Un quotidien attesté, une raison perdue

Les choses ont encore évolué depuis. Mais ce jour-là, c’était mon sentiment. J’en peux plus.

Me voilà en congés confinés à nouveau. Je me signe des autorisations de sortie pour l’essentiel alimentaire et ma santé.

L’avantage du premier confinement était le silence -les chantiers étaient à l’arrêt et les voitures furtives- et le bruit des oiseaux. Depuis le déconfinement en mai, c’est un festival de décibels en face et en dessous de chez moi. On bâtit ici un centre culturel et l’on refait sous mes fenêtres des trous que l’on avait fait et rebouchés il y a deux mois. Plus loin dans les rues c’est une orgie d’échafaudages de ravalement d’immeubles. Il y a des palissades partout au point que l’on ne sait plus où marcher. Magnifique cette conjonction de limitation d’horizon. Le confinement combiné aux bâches. La nuit presque tout le temps.

Me voilà donc reconfinée dans le bruit incessant. Comme si l’enfermement seul, les pétages de plomb du ministre de la santé à l’Assemblée nationale et les inconséquences du ministre de l’éducation sans compter un premier ministre caricatural pour rester sobre ne suffisaient pas à rendre marteau (piqueur), voilà que s’invitent aussi les élections américaines.

Depuis des jours D. Trump trompetait sur la fraude au votes par correspondance, sur une victoire par avance volée. La toxicité du personnage étant élevée, pas difficile d’envisager qu’il mette les US en plein chaos d’ici l’investiture de Biden en janvier si ce dernier l’emporte à la Pyrrhus ( ce qui n’est pas garanti à l’heure de ce billet).

Pour se donner une idée de la dinguerie dans laquelle ce pays vit (le seul truc qui m’amuse est ce type qui passe derrière elle « marxisant » façon Groucho la vidéo) :

On est mal, on est mal. Il est peut-être temps, européens, de songer plus spécifiquement à nous. On en fait quoi de cette construction brinquebalante ?

J’imagine qu’ailleurs, à Pékin surtout, on s’amuse de ce grand guignol occidental suicidaire. Il paraitrait même que cette covid qui nous vaut ce deuxième confinement ne serait pas exactement celle de ce printemps …

Et pourtant les rayons cosmétiques sont fermés.

Digressions covidiennes (puisqu’il est difficile d’en sortir)

Société | Cercle Progressiste Carnussien | Page 7

Drôle d’ambiance un peu flottante qui me ramène à début mars. Alerte maximale dans Paris et les départements de la petite couronne, dans la métropole d’Aix-Marseille et la Guadeloupe. Si la tendance actuelle se confirme d’ici dimanche, les bars et restaurants fermeront en région parisienne à partir de lundi, et les soirées et les fêtes de famille seront interdites. Le confinement général a coûté trop cher économiquement pour être à nouveau envisagé, mais l’étape suivante pourrait être des confinements localisés ou temporaires, le temps que la fièvre baisse.

On ne sait pas, les ondoyantes et successives annonces gouvernementales et le centralisme peu démocratique de la gestion de cette crise, avec en « appui » des « machins » multiples dont on finit par perdre de vue la compétence, n’aident pas à y voir clair, voire hérissent. Difficile d’obtenir la coopération des élus locaux quand on les zappe. Ajoutez à cela une parole largement discréditée dès l’origine autour des masques …

Aujourd’hui les délais d’obtention des résultats des tests nasaux PCR les rendent inutiles, alors on place ses espoirs dans des tests salivaires et antigéniques dont les résultats seraient plus rapides. Mais si les vannes sont également aussi ouvertes que pour les précédents ne risque-t-on pas, là encore, la saturation ? Et d’ailleurs qui les produit ?

En Finlande, des chercheurs ont décidé d’utiliser des chiens, et leur odorat, pour repérer les malades. « Lorsque vous arrivez à l’aéroport d’Helsinki », raconte ce correspondant de RFI, « vous avez la possibilité d’entrer dans une petite pièce pour frotter vos aisselles ou le creux de votre cou avec un morceau de tissu. De l’autre côté du mur, un dresseur récupère l’échantillon et le fait sentir à son chien qui peut savoir en dix secondes si vous êtes ou non infecté par le coronavirus. » Il paraît que ça marche. Petite question tout de même : la formation du chien c’est combien de temps ?

https://www.rfi.fr/fr/europe/20200928-en-finlande-chiens-d%C3%A9tecter-le-covid-19-en-10-secondes?ref=tw

Et puis quelle durée d’immunité ? Une jeune collègue, qui assurait avoir eu le Covid au printemps, a été contaminée par une amie testée positive. Elle s’est claquemurée chez elle pendant la semaine réglementaire mais n’était pas sortie de la toux quand elle nous est revenue …brièvement car elle a été prestement renvoyée chez elle. De deux choses l’une : au printemps c’était pas le Covid ou alors le temps d’immunité est vraiment réduit.

Un grande différence par rapport à mars cependant : le virus a circulé joyeusement tout l’été et l’on n’a plus cette configuration de « clusters départementaux » qui permettaient un « délestage » d’un CHU à un autre. Considérera-t-on plus sérieusement l’option d’associer les établissement privés ? Il semblerait que le nombre de lits en réanimation HP n’ait pas été relevé.

Je ne suis pas assez comptable, par ailleurs, pour jauger et juger de la pertinence (suffisance ?) des différents objectifs nationaux de dépenses figurant dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021, mais je suis tout de même très dubitative. Lire ici, tout de même, entre autres choses :

Voilà, je tourne en rond un peu autour de tout ça en me demandant si cette réduction de vie sociale, spatiale et temporelle n’est pas une incitation sérieuse à la penser autrement ou à la repenser (là je crois que je vais avoir droit à une remarque sentie de l’un de mes lecteurs qui se reconnaîtra).

Et puis, il y a ça :

https://www.radioclassique.fr/magazine/articles/polemique-autour-dune-campagne-daffichage-sauvage-en-faveur-demmanuel-macron/

Quand Angela Merkel, chancelière depuis bientôt 15 ans – un record de longévité – incarne la stabilité de l’Allemagne (alors qu’elle était assez mal avant le Covid), la popularité de notre Jupiter yoyotte au niveau des sondages. La faute à ce remaniement ministériel de juillet dernier ? J. Castex, c’est le moins qu’on puisse dire ne convainc pas.

Où se situe-t-il d’ailleurs, notre Président, qui se sent des ailes à l’international (Liban, Turquie…) et semble si « distrait » au national (séparatismes exceptés) ces derniers temps.

Est-ce pour cela que LREM a sorti de son chapeau ces « drôles » d’affiches, recyclant sans imagination excessive le « ensemble tout devient possible » de Sarkozy de 2007, et tweete sans compter la même chose ?

En attendant D. Trump a été testé positif au Covid (une des rares choses positives chez lui) ainsi que sa femme. Je n’ai pas regardé le « débat » entre lui et Biden l’autre jour mais pour ce que j’en ai lu et subodoré de postillons dangereux, je serais le candidat démocrate, je me ferais tester fissa (peut-être l’a-t-il fait d’ailleurs ?). Il serait assez amusant qu’au bout du compte – car ils sont tous les 2 dans la tranche d’âge des personnes à risques – les américains se retrouvent dans un mois à devoir choisir entre leurs « vices ».

Ce corona qui nous dépasse

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Deux personnes (en « pause cigarette » est-il bizarrement précisé) blessées à l’arme blanche dans le 11e arrondissement de Paris, ce vendredi 25 septembre, dont une grièvement, lors d’une attaque qui s’est déroulée en fin de matinée près des anciens locaux de Charlie Hebdo.

Covid-19 : Marseille se révolte contre « l’affront » des nouvelles restrictions liées à l’épidémie. Dès samedi, bars et restaurants devront fermer. De même que tous les lieux accueillant du public et ne respectant pas un protocole sanitaire strict.

A Paris, les bars fermeront à 22 heures, les rassemblements de plus de 10 personnes seront interdits à partir de lundi. La carte de France vire au nuancier gris-rouge :

mais on assouplit le protocole sanitaire dans les écoles, au motif que les enfants seraient moins contagieux (Ah bon ?). Les étudiants s’entassent dans des amphis trop petits pour les accueillir et les travailleurs dans les transports en commun. Distanciation, mon amour.

Tout ce qui a pu se dire avec des trémolos dans les voix pendant le confinement – pour cause de pénurie de masques mais aussi, semble-t-il, de stocks stratégiques de médicaments à plat – est démonétisé. Nous ne sommes plus en guerre mais il faut « vivre avec le virus », urgence économique oblige.

Ces 8 semaines de quasi absence de vie sociale ont ouvert des boîtes de pandore qui n’ont pas fini déverser leur contenu. Et l’impression de flotter dans une atmosphère de mensonge – excusez- moi, d’affirmation à tort, de raccourcis ou d’imprécisions pour reprendre la novlangue de notre ministre de la défense – alliée au sentiment que la politique sanitaire est menée par un Gouvernement sans tête – après avoir encouragé le retour au travail dans les murs des entreprises, nos autorités ont fait marche arrière, ré-encourageant le télétravail, en particulier pour les personnes vulnérables. Mais elles ne sont pas revenues sur le décret du 29 août 2020 qui a drastiquement réduit le nombre des personnes jugées vulnérables face au Covid-19, lesquelles ont le droit au télétravail, et si ce n’est pas possible, au chômage partiel – ne fait rien pour remonter le moral.

Bref, je me demande ce qui va bien pouvoir « sauver » cette singulière année pour rester polie : un vaccin ? Le Sida qui, 40 ans après, attend toujours le sien, devrait nous inciter à plus modestement espérer un traitement. Mais à quel prix ? Le soin n’est plus un sujet et la santé est devenue un commerce extrêmement lucratif. La boulimie des labos pharmaceutiques n’étant plus un mystère, quelle instance osera les mettre au régime ?

Pour moi, le nez dans le guidon de la nouvelle édition d’un ouvrage consacré aux représentants du personnel, je me dis que j’ai peut-être aussi loupé un coche. Créer un chapitre sur la protection de la carrière professionnelle des représentants n’était pas totalement dénué d’intérêt mais peut-être aurais-je mieux fait d’en anticiper un sur la représentation des salariés au temps du télétravail … sans tirer exagérément de conclusions de ces derniers mois. Pour un intéressant instantané sur le sujet lire par exemple ici :

https://www.actuel-ce.fr/content/pour-70-des-elus-du-personnel-la-charge-de-travail-liee-aux-mandats-augmente-depuis-la-crise

Ainsi brinquebale ce vaste monde et je me demande (encore) si le grand Alexandre (Vialatte) n’aurait pas été obligé par la rédaction du journal « La Montagne » de faire le deuil de sa chute : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ».

Je suis Amish

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 » Oui, la France va prendre le tournant de la 5G  (….) J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine« 

Commentant ces propos un twittos écrivit : Le méprisant de la République. Ce qui me paraît assez bien résumé. Car c’est plus fort que lui. Le Gaulois réfractaire ayant vécu, voici donc les Amish. Les intéressés s’en moquent sans aucun doute, les citoyens de la convention climat beaucoup moins : la demande d’un moratoire sur la 5 G faisait partie des 149 mesures proposées que le chef de l’Etat s’était engagé à reprendre. Où il se vérifie, une fois de plus, que les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

Une étude d’impact sanitaire et environnementale avant d’accorder des licences serait-elle superflue ?

Pas sûr

http://La 5G arrive en France, mais les autorités notent « un manque important de données sur ses effets sanitaires »

http://Tour du monde des réseaux mobiles 5G : les particuliers ne sont pas conquis

mais Jupiter ne saurait s’arrêter à ces considérations. Le doute ne fait pas partie de ses affects. « Le progrès vous dis-je  » ne se discute pas. On croirait entendre Diafoirus.

Il arrive un moment où l’on ne sait plus qualifier les gens. Le devrait-on d’ailleurs. Sans doute pas mais cela soulage souvent. En ce qui concerne E. Macron, j’hésite entre plusieurs qualificatifs que je ne dévoilerai que contre faveurs sonnantes et trébuchantes (je plaisante) : vu de ma fenêtre, cet homme est inconscient de la violence qu’il distille via ce genre de sorties (on se souvient outre des gaulois réfractaires, des illettrées, du costard, de traverser la rue, du pognon de dingue etc. A propos de ça, la réfection de son bureau nous aura coûté bonbon.Start-up nation mais old style présidentiel ).

Mais, au fait, c’est quoi la 5G ? Selon l’ autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep)

« La cinquième génération de communications mobiles (5G) se présente comme une génération de rupture, celle qui ne s’intéresse plus uniquement au monde des opérateurs mobiles grand public, mais qui ouvre de nouvelles perspectives et permet la cohabitation d’applications et usages extrêmement diversifiés, unifiés au sein d’une même technologie.

La 5G doit permettre un saut de performance en termes de débit (qui doit être multiplié par 10), de délai de transmission (qui doit être divisé par 10) et de fiabilité de la communication.

Elle devrait être un véritable « facilitateur » de la numérisation de la société, en autorisant le développement de nouveaux usages : réalité virtuelle, véhicule autonome et connecté, ville intelligente (contrôle du trafic routier, optimisation énergétique), industrie du futur (pilotage à distance des outils industriels, connectivité des machines)… »

Outre la vacuité du discours, c’est ignorer sciemment que beaucoup sont loin de pouvoir accéder à cette discutable petite merveille.

Drôle d’époque où, de plus en plus, on ne se pose pas la question de l’utilité des choses mais de comment les acquérir pour la seule raison qu’elles existent. Quel bonheur d’acheter un cache-pot en forme de pot….mais un pot design !

Jupiter a-t-il jamais sérieusement songé à la notion de « progrès » ? Sans doute pas. Pour cet homme pressé, il ne faut pas rester en queue de peloton, il faut aller vite sans être trop regardant.

Alors je songe à J.Ellul et à ce constat qui n’a pas pris une ride : « La Technique ne se contente pas d’être le facteur principal ou déterminant, elle est devenue Système, et l’homme est au service de la technique plus qu’elle ne le sert ».

« Si la technique est totalisante », poursuit Ellul, « c’est-à-dire si le système technicien est capable d’intégrer tous les phénomènes nouveaux au fur et à mesure qu’ils se présentent, si la technique est récupératrice, c’est-à-dire si tous les mouvements révolutionnaires sont finalement récupérés par elle, qu’est-ce qui peut bien lui échapper ? D’un point de vue humain, rien. »

Voir pour plus de détails ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Ellul

En sommes-nous là ?

Rien à voir,

Olivier Véran: « Les cas contacts de cas contacts ne sont pas des cas contacts ». Ah, bon ???? Et pourquoi donc ? la causalité serait-elle rompue ? Moi, ce genre de sortie, cela me fait penser à Bobby Lapointe (takatietakité). Après les masques, les tests, notre ministre de la santé est en bonne voie de crédibilisation.

Encore 600 jours …ou à peu près

« Le meilleur gouvernement est celui où il y a le moins d’hommes inutiles. » Voltaire. Ou de femmes ajouterai-je.

Est-ce dans les pensées de Jean Castex dont on attend toujours la désignation du « reste » du Gouvernement à savoir quelques secrétaires d’Etat ? Ou bien les tractations sont-elles plus serrées que prévues ? La réponse est sans doute dans la deuxième question.

Curieux moment où le Président « réinventé » tourne en rond, où le Premier ministre se veut ferme mais se contredit en défendant un « plan de relance » où le soutien à la demande est occulté par son soutien au capital et à l’offre, son obsession restant la baisse du coût du travail et la « réforme » (pour ne pas dire poursuite de la casse) de notre modèle social …..

…..et où le covid (j’ai du mal à dire la covid) 19 se rappelle à nos mauvais souvenirs à la faveur des migrations estivales. La Nouvelle Aquitaine passablement épargnée jusque là se retrouve parmi les territoires vulnérables et des ministres non masqués expliquent aux préfets masqués comment ils vont devoir faire respecter le port du masque la semaine prochaine. Il est vrai que ce dernier se porte le plus souvent sous le menton ou sous le nez … et qu’un rappel à l’ordre ne serait pas inutile. La disparition des macabres statistiques quotidiennes engrenées par l’impavide directeur de la santé ont donné paradoxalement de l’air et une respiration dans notre quotidien. Mais le souffle reste court.

Pendant ce temps là on apprend par le journal Médiapart, via l’exploitation sonore d’écoutes judiciaires, les drôles d’activités de l’ancien patron du service du renseignement intérieur Bernard Squarcini dit « le Squale » : entre autres choses, la surveillance du journal Fakir et de son fondateur François Ruffin qui menace de perturber l’assemblée générale du groupe LVMH, l’accélération de la délivrance de passeports pour les voyages d’affaires de cadres du leader mondial du luxe, la surveillance des procédures judiciaires intéressant la multinationale etc…. Les échanges entre « le Squale » et ses interlocuteurs se font souvent sur le ton de la blague. « Nous on est des voyous mais on est des voyous peinards » dit l’un de ses « contacts ». L’homme est bonhomme et sûr à l’époque de son impunité.

Etat dans l’Etat, marigot où intérêts privés se mélangent avec basse police, la barbouzerie ne date pas d’hier mais dans ce monde en suspension où l’expression de la colère sociale n’est plus seulement entravée par le corps policier, où la distanciation physique est une contrainte mal acceptée, cette fluidité cynique que l’on retrouve aussi sur certains plateaux télévisuels passe mal. La nécessité de se laver régulièrement les mains n’empêche pas nausée.

Pour revenir à Jean Castex son utilité pour l’heure est de suivre la feuille de route inchangée de Jupiter sans lui faire d’ombre. Ramené sur les réseaux sociaux à un personnage sorti de vieilles actualités de la IIIe République, sans doute est-il plus toutefois plus madré que sa façon d’épeler ses discours donneraient à croire.

600 jours c’est à la fois long et bien court surtout quand la sphère politique, tous horizons confondus, paraît encore bien loin, elle, de se réinventer.

Masques et cervelle

Pendant deux mois, je m’en suis passée, ou plutôt je m’en suis bricolé, au gré de tutoriels croisés ici et là sur la toile : avec des feuilles d’essuie-tout, des chutes de matériel de randonnée que je n’utilise plus. Un infirmier vivant dans mon immeuble s’amusait de ma mise tout en me disant « c’est pas si mal ». Mes masques essuie-tout étaient à sortie unique, ma machine à laver s’occupait de celui en tissus. Ainsi allait la vie.

Et puis, nous a – t -on annoncé, il est devenu possible de s’en procurer en pharmacie à partir du 27 avril, puis en grande surface à partir du 4 mai. Je ne me faisais guère d’illusions : il en serait des masques comme du papier toilette et des pâtes en début de confinement. J’ai donc continué avec mes bricolages …me sentant un peu minable tout de même face au nombre grandissant de personnes en portant des « certifiés » ou m’apparaissant comme tels.

Au fond, ce n’était pas le masque en tant que tel qui me préoccupait mais le fait de ne pas en avoir « d’homologué » , signe de mon manque de débrouillardise, de volonté peut-être, ou d’une forme de fatalisme.

L’amour-propre est un drôle d’aiguillon : je me suis mise à en chercher (des masques). Recherche du juriste d’un sentiment rassurant de retour à la norme ? Dans une première pharmacie d’abord (dont le turn-over du personnel ne m’a jamais inspiré une excessive confiance) où j’ai pu en acquérir un qui s’est avéré inutilisable : trop petit (nez ou menton, il fallait choisir), élastiques cousus en longueur ..

Sur internet ensuite sans trop y croire. Mais j’avais tort.

Puis la mairie de ma ville (Levallois-Perret) en a distribué gratuitement. A chaque tranche d’âge son jour. Le lieu : notre bureau de vote. Senior citoyenne homologuée au bureau n° 16, je me suis présentée à l’ouverture munie de ma carte d’identité et de ma carte d’ électrice. Une dizaine de personnes me précédait, toutes masquées mais impatientes. Pourquoi cette distribution prenait-elle autant de temps ? « Ronds de cuir un jour, ronds de cuir toujours », me dit celui-là, dûment protégé par un masque chirurgical, espérant de ma part une approbation qui ne vint pas car c’était mon tour …Car là est l’absurdité : les plus énervés, ce matin là, étaient ceux, déjà détenteurs de masques certifiés (ou du moins étrangement ressemblant à ces derniers).

Au fond, pendant deux mois je n’ai pas éprouvé ce manque de masque officiel. J’évitais les heures de pointe au supermarché ou dans les rues, respectait une distance un peu supérieure à celle préconisée. Pourquoi cette angoisse d’un coup « mais je n’en ai pas de vrai » ? Pourquoi cette tension, alors que rien ne dit que la situation soit si différente de celle de début mars.

La réponse se trouve peut-être dans cette interview de ce docteur en neurosciences, Sébastien Bohler (Télérama n° 3669 du 9 au 15 mai 2020). Le cortex l’emporterait-il chez moi sur le striatum ?