Anniversaire

Je n’ai jamais cru que 2021 marquerait le retour à une « vie normale ». D’ailleurs comment la définir?

A l’heure de cet anniversaire (sic) d’un an de confinement physique et des libertés, quoi penser ? Rien, sinon ruminer une colère encore sourde.

Celui-ci revient sur l’absurdistan français.

D’autre se battent pour exercer encore leur activité

Sans parler d’une génération laissée à elle-même.

Alors, je me demande, pourquoi écrire encore ?

Bullshit jobs et coronavirus

https://www.flickr.com/photos/94915094@N06/41450028734

L’anthropologue David Graeber définissait ainsi les bullshit jobs : « une forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié n’arrive pas à justifier son existence ».

Je ne crois pas que le doute sur leur utilité habite les géniaux concepteurs du plan d’évolution de notre groupe. Par contre, ils nous font perdre un temps assez précieux au point que je serai assez tentée de dire qu’il nous entraînent, nous les salariés, sur la pente du bullshit. Nous voilà, après la présentation de la chose, en phase 2. C’est à dire celle où nous, pauvres rédacteurs, entre autres cobayes, allons devoir phosphorer pour faire des propositions sur divers types de « chantiers ».

Je partage avec 4 autres malheureux le douloureux privilège de réfléchir sur ça : « Délivrer par segment de marché les niveaux d’approfondissement et types de contenu attendus tout en anticipant le continuum entre le documentaire et le logiciel »…

On a essayé pendant plus d’une heure de décrypter le sujet. Sans résultat.

Il doit y avoir quelque chose de masochiste à s’être tous pliés à l’exercice tout en étant intimement persuadés de sa parfaite inutilité, les décisions « politiques » étant sans doute déjà calées au plus haut niveau, les mois de confinement ayant laissé à nos conducators éclairés des loisirs de « monologuer entre eux ». Mais pour parodier le dessin ci-dessus « il vaut mieux essayer de participer même s’il n’en est rien tiré que risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne participant pas ».

Les paroles verbales érigées en principe du dialogue social. Cela me fait penser au Grand Débat macronien, tiens.

Au Canada, le masque ne semble pas l’acmé de la communication médicale sur le coronavirus. Selon la docteure Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, « la santé sexuelle est un aspect important de notre santé générale. Cependant, les relations sexuelles peuvent être compliquées pendant la pandémie de COVID-19, surtout pour les personnes qui ne vivent pas avec un partenaire intime ou dont le partenaire sexuel court un grand risque de contracter la maladie. Comme pour les autres activités associées à des contacts rapprochés pendant la pandémie, il y a des moyens de réduire au minimum le risque d’infection et de propagation du virus. Les activités sexuelles les moins risquées pendant que sévit la COVID-19 sont celles où vous êtes seul ».

De manière parfaitement malhonnête j’ai (sic) coupé la déclaration ici. Juste histoire de corréler masturbation intellectuelle (cf. ci-dessus) et masturbation « tout court » (sic encore). Pour la déclaration intégrale, voir ici

https://www.canada.ca/fr/sante-publique/nouvelles/2020/09/declaration-de-ladministratrice-en-chef-de-la-sante-publique-du-canada-le-2-septembre-2020.html

On attend avec intérêt la position (re-re-sic) de notre ministre de la santé Olivier Véran sur le sujet (oui, je sais je pourrais aussi rajouter un sic).

Coup de chaud

C’est très convenu j’en conviens, mais la chaleur, et c’est paradoxal, a tendance à congeler mon écriture. Dans la torpeur, rien ne me séduit, j’ai le sentiment de remuer une boue vague.

Gabriel Matzneff méritait-il toutes ces attentions ? L’ironie pourrait être que l’affaire « Girard-Cofin » suscite une sorte de curiosité sur des écrits…restés plutôt confidentiels il me semble. La raison ? Ne pas passer, dans les dîners mondains, pour celui qui condamne sans savoir. Éternelle schizophrénie assez francophone ma foi : distinguer le réalisateur, le pédophile, le ministre, du ….. je vous laisse remplir les blancs. On recycle Gisèle Halimi en icône d’un féminisme responsable (convenable soudain ?) si loin de ces hystériques androphobes du conseil de Paris ….

On nous stresse aussi avec « Covid le retour ». L’avalanche de chiffres exténue sans informer. La peur anesthésiera-t-elle la rentrée sociale et éducative annoncée comme musclée ?

Pour qui le Covid roule-t-il ? C’est peut-être la seule question à la fois idiote, vaine et essentielle qui louvoie dans les commentaires sur les réseaux sociaux.

Le monde diplomatique sort un numéro spécial sur les fake-news. Un numéro de santé publique en ces temps où la mise en exergue convenue (pourquoi avoir attribué le prix Nobel de l’économie à Jean Tirole qui est à l’inventivité économique ce que je suis à l’astrophysique ? ) de la catastrophe économique justifie l’abandon de toutes les utopies…

Le « business as usual » a repris ses droits et on en profite pour baisser les protections sociales. La liberté de licencier, d’augmenter la durée du travail ou de baisser les salaires via des « accords compétitivité emploi », voilà la solution ; on y croit ou l’on fait semblant car depuis Raymond Barre (1979) toutes ces incitations à l’embauche n’ont conduit à presque rien sur le terrain de l’emploi …les assistés ne sont pas où l’on croit : crédit impôt recherche, crédit compétitivité emploi, réduction générale de charges patronales, contrats aidés, baisse de l’impôt sur les sociétés…et j’en oublie sûrement. Combien de milliards ici et d’allocations là ? Le nombre de millionnaires s’accroit, celui des pauvres aussi. Vous avez dit ruissellement ? Mais la fortune, telle un saumon, semble remonter son cours financier plus que descendre.

Dans les supérettes près de chez moi, les salariés ne portent plus de masques …ou alors sous le menton. Plus de « bonjour », ni de « bonne journée « . Rendus à leur invisibilité. Pourtant si « cela » devait repartir on considèrerait comme normal qu’ils soient là. Masqués, distanciés, les mains hydro-alcoolisées lorsqu’elles se saisissent de votre carte fidélité…

La Sibérie brûle, le permafrost fond, bientôt du méthane en plus du CO2, Aurore Bergé pleure de n’avoir rien gagné à sa servitude volontaire, … et l’on applaudit au Puy du Fou.

Tout va bien donc.

Dans vos rêves, s’il vous en reste.

Un monde sans contact

C’est un documentaire « PMA-GPA, les enfants ont la parole » diffusé sur France 5 mardi dernier que j’ai vu en différé suite à une chronique du « matinaute » d’ Arrêt sur images Daniel Schneidermann. Des enfants qui parlent pour eux-mêmes. Que savent-ils de leur conception, leur gestation, leur naissance ? Comment la racontent -ils -ou pas- aux copains, aux copines ? C’est quoi une famille ? Et comment voient-ils leur avenir ? Je n’ai pas minuté, mais il me semble que la part belle y est faite à la parole d’enfants, plutôt jeunes (8 à 13 ans essentiellement) à qui l’on n’a pas caché leur « origine ». Ils ont deux mamans ou deux papas voire deux mamans et un papa ou une maman seule. Des situations de moins en moins singulières mais dans lesquelles ils semblent être « au clair » (encore que le documentaire ait un peu bousculé cela et suscité de nouvelles questions chez certains et une envie d’en savoir plus). Le seul bémol vient sur la fin : un adolescent de 18 ans qui ne se posait pas de question sur ses parents jusque-là et a appris qu’il était né par PMA peu de temps (un an ?) avant le tournage.

Alors je pense à cette collègue, qui a appris tardivement les conditions de sa naisssance, mariée à un homme né lui aussi par PMA mais qui a retrouvé, lui, son père biologique. Je pense à cette collègue qui avec son mari a fait quelques unes de journaux nationaux l’an dernier alors que se profilait la discussion d’un projet de loi relatif à la bioéthique prévoyant, entre autres choses, l’extension de l’accès à la PMA. Je pense à cette collègue, un peu grisée par cette soudaine notoriété, à sa souffrance de ne pas réussir à retrouver son géniteur, qui n’avait plus la tête à son travail et à qui il me devenait difficile de dire que ce qu’elle me donnait à réviser ne tenait pas debout et était à restructurer complètement. Je pense à cette collègue qui va bientôt donner naissance à son troisième enfant dans une société « sans contact », de « gestes barrières » et de méfiance. Une collègue, en début de grossesse alors, qui, apprenant que j’avais un érysipèle au pied gauche, ne voulait plus m’approcher de peur que « je sois contagieuse ».

Et me viennent des questions : quel accueil pour ce bébé ? ça ?

Qu’en sera-t-il de toutes ces technologies à l’heure du « traçage » ? Le coronavirus a différé le reste de l’examen du projet de loi mais peut-être en a – t -il déjà modifié les termes de la discussion .

Jupiter nous livrera la quintessence de sa réflexion post Covid entre le 28 juin et le 14 juillet.

En attendant chacun a conscience que les chantiers sont énormes et les idées ne manquent pas, voir par exemple, ici :

https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/010620/gael-giraud-la-reconstruction-ecologique-nous-ouvre-un-monde-de-la-surabondance

Pour l’heure, cependant, et c’est plutôt déprimant, la parole publique dessine un monde d’après qui ne fait guère mystère : business as usual. Dépensez votre épargne, les gens, pour le salut des entreprises alors même que la conclusion d’accords dits « de performance collective » qui permettent de baisser les salaires et jouer sur la durée du travail ont le vent en poupe. Injonction paradoxale s’il en est quand un refus de la modification de votre contrat vous expose à un licenciement par principe justifié.

On s’inquiète de la situation financière de la Sécu… de la dette de l’Etat. Bref, comme on aurait bien aimé qu’il n’en soit pas ainsi, mais il aurait fallu pour cela que les comités de réflexion théodules s’ouvrent à des courants de pensée plus hétérodoxes, rien de nouveau sous un soleil qui nous cuira cet été.

L’insolente distribution de dividendes continue, le bruit est revenu polluer nos journées, une certaine fureur est palpable, bref la « réinvention » risque de ne demeurer qu’un mot de bonimenteur.

Post minimal

Le mot goguette ne remonte pas à la plus haute antiquité mais, selon Madame Wikipedia, on le rencontre dès la seconde moitié du XVe siècle avec le sens de « se régaler, en être aux caresses (avec une femme), être de joyeuse humeur ». Il s’agirait d’un dérivé de « gogue » ( qui connaîtra également une acception plus olfactive), pour « réjouissance, bonne humeur » . Une survivance du mot se retrouve dans des expressions encore utilisées comme « être en goguette » (être d’humeur enjouée) ou « partir en goguette » (aller s’amuser).

Plus tard goguette désigna une pratique festive en France et en Belgique consistant à se réunir en petit groupe de moins de 20 personnes (ce qui nous est interdit pour l’heure sinon virtuellement) pour passer un bon moment et chanter. A la longue se constituèrent des sociétés artistiques dont beaucoup ont disparu aujourd’hui. On s’y retrouvait pour se détendre, boire, rire, s’amuser et « pousser son cri », c’est-à-dire chanter une chanson, soit connue soit pastichée.

Ce petit groupe, Les Goguettes donc, dont fait partie l’un de mes collègues (voir vidéo ci-dessous sur une « reprise »de Brassens) a redonné un peu de visibilité au genre. Ce même collègue qui traite des questions relatives à l’activité partielle et qui est en train, comme moi qui révise son travail, de tourner en bourrique, le ministère s’ingéniant à défaire, refaire, modifier pas toujours de manière transparente ni claire ce qu’il avait fait la veille ou l’avant-veille, m’a dit qu’il allait en concocter une de goguette sur le sujet. Songez, depuis le 16 mars nous aurons eu sur la chose, 3 ordonnances, deux décrets et des « questions-réponses » sur le site du ministère sans cesse réaménagés. Tout semble fait pour nous noyer. Je ne sais si l’on doit s’attendre à l’avenir à une banalisation de ce procédé qui consiste à annoncer sur le site des décisions que l’on sécurisera (ou pas) juridiquement plus tard par un texte ayant, lui, une force obligatoire. Entretemps, du flou, du flou et démerdez-vous. C’était bien la peine de nous pondre, il y a à peine 2 ans avec force roulements de tambours, une loi pour une société de confiance …. Pour revenir à la goguette à venir, j’espère que notre « administration de tutelle » (sic) en sortira bien assaisonnée. On a les petits plaisirs qu’on peu.

En attendant, je vais quitter ce cirque pour une semaine. Je n’ose pas parler de vacances car j’ai trop de respect pour ce qu’elles représentent …en temps normal.

Grosse fatigue

Une surproduction ministérielle éreintante

C’est ce qu’éprouvent la plupart des juristes en droit social en ce moment. Tous les jours sa petite nouveauté, des documents questions/réponses ministériels actualisés pour certains quotidiennement sans que soient indiqués les parties affectées (il faut donc tout relire et comparer), des textes qui tardent à venir, d’autres qu’on n’attendait pas forcément, des dates d’entrée en vigueur qui varient. « Afin de protéger le maximum d’entreprises et de salariés, le Gouvernement a décidé que les nouvelles règles d’activité partielle couvriraient toutes les demandes des entreprises effectuées depuis le 1er mars 2020. » peut-on lire, par exemple, sur le site du ministère à propos d’un premier décret sur ce sujet qui est vraiment dans l’oeil du cyclone. Mais voici que surgit ultérieurement la date du 12 mars 2020 dans une ordonnance du 15 avril 2020 modifiant une précédente du 27 mars et un décret du 16 avril concernant des catégories particulières de salariés où l’on peut se délecter d’une littérature aussi poétique que celle-ci (je pense que le premier alinéa vous suffira, c’est juste pour vous donner une idée ):

 » Pour les journalistes pigistes en collaboration régulière entrant dans le champ d’application de l’article L. 7112-1 du code du travail, qui ne sont pas soumis aux dispositions légales ou conventionnelles relatives à la durée du travail et qui ont bénéficié au minimum de 3 bulletins mensuels de pige sur les 12 mois civils précédant la date du placement en activité partielle, dont 2 dans les 4 mois précédant cette même date, ou qui ont collaboré à la dernière parution dans le cas d’une publication trimestrielle, les modalités de calcul de l’indemnité et de l’allocation d’activité partielle sont les suivantes ….° ».

Voilà. Si je vous livre tout ça c’est juste pour donner un aperçu de mon quotidien légal confiné depuis un mois. En gros, l’activité partielle me prend tout mon temps. A peine diffusées, les informations que nous livrons, sont déjà modifiées. Il y a ce que dit le ministère, ce que dit l’Urssaf, le site de l’assurance maladie (Ameli), les communiqués des uns, des autres … rien ne semble vraiment coordonné.

Mais je crois qu’il y a pire comme situation : celle des gestionnaires de la paie qui ne doivent plus savoir sur quelle adaptation de leur logicel danser.  » C’est l’heure du Xanax » poste de twittos de la profession. On veut bien croire. Je pense, au bout du compte (sic), qu’il en sera de la gestion de la paie comme des urgences ….chacun va bricoler. Si je devais inventer une torture à destination des fonctionnaires du ministère du travail (voire de Muriel Pénicaud herself) qui nous balancent leur cogitations dans le plus grand désordre, ce serait de les obliger à faire un bulletin de paie « activité partielle » . M’est avis qu’ils ne seraient pas sortis des ronces même à la fin du confinement (surtout Muriel qui me donne toujours l’impression de ne pas comprendre ce que ses directeurs de cabinet lui font dire…)

Allons bon … Pekin ne nous dirait pas tout ?

Selon le professeur Montagnier, prix Nobel de médecine (excusez du peu)

https://www.cnews.fr/france/2020-04-17/le-coronavirus-est-un-virus-sorti-dun-laboratoire-chinois-avec-de-ladn-de-vih

« Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas », a confié, pour sa part, Emmanuel Macron dans une interview au Financial Times le 16 avril. Aux US les rumeurs virales auraient pris un nouveau tour ces derniers jours avec la publication d’une enquête du Washington Post assurant que l’ambassade des Etats-Unis a alerté à plusieurs reprises en 2018 le département d’Etat américain sur des « mesures de sécurité jugées insuffisantes » dans ce laboratoire de Wuhan, le Wuhan Institute of Virology (WIV), étudiant les coronavirus chez les chauve-souris.

Et nous voilà repartis …pas sûr que ce soit judicieux sur fond de guerre d’approvisionnement en masques …qui se poursuit jusque sur les tarmacs chinois.

De façon moins polémique, on observera simplement que la rigueur budgétaire n’a pas seulement ruiné l’hôpital et le système de santé mais aussi mis un sacré plomb dans l’aile de la recherche fondamentale pourtant …fondamentale…. (au fait a-t-on des nouvelles de Frédérique Vidal ci-devant ministre chargé de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation dont l’agenda ne semble pas surchargé ?).

De la toxicité de privilégier les retours sur investissement à court terme.

https://www.humanite.fr/entretien-avec-bruno-canard-specialiste-du-coronavirus-en-delaissant-la-recherche-fondamentale-perdu

Dans la dernière livraison du Monde Diplomatique, Renaud Lambert et Pierre Rimbert concluent leur article intitulé « Jusqu’à la prochaine fin du monde …. »

« L’épiphanie du chef de l’État (les auteurs parlent de son discours du 12 mars 2020 évoqué dans un précédent post) évoque celle qui frappa Nicolas Sarkozy un jour de septembre 2008, peu après l’effondrement de Lehman Brothers. Devant ses partisans médusés, le président de la République avait solennellement annoncé : «Une certaine idée de la mondialisation s’achève avec la fin d’un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à la pervertir. (…) L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle.» Ce qui ne l’empêcha pas, une fois la tempête passée, de reprendre le cours de la folie ordinaire….

M’est avis qu’il en sera également de ce Président-ci dont le ministre ds comptes publics après avoir appelé aux dons pour les hôpitaux plancherait sur une taxe sur l’épargne …qui frappera les mêmes catégories de contribuables qu’ « avant ». On parie ?

Activité partielle

Ce sera sans doute mon seul jour du genre. Et pour cause, mon activité pouvant être exercée en télétravail, sans ralentissement notable, mon employeur n’est pas éligible, au moins pour les fonctions comme les miennes, à ce dispositif. Il y aura songé pourtant…l’espace d’une semaine. Le beurre, l’argent (public) du beurre et la crémière avec.

J’avais pensé que, ce nouveau mode de travail n’étant pas l’évidence même -je pense en particulier aux parents de jeunes enfants-, on aurait pris le temps de réfléchir un peu plus sur l’organisation du travail en fonction des aptitudes des uns et des autres. Il y a les agités de l’information, les affolés du vide, qui aiment à publier à tour de bras, pour occuper l’espace informatif, peu important qu’il y ait du fond ou pas. Et d’autres, comme moi, qui auraient bien aimé en profiter pour réfléchir, sérieusement, sur des réécritures de plus longue haleine. Mais cela ne me sera pas donné.

Je termine mes journées, rincée, avec ce sentiment de n’en avoir rien fait d’utile. Rien avancé. Juste couru après le temps. J’aurai relu les papiers des uns et des autres avec un intérêt décroissant tant cette espèce de ponctuation quotidienne « coronavirus : le point au xxx mars » finit par me sortir par les trous du nez.

Il fait un temps radieux, froid et sec, qui inciterait, en temps normal, à la promenade, à la rêverie, à l’envie de lire en se balançant dans un jardin imaginaire et me voilà scotchée à un écran et un bureau inconfortable (faute d’avoir eu le temps de m’organiser autrement). Là où il pourrait y avoir une continuité apaisée, je ne rencontre qu’agitation…..finalement assez stérile. Combien de temps continuera, cet engouement du lectorat pour nos vignettes coronavirussiennes ? Dans ce qui se décrète et ce qui s’ordonnance il y a vraiment plus inquiétant !! Non ? Vous y croyez vous au temporaire qui ne va pas durer ? L’absence de réflexion sur cet après qu’on aurait supposément soupesé … comme le coronavirus en somme est sidérante.

« Alors que le gouvernement américain prévoit expressément que les entreprises qui procèdent à des rachats d’actions et distribuent des bonus seront exclues du plan de relance de 2 000 milliards de dollars qu’il s’apprête à lancer, que le gouvernement allemand demande à tous les groupes de renoncer à leurs dividendes et à leurs bonus, que le gouvernement suédois a interdit à ses banques de verser le moindre dividende cette année afin de préserver leur trésorerie » le gouvernement français par la voie de son inconsistant ministre des finances, Bruno Le Maire, « demande à toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération sur le versement des dividendes » Combien de milliards seront ainsi distribués, notamment par les banques, sans aucun profit pour la collectivité ? « Aucune contrepartie, aucune conditionnalité n’est imposée aux entreprises qui vont demander la garantie de l’État sur leurs prêts, dans le cadre du plan d’aide de 300 milliards d’euros qu’il (le gouvernement) a annoncé le 24 mars (Martine Orange, Médiapart 27 mars 2020).

Aucune contrepartie quand on demande tant à ceux qui « ne sont rien ».

Où l’on voit en quelque sorte se reprofiler le scénario du CICE qui a coûté si cher pour si peu d’emplois. Aucune leçon de rien. Désespérant.

Le confinement est prolongé jusqu’au 15 avril… en voilà une surprise ! Je pense qu’on ira facilement jusqu’à fin mai au bas mot. Dans la pénurie sanitaire organisée par ce Gouvernement et ceux qui l’ont précédé cela me paraît inévitable. Ayant vus quelques résiduels rouleaux de PQ et paquets de pâtes dans mon supermarché ce jour, je me disais, « tiens, côté hystérie, ça a l’air de se calmer ». Pas sûr … que cela ne reprenne pas de plus belle.

« On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur » tonne Jupiter. On pourrait lui tendre un miroir ou cette vidéo hallucinante sur « le pognon de dingue » où il s’agit des responsabiliser « les acteurs » sans que cela coûte aux finances publiques…

A leur Grande époque les Guignols de l’info de Canal plus en avaient fait un gamin insupportable qui ne suscitait qu’une envie : celle de lui claquer le beignet pour qu’il se taise. C’était assez bien vu.

Canards sans tête ?

Chacun y va de son journal de confinement. Je n’ai pas l’intention d’en tenir un. Sans intérêt.

Juste noter ici que j’ai eu l’impression pendant cette première semaine de vivre au milieu de canards sans tête. Le tout tout de suite, l’actualité, l’actualité, l’actualité, ma rédaction est comme la légion sur Kolwezi. Dès qu’apparaît le mot coronavirus sur un de nos sites favoris, il faut lâcher ce que l’on fait et aller voir si cela ne vaut pas une info flash là dans l’heure. On publie un état des lieux journalier avec des communiqués, des projets de loi, des annonces, dans tous les sens, dans une effervescence qui ne voit plus qu’il n’y a rien de plus volatile qu’un document « informatique » modifiable à tout moment. Nous ne sommes pas dans le scoop pourtant mais dans le supposé sérieux, alors pourquoi courir sur des pistes qui ne sont pas les nôtres ? Un sprinter n’est pas un coureur de fond et vice versa. Enfin, en principe. Et je ne suis pas sûre que l’on nous attende sur l’instantané. On n’a pas les codes, ni les relais auprès des ministères.

Ralentir.

N’est-ce pas ce que nous dit en creux cette pandémie ? La nature se purifie quand nous nous infectons….

https://www.geo.fr/environnement/le-coronavirus-fait-chuter-la-pollution-en-chine-selon-des-images-de-la-nasa-200108

https://www.geo.fr/environnement/covid-19-les-eaux-de-venise-transparentes-depuis-le-confinement-200255.

(on remarquera au passage qu’il est assez paradoxal de faire précéder ces vidéos de publicités pour un 4×4)

L’absurdie détestable n’est jamais loin encore, pourtant. Ainsi, par exemple, à Lyon des sans-abri auraient été verbalisés pour non-respect des mesures de confinement. Muriel Pénicaud fustige ces employeurs défaitistes du BTP qui arrêtent leurs chantiers. Je suppose qu’elle ne voit là que des prédateurs essayant de se refaire une vague cerise sur le dos du chômage partiel.

Je suis allé au supermarché, écrit ce twittos. « Il y avait de tout à part des pâtes et du PQ. A croire que les gens se font des cannelloni fourrées au lotus. »

Mon père travaillait à domicile. Par rapport à ceux obligés de se lever tôt pour se rendre sur leur lieu de travail, ses conditions de travail me paraissaient confortables. Me voilà confrontée au même problème que lui (qui pouvait tout de même sortir quand il voulait et ne travaillait pas sur des machines capables de détecter ses réelles heures laborieuses). Comment construire une vie sociale dans cette solitude ? Et une journée tout court ?

Les moyens aujourd’hui ne manquent pas pour rester en contact et de se cultiver : des musées proposent des visites virtuelles, des librairies également virtuelles sont proposées et même de quoi occuper les enfants qui ne savent plus s’occuper tous seuls.

Celle-ci propose des coloriages quotidiens, comme celui-ci pour des petits.

Et, pour les plus grands, les livres à lire ou relire, les films à voir ou revoir ….

J’ai fini par me fixer une sorte d’emploi du temps, m’en tenir à de petites choses qui m’empêchent d’en perdre le fil (du temps) et m’amuser de ce qui me paraît encore insolite : par exemple, ce soir, regarder une jeune femme en mal d’exercice sauter à la corde dans la cour de mon immeuble et me dire qu’elle devait faire cela jusqu’ici dans une salle de fitness aux odeurs de camphre et de sueur (je n’ai jamais fréquenté ce genre d’endroit donc je brode) et pas à l’air libre … Nous proposera-t-elle un jour un cours collectif ? Elle en bas et nous, chez nous ?

Et maintenant ? Pour l’heure …. (merci Isabelle qui se reconnaîtra)

Pendant ce temps :

Et c’est ainsi qu’Allah est grand comme disait le divin Alexandre.

Où il sera question de langage et d’argent magique

L’exercice n’est pas nouveau. Victor Klemperer à propos du nazisme ou plus près de nous l’éditeur Erie Hazan se sont attachés à déshabiller le langage ambiant. Quelle leçons en tire-t-il pour lui-même au quotidien ? On ne le saura pas.

Sur un mode plus ludique ceux-là ne disent pas autre chose :

Je n’évoquerai pas pour ne pas tomber dans l’hypocondrie ou la paranoïa tous ces petits mots et éléments de langage qui fleurissent sur l’épidémie du coronavirus et sur lesquels de plus savants que moi se pencheront un jour pour analyser la « séquence » que nous traversons. Cluster que dis-tu ?

Il n’y avait pas d’argent magique paraît-il. La politique sociale coûtait un pognon de dingue, comme d’ailleurs l’éducation ou la recherche. Résorber la dette, la dette, la dette telle était l’obsession… au prix de l’économie réelle.

On attendait un krach plutôt lié aux aventures financières « des marchés » (ceux-ci apprendront-ils un jour quelque chose de quoi que ce soit ?). Il s’annonce autrement sur fond sanitaire et stratégies troubles autour du prix du baril de pétrole. La libre circulation marche aussi pour les virus et l’on peut s’étonner de la relative atonie, notamment des pays de l’union européenne, lorsque l’épidémie s’est déclarée en Chine. Greffée sur un hôpital public en souffrance depuis des années, il y avait de quoi avoir quelques craintes sur la capacité d’absorption de notre système de santé.

Tout était sous contrôle, nous assurait soeur Buzyn.

Fake news.

Je n’ai pas écouté le discours du Président le 12 mars 2020, mais il semble découvrir la lune : « Ce que révèle cette pandémie » aurait-il dit « est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Allelujah ! A quoi pense-t-il ? Combien de temps perdurera cette conscience ? Et réguler ces marchés y pense-t-il vraiment ? Pour l’heure des mesures « exceptionnelles et massives » de chômage partiel sont envisagées et « toutes les entreprises qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars ». D’autres, qui concernent les indemnités journalières maladie, sont déjà intervenues par décret en faveur des personnes infectées. Fort bien. Mais quelle réflexion sincère sur notre modèle de vie ces « crises » suggèrent-elles en haut lieu ? « Reprendre le contrôle » dit-il. Les mots sont faciles et l’ Etat providence n’est pas engrammé dans son logiciel. Si le ciel s’éclaircit dans quelques mois, je gage que l’on nous resservira la dette. D’ailleurs, les réformes et autres privatisations ne sont que suspendues.

Le bonhomme m’agace, car « il s’écoute écrire » comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, mais il mérite tout de même d’être lu https://blog.mondediplo.net/coronakrach

Coronavirus et algorithme

La vidéo est virale comme on dit. Profitant de la visite sa visite à l’hôpital de la Pitié Salpétrière (où vient de décéder un patient atteint du coronavirus), un médecin neurologue entreprend Jupiter sur l’état de l’hôpital public. L’échange est courtois mais je me suis dit que le Président n’en avait pas exagérément apprécié la chute.

« Vous pouvez compter sur nous », lui dit le médecin, qui ajoute, « L’inverse reste à prouver ».

La confirmation ne tarda pas. Plus tard dans la soirée, alors qu’il était à Naples pour un sommet franco-italien avec Giuseppe Conte, le président de la République est revenu sur la séquence : « C’est un médecin qui représentait la coordination, l’intersyndicale, lequel est neurologue – il n’a rien à voir avec le coronavirus – qui a tenu ces propos. Il n’a rien à voir avec la crise que nous sommes en train de vivre ». 

Le coronavirus sauvera-t-il paradoxalement l’hôpital ? se demandait Daniel Schneiderman dans son billet du 28/2 sur le site arrêt sur images. La réaction italienne du Président, où l’important semble être de laver « l’offense » qui lui aurait été faite en délégitmant la parole du médecin, ne me rend pas optimiste….  « On ne peut pas passer sous silence le fait que les personnels hospitaliers ont alerté depuis plusieurs mois sur la situation dramatique des hôpitaux publics et que c’est sur cet hôpital fragilisé que va survenir cette crise sanitaire » a rappelé, de son côté, le neurologue. Il faut croire que si.

En attendant il (le coronavirus) n’est pas sans vertus. Ainsi, selon le journal Reporterre, en Chine, les mesures visant à contenir le coronavirus, qui se sont traduites par une réduction de la production industrielle, auraient permis d’éliminer un quart ou plus des émissions de CO2 du pays au cours des deux dernières semaines, période où l’activité aurait normalement repris après les vacances du nouvel an chinois.

Nos amies les bêtes ne seraient pas en reste : selon Science et Avenir, la faune sauvage « bénéficierait » aussi de l’épidémie. C’est ici :

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/le-coronavirus-fait-du-bien-a-la-faune-sauvage_141869

Mais ce qui vaut pour les animaux ne vaut pas pour les hommes … ni pour l’industrie ou les marchés financiers.

Ainsi la bière Corona serait une victime collatérale du virus. Au début j’ai cru qu’il s’agissait d’une reprise d’un article du journal parodique Le Gorafi, Mais non … et dire que Jacques Chirac n’est plus là pour déclarer l’état d’urgence « coronaïque ».

Les Bourses s’inquiètent et on réalise enfin, dans certains milieux autorisés (comme raillait Coluche), la légèreté, pour des raisons d’âpreté financière, d’avoir fait de la Chine l’atelier polyvalent du monde. Nous n’avons, par exemple, plus d’autonomie « médicamenteuse » en France. Et l’industrie pharmaceutique de s’interroger soudain sur l’utilité de maintenir un peu de fabrication sur nos sols nationaux et d’envisager de relocaliser une partie de leur activité.

En même temps, après quelques semaines d’attentisme, le ministère du travail se réveille et publie sur son site un guide des bonnes conduites face au virus.

https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/coronavirus_entreprises_et_salaries_q-r.pdf

Le mari d’une de mes collègues revient d’une zone à risques. Je me demande quelle sera la réponse de l’entreprise et des écoles où ses enfants poursuivent leur scolarité. Tous confinés ? Et on s’alimente comment en attendant la fin de la période d’incubation dont il n’est pas assuré qu’elle ne soit que de 14 jours (on n’évoquera pas, par pudeur, le cas des porteurs sains) ?

Ces crises sanitaires, contrairement à ce qu’affirme cet « éditorialiste » télévisuel estampillé Rassemblement national, ne datent pas d’hier. La conscience serait de prendre acte que, si l’on sait aujourd’hui traiter nombre pathologies d’antan, l’évolution des techniques ne nous préserve pas, entre autres choses, des risques sanitaires. Peut-être nous rend-t-elle, à certains égards, plus vulnérables et qu’il serait peut-être temps de ré-interroger sérieusement nos modes de vie et de développement.

Et pourquoi les algorithmes dans ce titre, alors ?

A cause de cette sortie d’un jeune député LREM dont je ne saisis pas bien le rapport entre ses propos et le projet de loi sur les retraites si ce n’est de tenter de justifier l’intégration du régime des avocats dans le régime universel (sic) en faisant valoir le fait que leur métier en tant que tel va finalement disparaître.

« Pourquoi le nombre d’avocat va baisser ? Parce que la profession va évoluer. Ce que l’on fait aujourd’hui en contentieux de masse n’existera plus parce que les algorithmes le feront bien mieux. Les avocats vont se spécialiser dans l’accompagnement » assure ainsi Sacha Houlié.

Il paraît que l’on doit, en partie, le casting des députés LREM à Jean-Paul Delevoye qui examinait les candidatures dans je ne sais quel comité Théodule pendant la campagne législative. Le résultat est tout de même édifiant (comme son leg plus qu’ajouré sur la réforme des retraites). En entendant cela, et en regardant le fonctionnement de cette majorité « pscittacique » depuis bientôt trois ans, je me dis qu’il ne serait pas incongru d’imaginer également son remplacement par un algorithme. Ce dernier d’ailleurs ne serait-il pas plus sensible à l’absence de données vérifiables sur les paramètres qui gouverneront la fin de vie laborieuse de tous ceux qui nous suivront ?

Il est toujours aisé d’approuver un changement de régime qui ne vous concernera pas, ou peu. Et je me demande si l’individualisme galopant n’est pas plus toxique pour l’avenir que le coronavirus.