Retour à vue

Photo 1 - PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU Affiche de film  - 40x54 cm. - 2019 - Adèle Ha

C’est le premier film, retransmis à la télé, sur lequel je suis tombée après avoir recouvré suffisamment de vision binoculaire.

Une ironie, si on y songe, car il y est, entre beaucoup d’autres choses, question de regard(s).

Pour faire court, l’histoire se déroule au XVIIIe siècle sur une île donnée par le synopsis comme étant bretonne. Marianne, une jeune femme peintre, y débarque, mandatée par une comtesse pour faire un portrait de sa fille Héloïse, portrait destiné au futur époux d’icelle. Mais cette dernière, qui ne veut pas de ce mariage, refuse de poser. Marianne apprend donc que son travail devra s’effectuer de mémoire, et à l’insu d’Héloïse. A la jeune obstinée, il a été dit qu’on avait fait venir Marianne pour lui tenir compagnie pendant ses promenades. Le mensonge perdurera suffisamment pour laisser aux deux filles le temps nécessaire pour s’apprivoiser et se laisser émouvoir, et à Marianne, celui de peindre un tableau dont elle est satisfaite et qu’elle décide de montrer à Héloïse. Au delà de la déception liée à la révélation du simulacre (« c’était donc ça vos regards »?) s’ajoute celle liée à la conventionnalité du portrait. La vie en est absente, parce que la peintre, soucieuse de se conformer aux règles picturales en vigueur, en est absente aussi. Marianne étant, après avoir détruit son portrait, menacée de renvoi pur et simple par la comtesse, Héloïse accepte finalement de poser. S’ensuivra, notamment, un portrait fort différent, qui scellera le destin matrimonial d’Héloïse et la séparation des deux femmes, que, personnellement, j’ai trouvé assez figé aussi. Mais là n’est pas la question.

Comment regarde-t-on et comment transmettre ce que l’on voit ? De quoi relève l’échange entre un peintre et son modèle, entre, dans ce cas précis, une cinéaste et ses actrices, entre une œuvre et qui la regarde ? Telles sont quelques interrogations que le film soulève.

A quoi j’ajouterai : quand et comment se sait-on regardé ? La question peut paraître bizarre mais avant cette intervention chirurgicale qui me rend un œil gauche à l’acuité déconcertante, je plongeais, lorsque j’étais obligée de quitter mes lunettes ou d’ôter mes lentilles, dans un univers absolument incertain. Ne distinguant rien, je ne m’imaginais pas pouvoir être distinguée. Le flou lié à ma forte myopie me gommait en partie du monde.

C’est cette sensation, inconfortable et flottante, qui m’est revenue en visionnant le film. Un comble, en quelque sorte, alors que l’opération que j’ai subie me sort de mon vieil isolement visuel.

Ainsi va le hasard. Reste maintenant à savoir ce que je vais faire de cette perception nouvelle …

Rien à voir (sic). Trouvé ça en vagabondant sur la toile. Ce n’est pas exagérément subversif mais j’ai bien aimé quand même. Un petit retour illustré à l’actualité.

Climat et autres considérations

https://cdn.futura-sciences.com/buildsv6/images/largeoriginal/c/0/8/c08b19fb55_50155086_rechauffement-climatique-temperature.jpg

Où il sera question de climat

Je ne suis plus à jour en droit constitutionnel français et totalement ignorante du fonctionnement du tribunal constitutionnel allemand ou Cour de Karlsruhe. Je devrais peut-être m’y intéresser lorsque mon temps sera libéré. Le site de notre Conseil constitutionnel donne toutefois quelques clés (parmi elles les conditions de désignation des juges) de nature à expliquer l’indépendance de cette juridiction dont les prises de position font parfois trembler la politique européeene : c’est ici

https://www.conseil-constitutionnel.fr/nouveaux-cahiers-du-conseil-constitutionnel/presentation-de-la-cour-constitutionnelle-federale-d-allemagne

En complément plus digeste, on peut lire aussi ici : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/12/a-karlsruhe-des-juges-au-dessus-de-tout_6039439_3210.html

Au gré de vagabondages sur la toile, je tombe sur l’article suivant publié par un journal indépendant luxembourgeois nommé « Le Quotidien » :

« La plus haute juridiction allemande a infligé jeudi (hier 29/4) un camouflet à Angela Merkel en lui demandant de présenter une politique climatique plus ambitieuse, à un moment où les écologistes ont le vent en poupe en vue des élections.

Les objectifs actuels fixés par le gouvernement dans sa “loi climat”, qui institutionnalise les futures baisses d’émissions de gaz à effet de serre, sont jugés “insuffisants” et “pas conformes aux droits fondamentaux” par la Cour constitutionnelle.

Si la trajectoire restait telle quelle, l’effort serait repoussé sur les générations futures qui devraient agir “de manière de plus en plus urgente et à brève échéance”.

La loi actuelle n’a pas prévu “d’exigences suffisantes pour la réduction ultérieure des émissions à partir de l’année 2031”, assènent les juges dans leur communiqué. L’Allemagne aura jusqu’à fin 2022 pour revoir et améliorer sa copie climatique en précisant davantage ses efforts pour la période après 2030″.

Votée en décembre 2019 sous l’impulsion du gouvernement de coalition entre conservateurs du parti d’Angela Merkel et sociaux-démocrates, la loi climat allemande impose en l’état une réduction de 55% des émissions des gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. Elle fixe par secteur les volumes d’émissions annuelles permis, tout en déterminant les trajectoires de réduction applicables au cours de cette période.

Quatre plaintes -se basant sur la Constitution allemande dans laquelle est désormais inscrit que le gouvernement doit œuvrer pour lutter contre le changement climatique – avaient été déposées à son encontre par des associations environnementales estimant que les objectifs ainsi fixés ne permettent pas suffisamment de combattre le réchauffement climatique.

On observera d’ailleurs sur ce point que l’obligation constitutionnelle été renforcée après la signature par l’Allemagne de l’accord de Paris sur le climat en 2016. Celui-ci fixe aux États des objectifs pour que l’augmentation de la température moyenne de la planète soit contenue nettement en-dessous de 2 degrés par rapport aux niveaux préindustriels, et de préférence en dessous de 1,5 degré.

“Les dispositions contestées portent atteinte aux libertés des requérants, dont certains sont encore très jeunes. Elles repoussent irréversiblement à la période postérieure à 2030 des charges considérables en matière de réduction d’émissions”, ont considéré les juges de Karlsruhe.

Les engagements environnementaux ne sont pas absents de notre constitution dont le préambule renvoie à une « charte » en 10 articles placée sur un pied d’égalité aux côtés des deux morceaux de bravoure que sont la Déclaration de 1789 et le Préambule de 1946. Mais les termes de cette charte sont vagues et peu contraignants .

https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/charte-de-l-environnement-de-2004

Les conditions de saisine des 2 institutions suprêmes ne sont pas les mêmes mais à l’heure où notre Parlement vient d’accoucher d’une loi pompeusement intitulée « loi contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets » – qui s’assoie sur à peu près toutes les propositions de la conférence citoyenne sur le climat à qui Jupiter avait assuré « Ce qui sortira de cette convention, je m’y engage sera soumis « sans filtre », soit aux votes du parlement, soit référendum, soit application réglementaire directe »- on se prend à rêver d’un Conseil constitutionnel en mesure d’intimer à notre pouvoir exécutif de revoir sa propre copie.

Le problème est que si l’Allemagne place, semble-t-il, le droit au dessus de tout, nous, français, avons une échine un peu plus souple. Et les verts hexagonaux ne sont pas ceux d’outre-Rhin.

Transparents qu’ils disaient

Après le cabinet Mac Kinsey, le Medef. Peut-être nous trompons nous de transparence…

Image

Une petite note parfumée pour finir

Parallèlement à un effort d’organisation en vue de ces jours où je vais devoir vivre tête baissée nuit et jour (aide à domicile, location de matériel ergonomique), je me suis essayée à exécuter dans ces conditions des actes courants (faire mon lit, me laver, aller aux toilettes). Pas évident. De quoi me sentir un peu solidaire de nos astronautes ….

https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/astronautique-astronautes-font-ils-aller-toilettes-laver-7350/

Sur ce ce blog s’interrompt jusqu’à ce que je retrouve une statique et ma vue.

Speakeasies, le retour

The Speak Easy Party | Années folles, Bar clandestin, Bistrot paris
Bar clandestin années folles

Les premières agapes clandestines dévoilées par la chaîne M6, au-delà d’une certaine forme d’indigestion, pouvaient faire sourire : la personnalité du taulier, vrai zozo napoleonâtre, les contorsions de l’ex-ministre Brice Hortefeux et de l’inamovible chroniqueur Alain Duhamel dignes de petit Gibus (si j’aurais su j’aurais pas venu).

Le déjeuner meuricien de la sénatrice Les Républicains (LR) Joëlle Garriaud-Maylam a un arrière goût nettement plus sinistre.

Ce jour là, la sénatrice avait un rendez-vous professionnel avec un avocat suisse, nommé Christian Kälin, « à la tête d’une fondation pour laquelle je travaille », disait-elle. Le thème de cette rencontre : les migrations en Europe.

Ce pourrait être estimable si l’individu n’était pas aussi à la tête d’une société spécialisée dans la mise sur pied de programmes de «cash for passport». Le but : accorder à des individus la citoyenneté du pays en échange d’investissements dans l’économie ou de versements uniques à la caisse de l’Etat. Parmi ses « clients » : Malte (membre, il n’est pas inutile de le rappeler, de l’Union européenne, autrement dit une porte d’entrée aux « facilités » offertes par l’UE). C’est ici.

https://www.letemps.ch/economie/christian-kalin-lavocat-vend-passeports

L’article est un peu ancien mais assez édifiant.

La commission européenne avait fini par s’émouvoir du programme de passeports maltais et imposé que les heureux bénéficiaires puissent au moins justifier d’un an de résidence sur place avant d’obtenir la nationalité. Mais, comme souvent, le contrôle ne suivit pas. L’histoire pourrait s’arrêter là, sauf que, de lien en lien, on en arrive à un assassinat : celui d’une journaliste maltaise nommée Daphne Caruana Galizia. Détail : la dame s’intéressait, entre autres choses, à l’entreprise de l’avocat suisse.

Selon le journal Le Monde, avant l’assassinat de la journaliste, ce dernier se serait entendu avec le premier ministre maltais de l’époque pour menacer celle-ci de poursuites judiciaires si elle continuait d’écrire sur sa compagnie. On restait cependant dans le légal, pas dans l’explosif (la journaliste est morte suite à l’explosion de sa voiture qui avait été piégée)

La suite de l’histoire se poursuit ici https://www.daphne.foundation/en/ (désolée c’est en anglais)

Si je l’évoque c’est parce qu’elle pose une question à laquelle bizarrement Médiapart ne semble par spécialement s’intéresser : Que pouvait bien faire une sénatrice française à discuter avec un tel personnage ? Et surtout sur le sujet des migrations en Europe ?

Et puis, elle résonne avec un fait hexagonal plus récent : celui du sabotage de la voiture d’une journaliste, Morgan Large, spécialiste des sujets liés à l’agro-industrie. En saura-t-on plus sur ce sabotage que sur l’incendie du Parlement de Bretagne ?

Vous me direz, ainsi a toujours été le monde avec ses mafias et ses crapules. Mais en cette période où les libertés sont mises à l’épreuve, on a du mal à regarder tout cela avec les lunettes ironiques Wyleriennes du film « certains l’aiment chaud ».

Cloitré, dissocié de ses proches par le virus, que reste-t-il du citoyen ? Sans compter, pour ce qui me concerne, une certaine désespérance démocratique…

Mais je ne crois pas être la seule, la preuve :

Digressions 2

Le retour d’Edouard Philippe

« Impressions et lignes claires » : ce livre co-écrit avec Gilles Boyer consacré à son expérience à Matignon marque le retour d’Edouard sur la scène politique nationale.

Le blanc a progressé dans la barbe de l’ancien premier ministre dont on ne sait s’il souffre aussi de démangeaisons présidentielles. Tous ses intervieweurs se sont risqués à lui poser la question sans obtenir autre chose que des réponses, parfois totalement absconses, en chêne massif. Cette façon d’éviter l’obstacle, pour agaçante qu’elle puisse être pour la classe des prétendants de droite, recèle peut-être toutefois une information comme le remarque ce chroniqueur rhétoricien à ses heures.

A vrai dire cette hypothétique candidature ne m’intéresse guère car l’homme, pas plus que sa politique, n’est ma tasse de thé (si j’ose dire) : faire passer la réforme des retraites en première lecture via l’utilisation de l’article 49-3 alors que la Covid progressait de façon alarmante n’était sans doute pas le plus urgent. Sur le sujet des retraites, d’ailleurs, je n’ai jamais compris ce qui avait pu faire basculer cet homme, qui n’en était pas spécialement partisan de prime abord, à cette radicalité finale.

Pour l’heure, il profite d’une popularité qu’il doit autant au côté suranné de son successeur qu’à son « retrait havrais ». Pour les nostalgiques de cette longue silhouette, « Croque mémé » (surnom donné à Jean Castex dans sa région) ne fait pas le poids. Reste une question : Edouard Philippe combien de divisions (dans tous les sens du terme) au juste ?

Rentre avec ton postillon (RATP) ou l’aventure du carrosse à 5 sols

Quand je suis tombée là-dessus j’ai cru à un poisson d’avril. Il semblerait que non. Madame Wikipédia raconte  » Jusqu’au XIXe siècle, l’extension limitée des agglomérations ainsi que l’étroitesse de la voirie d’origine médiévale ne permettaient pas la mise en place de transports publics. Toutefois, une première tentative d’organisation de transports en commun a lieu à Paris au XVIIe siècle. En novembre 1661, Blaise Pascal fonde une société avec le duc de Roannez, gouverneur et lieutenant-général de la province de Poitou, le marquis de Sourches, grand Prévôt de l’Hôtel, et le marquis de Crenan, grand échanson de France. Ils présentent une requête pour être autorisés à exploiter des « carrosses qui feraient toujours les mêmes trajets dans Paris d’un quartier à l’autre, savoir les plus grands pour cinq sols marqués… et partiraient toujours à heures réglées, quelque petit nombre de personnes qui s’y trouvassent, même à vide s’il ne se présentait personne, sans que ceux qui se serviraient de cette commodité fussent obligés de payer plus que leurs places ».

Progressivement plusieurs lignes seront mises en place (carte ci-dessous)

Les voitures étaient tirées par quatre chevaux et conduites par un cocher et un laquais et comportaient huit places. Elle s’arrêtaient à la demande pour laisser monter ou descendre les voyageurs tout au long de la route.

Des restrictions quant à la qualité des personnes susceptibles de profiter du service et la hausse du prix du service de 5 à 6 sols firent capoter l’expérience.

Quel rapport avec Édouard Philippe ? Aucun, si ce n’est de quitter pour quelques lignes le champ de la Covid et je songe que Doudou aurait eu du mal à y loger sa grande carcasse.

Sacre du printemps

J’en écoute une version assez bluffante sur youtube interprétée par un orchestre russe et je me souviens d’un temps jadis où les places à l’Opéra Bastille étaient encore abordables et de la reprise de cette œuvre dans une chorégraphie de Nijinsky reconstituée par la chorégraphe et historienne de la danse américaine Millicent Hodson et l’historien de l’art anglais, Kenneth Arche. Nijinsky n’ayant pas noté sa chorégraphie, le travail de Hodson et Archer s’appuya sur des dessins, photographies, témoignages, la partition annotée de Stravinsky ainsi que celle, annotée par Marie Rambert, assistante de Nijinski à la création du Sacre en 1913, indiquant certains mouvements etc.

Je me souviens que l’élue était interprétée par la danseuse Marie Pierre Pietragalla et être sortie du spectacle à la fois portée et suffoquée par ce que je venais de voir, en particulier la danse sacrale finale (petits extraits ci-dessous).

Pourquoi je parle de ça ? Parce que nous sommes au printemps et parce qu’il me semble qu’il y a dans ces têtes baissées et ces pieds rentrés quelque chose d’une soumission sur fond de réservoir de colère qui résonne dans notre confinement actuel.

Digressions 1

20 ans après, se laissera-t-elle convaincre ? Je découvre par hasard l’existence d’un appel citoyen à la candidature de Christiane Taubira pour l’élection présidentielle de 2022

A ce jour environ un peu plus 30000 signataires. C’est ici.

https://taubirapour2022.fr/

On se souvient du procès qu’il lui fut fait en 2002. Selon certains socialistes, sa candidature aurait contribué à l’éparpillement des voix de gauche et constitué l’une des causes de l’échec de Lionel Jospin à accéder au second tour de l’élection présidentielle. Pourquoi elle et pas les autres petits candidats d’alors ? La dame a du panache mais irrite fortement aussi.

Pour l’heure elle ne dit ni oui, ni non. Interrogée sur le sujet sur France Inter, en septembre 2019, elle dit ne pas rêver (à une candidature) puis ajoute «S’il se dégage que c’est à moi de tenir le gouvernail, de prendre les rênes, de me bander les muscles intellectuels et affectifs, de me bander tout ça et de tenir pour qu’on avance ensemble…» avant de laisser sa phrase en suspens. Relancée par les journalistes, elle finit finalement par lâcher: «S’il faut le faire ensemble, oui, je serai là».

L’ombre de 2002 plane-t-elle encore dans ces contorsions qui semblent aussi suggérer d’essayer de trouver une dynamique collective plutôt que de chercher l’homme ou la femme providentielle ?

Personnellement je ne crois pas à sa candidature. Il est tard pour monter un programme et trouver des financements. N’empêche, une Présidente noire, qui ne mâche pas ses mots et lettrée…cela aurait de la gueule.

Je ne me lasse pas cette remise en place d’Eric Ciotti

Vous avez dit romain ?

C’est une histoire idiote qui aboutit à un projet de résolution assez ridicule comme si les parlementaires n’avaient pas autre chose à faire.

Tout est parti de l’intention prêtée au musée Carnavalet de supprimer une partie des chiffres romains sur ses panneaux explicatifs. Louis XIV devient donc Louis 14. Même chose pour les siècles, comme c’est d’ailleurs déjà le cas depuis des années au Louvre ou au British Museum..

« Catastrophe culturelle », « stupidité », « fléau du politiquement correct », la presse italienne est scandalisée.

France culture résume :

« Alors que Courrier international relaie l’indignation moqueuse du Corriere della Serra – qui souligne qu’au moment où les chiffres romains disparaissent des musées français, ils apparaissent pour désigner l’événement monstrueusement populaire du Super Bowl qui a choisi la numérotation romaine au début des années 1970-, sur Twitter c’est une litanie de la désolation face à une preuve criante supplémentaire du déclin de notre beau pays qui ne saurait se remettre d’une telle perte. Mais tout ce bruit est surtout une belle supercherie montée en épingle jusqu’à l’absurde. Quand on pose courtoisement la question à l’équipe du musée Carnavalet, on nous explique que les chiffres romains n’ont jamais été bannis, ils seront bien présents à sa réouverture au printemps sur les cartels et les documents d’accompagnement. Les deux systèmes de numérotation se côtoient et se répondent dans une tentative de ne plus séparer les publics, avec l’ambition que la visite au musée soit partagée par chacun, quels que soient sa génération, son âge, son niveau de connaissance historique, sa culture nationale ou sa situation de handicap. Un projet d’accessibilité à l’histoire plus généreux que la mesquinerie des commentaires haineux qui s’abattent en pluie sur une rumeur ridicule si elle n’était pas aussi violente. Ouvrez donc les musées que l’on puisse enfin tous aller constater cette cohabitation militante des chiffres romains et des chiffres arabes par nous-mêmes à Carnavalet ! « 

Qu’importe certains ont cru utile de déposer ce texte sur le bureau de l’Assemblée…

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b4068_proposition-resolution

Nouvelles du confinement : c’est une maman qui doit en avoir marre d’être dérangée par ses ados, alors elle a punaisé ça sur sa porte :

Champ visuel

Au début c’est presque anecdotique. Vous vous cachez un œil et ce que vous voyez gondole. Au fond (d’œil) vous voilà chez Dali : les montres molles, les rues qui sinuent plus que dans votre souvenir. Alors vous allez consulter et l’on vous dit : « Ah, oui, il y a des signes de cataracte mais surtout vous avez un trou maculaire des 2 côtés. Comme je n’ai pas d’examen permettant une quelconque comparaison (c’était la première fois que je consultais cette ophtalmologue), revenez me voir dans 3 mois ». Ce que j’ai fait. Côté droit pas de souci, mais côté gauche Dali avait prit ses aises.

Résultat : vitrectomie pour trou maculaire à prévoir + cataracte.

Vitrectomie : rien de fondamentalement méchant selon cet imprimé : l’intervention consiste à retirer le vitré de l’œil (le vitré est ce qui maintient notre œil sous forme ronde et sphérique, il est constitué de cellules flottantes et d’une matière transparente et gélatineuse) puis à la place insérer un gaz. Ce gaz est éliminé progressivement après l’opération. Pendant un certain temps il me faudra garder la tête penchée en avant et je serai quasi borgne pendant quelques semaines mais je devrais recouvrer une acuité visuelle dont je n’ai aucune conscience (myopie à – 16 à ce jour, ramenée à -3 après l’intervention si tout va bien). Après, on passera peut-être à l’autre œil (le droit) si jamais la différence de myopie entre le 2 yeux me pose problème.

Bon.

L’opération se déroule en « ambulatoire long » car elle peut excéder une heure. On me demande si je veux désigner une personne de confiance pour m’accompagner mais je ne sais pas solliciter.

Il me faudra produire un test PCR vieux d’au plus 48 heures (covid oblige)

Je ne sais comment virer. En attendant, j’ai acheté une paire de lunettes de soleil très filtrante.

Et je m’amuse faute de mieux de cette illusion d’optique l

Ce n’est pas un échec c’est un échouage, si, si

Le porte-conteneurs Ever Given est actuellement enlisé en travers du canal de Suez, comme ont peut le voir sur cette image satellite diffusée le 25 mars 2021 par Airbus DS. PHOTO / AFP PHOTO / CNES 2020
Le porte-conteneurs Ever Given  actuellement enlisé en travers du canal de Suez, comme ont peut le voir sur cette image satellite diffusée le 25 mars 2021 par Airbus DS. PHOTO / AFP PHOTO / CNES 2020

Avec ses 400 mètres de long et ses 220 000 tonnes, “l’Ever Given est l’un des plus gros porte-conteneurs au monde”, relève le Financial Times. Le bateau, qui bat pavillon panaméen et officie pour le compte de l’entreprise taïwanaise Evergreen Marine, s’est retrouvé bloqué par un vent de sable mardi 23 mars alors qu’il naviguait sur le canal de Suez, dont il bloque actuellement le passage.

Après une première tentative pour le dégager mercredi 24 mars, des renforts sont arrivés hier jeudi 25 mars. L’opération pourrait prendre des jours, voire “des semaines”, d’après l’entreprise Boskalis, “qui l’a comparée au sauvetage d’une baleine échouée sur une plage”, poursuit le journal financier. Ce blocage “pourrait sévèrement perturber le commerce mondial”.

« La petite cacahuète dans la trachée de la mondialisation », écrit ce twittos. Mais ces images pourraient aussi être une allégorie de ce monde tel qu’il ne va plus … ou encore de notre situation vaccinale hexagonale.

Le saviez-vous ? Il existe des petites moulinettes qui vous permettent d’évaluer quand votre tour viendra de vous faire piquer.

Petit test sur le journal Le Monde.

« Votre âge : 63 ans.

Avez-vous des facteurs de « très haut risque » comme définis par le ministère de la santé : cancers et de maladies hématologiques ; maladies rénales chroniques sévères, dont les patients dialysés ; transplantés d’organes solides ; transplantés de cellules souches hématopoïétiques ; atteints de poly-pathologies chroniques et présentant au moins deux insuffisances d’organes ; atteints de certaines maladies rares à risque en cas d’infection ; atteints de trisomie 21 ?

Rien sur les maladies auto-immunes comme ma thyroïdite de Hashimoto : donc non.

Êtes-vous soignant·e, pompier ou personnel d’établissement médico-social ? Non

Selon le calendrier vaccinal prévu par le gouvernement, votre tour n’est pas encore venu : pour le moment vous devez attendre mi-mai. »

Ce prévenant site-là va jusqu’à vous indiquer votre position dans la queue.

https://www.omnicalculator.com/health/queue-pour-vaccin-france#atrisk

Environ 4 millions de personnes me précèdent.

Merveilleux.

Pendant qu’Emmanuel Macron se félicite de sa gestion pandémique, Angela Merkel s’excuse auprès des siens et s’inquiète du voisinage.

https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/le-billet-politique-du-vendredi-26-mars-2021

Image

Nous voilà donc zone à hauts risques….

« Dedans avec les miens, dehors en citoyen » : telle est désormais la consigne. Comme l’observe le Canard anchaîné : « on ne sait si Matignon a fait appel au département poilade de McKinsey mais le message présente au moins l’avantage d’être plus concis qu’un formulaire de 2 pages et 15 motifs avec astérisques et renvois à des décrets qui a laissé sans voix même les policiers et les gendarmes les plus prompts à en rajouter sur les règlements les plus abscons. »

La bureaucratie française devrait être élevée au rang de patrimoine culturel.

Image

On peut compter sur nos voisins belges pour s’en gausser

mais pas seulement … quoique sur un mode plus grave (à partir de 13’08 jusqu’à 21’07)

On en est donc là avec ces lancinants points hebdomadaires animés (sic) par un premier ministre à l’origine de l’introduction de la tarification à l’activité (T2A, voir précedemment) qui a cassé l’hôpital public et un ministre de la santé, jeune Rastignac assez imbu de sa personne dont je n’aurais pas voulu comme médecin référent.

A la télé on se contorsionne pour éviter les mots (confinement en particulier), les réalités (toujours l’effet Mc Kinsey ?). En face, paradoxalement, on s’angoisse et s’indiffère, on s’enferme et on se garde des chiffres comme s’ils étaient par eux-mêmes vecteurs du virus.

A en croire le journal Le Monde, « sur les réseaux sociaux ou auprès de l’OMS, la Chine fait parler sa propagande pour écrire un nouveau récit et convaincre le monde que le point de départ de la pandémie se trouve aux Etats-Unis ».

Rien que de prévisible, en somme (nous sommes en guerre, rentrez-vous cela dans le crâne), et au final tout ce que ce petit monde compte d’apprentis sorciers s’auto-absoudra … et réciproquement, comme l’aurait ajouté P. Dac.

Image

Voyage en absurdistan

J’ai collecté ces tweet et autre parodies journalistiques en parfaite mauvaise foi et pourtant il me semble qu’ils tracent un portrait assez fidèle de la bordélisation dans laquelle nous vivons. Jupiter décide seul, semble-t-il , mais se tient en retrait quand la température monte, laissant ses laquais annoncer les nouvelles …qui ne sont pas bonnes. Castex magister (et incidemment responsable de la détresse totale des hôpitaux avec cette ânerie consistant à les gérer comme des entreprises : T2A mon amour) a prévu de se faire administrer une dose de vaccin AstraZeneca devant les caméras, à l’instar de son collègue Olivier Véran. Notre PM a-t-il prévu des manches de chemises suffisamment large pour remonter au point de vaccin ou sera-t-il contraint à une comparaison pectorale pas forcément avantageuse ?

Résumons nous, avant le 18 mars c’était à peu près ça :

Et le site parodique le Gorafi sortait ça :

http://www.legorafi.fr/2021/03/16/jean-castex-lapparition-de-variants-regionaux-du-coronavirus-est-une-chance-pour-les-territoires/

On en était là (référence à un film des années 1990):

Puis vinrent des suspicions sur le vaccin Astra Zeneca que la haute autorité de santé recommande maintenant au plus de 55 ans …mais où se faire vacciner ?

Et après ?

Ce 18 mars advinrent ces injonctions paradoxales « reconfinatoires  » : restez chez vous, mais sortez !! Le virus est moins létal dehors…. Bref on se gratte les neurones à défaut de rire.

Pendant ce temps là, les français en savent plus sur la Covid et ses variants que ce qui se vote de liberticide dans leur dos.

http://www.davduf.net/et-la-loi-securite-totale-fut

Anniversaire

Je n’ai jamais cru que 2021 marquerait le retour à une « vie normale ». D’ailleurs comment la définir?

A l’heure de cet anniversaire (sic) d’un an de confinement physique et des libertés, quoi penser ? Rien, sinon ruminer une colère encore sourde.

Celui-ci revient sur l’absurdistan français.

D’autre se battent pour exercer encore leur activité

Sans parler d’une génération laissée à elle-même.

Alors, je me demande, pourquoi écrire encore ?

Vagabondages

Birmanie

La Birmanie fut mon dernier voyage lointain avant que la Covid ne nous cloue à demeure. M. était notre jeune guide. Je ne sais pas dans quel quartier de Yangon (Rangoon) elle habite. Sur facebook elle livre son quotidien précaire, en birman malheureusement, que la médiocrité des traductions proposées par le réseau social ne permet que d’effleurer. Ainsi par exemple :

J’y apprends cependant incidemment l’existence de ce courant #WeNeedR2PInMyanmar (“Nous avons besoin de R2P en Birmanie”) qu’elle soutient. Une blogueuse sur Médiapart m’éclaire.

« Selon le quotidien singapourien The Straits times, “R2P”, fait référence à la “responsabilité de protéger”, “un principe adopté au lendemain du génocide de 1994 au Rwanda qui oblige la communauté internationale à intervenir si un État manque à protéger sa population contre des crimes de guerre ou un nettoyage ethnique”. Il peut s’agir, ajoute le journal, d’aide humanitaire, diplomatique, ou d’un recours à la force.

“Pour de nombreux manifestants birmans transportant les corps ensanglantés de leurs pairs à travers les rues, cela ne signifie qu’une chose : une intervention militaire.”

“Jusqu’à il y a deux jours, je ne voulais pas d’intervention militaire”, explique au journal une jeune femme ayant véhiculé dans sa voiture des manifestants pour les mettre à l’abri.

Mais, maintenant, la situation a changé. Le peuple birman attend impatiemment une intervention des Nations unies.”

En témoigne par exemple cet appel relayé par M.

En attendant les images donnent une idée de la violence que M. endure tous les jours.

Japon

Marché aux poissons de Tsukiji à Tokyo. C’était une curiosité à ne pas manquer.

Selon Madame Wikipédia, le marché pouvait être schématiquement présenté en trois secteurs distincts :

  • le premier était consacré spécifiquement au marché du thon ;
  • le second était le marché couvert, dédié aux poissons en tous genres, dont la vente était réservée aux professionnels ;
  • le troisième était la partie extérieure, consacrée aux condiments, aux accessoires et aux restaurants.

Lors de mon premier voyage en 2007, il était encore possible aux touristes d’assister à la criée mais cette possibilité fut retirée puis limitée à un certain contingent de personnes car leur présence perturbaient les enchères. A défaut de criée, on pouvait toujours zigzaguer entre les étals en se gardant des voitures motorisées déambulant dans ce dédale de petites échoppes familiales.

Transformation du site en base de transport principale pour les véhicules transportant les athlètes et le personnel participant aux jeux olympiques qui devaient se dérouler en 2020, présence de rats d’égouts en période de moindre activité du marché, il fut décidé de le transférer plus loin à Toyosu (3 kilomètres plus au sud). Un documentaire sur la chaîne Arte raconte ce déménagement qui s’effectua, après moult péripéties liées à des questions de sécurité, de coût, de manque de transparence financière et de carences dans l’information du public, entre le 6 et le 11 octobre 2018. On sent peu d’inclination des protagonistes pour ce nouveau lieu froid et plus éloigné de leur clientèle (restaurants principalement). Le documentaire se clôt sur la fermeture de petits commerces qui vivaient autour du marché (petits cafés, marchands de fripes estampillées tsukiji etc.., ) et sur un emménagement résigné dans des lieux où tous ne retrouvèrent pas leurs mètres carrés d’antan.

Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de revenir au pays du soleil levant, et, si oui, si j’aurais envie de revoir ce marché si particulier. Car pour moi, il demeure cela. On peut trouver bizarre d’avoir une affection pour un endroit clos, sombre et désuet mais j’aimais bien ce lieu si vivant qui ne semblait pas coupé du monde. A regarder ces clichés d’il y a 10 ans, à l’heure où la fermeture du marché était déjà programmée, je me demande à quoi ils pensent tous.

Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Fabricant de couteaux à proximité du marché Tsukiji

Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés