Ce blog n’est pas prémédité. Je ne planifie rien. Parfois les horizons me fatiguent, alors j’écris au plus près : sur des personnes qui m’ont marquée, sur du présent, du banal, et, quand ils me viennent, sur des imaginaires …qui n’en sont pas tout à fait, car on ne se défait jamais complètement de soi. Tout cela manque peut- être un peu d’unité, n’est pas d’airain. Cela zigzague, hésite, revient, repart. C’est comme ça. Le plus délicat est la distance car, si je ne rechigne pas à partager des émotions, l’intime reste une autre chose dont je n’ai pas envie de parler ici. Alors baladez-vous sur ce flou, si l’écriture vous en dit !
Très populaire au Japon, le pachinko est un appareil qu’on peut décrire comme un croisement entre un flipper et une machine à sous. On y joue dans des salles se caractérisant par des allées étroites de machines clinquantes alignées les unes à côté des autres sous un puissant éclairage au néon et par un bruit assourdissant. Je n’ai jamais compris comment on pouvait y passer des heures (et y perdre des fortunes) mais peut-être cet alliage de lumière et de son a -t-il quelque chose d’hypnotisant. Rivé à sa machine, tel l’ouvrier des temps modernes de Chaplin, le joueur ne pense plus, répétant inlassablement le même mouvement.
C’est un peu l’effet que me fait cette période électorale où les bruits de casseroles occultent les programmes, prennent le pas sur les idées au point que le conseil supérieur de l’audivisuel vient de s’inquiéter du temps de parole et d’antenne consacré aux déboires de certain – habilement feuilletonnés par un hebdomadaire satirique – et se fait un devoir de rappeler à qui de droit le respect du principe d’équité entre les candidats.
Jamais discourir ne m’a paru plus vain. J’observe certaine classe politique se mouvoir comme un banc de poisson, au gré de stratégies nébuleuses. Bref, dans tout ce « bruit » médiatique, je suis comme le joueur arrimé à son pachinko : incapable de penser, m’en tenant, consterno-médusée, au spectacle.
Je songe que Madame Irma devrait abandonner la cafédomancie et les cartes pour l’infusion judiciaire, et nos sondeurs se muer en bookmakers.
Outre-manche, d’ailleurs, ces derniers s’activent. Les cotes ont de quoi déconcerter. Par exemple celles-ci ( anciennes mais bon, c’est juste pour illustrer)
Ils auraient tort de se priver. Qui sur le fil : « Ourasi » ou « Roquépine » ? Car toute cette agitation me fait largement penser à un prix de trot attelé sur terrain miné. Me vient alors l’idée saugrenue qu’il aurait été parfait Léon Z pour commenter cette course à l’échalotte présidentielle. Reste plus qu’à trouver son hologramme.
(j’aurais voulu une vidéo plus rigolote mais je n’ai pas trouvé …du moins autour du tiercé)
Dans un petit billet malicieusement intitulé « Emploi réel, salaire fictif », elle écrit ceci : « En politique, je ne me réjouis jamais des malheurs de l’équipe adverse, ne serait-ce que parce qu’ils rejaillissent en général à plein flot sur l’ensemble de la classe politique. Mais là, c’est pire… (….)
Le PenelopeGate a délié les langues. Ce sont aujourd’hui combien de conjoints et conjointes (tenants du titre ou faisant fonction) qui réclament leur dû et menacent leur élu(e) ( à la fois de leur cœur et du suffrage universel) de dénonciation pour emploi réel, salaire fictif.
J’en ai un de ce modèle à la maison, que je trouve matin et soir, comptant ses kilomètres, à pied dans des buts de tractage, sur 4 roues dans des buts de voiturage, fouillant mes archives pour traquer chaque faute de ponctuation ou d’orthographe dans mes documents électoraux qu’il a corrigé en 10 ans…
J’en passe : chaque jour, la liste s’allonge et me condamne. J’en suis venue au point, en vue de négociations, de comptabiliser les plats Picard que j’ai décongelé pour lui, les « pneus neige » à épaisse semelle de caoutchouc que je lui ai fait troquer pour des chaussures mieux compatibles avec un usage urbain en climat tempéré, aux « kneipp » à lanières que je lui ai fait abandonner en même temps que les chaussettes qu’il portait avec.
Ajoutons qu’il dénonce cette dernière action comme atteinte à l’identité germanique et à la liberté d’expression.
Bref, c’est la guerre, d’autant que ses amis se liguent pour témoigner en sa faveur. Même drame chez mon excellente collègue Martine Faure et tant d’autres dont je tairai le nom par pure camaraderie. La politique n’est pas un long fleuve tranquille… ».
Rare parmi les députés à ne pas avoir manifesté des pudeurs de violette quand il s’est agi de déclarer son patrimoine (mariée sous le régime de la communauté de biens, elle a déclaré pour son couple un patrimoine de 5,4 millions d’euros, en grande partie immobilier), peu suspecte de considérer ses indemnités parlementaires comme un moyen d’arrondir icelui (en 2012 elle a reversé l’intégralité de la part non utilisée pendant la législature 2007-2012 de son indemnité de frais de représentation), elle a quelques raisons d’ironiser.
Cette image (doublement) renversée de collaboration professionnelle et conjugale s’adresse notamment au couple Fillon mais, comme les malheurs dont elle souligne qu’ils rejaillissent au-delà du cercle où ils ont pris naissance, ce petit billet diffuse, lui aussi, au-delà du pré carré de l' »équipe adverse ».
Bordelaise indécrottable, bien que ne résidant plus à Bordeaux, je l’ai adoptée comme « ma députée ». Une représentante, dont l’activité parlementaire et locale est réelle (sinon elle n’aurait jamais conquis ce fief de la droite depuis des lustres), mais dont la singularité s’accommode d’une obéissance agaçante (malgré les couleuvres avalées et les petitesses subies) au parti qui est le sien. Je me souviens de ma colère lorsque, en 2012, à quelque heures du dépôt des listes pour les législatives, elle a accepté comme suppléant un élu local qu’on voulait sans doute « pousser » en haut lieu (individu qui n’a guère confirmé les espoirs placés en lui et vient – décidément l’antenne Pôle Emploi élyséenne est performante – d’être propulsé à la cour des comptes). Je l’ai adoptée aussi pour des raisons plus familiales : l’aide apportée au compagnon (réfugié kurde) d’une de mes nièces, et le bras de fer qui l’oppose à ma mère. Au centre de l’affaire, la médaille du mérite (ou la légion d’honneur, je ne sais plus). Michèle pense que ma mère la mérite (l’une ou l’autre) mais ma mère, nonagénaire qui se revendique anarchiste mais dont je dirais plutôt qu’elle a toujours su s’affranchir subtilement de l’injonction ou de tout cadre quel qu’il soit, l’envoie aux fraises. L’affaire n’est pas close à ce jour mais je gage que Michèle n’y arrivera pas, ce qui n’empêche pas une estime réciproque et amicale.
Duruflé (Maurice).
En chœur, nous retravaillons son requiem. Nous l’avons déjà donné en concert l’an dernier, mais l’organiste du Temple a souhaité qu’on renouvelle la chose et que la prestation soit enregistrée. C’est sans doute l’œuvre qui m’aura le plus bouleversée depuis que je chante dans cette chorale : pour la paix et la méditation qu’elle suggère malgré d’incessantes ruptures de rythme. Peut-être entre-t-il aussi dans mon émotion le fait que nous la chantions précisément en mars, un mois où, après des jours et semaines de colère impuissante, j’ai retrouvé une forme de paix, il y a des années de cela. L’an dernier, j’ai chanté égoïstement pour les miens, je le ferai encore cette année.Direction
L’idée de cet enregistrement ne l’enchante guère, je crois. Elle préfère la joie de l’éphémère, ce plaisir partagé, volatile, à la gravure qui fige l’imperfection.
Elle a pris ses repères et repasse au stabilo ses annotations sur sa partition. Le flottement dans sa direction s’est évanoui …elle sait où elle veut nous mener, peut-être vers quelque chose d’aérien et dense à ce qu’il me semble, une équation que nous rendons difficile à résoudre : il y a ceux qui viennent et travaillent entretemps, ceux qui viennent et ne travaillent pas entretemps (et comptent sur les premiers), ceux qui viennent quand ils n’ont pas d’autres priorités, etc ….
Mince, aux yeux azur, elle me déconcerte au point que je ne sais dire ce que je sais vraiment d’elle en dehors de la musique et de quelques rameaux épars : un mari, deux enfants déjà grands, des petits-enfants rapportés, une maison à l’écart des bruits parisiens, un jardin qu’elle bichonne, un goût certain pour la cuisine, l’esthétique et le cocasse …. Ce qui frappe, c’est son énergie, ce mouvement perpétuel que l’on devine sous sa peau, cette onde qui la parcourt et nous porte. Une énergie qui puise dans ces heures passées à « gratter la terre », comme elle dit. Son ancre est là, comme elle l’est, pour moi, dans les griffonnages essemés au fil de ce blog.
Quand j’essaie d’imaginer ce qui, hors la musique, est susceptible de nous rapprocher, je songe : nous sommes des intranquilles, de facture différente, sans nul doute, mais des intranquilles.
Je ne sais pas si je saurais un jour parler des jardins japonais, de l’étrange paix qui y règne, de cette invitation au silence et à la méditation qu’ils distillent – alors même qu’ils sont cernés par la fébrilité de la ville – , de cette impression d’évidence et de naturel – alors qu’ils ont été pensés jusqu’au moindre brin – , de leur absence d’odeur hormis celle de la terre gorgée de pluie ces matins là. Chacun à sa manière raconte un parcours intérieur à découvrir sur les chemins autour desquels ils s’ordonnent.
Mystérieuse initiation dont la subtilité échappe à ma sensibilité occidentale.
Il faudrait pour parler de tout cela, me délivrer du bruit où nous sommes, de ce brouet d’altercations et d’invectives, de prises à partie surjouées, de ce théatre politique déprimant où les rois proclamés ne sont pas ce(ux) que l’on a cru et de ce fatras de paroles essentiellement verbales. Il faudrait pour cela, faire tomber tous ces copeaux de langue de bois. Il faudrait pour cela, s’affranchir des discours et questions vains. Pouvoir, en quelque sorte, se reconstituer. Rassembler ses pensées. Réfléchir loin de la rumeur du monde.
Selon une amie, l’année 2017 inaugurerait un nouveau cycle. A en croire les signes avant coureurs de cette fin d’année, celui -ci s’annonce comme celui de l’imprévu tant la méprise sondagière couplée à l’inconstance électorale ruinent des scenarii patiemment tricotés.
Rien n’est moins sûr que l’incertain disait P. Dac. Tomberons-nous sous la coupe de la droite patrimoniale filloniste ? Cela ne semble plus, à ce jour, faire un pli tant la presse dite « mainstream » tresse à celui-là une couronne déjà présidentielle.
Ces supputations empilées ne constituent-elles pas l’ultime provisoire de nos errements?
Alors, je regarde ces jardins immobiles sur mon écran, tentant dans le raffut des gazettes, de rebroder un calme perdu.Texte et photos S.Lagabrielle : tous droits réservés. Pour visualiser les photos correctement, cliquer dessus
PS : François Hollande vient d’annoncer sa non-candidature. Si cela élimine une hypothèse, pas sûr que la pétaudière y gagne en égalité d’humeur ….et nous, en clarté.
Elle arborait ce soir là un chapeau qui lui allait bien. Le trench, le chapeau, j’ai d’abord pensé à ça
… puis, malicieusement, à ça Ensuite, les idées dérivant comme elle savent dériver je me suis demandée, en cette période électorale : est-il plus facile d’élire un couvre-chef qu’un chef ? Ou : de l’importance du couvre-chef dans l’élection … d’un chef.
La politique aime bien les chapeaux. Ceux que l’on porte
et ceux que l’on fait porter (pas de photos car trop d’éligibles).
Certains deviennent emblématiques comme celui-ci :
qui peut revendiquer quelques imitateurs :
Mais force est de constater, de nos jours, un recul du galurin sur le front politique même si le melon se porte encore bien quoique de manière moins ostensible (mais non sans une certaine ostentation).
Ces réminiscences chapelières me font penser à cette bonne vieille série des Shadoks et leurs « adversaires » : les gibis.
La particularité de l’intelligence des Gibis est d’être collective et de provenir de leurs chapeaux melons. Ces chapeaux sont « comme des téléphones, mais si perfectionnés qu’il n’y a même pas besoin de parler dedans» . Quand un Gibi réfléchissait à un problème difficile, la question transitait automatiquement dans tous les autres chapeaux, tous les Gibis se mettaient à réfléchir ensemble, et la solution était vite trouvée.
Nous sommes bien loin de ce degré de sophistication démocratique et arpenter les champs de l’intelligence collective contemporaine déborde largement le propos de ce modeste blog.
Pour l’heure, une sorte de malice collective s’ingénie plutôt à brouiller les cartes, déjouer les pronostics, dévoilant ainsi un monde proprement Shadokien.
En témoignent quelques maximes de ces malheureux volatiles pas si éloignées des discours et réalités ambiants :
« Pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles il faut toujours taper sur les mêmes. »
« Si la solution n’est pas adaptée à la situation, adaptez la situation à la solution »
« Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller … et le plus vite possible »
« En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche. »
Quant au sourcilleux et surprenant vainqueur du premier tour des primaires de la droite (et du centre) et le non moins surprenant vainqueur au casque blond d’outre-Atlantique, ils me semblent incarner à eux seuls cet aphorisme :
« Le passé ne sera jamais pire que l’avenir »
Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous mais, d’un coup, cela ne m’amuse plus du tout.
Mêlant ma dernière production de photos japonaises et notre programme de travail choral en cours elle m’écrit : « finalement on pourrait presque mettre cette musique en regard de certaines de tes photos, même si rien ne lie à priori l’univers du requiem (de Maurice Duruflé) au silence méditatif des jardins japonais ».
Pourtant … si, une chose les relie : l’harmonie. Et puis ce sont aussi des méditations.
Harmonie, méditation. Les temps incitent à la recherche de l’une et à la pratique de l’autre.
Mais l’exercice dans les deux cas semble presque irréalisable.
J’ai toujours pensé le Brexit possible, mais Trump à la Maison Blanche ….
Sa victoire signe-t-elle celle de la flibuste contre la Royale ? Une allergie définitive aux discours désincarnés appelant à un politiquement « raisonnable » perçu comme une impasse ? La fin des « candidats naturels »?
Pour l’heure, je me borne à constater.
L’avertissement américain vaut sans doute aussi pour nous, français : une frange de plus en plus large de la société à la dérive, une certaine xénophobie, des partis traditionnels en lambeaux, des « zélites » de plus en plus déconsidérées (affaires obligent), une presse largement psittacciste …le rejet aussi de tout ce qui se négocie loin, loin de soi, loin des yeux …
« A force de considérer les gens comme des chaises on finit un jour par s’asseoir à côté » (je ne sais plus où j’ai entendu cela : dans « un taxi mauve » d’Yves Boisset ? Mais ce n’est pas de moi en tous cas).
Nous y sommes.
Pour rester hexagonale, « on » n’ a pas cru, en 2002, à Le Pen au deuxième tour, ni au Non au TCE (rayé d’un coup de plume parlementaire) en 2005, « on » n’ a pas cru au Brexit, « on » se disait Trump, vous voulez rire, pas ce guignol… la bien pensance unique toujours… Pourtant à y regarder d’un peu près en Europe, la tentation du repli, de l’isolationnisme gagne du terrain. Que dire, par exemple, de l’ascension assez météorique d’un parti comme Alternativ fûr Deutschland ou de ces élections, chez nous, où certains candidats de droite n’ont sauvé leur séant que grâce au report docile des voix de « gauche » ?
Tout paraît mûr pour un vote décomplexé lors de nos présidentielles.
Choisir entre des programmes qui tendent vers des solutions ayant fait la preuve de leur incapacité à réduire la fracture sociale depuis xxx ans … choisir parmi des candidats récurrents …. déprimant horizon.
Les compatriotes de nos « rust belts » de l’Est, du Nord et d’où qu’elles soient, se sentent peut-être boostés désormais à faire, à leur tour, le grand saut, à souffler dans les oreilles des « zélites » qu’ils sont autre chose que des données statistiques qu’on peut manipuler à coups de formations Pôle emploi bidons.
Alors, l’humanité ? Alors la méditation ? A réinventer sûrement. Comme le rêve et la démocratie.
Pour l’heure « on » cherche à justifier (et se justifier) … en attendant le prochain séisme électoral.
L’époque privilégie le réflexe et non la réflexion. La ruine de l’expérience, en somme.
Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés
Eloquence de la photographie. L’un regarde un public avec appétit et geste, imperator d’un jour. L’autre sourit, bonhomme, faussement en retrait, en embuscade. Le troisième, au profil d’aigle, ne regarde personne si ce n’est, peut-être, un avenir en tramé sur des murs qu’il a rasés, en d’autres temps où il ne s’exposait pas. Un qui fera peut-être fi des deux autres.
Reste la réalité d’un soir qui rebattra, sans doute, les contours d’une cartographie ambitieuse …