La vidéo date d’hier 14 mai et je suis certaine que ce chroniqueur est déjà conscient de l’inanité de sa conclusion, qu’il ne croit pas plus que moi que l’exaltation discursive jupitérienne autour d’une réinvention générale et nécessaire se traduira par une quelconque redistribution des cartes.
Il faut que les affaires reprennent et chaque jour nous en fournit des illustrations déprimantes. Ainsi la ministre du travail, par exemple, qui, avec l’aide d’une majorité décidément aux ordres, continue son travail de sape du Code du travail en détricotant les règles de reconduction des CDD et des contrats précaires sous prétexte d’urgence sanitaire. Cette mesure ne devrait s’appliquer que jusqu’à la fin 2020 mais l’on sait ce qu’il en est du provisoire qui dure. Le « terrain » a besoin de « souplesse » et l’on en connait depuis des lustres le vivier : les salariés du monde d’avant. D’ailleurs, la naïveté est d’avoir cru, même fugitivement, à un hypothétique avant/après. Ce qui se profile est un avant qui se durcit et fourbit ses armes (policières et textuelles) en attendant un réveil social dont il est difficile aujourd’hui d’évaluer s’il relèvera du tsunami ou d’une simple vague. Pour les médecins, ces héros, l’affaire est donc entendue : une médaille, des contingents invités à participer au défilé du 14 juillet (en sac poubelles, leur uniforme de fortune pendant le confinement ?) et le retour des comptables aux manettes de la gestion du système de santé. La recherche publique est à la rue et vive Sanofi.
Plus près de moi, la parenthèse « corovinarienne » a accéléré les réflexions sur une « unification » des services et des métiers au sein du groupe dont fait partie mon employeur. Pour ce qui concerne ma profession (qui a télétravaillé non stop depuis le 16 mars), cela devrait se concrétiser au cours du deuxième semestre 2021. A une collègue qui demandait, à l’occasion de l’une de nos conférences téléphoniques hebdomadaires au sein de l’équipe, si un plan de départ ou des « incitations » étaient prévus pour les « vieux » (sic), il fut répondu que cela n’était pas à l’ordre du jour pour l’instant. Tout est dans le « pour l’instant ». Quand les comptes auront été faits, en revanche …
Pour l’heure, alors que rien n’est réglé et que le virus court toujours, s’amorce dans mon quartier une sorte de « comme si de rien n’était » singulier. Les applaudissements au balcon du soir se sont tus dès le 10 mai (l’ « élargissement » décrété par notre Président approchant, ils déclinaient cependant depuis quelques jours en intensité). La circulation sous mes fenêtres et le chantier d’en face ont repris le lendemain, me faisant amèrement regretter le silence du confinement. La distanciation sociale est déjà presque un souvenir…et les barrières des gestes abaissées (faudra – t- il instituer la circulation alternée sur les trottoirs pour que la prudence revienne ? ).
Une seule étrangeté perdure : la fermeture des troquets environnants.
Il fait beau. L’air est -pour combien de temps encore ?- moins saturé de saletés qu’ « avant ». Il faut pourtant (ô paradoxe !) aller masqué (enfin c’est fortement conseillé).
L’ironie n’ a pas de limite (je sais c’est indigent mais comme le chroniqueur il faut bien conclure).






