
C’est le premier film, retransmis à la télé, sur lequel je suis tombée après avoir recouvré suffisamment de vision binoculaire.
Une ironie, si on y songe, car il y est, entre beaucoup d’autres choses, question de regard(s).
Pour faire court, l’histoire se déroule au XVIIIe siècle sur une île donnée par le synopsis comme étant bretonne. Marianne, une jeune femme peintre, y débarque, mandatée par une comtesse pour faire un portrait de sa fille Héloïse, portrait destiné au futur époux d’icelle. Mais cette dernière, qui ne veut pas de ce mariage, refuse de poser. Marianne apprend donc que son travail devra s’effectuer de mémoire, et à l’insu d’Héloïse. A la jeune obstinée, il a été dit qu’on avait fait venir Marianne pour lui tenir compagnie pendant ses promenades. Le mensonge perdurera suffisamment pour laisser aux deux filles le temps nécessaire pour s’apprivoiser et se laisser émouvoir, et à Marianne, celui de peindre un tableau dont elle est satisfaite et qu’elle décide de montrer à Héloïse. Au delà de la déception liée à la révélation du simulacre (« c’était donc ça vos regards »?) s’ajoute celle liée à la conventionnalité du portrait. La vie en est absente, parce que la peintre, soucieuse de se conformer aux règles picturales en vigueur, en est absente aussi. Marianne étant, après avoir détruit son portrait, menacée de renvoi pur et simple par la comtesse, Héloïse accepte finalement de poser. S’ensuivra, notamment, un portrait fort différent, qui scellera le destin matrimonial d’Héloïse et la séparation des deux femmes, que, personnellement, j’ai trouvé assez figé aussi. Mais là n’est pas la question.
Comment regarde-t-on et comment transmettre ce que l’on voit ? De quoi relève l’échange entre un peintre et son modèle, entre, dans ce cas précis, une cinéaste et ses actrices, entre une œuvre et qui la regarde ? Telles sont quelques interrogations que le film soulève.
A quoi j’ajouterai : quand et comment se sait-on regardé ? La question peut paraître bizarre mais avant cette intervention chirurgicale qui me rend un œil gauche à l’acuité déconcertante, je plongeais, lorsque j’étais obligée de quitter mes lunettes ou d’ôter mes lentilles, dans un univers absolument incertain. Ne distinguant rien, je ne m’imaginais pas pouvoir être distinguée. Le flou lié à ma forte myopie me gommait en partie du monde.
C’est cette sensation, inconfortable et flottante, qui m’est revenue en visionnant le film. Un comble, en quelque sorte, alors que l’opération que j’ai subie me sort de mon vieil isolement visuel.
Ainsi va le hasard. Reste maintenant à savoir ce que je vais faire de cette perception nouvelle …
Rien à voir (sic). Trouvé ça en vagabondant sur la toile. Ce n’est pas exagérément subversif mais j’ai bien aimé quand même. Un petit retour illustré à l’actualité.




















