilement jusqu’à fin mai au bas mot. Dans la pénurie sanitaire organisée par ce Gouvernement et ceux qui l’ont précédé cela me paraît inévitable. Ayant vus quelques résiduels rouleaux de PQ et paquets de pâtes dans mon supermarché ce jour, je me disais, « tiens, côté hystérie, ça a l’air de se calmer ». Pas sûr … que cela ne reprenne pas de plus belle.

« On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur » tonne Jupiter. On pourrait lui tendre un miroir ou cette vidéo hallucinante sur « le pognon de dingue » où il s’agit des responsabiliser « les acteurs » sans que cela coûte aux finances publiques…

A leur Grande époque les Guignols de l’info de Canal plus en avaient fait un gamin insupportable qui ne suscitait qu’une envie : celle de lui claquer le beignet pour qu’il se taise. C’était assez bien vu.

Canards sans tête ?

Chacun y va de son journal de confinement. Je n’ai pas l’intention d’en tenir un. Sans intérêt.

Juste noter ici que j’ai eu l’impression pendant cette première semaine de vivre au milieu de canards sans tête. Le tout tout de suite, l’actualité, l’actualité, l’actualité, ma rédaction est comme la légion sur Kolwezi. Dès qu’apparaît le mot coronavirus sur un de nos sites favoris, il faut lâcher ce que l’on fait et aller voir si cela ne vaut pas une info flash là dans l’heure. On publie un état des lieux journalier avec des communiqués, des projets de loi, des annonces, dans tous les sens, dans une effervescence qui ne voit plus qu’il n’y a rien de plus volatile qu’un document « informatique » modifiable à tout moment. Nous ne sommes pas dans le scoop pourtant mais dans le supposé sérieux, alors pourquoi courir sur des pistes qui ne sont pas les nôtres ? Un sprinter n’est pas un coureur de fond et vice versa. Enfin, en principe. Et je ne suis pas sûre que l’on nous attende sur l’instantané. On n’a pas les codes, ni les relais auprès des ministères.

Ralentir.

N’est-ce pas ce que nous dit en creux cette pandémie ? La nature se purifie quand nous nous infectons….

https://www.geo.fr/environnement/le-coronavirus-fait-chuter-la-pollution-en-chine-selon-des-images-de-la-nasa-200108

https://www.geo.fr/environnement/covid-19-les-eaux-de-venise-transparentes-depuis-le-confinement-200255.

(on remarquera au passage qu’il est assez paradoxal de faire précéder ces vidéos de publicités pour un 4×4)

L’absurdie détestable n’est jamais loin encore, pourtant. Ainsi, par exemple, à Lyon des sans-abri auraient été verbalisés pour non-respect des mesures de confinement. Muriel Pénicaud fustige ces employeurs défaitistes du BTP qui arrêtent leurs chantiers. Je suppose qu’elle ne voit là que des prédateurs essayant de se refaire une vague cerise sur le dos du chômage partiel.

Je suis allé au supermarché, écrit ce twittos. « Il y avait de tout à part des pâtes et du PQ. A croire que les gens se font des cannelloni fourrées au lotus. »

Mon père travaillait à domicile. Par rapport à ceux obligés de se lever tôt pour se rendre sur leur lieu de travail, ses conditions de travail me paraissaient confortables. Me voilà confrontée au même problème que lui (qui pouvait tout de même sortir quand il voulait et ne travaillait pas sur des machines capables de détecter ses réelles heures laborieuses). Comment construire une vie sociale dans cette solitude ? Et une journée tout court ?

Les moyens aujourd’hui ne manquent pas pour rester en contact et de se cultiver : des musées proposent des visites virtuelles, des librairies également virtuelles sont proposées et même de quoi occuper les enfants qui ne savent plus s’occuper tous seuls.

Celle-ci propose des coloriages quotidiens, comme celui-ci pour des petits.

Et, pour les plus grands, les livres à lire ou relire, les films à voir ou revoir ….

J’ai fini par me fixer une sorte d’emploi du temps, m’en tenir à de petites choses qui m’empêchent d’en perdre le fil (du temps) et m’amuser de ce qui me paraît encore insolite : par exemple, ce soir, regarder une jeune femme en mal d’exercice sauter à la corde dans la cour de mon immeuble et me dire qu’elle devait faire cela jusqu’ici dans une salle de fitness aux odeurs de camphre et de sueur (je n’ai jamais fréquenté ce genre d’endroit donc je brode) et pas à l’air libre … Nous proposera-t-elle un jour un cours collectif ? Elle en bas et nous, chez nous ?

Et maintenant ? Pour l’heure …. (merci Isabelle qui se reconnaîtra)

Pendant ce temps :

Et c’est ainsi qu’Allah est grand comme disait le divin Alexandre.