S’adapter

Même eux !

« Au commencement était » des David Graeber et Wengrow. C’est décidément un bouquin passionnant, si foisonnant, si savoureux, que j’avance tout doucement dans sa lecture. Me voici à la fin du chapitre intitulé « Dégeler l’âge de glace » où l’on apprend que, selon les récits que livrent les données archéologiques, « tout au long de la période glaciaire, marquée par de forts contrastes saisonniers, nos lointains ancêtres ont vécu une existence très similaire à celles des Inuits, des Nambikwaras (peuple installé au nord-ouest du Mato grosso au Brésil) ou des Crows (indiens des grandes plaines d’Amérique du Nord). Apparemment guidés par les sentiment qu’aucun ordre social n’est jamais fixé ni immuable, ils ne cessaient d’en changer, bâtissaient des monuments qu’ils finissaient par abandonner, laissaient se développer des structures autoritaires à certaines périodes de l’année pour mieux les démanteler à d’autres (…) Pourquoi Homo Sapiens qui passe pour le plus sage des grands singes a-t-il laissé s’installer des systèmes inégalitaires, rigides et permanents après avoir monté et démonté des structures hiérarchiques pendant des millénaires ? »

Bonne question que la suite du livre (qui m’attend) s’attache à explorer mais qui résonne étrangement à mes oreilles en cette période pandémique.

Or donc, Jean Castex annonça l’entrée en vigueur du pass vaccinal au 24 janvier 2022 sans exagérément s’encombrer du fait que le Conseil constitutionnel, saisi d’un recours portant notamment sur la conformité à la Constitution des dispositions transformant le pass sanitaire en pass vaccinal et excluant, en particulier, la possibilité de présenter, en lieu et place, le résultat d’un examen virologique ne concluant pas à une contamination à la Covid 19 ou (sous réserve d’exceptions à définir par décret) un certificat de rétablissement à la suite d’une contamination à la Covid 19, n’avait pas encore rendu sa décision.

Le recours des députés, le plus intéressant juridiquement à mon sens, s’appuyait sur une décision rendue en août 2021 (https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2021/2021824DC.htm ) par le même Conseil à propos du pass sanitaire dans laquelle ce dernier – observant que les dispositions relatives à ce pass, susceptibles de limiter l’accès à certains lieux, portaient atteinte à la liberté d’aller et de venir et, en ce qu’elles étaient de nature à restreindre la liberté de se réunir, au droit d’expression collective des idées et des opinions – avait opéré un strict contrôle de proportionnalité entre l’objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé et le respect des droits et libertés rappelé ci-dessus.

Dans sa décision rendue hier, le Conseil constitutionnel, tout en confirmant que les dispositions qui lui étaient soumises portaient atteinte à la liberté d’aller et de venir, à la liberté de se réunir, au droit d’expression collective des idées et des opinions, les valide au nom essentiellement de l’objectif de protection de la santé face à l’épidémie de Covid-19 et du fait qu’il ne lui appartient pas de déterminer si l’objectif ne pourrait pas être atteint par d’autres voies, notant, comme en passant, qu’il devra y être mis fin sans délai lorsqu’elles ne seront plus nécessaires et qu’une limitation possible de leur application jusqu’au 31 juillet 2022 est prévue.

On sait ce qu’il en a été de la date limite d’application du pass sanitaire…Entretemps, également, la gratuité des tests a été supprimée pour les non-vaccinés ce qui laisse à penser, compte tenu de leur prix unitaire et de la faible durée de leur validité (24 heures), que ces derniers n’y recourent plus ou peu. Ce qui n’aide pas à clarifier le paysage sanitaire.

Au fond, dans toute cette affaire, ce qui me chiffonne n’est pas tant la décision rendue hier, mais, vu les réserves émises par le Conseil dans sa décision relative à la mise en place du pass sanitaire, l’espèce d’apathie qui me semble entourer celle relative au pass vaccinal, les arguments développés par la « Haute Juridiction » pour justifier sa position semblant intéresser davantage que sa nature même.

Un peu comme si une sorte de fatalisme juridique vis à vis des décisions de cette instance comme celle du Conseil d’État (par exemple, à propos de la réforme de l’assurance chômage) s’installait insidieusement : rien à attendre vraiment, de toutes façons « ils » vont valider … reste à savoir comment.

Alors, à l’instar des auteurs cités ci-dessus, je me demande comment on en est arrivé là.

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On verra si la citation se vérifie « pandémiquement » devant la pétaudière que représente la gestion de la Covid. Difficile de suivre quand, notamment :

– les cas d’Omicron continuant d’augmenter dans le monde, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) se prononce contre l’interdiction des voyages internationaux et la vaccination obligatoire pour entrer dans les pays, invoquant l’inefficacité de telles mesures pour enrayer la propagation du variant Omicron : https://news.un.org/fr/story/2022/01/111

– on laisse entendre que la propagation d’Omicron pourrait ralentir avant d’apprendre que celui-ci ne constitue qu’un « lignage » de virus et connaît déjà des sous-variants, le dernier pudiquement nommé BA-2, devenu majoritaire au Danemark. «Ce qui nous a surpris, c’est la rapidité avec laquelle ce sous-variant, qui a beaucoup circulé en Asie, s’est installé au Danemark», a déclaré vendredi, l’épidémiologiste Antoine Flahault. «Le pays attendait un pic des contaminations à la mi-janvier; il ne s’est pas produit et peut-être est-ce dû à ce sous-variant, qui semble très transmissible mais pas plus virulent» (que le variant originel) ;’

– qu’on ne sait plus ce qu’il faut considérer comme un « schéma vaccinal complet » sachant que le vaccin même administré 3 fois ne prévient ni contre l’infection (atténuée semble-t-il) ni n’empêche le vacciné de contaminer.

et j’en oublie sûrement, entre là où on lâche du lest et là où l’on visse …sans parler des futurs JO d’hiver chinois sous tension covidique.

Le variant Omicron provoque un effet domino.

Au fond, ce virus (sans compter ses déclinaisons connues et à venir), par sa permanence – nous en sommes à la troisième année (2020, 2021 et maintenant 2022 …je suis gentille car les premières contaminations en France remonteraient à fin 2019 – nous ramène à une certaine stérilité conceptuelle, une absence de raisonnement du pouvoir. Une « complexification alliée à une spécialisation » si pointue qu’elle échapperait à l’entendement justifierait de confier des missions étatiques à des cabinets de conseils privés très onéreux et peu au fait (à supposer qu’ils s’en préoccupent) de nos structures administratives et sociales (disons, pour être charitable, somme toute, incompétents … ou à l’Ouest ce qui ne diffère pas tellement) partant de ce principe peu démontré (et assez largement démonté) que le privé fait toujours mieux que le public en termes de coûts et de services. Je vous laisse, pour le compte, apprécier le gloubi-boulga indigeste et louvoyant de cette ministre qui lit, laborieusement, une réponse confiée par ses directeurs de cabinet (si 10 minutes vous paraissent interminables -et je ne vous en voudrez pas- commencez vers 4,59 minutes).

Quand les mots ne sont que discours creux et n’ont plus d’autre fonction que d’essayer de remplir du vide, comment s’étonner de la montée d’une lassitude colérique ?

Alors, j’en viens à souhaiter que l’ingéniosité vis à vis du pouvoir de nos lointains ancêtres ne se soit pas définitivement perdue, qu’elle reste quelque part engrammée dans nos circonvolutions cérébrales.

« Il faut s’adapter », nous dit-on, mais pourquoi pas hors des sentiers balisés ?

Digressions sur fond covidien

Je me déglingue : les yeux, le dos. Cataracte possible, canal lombaire rétréci qui freine mes envies marcheuses. Je me dis que je suis, très caricaturalement, à l’image d’une représentation nationale (surtout à l’AN) qui ne sait plus ce que Constitution veut dire et la malmène.

Aquoiboniste empêtrée. En voie de dissocialité comme beaucoup en raison des stop et go confinés et autres couvre feu. Cette situation me fait penser à mon père que j’ai jugé sévèrement autrefois. Il était professeur de philosophie. Après plusieurs années en lycée, il est devenu professeur par correspondance à une époque où n’existaient chez les particuliers ni ordinateurs personnels, ni zoom, ni teams et autres outils de « contact » à distance. S’y serait-il plié d’ailleurs ?

Comment a -t-il tenu si longtemps ? Seul, sans aucune réelle relation avec ses étudiants voire confrères. Je me pose la question à l’heure où cet isolement me fragilise.

Sans doute s’est glissé entre nos confinements respectifs deux données : les miens ne sont pas volontaires et il bénéficiait d’un temps qu’il pouvait gérer à sa guise ce qui ne m’est pas donné. Mais je comprends, 36 ans après sa mort, combien on est susceptible de perdre pied. Il ne me reste heureusement (c’est très égoïste, je sais) plus quelques mois avant de retrouver ma liberté temporelle et penser à des choses autres que la réglementation plus qu’ondoyante sur l’activité partielle ou le télétravail, ou courir après le temps pour livrer à l’heure, en apnée.

S’engager en pandémie, voilà un bon sujet pour l’avenir, moi qui suis trop saturée par les échéances pour y penser en ce moment

Barbara Stiegler ne semble pas adepte de la servitude volontaire et ses propos donnent à réfléchir, ce qui semble avoir disparu du paysage citoyen hormis sur les ronds-points (si, si) dont on ne parle plus guère et j’en veux, en cela, à cette saleté de Covid. Une petite silhouette rousse ne les a jamais abandonnés ces GJ : Esther Benbassa dont twitter me dit qu’elle « me suit ». J’ai lu, il y a quelques années, « La souffrance comme identité » et je me dis, en dehors du fait qu’il faudrait que je relise, à l’heure où tout un environnement social, culturel et environnemental se délite, que c’est un thème peut-être à revisiter en élargissant son périmètre. Comment les jeunes se reconnaitront-ils plus tard ?

D’ici quelques mois, donc, j’aurai quitté mon travail parce que la casse méticuleuse du droit du travail me déprime et plus encore la novlanque en vogue managériale – pleine d’anglicismes inutiles dont on est parfois obligé d’aller chercher la traduction via google – , creuse et toxique, qui sape ce qui pouvait exister de cohésion dans l’entreprise. Selon que vous vous y faites ou pas dépend un certain avenir …

Mon père (encore lui) avait une expression sur ce genre de propos : « des paroles verbales  » disait-il. Si la parole est devenue insignifiante (j’entends par là qu’elle ne semble plus « engager » celui ou celle qui la prononce) ce qu’elle draine socialement est lourd. Voilà au moins 30 ans, par exemple, que le « ruissellement » a fait ses « non-preuves » contrairement à la stratégie du choc chère à Naomi Klein. Ma séniorité me « protège » (sic) mais il y a derrière moi des petits franco-kurdes que j’aime. Je leur fait des pelotes pour plus tard mais survivront-elles au cynisme et à la goinfrerie ambiante.

Pour ce qui est du vaccin anti-Covid, certains s’interrogent déjà. Alors, je repose la question : y-a-il encore une recherche sur un traitement possible ?

Rien à voir et pour s’aérer un peu.

Je me souviens de certain concert au temple de l’Etoile à Paris où, choristes amateurs, nous nous sommes donnés sur cet air ultra connu … et d’une tentative moins réussie de happening musical à la fin d’un office. La technique parfois si esclavagisante est parfois libératrice d’une morosité confinée (je me serais assez bien passée de la mention de la Banque mais bon ….).

Curieux comme Haendel, dont la biographie écrite par Jean François Labie nous apprend qu’il souffrit de passages dépressifs profonds, sut d’une certaine façon les sublimer.

https://www.alia-vox.com/fr/?s=

Sans doute cette ressource qui me et/ou nous manque.

Une année déjà très « prometteuse »

2021 n’ a pas tardé à faire savoir qu’elle était en compèt avec 2020. Variant Covid galopant, politique vaccinale gouvernementale aussi structurée que celle relative aux masques (pourquoi les agacements de J. Castex ne me convainquent-ils pas ? et vous ils vous font quoi ?), skieurs privés de remontées mécaniques (mettez vous aux raquettes, c’est sympa aussi), pour finir (provisoirement), et j’en passe, sur les « échauffés » (sic) trumpistes occupant et mettant à sac (enfin en partie) le capitole à Washington et certaine rave-party bretonne…qui a fortement mobilisé au ministère de l’intérieur.

Je me souviens, il y a presque 40 ans, de mes premières élections présidentielles – en tant qu’électrice s’entend. Je ne faisais qu’une confiance limitée à F. Mitterrand dont le parcours me semblait un peu « fluctuant ». J’étais bien plus mendésiste, bien que n’ayant pas connu Mendès aux affaires, faute d’être encore au monde, mais j’ai pu apprécier, plus tard, sa franchise sur d’autres questions notamment européennes (un discours prémonitoire en janvier 1957 trouvé sur le JO) ou moyen-orientales, sans me départir, sur ce dernier point, d’un certain pessimisme, sur ce qu’il y adviendrait, après avoir travaillé en kibboutz en Israël en 1980.

Or donc, notre Jupiter, qui ne manque décidément pas d’air et cherche des références présentables, va rendre ses hommages à Tonton. Qu’espère-t-il ? La reconnaissance d’une filiation posthume ? Qui sait, après-tout ? Sauf qu’il aura fait, en gros, le chemin inverse de celui de celui de son mentor d’un jour en partant d’une pseudo-gauche pour pencher vers une droite pas encore extrême mais pas loin.

Du coup, d’aucuns ressortent des citations du grand homme et surtout celle-ci dont je ne sais si elle est vraie … mais bon (se souvenir que le même Tonton à partir de 1983 nous a jeté dans cet engrenage du privatisable à tous crins qu’il dénonce) :

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Pendant ce temps là outre-atlantique Donald Trump, toujours élégant et toxique, indique à son fan club qu’il ne se rendra pas à l’intronisation de Joe Biden le 20 janvier prochain. Manière de dire, « j’ai épuisé toutes mes cartouches électorales …mais cet imposteur ne paie rien pour attendre, restez mobilisés à fond ». En même temps; quand on voit ça on se demande si on n’est pas dans un calamiteux épisode de Groland.

Je me souviens d’un voyage en 1986 à bord d’un bus greyhound entre la Nouvelle-Orléans et Miami. En gros un trajet assez « sudiste ». Je ne sais où en était Trump à l’époque mais sa rhétorique était déjà là. Tous ces noirs et ces hispanos …

De l’air !

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Série « 1999 » à la fin des années 70. Des équipages choisis parmi des gens très qualifiés, qui voyagent sans fin en jersey gradés (jaune, rouge, bleu …je ne me souviens plus qui étaient les plus « capés ») uniformes. On ne sait pas trop ce qu’il mangent ou boivent (du recyclé bio breveté ?), comment ils continuent de voguer dans l’espace ni pourquoi ils (l’humanité en réalité) en sont là.

Peut-être sommes nous en train de prendre un chemin également erratique sur le plancher des vaches. Prenez l’air …par exemple.

Il est dégueulasse à peu près partout et à ce seul titre les masques ont leur utilité au point de se demander si avec l’aérosolisation (je ne sais pas comment on dit) prouvée de la transmission du virus Covid … on ne va pas finir par trouver des vertus au voile sous toutes ses formes et (presque) des justifications (« séparatisme » inclus ?). Je plaisante bien sûr…

Parmi les préconisations médicales anti-Covid 19, il y a celle d’aérer. A tout prendre il me semble qu’il faudrait surtout préalablement aérer la pensée globale du Gouvernement, trop confinée pour être efficace.

Prenons la situation éducative.

L’encombrement des amphis n’était pas un mystère.

De ce point de vue, le Gouvernement n’a jamais été prêt été en quoi que ce soit. Quand le voisin italien embauche des professeurs pour faire face au problème … on réduit la « jauge » (joli mot pour désigner les étudiants … j’ironise bien entendu) sans moyens supplémentaires.

Au niveau ministériel, il semble que l’on aie perdu de vue la notion de mètres carrés, du niveau de nombre d’étudiants à cette aune, du niveau de ventilation des salles pour assurer un air à peu près sain.

Au corps enseignant de se débrouiller.

En somme on a tellement anticipé qu’on est en retard sur tout.

Pendant ce temps là on bricole industriellement et on brade aussi sur tout. Dernier avatar :

https://www.mediapart.fr/journal/economie/061020/suez-veolia-la-journee-des-dupes

Le « capitalisme humaniste » soudainement révélé à Bruno Le Maire pendant le confinement – et aussi soigneusement « interprété », pendant tout ce temps, entre autres, par Alexis Kholer – a vécu avant d’exister.

Comment dire, je ne me suis jamais attendue à une quelconque réelle créativité de ce petit monde issu d’un creuset unique. Juste une servilité tantôt bonhomme tantôt passablement hypocrite. Mais pas à une telle nocivité.

En passant ….

Je ne sais pas combien d’argent public aura coûté la carrière de Pierre Moscovici au contribuable mais il est emblématique de ce pôle emploi endogamique qui fait que l’on voit recyclés presque à l’infini des élèves de grandes écoles formatés à des postes où ils ne feront rien d’utile pour la communauté mais pas sans profit pour certains.

Il paraît que la musique adoucit aussi l’humeur alors quelques notes légères pour conclure.

Des décisions difficiles

Compte rendu de l’allocution sanitaire de Jean Castex par « Les belles tapisseries autogérées@Belletapisserie »

Le résumé me semble assez clair et, pour ce que j’ai pu lire, complet.

Comme le fait remarquer Bernard Pivot sur twitter : « Plus les autorités politiques et médicales disent et répètent qu’il ne faut pas inquiéter, plus nous nous inquiétons de ce qu’elles savent et qui est sûrement inquiétant. »

Pendant ce temps là notre garde chiourme national Gérald Darmanin annonce que chaque tir de LBD lors de manifestations sera désormais soumis à l’accord d’un « superviseur » (on est prié de le croire) et qu’une nouvelle grenade à main de désencerclement (GMD), censée être moins dangereuse, sera utilisée dès samedi 12/9, jour où les Gilets jaunes ont promis de « se manifester » (source AFP 11/9/2020- 17 heures).

Parallèlement, selon le Huffington Post la préfecture du Pas-de-Calais a annoncé interdire aux associations non mandatées par l’Etat de distribuer des repas aux migrants à Calais, à partir de vendredi (11/9) et jusqu’à la fin du mois de septembre.

“Il est interdit toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires [dans une vingtaine de rues, quais, places du centre-ville] pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires liés à des rassemblements non déclarés”, peut-on lire dans un arrêté publié jeudi soir et que l’AFP s’est procuré.

La préfecture estime notamment que les repas que distribuent des associations non mandatées par l’Etat sont “caractérisées par le non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, qu’elles créent des nuisances et que des déchets sont laissés sur place”. https://www.huffingtonpost.fr/entry/migrants-darmanin-interdit-la-distribution-de-nourriture-par-certaines-associations_fr_5f5b460fc5b6b48507ff0012

Où l' »ensauvagement » martelé à longueur d’ondes semble aussi, parfois, le fait des institutions. Et où la Covid se montre une opportune « alliée ».

« Demain dépend de vous, de nous » dit Jean Castex. « Débrouillez-vous, nous nous chargeons du reste en somme » serait -t-on tenté de traduire. L’économie avant la santé, la sécurité avant les libertés, l’infantilisation sous la responsabilisation …voilà où nous persistons d’être.

Pour revenir au sujet initial, il en est des épidémiologistes comme des économistes. Il y a les orthodoxes au Conseil scientifique et les hétérodoxes. Catherine Hill fait partie de ces derniers. Pour elle, « La France a perdu beaucoup de temps et d’énergie sur la question des masques. Les propos contradictoires du Gouvernement au printemps, essentiellement pour dissimuler la pénurie la pénurie en dépit du bon sens scientifique, ont brouillé le discours qu’il fallait tenir dès le départ : oui, le port du masque dans l’espace public est nécessaire (….). Mais il ne faut pas se leurrer, les masques ne sont qu’un pis-aller (….). Pour elle, la stratégie de tests développée en France n’est pas la bonne. « Cet été en France environ 4 cas identifiés sur 5 n’étaient pas contacts d’un cas connu : cela signifie qu’au lieu de se concentrer comme on le fait sur des clusters,, en famille ou en entreprise, il faut tester la population de façon plus large, y compris grâce à des tests groupés pour tester plus vite et en plus grand nombre des échantillons tests de la population. Ou alors en testant régulièrement les eaux usées des villes pour repérer rapidement la présence de cas positifs (…). Dire que la responsabilité de la situation revient aux citoyens est une erreur majeure. L’avenir de l’épidémie est avant tout entre les mains des autorités » (Le 1, numéro 311 du 26 août 2020).

La politique du test groupé est celle adoptée par la ville de Wuhan : : 9,9 millions de ses 11 millions d’habitants ont dû se soumettre à un test. Pour y parvenir, la capacité quotidienne de tests a été augmentée de 300 000 à 1 million, en partie grâce à l’utilisation de tests par lots (ou « pooling ») : des échantillons provenant de plusieurs personnes étaient regroupés et testés ensemble dans un seul tube. Si l’un des échantillons s’avérait positif, il suffisait ensuite de tester les échantillons individuels des personnes du groupe concerné pour trouver celle qui était positive.

Oui mais voilà : est-il séant de s’inspirer de solutions chinoises (question oiseuse) ? Et, en l’admettant, est-t-on seulement logistiquement (personnel, matériel, produits etc.) en mesure de le faire ?

Reste encore une autre question : l’immunité pour ceux ayant contracté la maladie, combien de temps ?

Pour l’heure, si le stade de l’épidemie augmente, l’étiage de la réflexion des autorités ne semble guère avancer. Reprise oblige.

Incurie endémique

« La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le politicien pense à la prochaine élection, l’homme d’État, à la prochaine génération. » James Freeman Clarke (théologien et écrivain américain 4 avril 1810-8 juin 1888).

J’ai glané cette citation sur Tweeter.

Tout bien considéré, notre cheptel gouvernemental (mais c’est assez partagé en ce monde) me semble relever plutôt de la première catégorie ou alors ses pensées envers les prochaines générations ne sont guère amicales.

Sur suggestion maternelle j’écoute l’interview de cet avocat porteur des plaintes d’un collectif de médecins contre le gouvernement pour sa gestion de la pandémie Covid 19. Ayant assisté aux travaux de la commission d’enquête parlementaire sur le sujet et en particulier à l’audition de l’ex-ministre Agnès Buzyn, il nous décrit des gens hors-sol qui ne « tiennent » pas leur administration qui leur « remonte » ce qu’elle veut bien leur remonter. J’avais souvent entendu ça à propos de la direction du trésor qualifiée d’Etat dans l’Etat mais plus rarement au-delà. Multiplicité des étages, redondance des attributions, concurrence des services, dilution et enchevêtrement consécutifs des responsabilités, chacun est dans son rôle et personne n’y comprend plus rien, à commencer, donc, par les ministres dont l’ambition se limiterait à porter leur titre sans « l’investir ».

Bref, Agnès Buzyn n’avait juste pas l’étoffe de son poste, pas plus que Marisol Touraine ou Olivier Véran.

Le véritable pouvoir serait aux mains d’une technique gestionnaire, dogmatique , sans trop d’états d’âme et la nomination du haut fonctionnaire multi casquettes Jean Castex marquerait l’acmé de la tendance.

A cela s’ajoute, selon lui, le fait que « le gouvernement et la machine administrative a pour réflexe de compter uniquement sur le secteur public, pas sur le secteur privé. Il ne s’est pas posé une seconde la question de mobiliser le secteur privé. Il y a un fossé dans le traitement appliqué au secteur public vs celui du privé, notamment entre hôpitaux publics et cliniques privées. Cette triste défiance de l’administration vis-à-vis du secteur privé a miné la prise en charge des patients et a été un facteur de contamination, en raison de la saturation des hôpitaux publics. Pensez donc. On a installé des lits d’hôpitaux sous les tentes de l’armée, alors qu’il y avait vingt lits privés de Mulhouse qui n’ont pas été sollicités ».

Il plaide donc pour un système de santé privé, encadré par la puissance publique : « le privé peut parfaitement remplir des missions de service public, via les cahiers des charges dictés par les pouvoirs publics, via la soumission à des marchés publics. Autre technique, on peut faire des sociétés d’économie mixte ».

Hum.

Aux difficultés d’organisation pure, j’ajouterais un confinement intellectuel favorisé sans doute par une identité de formation. Et un certain goût pour le verbiage, le gloubi-boulga, le vide, le creux qui infeste aussi le privé. Et le faux participatif. De grandes manoeuvres se dessinent, par exemple, dans l’entreprise où je travaille. On se doute bien que les solutions sont calées mais l’on nous demande de réfléchir sur différents thèmes relatifs à notre future organisation. Au hasard : « Organiser et structurer l’information pour avoir une compréhension approfondie des moments clés d’usage de nos offres, un suivi précis des usages de nos solutions afin d’ajuster en continu nos offres et la façon de la délivrer ». Le document qu’on nous a transmis est truffé de ce type d’injonctions ponctuées de mots tels que pricing, time to market churn, ebitda ou acronymes tels que KPI (key performance indicator) que l’on ne se donne pas la peine de nos détailler (merci google) et de jolis dessins (voir ci-dessus).

Je ne sais pas combien l’entreprise a payé pour cette bouillie. Qui sait si non seulement notre système de santé mais la société dans son ensemble n’est pas en train d’être minée par ça : laisser prospérer l’insignifiant.

Entomologie des jours

Journal de Louis XVI

« Aujourd’hui, rien » pourrais-je écrire comme Louis le Seizième ce 14 juillet 1789 à la suite d’une journée de chasse infructueuse. Rien ou presque. Des petits détails. Le chantier en face de chez moi, à l’arrêt depuis 3 semaines s’est brièvement animé ce matin. 3 ouvriers dûment masqués, une pelleteuse. 3 heures environ d’activité, le temps de « validité » de leurs masques chirurgicaux ?

Il y a les joggeurs du matin et ceux du soir, souvent sans masque (il faut bien souffler à fond) et assez peu respectueux de toute distanciation sportive.

Le chant des oiseaux a couvert celui des pigeons ce qui n’est pas pour me déplaire mais les pollens et autres saletés printanières ne m’ont pas oubliée. J’éternue confinée, unique consommatrice de mes gouttelettes.

Des heures insignifiantes.

Démarrée vers 8 h30, avec un break entre 13 et 14 heures, ma journée se poursuit entre mails à profusion, coups de fils et autres conférences téléphoniques jusqu’à 19 heures environ. (parfois plus, parfois moins). Entretemps, je ne quitte guère mon banc de labeur. Bizarre cette sensation de pression permanente, d’injonction redoublée de produire toujours plus qui me laisse au soir, le dos cassé et les yeux explosés car mon installation personnelle n’a rien d’ergonomique.

Étrange cette culpabilité lorsque je me laisse aller à lire des quotidiens en ligne pour changer d’angle alors même que je n’y passe pas le quart du temps des échanges usuels et informels que j’ai au bureau avec mes collègues à la machine à café ou ailleurs. Je comprends mieux la fringale des travailleurs à domicile qui se noient sous les tâches de peur d’être considérés comme des feignasses.

Alors que les rues vides donnent le sentiment d’un temps immobile, j’ai l’impression de courir après lui. Absurde non ?

Il fait un temps radieux depuis notre décrété confinement. Un temps qui donne envie de randonnée, de paysages, de rencontres. Toutes choses bannies pour le moment et pour ce qui est de l’aération, j’ai largement épuisé les charmes des pâtés de d’immeubles voisins.

Une légende veut qu’en 1839 à l’âge de onze ans, le petit Jules Vernes aurait tenté de s’embarquer sur un long-courrier en partance pour les Indes, en qualité de mousse. Son père l’aurait récupéré in extremis à Paimbœuf. Jules aurait avoué avoir voulu partir pour rapporter un collier de corail à sa cousine, dont il était amoureux. Rudement tancé par son père, il aurait promis de ne plus voyager qu’en rêve.

Heureux homme qui a pu (presque) tenir sa promesse.

Le droit n’incite guère à la rêverie d’où cette envie, mes capacités d’adaptation techniques reculant, d’abréger mon temps laborieux.. Mais avec ce coronavirus et ces « efforts » auxquels on nous promet de devoir nous plier, pas sûr que j’y parvienne à court terme..

Certains pensent que le Codiv 19 nous engage à réfléchir sur demain. Pour s’en tenir à l’Union (sic) européenne, ou aux déclarations de notre ministre des finances (après un égarement fugace sur un capitalisme solidaire à inventer), économiquement, écologiquement rien n’est moins sûr. Les crises financières et sanitaires se rapprochent les unes des autres et l’on veut croire que notre modèle de développement est encore soutenable.

Misère. Sapiens, il est temps de te faire greffer un cerveau neuf.