
C’était le sujet d’une émission un peu agaçante, mais intéressante cependant, sur le site d’arrêt sur images la semaine dernière. Invitées une sociologue du travail et une philosophe qui ne se situaient pas, à mon sens, sur le même plan (plus individuel chez la philosophe et plus collectif chez la sociologue), d’où parfois une fausse impression de dissonance.
Quelques points d’accord cependant : le télétravail en période de confinement fut une expérience singulière et il ne doit pas être apprécié à l’aune de celle-ci mais il a surligné ce dont on pouvait se douter : entre autres choses, la difficulté qu’il y a dans un tel cadre de séparer vie privée et vie professionnelle (d’où l’importance d’un espace propre et d’un matériel adéquat), les inégalités sociales et sectorielles au regard de ce type d’exercice de son activité (nombre de métiers, souvent peu reconnus, mais pas seulement, sont inenvisageables à distance).
Au-delà de ces banalités, il me semble que l’interrogation essentielle posée au cours de l’émission et restée, au fond, non tranchée (le peut-elle d’ailleurs?) est celle-ci : le télétravail est-il un progrès (on laissera de côté la notion de progrès qui mérite une encyclopédie) ?
Individuellement peut-être, socialement cela se discute.
Je me souviens d’un film déprimant des années 80 où de jeunes yuppies américains ne finissaient par avoir que des relations téléphoniques…Les moyens et les services ayant largement évolué depuis lors, une vie sans jamais physiquement croiser personne est devenue possible (cela aussi, au-delà du télétravail, le confinement nous l’a mis sous le nez. Non que cela ne fut pas pensable auparavant mais naïve comme je suis cela ne m’était pas venue à l’idée).
Pour revenir au télétravail, je l’ai envisagé, parfois, pour m’extraire de querelles intestines ou de la pression au bureau, mais au fond, tout cela est un leurre. La contrainte vous rejoint toujours et l’isolement physique est « désocialisant ».
Faut-il y voir le tropisme de quelqu’un élevé dans la curiosité et le partage ? Allez savoir.
Toujours est-il que le retour des usagers dans le métro ont conduit un certain nombre de mes collègues à demander à télétravailler. Pour l’heure (en attendant un futur accord collectif) c’est 2 jours maximum. Les couloirs seront passablement désertés les mercredi et vendredi.
Alors que les locaux de l’entreprise étaient pratiquement vides la semaine dernière, notre PDG plaidait, chez les quelques présents, pour une reprise du travail sur site pour « redynamiser le collectif ». Attitude un peu étrange quand on songe à la prudence de sioux mise au ré-investissement des locaux et à l’injonction quelques semaines plus tôt à ne pas hésiter à demander à télétravailler.
Ainsi va ce monde coronavidé, où les consignes gouvernementales autour du masque zigzaguent et où l’on se demande s’il y a vraiment quelqu’un aux manettes de la santé.
Soyez rassurés tout de même, il n’est pas nécessaire de mettre un masque pour faire du vélo d’appartement avant de télétravailler chez vous.