
C’est un fait, j’ai de plus en plus de mal à remplir ce blog. Un peu comme si la sidération dans laquelle me plonge l’actualité avait asséché mon stylo. Les lectures, de polars essentiellement, n’y changent rien. Ou plutôt les relectures. J’ai récemment retrouvé quelques opus de Tony Hillermann dans lesquels la partie ethnologique -l’évocation des us et coutumes des navajos, en particulier- m’intéresse autant que l’intrigue policière. Ils m’ont ramenée à ces quelques semaines en septembre 1998 où je suis allée traîner mes pataugas dans les paysages qu’il décrit. L’un de mes plus beaux souvenirs reste le lever de soleil sur le parc de Dead Horse Point à bord d’un petit coucou. Chargée de traduire les commentaires du pilote de l’avion pour mes petits camarades d’escapade, je n’ai pas pris de photos et tout est demeuré dans mes yeux. C’est peut-être mieux car la mémoire contribue à faire évoluer un instant singulier qui serait resté figé sur la pellicule. Je ne sais plus où j’ai rangé les photos de ce voyage. J’ai déménagé trois fois depuis lors et eu la flemme de rouvrir certains cartons.
J’aurais peut-être dû choisir autre chose car tout cela me ramène aux Etats-Unis et son quotidien inquiétant qui semble infuser chez nos politiques. Les mesures annoncées par François Bayrou, en particulier sociales, font presque écho à celles de la Big Beautiful Bill (la grande et belle loi) Trumpienne. La dimension de la casse est certes moindre mais la ligne de fond est assez identique : la redistribution, quel ennui ruineux.
Je ne sais pas pourquoi mais me vient tout à coup l’image d’un patineur novice certain de pouvoir réaliser un triple axel. Je suppose que Donald Trump n’en douterait pas une minute….s’il s’intéressait au patinage. Pour l’heure, il gère son pays comme un mafieux. Chantage, menaces, extorsions de fonds, tout lui est bon. Ainsi, par exemple, sa politique douanière devient un instrument d’ingérence dans la justice d’un pays voisin, le Brésil en l’occurrence, afin qu’il abandonne les poursuites contre Jair Bolsonaro dont la trajectoire, tentative de coup d’État compris, ressemble à la sienne. Ses menaces de procès à l’encontre d’une chaîne de télévision ayant besoin d’un aval fédéral pour réaliser une fusion avec une société de production sont l’occasion de conclure un deal -lui qui aime tant ça- à 16 millions de dollars. Un humoriste, hébergé par la chaîne, ayant qualifié l’opération de gigantesque pot-de-vin, vient d’apprendre l’arrêt de son émission en mai prochain. A chaque jour sa vilaine pochette surprise.
Donald se fait balader par Poutine et Netanyahou ? Peu importe. Un fait chasse l’autre ….encore que la sordide affaire Epstein qui lui colle à la peau comme le sparadrap du Capitaine Haddock fracture une base électorale déjà fragilisée par les purges financières d’Elon Musk (je résume grossièrement).
« Comment les américains ont-ils pu voter pour ça ? » me demande ma mère. Bonne question que l’on pourra se poser à notre tour en 2027.
En attendant, ça bouge (un peu) chez les démocrates américains. Obama, lui-même, se fait chahuter.
“Moins d’introspection nombriliste. Moins de pleurnicheries. Moins de position fœtale.” ; “C’est le moment de se retrousser les manches. Pas de s’apitoyer. Pas de se cacher. Ce qu’il faut maintenant, c’est du courage.” aurait tonné l’ancien Président. sans que l’on sente une quelconque stratégie derrière.
Le journaliste P. Corbé raconte sur son site Zeitgeist : la mise en garde de l’ancien président a notamment vivement agacé Whoopi Goldberg, coanimatrice de The View, un talk show très populaire sur ABC (et très anti Trump…). Elle a eu peu goûté ses leçons.
“Laissez-moi vous rappeler qui est en première ligne quand il y a eu ces grandes marches : c’était le peuple. C’est le peuple qui est sorti dans la rue. Ce n’étaient pas des gens en pleine introspection nombriliste, c’étaient des personnes âgées qui disaient : “Pourquoi vous touchez à ma Sécurité sociale ?” Ce n’étaient pas des plaintes. C’étaient des gens qui disaient : “Pourquoi vous retirez des droits à mon enfant alors qu’il est né ici ?”
« Peut-on gagner en incarnant la retenue quand le pouvoir se joue dans la rage ? Peut-on fédérer avec du pragmatisme quand le populisme dicte les émotions ? » s’interroge le journaliste.
Ce sont de bonnes questions aussi à se poser à l’horizon 2027..











