Question de salut

Salut Nazi ou romain (qui historiquement n’a pas plus existé dans l’antiquité que les casques à cornes gaulois et relève plus d’une reconstitution pseudohistorique popularisée par la peinture Davidesque et les péplums plus près de nous) ? Geste maladroit d’un autiste en pleine dérive émotionnelle ? Personnellement, j’aurais tendance à mettre le mouvement, qui n’a pas la même résonance outre-atlantique que chez les européens, en perspective avec les intérêts manifestés par le Monsieur pour le mouvement Alternative fûr Deutschland ou ses sympathies pour le leader britannique ultra-droitier Nigel Farage ou encore l’activiste Tommy Robinson et sa romance contracto- téléguidée avec Giorgia Meloni (voir plus loin). Les affaires sont avant tout les affaires, un peu de puissance US renforcée par les élections ne nuit pas et Elon a d’importants intérêts en Europe. Les prudentes réactions médiatiques mainstream dans notre petit hexagone sur le sujet s’expliqueraient ainsi : ne pas insulter l’avenir même s’il vous humilie dès à présent.

Dans ce qui m’apparaît tout de même comme un jeu à de multiples bandes, tant les deux hommes rivalisent d’imprévisibilité, difficile d’appréhender l’avenir ou plutôt de s’en inventer un ici hors de la contrainte politico-économique étasunienne et celle de l’influence de réseaux où l’on peut tout dire et faire à condition de plaire au patron.

Meloni en Italie, Orban en Hongrie, Kickl en Autriche, l’arrivée du nationaliste Bart De Wever à la tête du Gouvernement belge, la participation de 5 ministres du Parti pour la liberté (PVV) du populiste Geert Wilder aux Pays-Bas, sans oublier notre Rassemblement national, l’ascension de partis, généralement populistes et eurosceptiques, partageant un conservatisme social très marqué, un rejet de l’immigration et un nationalisme martelé, n’est guère contestable. De quoi , pour ces mouvements, ensemble ou séparément (voir Meloni et Musk récemment à propos d’un contrat de cybersécurité), avoir envie de jouer, à l’occasion, leur petite partition avec plus puissant que cette si mal nommée Union Européenne dont le fonctionnement même inciterait presque à la partition si le Brexit anglais ne nous engageait pas à y réfléchir tout de même à deux fois.

Curieuse séquence où le sursaut anti RN de juin dernier a été proprement piétiné par un Président accroché à son pouvoir. Désavoué par les sondages, le voilà presque mis à l’écart de son deuxième quinquennat, lui, omniprésent lors du premier. Sa majorité au Parlement 2022 était certes relative mais plus conséquente que celle d’aujourd’hui. Moralité : avant de balancer une grenade dégoupillée, s’assurer qu’elle ne risque pas de vous revenir à la figure.

Bayrou continue son sinueux et matois chemin, Retailleau et Darmanin leur numéro de cirque médiatique et le Président orange est bien parti pour réaliser son programme autoritaire, xénophobe, protectionniste, conservateur et climatodénialiste.

Deux tordus ici, quatre ans de cauchemar global, sacré quart de siècle qui commence !

Je me balade assez souvent sur youtube pour récupérer des émissions que j’ai ratées à la télé ou écouter des débats inaccessibles ailleurs (du moins pour moi), Depuis quelque temps, et j’ignore pourquoi, parmi les vidéos qui me sont proposées, figurent nombre de petits films sur des animaux (cétacés et tortues mais pas seulement) proprement « dévorés » par de petits organismes, des bernacles, par milliers, surtout, quasiment soudées à leur peau. Certains sont localisés par des sauveteurs qui mettent des heures à décrocher ces saletés hermaphrodites tenaces.

Je ne sais pas comment fonctionne le (faux) hasard algorithmique mais je me suis demandée ce qui nous permettrait de nous délivrer des bernacles nauséabondes et mortifères qui se reproduisent ici et là et de plus en plus près.

La cerise sur le chaos

Tandis que le scrutin européen permet surtout de tester les possibles têtes d’affiches de nos présidentielles 2027, d’autres élections se rapprochent à grands pas qui ne font pas rêver. Cauchemarder plutôt : les élections présidentielles américaines. Peu au fait du système électoral étasunien, je me suis demandée quelles étaient les conditions d’éligibilité à la fonction de Président des Etats-Unis.

Si j’en crois Madame Wikipedia, ces conditions, définies par l’article II de la constitution US, sont les suivantes : ne peuvent se présenter que les citoyens américains de naissance, âgés d’au moins 35 ans, ayant résidé pendant au moins 14 ans aux États-Unis. Autrement dit, il n’existe aucune restriction fondée sur la moralité ou le casier judiciaire. Même lesté de casseroles diverses et variées, rien n’interdit à Donald Trump de se présenter. Et ce, même en cas de condamnation à de la prison. L’ancien Président, qui risque quatre ans de détention pour falsifications de documents comptables, sera fixé sur sa peine le 11 juillet, soit 4 jours avant la convention qui devrait l’introniser officiellement candidat du parti républicain. 

S’il l’emporte en novembre, Donald Trump pourra ainsi entrer en fonctions en janvier 2025. Il ne pourra, toutefois (et heureusement !), ni se gracier ni ordonner l’abandon de ces poursuites, celles-ci se déroulant dans le cadre d’une procédure engagée par l’Etat de New York, et non pas au niveau fédéral.

Selon la journaliste Maya Kandel, la différence entre cette campagne électorale et celles de 2016 et 2020 se trouve dans l’image de « hors-la-loi » que Donald cultive et adapte en fonction de son auditoire. A la fois gangster et victime, se comparant tantôt à Al Capone pour le général et au christ lorsqu’il s’adresse à sa base chrétienne. Héros antisystème, en somme (Gardons cela en tête car nous ne sommes pas immunisés, chez nous, contre ce genre de supercherie).

Pour moi, ce qui me laisse perplexe, c’est le crédit (sic) que l’on continue d’accorder outre atlantique au personnage. Vous me direz, nous pouvons, nous aussi, nous enorgueillir d’un ancien Président à casseroles, mais il ne me semble pas à ce point caricatural. Question de point de vue ? Oui, vous avez raison.

En face « sleepy Joe » dont il est difficile de mesurer ce qu’il lui reste de lucidité et dont le capital électoral s’est sans doute étiolé en raison de sa politique à l’égard de l’Etat d’Israël.

Pour résumer, la revanche des élections de 2020 entre deux gérontes kakistocrates pour des raison différentes, cela vous tenterait, vous ?

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2024/06/06/la-kakistocratie-ou-le-pouvoir-des-pires-comment-l-incompetence-se-glisse-au-sommet-des-entreprises_6237598_1698637.html

Une victoire trumpiste ajouterait, pour moi, une cerise sur le chaos qui se diffuse sous nos yeux depuis trop longtemps.

Et nous en 2027 ? Pas de quoi fanfaronner non plus, pour être franche.

Sévigné 2.0 ou les épistoliers numériques

On se gausse, on rigole mais au fond un duel (improbable) au second tour 2027 entre ces deux là me déprimerait moins que celui que l’on nous distille : extrême droite (Marine) c/ extrême droitisé (Attal) … si celui-ci survit à l’usure de Matignon ce qui n’est pas gagné.

Lu sur le site Elucid un article qui se conclut ainsi : « Si Gabriel Attal parvenait à transformer ses années de Premier ministre en prime au sortant, il y aurait là un événement inédit dans l’histoire récente de la République. Cette possibilité n’est pas à exclure : après sept ans de macronisme et cinq ans de hollandisme, le pays est exaspéré par l’indécision et par le caractère brouillon de l’action publique, dont la seule constante réside dans une politique de régression sociale – inavouée sous Hollande, parfaitement assumée sous Macron ». .

« Si Attal parvient à restaurer l’autorité de l’État et à mettre en œuvre une politique empreinte de clarté et de redressement dans des domaines tels que la santé ou l’éducation, il y a fort à parier qu’il en tirera le plus grand profit : les Français seront, dans leur grande majorité, tellement soulagés d’être à nouveau dirigés qu’ils lui en seront reconnaissants. Toute la question est de savoir si le nouveau Premier ministre en est conscient et s’il en est capable, ou s’il n’est rien d’autre qu’un énième clone néolibéral du genre dont les élites accouchent avec méthode depuis quarante ans… ».

Si, si…. Les débuts de ce Gouvernement sur les questions précitées ne suscitent pas un optimisme débridé, pas plus que la rumeur de nommer François Bayrou à un ministère (Éducation Nationale) qu’il occupa jadis et où, à en croire les professionnels de la profession, ces enseignants gaulois réfractaires, il ne fit que ce qu’il sait magnifiquement faire : RIEN.

On devrait inventer le « rien » en discipline olympique. Cela nous vaudrait sûrement des compétitions un peu longuettes mais handicapantes pour nos athlètes hexagonaux, obligés de prouver leur inaction en un temps décidément record (songez donc 15 jours tout au plus).

Revenons à nos épistoliers. Espérons qu’écrire, avec courtoisie, c’est à dire prendre un peu de temps, les engage à plus de réflexion. Mais ce qui m’amuse c’est cette course soudaine à un certain « jeunisme » politique chez nous à l’heure où les américains risquent de se retrouver coincés à choisir entre un cinglé et un qui devrait profiter de sa vieillesse.

Attal c/Bardella, Ruffin c/ Gluksmann, Gluksmann c/ Bardella … faites vos jeux et appariements : on nous les vend déjà comme des lessives alternatives au macronisme nécrosé de ce second quinquennat.

Jeunisme sur le vieux continent, « cacochymisme » sur le nouveau, une sorte de monde renversé : l’année électorale 2024, à peine entamée, ferait rire si elle ne semblait pas signer un enlisement prévisible.

Humour noir

Depuis l’entrée en guerre de la Russie en Ukraine, remarque le journal Le Monde, un florilège d’histoires courtes se propage par le bouche-à-oreille et sur les réseaux sociaux, témoignant du retour en force d’une forme d’expression bien connue hier du monde soviétique : les blagues comme moyen d’exprimer son opposition.

Petits exemples saisis sur twitter

Autres exemples rapportés par Le Monde :

  • Moscou a proposé à Kiev d’organiser une rencontre entre Poutine et Zelensky. Selon des sources non officielles, les travaux pour la construction de la table ont déjà commencé. 
  • La décision prise récemment par le législateur russe d’interdire le mot « guerre » est ainsi tournée en dérision : « Afin de se mettre en conformité avec les exigences de Roskomnadzor [le gendarme russe des communications], le livre de Léon Tolstoï Guerre et Paix a été renommé Opération spéciale et haute trahison. »

« C’est une forme de thermomètre de l’opinion publique. Plus les blagues sont cruelles, plus elles traduisent l’obsolescence du système, plus elles mettent en avant la contradiction entre les discours et la réalité, et plus elles deviennent intéressantes », relève le chroniqueur radio et humoriste Philippe Meyer.

Je ne suis pas sûre que nous, français, ayons cette capacité d’ironiser sur notre situation, certes moins difficile que celle des russes et des ukrainiens. On s’amusera à peine de vérifier qu’il suffit qu’Olivier Véran, désormais porte – parole du Gouvernement, affirme une chose pour être à peu près persuadé du contraire. Après « les masques ne sont pas utiles en population générale » (et pour cause, on n’en avait plus), nous avons eu droit à « il n’y aura pas de coupure d’électricité ». C’est parfaitement exact, simplement des « délestages tournants ».

Au-delà de la crise énergétique, l’installation de la guerre en Ukraine, défait aussi lentement les coutures de l’Union européenne qui, après quelques semaines de discours martial, apparaît pour ce qu’elle est : un ensemble hétéroclite où la vision des pays partageant des kilomètres de frontière avec la Russie et ayant, pour certains, un passé « soviétique » assez récent ne cadre plus forcément avec celle de pays plus éloignés. Ainsi, la Première ministre finlandaise Sanna Marin (dirigeante d’un pays candidat à l’adhésion à l’Otan), en visite en Australie, a-t-elle vivement critiqué les politiques de l’Union européenne qui mettaient l’accent sur l’importance des relations avec Vladimir Poutine. « Pendant longtemps, l’Europe a construit une stratégie vis-à-vis de la Russie pour resserrer nos liens économiques, pour acheter de l’énergie à la Russie… nous pensions que cela empêcherait une guerre  mais cette approche s’est révélée totalement erronée.  Ils ne se soucient pas des liens économiques, ils ne se soucient pas des sanctions. Ils ne se soucient de rien de tout cela ». Les dirigeants peut-être, le peuple russe cela reste à voir…

Depuis ces déclarations, un accord, qui devrait entrer en vigueur dans les prochains jours, a été trouvé par les pays de l’Union européenne, du G7 et l’Australie pour plafonner le prix du baril de pétrole russe à 60 dollars. Ainsi, seul le pétrole vendu par la Russie à un prix égal ou inférieur à 60 dollars pourra continuer à être livré. Au-delà de ce plafond, il sera interdit aux entreprises de fournir les services permettant le transport maritime. L’économie russe « sera détruite » par l’introduction prochaine de ce plafonnement, affirme la présidence ukrainienne. Allez savoir pourquoi, je doute.

Pour l’heure, la guerre fait davantage les affaires du vieux Joe qui a en quelque sorte envoyé sur les roses notre Président venu dénoncer le caractère « inamical » de la loi américaine de réduction de l’inflation (IRA). L’adoption de ce programme de 369 milliards de dollars par le gouvernement américain, destiné à attirer tous les groupes sur son territoire, fait craindre une désindustrialisation massive en Europe. « Sous couvert de verdissement de l’industrie, les États-Unis se livrent à un véritable dumping pour rapatrier les industries et les savoir-faire sur le territoire américain. Et il ne s’agit pas seulement de secteurs ou de technologies stratégiques comme les semi-conducteurs. L’énergie, le solaire, l’hydrogène, l’automobile, l’acier, le zinc, les batteries, tous les secteurs se voient offrir des subventions massives, s’ils s’installent ou se réinstallent aux États-Unis », analyse un responsable européen.  Pour plus de détails, lire ici :

https://www.mediapart.fr/journal/international/281122/entre-les-etats-unis-et-l-europe-l-ombre-d-une-guerre-commerciale

Autre exemple : le remplacement du gaz russe par le gaz de schiste américain vendu au prix fort à l’Europe.

Comme de juste les Européens avancent en ordre dispersé. Subventionner nos industries à notre tour ou ne pas subventionner ? Là est la question. Il faudrait sans doute pour cela renoncer à une certaine doxa économique européenne, temporairement relâchée pour cause de Covid.

Coincés entre urgence climatique et « sobriété imposée », on aurait bien besoin d’histoires drôles pour décompresser.

Ayant passé un temps assez conséquent à essayer de démêler une histoire de prélèvement bizarre sur mon compte en banque -avant d’avoir affaire à un humain, j’ai dû me cogner je ne sais combien de sas artificiels-, je rigole toute seule sur ce dessin.

Big quit

C’est, entre autres médias, France 24 qui s’en fait l’écho : « Les Américains l’appellent le “Big Quit” ou « great resignation ». Cette “Grande démission” désigne la vague d’employés qui quittent en nombre leur travail aux États-Unis. Ils ont été plus de 4,3 millions à remettre leur lettre de démission en août, d’après les dernières statistiques du département du Travail, publiées mercredi 13 octobre ».

https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20211015-aux-%C3%A9tats-unis-le-myst%C3%A8re-de-la-grande-d%C3%A9mission-de-millions-d-am%C3%A9ricains

Pourquoi s’en vont-ils ? Ce mouvement illustrerait avant tout, « un grand ras-le-bol des employés dans les secteurs les plus durement touchés ou sollicités durant la crise sanitaire. Nul hasard au fait que les caissières de supermarchés, les aides-soignantes, les femmes de ménages dans les hôtels et autres titulaires d’emplois peu qualifiés et mal payés soient les plus nombreux à avoir claqué la porte », souligne le Wall Street Journal.

Et chez nous ? Globalement nous n’en serions pas là, encore que l’on pourrait s’inquiéter du constat fait par notre fantomatique Conseil scientifique (le machin à Macron à nous qu’on a) : selon un avis publié le 5 octobre dernier, 20% de lits en moyenne seraient fermés dans les hôpitaux français, et ce, dans tous les secteurs de soins. En cause : le manque de personnel soignant. La réaction du Gouvernement ne s’est pas fait attendre : le ministre de la santé a estimé urgent de diligenter …une autre enquête.

On pourrait aussi s’inquiéter des départs dans l’Éducation Nationale. « Des stagiaires qui renoncent, des professeurs qui partent…Rapportés au total de 800 000 enseignants, ces départs ne pèsent pas grand-chose. Mais d’année en année, ils se font de moins en moins rares », signale le journal Le Monde dans un article publié le 22 novembre.

Conditions de travail dégradées, perte de sens, sans parler des salaires : ces métiers n’attirent plus. Et chacun cherche son chas. Reconversion pour les uns, retraite pour d’autres.

Pour moi, j’ai bien aimé mon métier (rédactrice dans une maison d’édition d’ouvrages et revues juridiques) jusqu’à ces 5 dernières années. Au cours de ces années, mon plaisir « laborieux » (sic) s’est fané – imperméabilité à une forme de communication qui me devenait étrangère ? Mon père m’a légué sa méfiance de ce qu’il appelait des « paroles verbales » : j’avais l’impression de plus en plus nette d’en être environnée et de ne plus être à ma place au milieu d’une logorrhée franglaise cachant mal son vide.

Je n’avais plus rien à dire à cette entreprise dont le nouveau visage ne me disait rien. Peut-être est-ce pour cela, au-delà des spécificités d’un métier, que l’on s’en va.

Pas de big quit chez nous, donc, mais, ça et là des exigences qui vont au delà du simple « matériel ». Il est d’usage que les mouvementa étasuniens mettent du temps à traverser l’atlantique. Il n’est donc pas exclu que nous y venions.

En attendant, avec les pots de départ d’usage, des regards envieux vous suivent …

A rebours de cette tendance au « leave » (départ), Courrier international nous narre l’histoire de cet entrepreneur néerlandais de 69 ans qui demande aux autorités de baisser de 20 ans son âge légal : “J’ai 69 ans mais je me sens comme si j’en avais 49, dit-il. C’est pour cette raison que j’ai demandé à l’état civil de diminuer mon âge. Si tu peux changer ton nom, passer d’homme à femme, ou l’inverse, pourquoi ne pourrais-tu pas rester coincé au même âge ?”.

Ce qui me fait penser à Oskar, ce personnage du « Tambour » de Günter Grass et ne me rends pas optimiste sur notre santé mentale.

Le citoyen, voilà l’ennemi

« Nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs », a déploré le chef de l’Etat, jeudi, en regrettant la « traque incessante de l’erreur » en France (journal Le monde du 22-1).

Comme le souligne François Ruffin

Le manque d’empathie de notre Président pour ce que nous sommes – ses concitoyens – me sidère (et la citation ci-dessus est à ajouter à la série d’âneries – pour rester soft – qu’il a pu proférer des « gens qui ne sont rien » à « traverser la rue », pour n’en citer que quelques unes. Lire le quai de Ouistreham de Florence Aubenas est instructif sur ce dernier point. Pour ne pas être stigmatisés « assistés », des gens acceptent des boulots qui leur coûtent plus cher en transport que ce qu’ils leur rapportent. A tout prendre, si j’ose dire, les entreprises sont bien plus assistées, de crédit impôt recherche en CICE, allègements de charges et autres contrats aidés qui budgétairement coûtent bonbon).

Dans ce que Jupiter prétend encore être une démocratie, mais qui vire à la démocrature, notre seul droit serait donc de nous taire ou d’acquiescer (choix que les playmobils de l’Assemblée Nationale pratiquent à chaque session parlementaire et au-delà dans leur circonscription). Jupiter (étonnant, non ?) ne supporte pas le jugement.

Quand on y songe, s’il n’avait pas, par sa pratique du pouvoir, pratiquement éliminé les corps intermédiaires, sans doute aurait-il eu dialogues plus châtiés à son goût…

Mais voilà, le citoyen basique qu’il ignore souffre et pense. Celui-ci pousse un peu son bouchon, mais ce « stop and go » confiné pourrait bien grossir les contingents à partager son avis.

La « stratégie » erratique du Gouvernement – ou en tous cas souvent perçue comme telle puisque la « représentation nationale » n’est pas conviée à table – qui ferme ceci mais laisse cela ouvert, soutient l’entreprise mais sacrifie toute une génération et les liens sociaux, ne saurait être discutée.

Cette petite vidéo animée, qui date déjà un peu (2020 pensez !!!) me semble tracer un tableau assez pertinent de la « dinguerie » ambiante. Seule consolation, le Président orange (rapport notamment à sa couleur de cheveux inaugurale) des US a finalement laissé son bureau ouvert à plus posé que lui (ce qui n’est pas difficile). Joe, a beaucoup travaillé pour en arriver là. Ne pas trop en espérer cependant, je crois.

Quand l’ homme n’a plus assez de curiosité pour le monde naturel, il se réfugie dans l’insolite

La citation exacte est celle-ci : « Quand un homme (ou une femme) n’a plus assez de curiosité pour le monde naturel, il se réfugie dans l’insolite »  (J. Giono : Ennemonde et autres caractères).

Je ne sais pas si je dois imputer ma fatigue, mon apathie, ma paresse en somme, à la nouvelle version du Levothyrox qui fait polémique et la Une du  journal Le Monde. Mais le fait est là : je me traîne … « habillée en mou » comme disent certains de nos cousins québecois. Alors, l’insolite … est une amorce comme une autre …

On lit de tout à ne savoir qu’en faire mais on en vient aussi à se poser des questions existentielles telles que :

 Le monstre du Loch Ness existe-t-il vraiment ?
Il paraîtrait. Un scientifique de l’université d’Otago en Nouvelle-Zélande, pense pouvoir confirmer la présence du serpent de mer le plus célèbre au monde grâce à l’utilisation de l’ADN environnemental (j’ignorais cette espèce d’ADN là).
D’autres pensent que Nessie pourrait bien n’être qu’une murène.
A vrai dire, que serait le Loch sans Nessie : un trou ?
Donc, vivent les chimères qu’elles se révèlent vraies ou fausses.
Que devient le PS ?
Pas grand chose ici mais il serait à la mode aux Etats-Unis. La marque de vêtements californienne Stussy proposerait, en effet, des t-shirts arborant le poing et la rose rouge, comme le rapporte Le Figaro.
D’après le quotidien, ces deux éléments sont « synonymes d’un style ‘à la française » de l’autre côté de l’Atlantique. Ces nouveaux t-shirts branchés auraient remporté un grand succès auprès des surfeurs de la côte est américaine.
Pour l’heure, les socialistes hexagonaux me semblent plutôt essayer de surfer dans un gros creux de vague ou sur un champ d’épines. Au choix.
Peut-on sourire à propos de l’immigration ?
Oui.
Partant de l’idée que la majorité des américains sont des immigrants, le site satirique The Daily Currant se serait amusé à imaginer ce qui se passerait si les peuples autochtones (i.e les Indiens d’Amérique) se penchaient aujourd’hui sur la question de l’immigration. Résultat du remue-méninges (article parodique  digne du Gorafi mais pas retrouvé sur leur site, restons donc dubitatifs sur son contenu ) :
 » Un Conseil de chefs amérindiens a offert une amnistie partielle à environ 220 millions d’immigrants blancs illégaux vivant aux États-Unis. Le problème « blanc » est au coeur de nombreux débats dans la communauté amérindienne depuis des siècles, et les chefs de la communauté ont décidé que le moment était venu de le traiter correctement.

Lors d’une réunion du Conseil des Peuples Amérindiens à Albuquerque, Nouveau Mexique, les chefs amérindiens ont examiné plusieurs propositions sur l’avenir de l’importante population européenne non autorisée sur ce continent. Les anciens ont finalement décidé de prolonger la durée de la citoyenneté pour les personnes sans antécédents criminels.

« Nous sommes prêts à offrir aux Blancs la possibilité de rester sur ce continent légalement et de demander la citoyenneté », explique le chef Wamsutta du peuple Wampanoag.

« En retour, ils devront payer tous les impôts impayés et rendre les terres volées de nos ancêtres. »

« Cependant, toute personne blanche avec un casier judiciaire, sera renvoyée dans les 90 prochains jours dans sa patrie ancestrale. »

Chiche. A ce propos, lu récemment une « duologie » (pour l’instant) de Jim Fergus basée sur un fait improbable : en 1875, le chef cheyenne Little Wolf propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches. Objectif : les marier à des guerriers pour favoriser la paix entre les deux peuples. Ce qui n’empêche pas, malgré les actes signés, que la nation cheyenne soit massacrée par l’armée américaine.  Le premier volet est intitulé “Mille femmes blanches”, le second « La vengeance des mères ». Sans doute y-a-t-il plus érudit sur l’histoire indienne mais cela se laisse lire, comme les aventures policières navajos de Tony Hillermann reprises avec brio par sa fille. Quand on a encore les paysages dans les yeux, alors le récit se fait chair et film. Et l’on s’évade des tragiques pitreries trumpistes.

 

Et pendant ce temps là  ?

 Michael Moore verse dans le stand-up.
« Un show peut-il faire tomber un Président élu ?  » se demande -t-il. Qui sait ? Mais sans doute avec une grosse grosse caisse de résonance  médiatique …
La créativité écologique, quant à elle,  ne faiblit pas.  « Contre l’essence chère, un fabricant japonais de toilettes (Toto ? Non ce n’est pas une blague …le plus grand fabricant de sanitaires nippon s’appelle ainsi) a présenté un modèle de moto révolutionnaire qui fonctionne avec un carburant gratuit et inépuisable : les excréments », raconte, Le Monde. Un nouvel avenir se dessine pour nos motos-crottes municipales, la collecte nourrissant l’engin … Où il se vérifie aussi que l’argent c’est de la merde (à moins que ce ne soit l’inverse) ….mais qu’il est « préférable à la pauvreté ne serait-ce que pour des raisons financières  » (W. Allen).
Sur ces fortes productions, je vous laisse.

Confettis californiens : Bagdad café, route 66

 

Drôle d’idée d’avoir choisi de faire halte en ce lieu. Bagdad café. Trente ans déjà. Certains se souviennent peut-être de ce film insolite : Jasmine, plantureuse touriste allemande, après s’être disputée avec son mari, se retrouve seule sur le bord de la mythique route, avec, pour tout bagage, une valise contenant une garde-robe très bavaroise et un attirail de magicien(ne). Elle atterrit au Bagdad Café, motel hors d’âge, faisant aussi office de station-service, tenu par une femme noire irrascible, Brenda, qui élève seule ses enfants – un fan de Bach et une ado fantasque – et un petit-fils. Le café est aussi le refuge de quelques marginaux : un serveur amérindien lymphatique, un ancien peintre décorateur d’Hollywood, une tatoueuse misanthrope et un campeur lanceur de boomerang. Rudement accueillie, Jasmine va peu à peu apprivoiser les uns et les autres, redonnner, moyennant un solide décapage, un peu de lustre au motel, distiller, grâce à ses talents d’illusionniste, un peu de rêve dans la vie de ce microcosme résigné, et, peut-être trouver un sens à la sienne.

Solitudes déglinguées, paysages désolés, à moins que ce ne soit l’inverse, le café est toujours là, vivotant du tourisme sur la musique entêtante du film.

On y découvre que Brenda ne s’appelle pas Brenda et n’est pas noire mais une blanche à frisottis (absente lors de notre passage) dont les photos sont épinglées au hasard sur les murs. L’enseigne, objet de toutes les déterminations ménagères de Jasmine, n’est plus là, seul subsiste un vague panneau couinant dans le vent, rare lors de notre passage.

Un grand type dégingandé fait à la fois penser au peintre d’hollywood et au serveur lymphatique.

La caravane où Jasmine se laisse peindre ne retient des songes que ceux prisonniers de nos imaginaires.

Les camions passent sans s’arrêter.

Banquettes et pubs vintage, lumière blafardes, café surévalué (4 dollars, le plus cher du circuit) :  on se maintient sur la nostalgie touristique (européenne surtout).

 

Pas sûr que la mémoire aime à être confrontée à ce qu’elle a en tête. J’ai pensé en revoyant mes photos : j’avais 30 ans en ce temps là, une jeunesse qui aurait peut-être préféré des images polychromes.

Quant à la musique,  pourquoi cette version là ?  Parce que la fragilité de ces existences, si palpable encore dans la blancheur du paysage, s’entend.

 

 

Texte et photos, sauf affiche, S.Lagabrielle  ©  tous droits réservés

Post caniculaire exténué et néanmoins avancé

Autant l’avouer, je déteste cette chaleur. Elle me laisse dégoulinante, sans envie, sans énergie, inerte. Une loque.

Je loue un appartement comprenant deux pièces, l’une  fréquentable car elle reçoit peu de lumière directe, l’autre (un salon avec cuisine américaine)  impossible à garder un tant soit peu fraîche car non pourvue de volets et exposée au soleil de 8 heures du matin à 15 heures passées. J’ai essayé le papier alu sur les vitres (inefficace), les draps mouillés ventilés (bof), le mélange ventilateur, rafraîchisseur d’air (quelques degrés de moins mais pas assez).

En dessous de chez moi, au rez-de-chaussée, une supérette dont un machin (lié à la climatisation du magasin ? ) renvoit un air chaud qui contribue à faire monter la température déjà conséquente de la rue. Le carrelage de mon salon en atteste : la partie au-dessus de l’engin est tiède. Ajoutez à cela des nuits où le mercure paresse à des étiages élevés….  Bref, le moindre mouvement me met en eau et de mauvaise humeur.

Au moins la chaleur est-elle supportable avec un peu d’air, mais celui-là aussi s’est fait la malle.

Je rêve de nord, d’altitudes, de nuits apéritives bercées par le vent à la terrasse d’un café ilien, de lacs. Comme celui-ci tiens, survolé dans un petit coucou plus très jeune, un jour où il faisait bon.

 

La fête de la musique dans cette étuve urbaine ne m’a rien dit alors je me suis installée entre deux ventilos et me suis concoctée une petite programmation distractive. Ainsi, ce  Ludwig cubanisé qui m’a fait voyager … peut-être pas vers le frais … et même plutôt vers le lourd humide, mais loin. Loin du bureau où je m’attarde pour profiter au maximum de la climatisation (et travailler un peu en passant). C’était dejà ça.

Textes et photos S. Lagabrielle. © 2017 Tous droits réservés

 

Fragments en f et suite des confettis californiens

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Je m’y suis incrite assez étourdiment pour participer à un concours de photos sur le Japon. La transmission des clichés via ce véhicule était requise. Je n’ai rien gagné, sinon de me sentir cernée par des injonctions diverses – « C’est l’anniversaire d’untel, souhaitez-lui son anniversaire », « vous n’avez pas mis votre profil à jour depuis … » – et tannée par des publications suggerées dont je dois justifier la suppression sur mon fil  » – Aidez – nous à comprendre ce qui se passe : pourquoi ne voulez-vous pas voir ça ? : 1/ cela ne me concerne pas ; 2/ je continue à voir ceci (???) ;  3/ c’est trompeur, offensant ou inapproprié ». Si je ne répond pas je ne coupe pas à une deuxième question :  « Comment décririez-vous l’aide que vous avez obtenue pour ce problème ? » (nulle).

J’ai fini par trouver comment gérer certains paramètres, mais je sens que je n’en ai pas fini avec tout ça.

Le seul intérêt que je trouve à ce machin est de rester en contact avec des amis réels, d’en rencontrer des virtuels qui me font partager des choses qui, parfois, me plaisent, et de découvrir des facettes inattendues chez des proches ordinairement peu loquaces. Ce qui n’est pas complètement négligeable, me direz-vous.

Mon carnet, tous amis confondus, n’est pas très fourni, ce qui en dit un peu sur ma « sauvagerie » mais je ne cherche pas à l’épaissir. Vous pensez, « rien ne l’oblige à aller s’y promener tous les jours ». C’est parfaitement exact.

Fuites

« Décidément l’eau vous poursuit » me dit mon gardien à qui je viens signaler la noyade de mes placards sous évier et vraisemblablement un autre problème aquatique sur un mur mitoyen. C’est assez vrai. J’ai été inondée dans pratiquement tous les logements que j’ai occupés en région parisienne. J’ai toujours aimé l’eau mais en BAINS ou DOUCHES dans des réceptacles à cet effet. Ecoper … c’est autre chose.

D’autres fuites, évasions serait plus juste, me parlent davantage pour l’heure (ce qui n’est pas bien difficile) :  sortir d’un unanimisme jupitérien assommant pour retrouver les grands espaces à peine effleurés il y a un peu plus d’un mois.

Far west

L’espace, c’est ce qui me reste de plus prégnant de ce voyage aux USA, l’espace avec ce sentiment de liberté et de puissance qu’il donne (tout en vous ramenant à votre insignifiance), l’espace et le mystère de la pierre.  Je n’avais rien éprouvé de tel à l’est. Bien sûr, tout géologue saurait m’expliquer le pourquoi du comment de ces paysages insolites (pour moi) mais je n’ai pas envie de me défaire du  plaisir de contempler ce que je persiste à considérer comme de merveilleux hasards esthétiques. Ces cheminées de fées  (hoodoos) à l’infini sont comme des êtres pétrifiés. Une allégorie de ce que nous sommes en passe de devenir ?

J’aurais bien traîné plus longtemps à Bryce Canyon, sur les chemins que je distinguais en contrebas. Ce jour-là la lumière était belle et le vent sourd et câlin. Un moment presque parfait. Quelques images pour vagabonder avec moi.


Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés ©. Pour mieux visualiser les photos, cliquer dessus.