Se réinventer disait-il …

La vidéo date d’hier 14 mai et je suis certaine que ce chroniqueur est déjà conscient de l’inanité de sa conclusion, qu’il ne croit pas plus que moi que l’exaltation discursive jupitérienne autour d’une réinvention générale et nécessaire se traduira par une quelconque redistribution des cartes.

Il faut que les affaires reprennent et chaque jour nous en fournit des illustrations déprimantes. Ainsi la ministre du travail, par exemple, qui, avec l’aide d’une majorité décidément aux ordres, continue son travail de sape du Code du travail en détricotant les règles de reconduction des CDD et des contrats précaires sous prétexte d’urgence sanitaire. Cette mesure ne devrait s’appliquer que jusqu’à la fin 2020 mais l’on sait ce qu’il en est du provisoire qui dure. Le « terrain » a besoin de « souplesse » et l’on en connait depuis des lustres le vivier : les salariés du monde d’avant. D’ailleurs, la naïveté est d’avoir cru, même fugitivement, à un hypothétique avant/après. Ce qui se profile est un avant qui se durcit et fourbit ses armes (policières et textuelles) en attendant un réveil social dont il est difficile aujourd’hui d’évaluer s’il relèvera du tsunami ou d’une simple vague. Pour les médecins, ces héros, l’affaire est donc entendue : une médaille, des contingents invités à participer au défilé du 14 juillet (en sac poubelles, leur uniforme de fortune pendant le confinement ?) et le retour des comptables aux manettes de la gestion du système de santé. La recherche publique est à la rue et vive Sanofi.

Plus près de moi, la parenthèse « corovinarienne » a accéléré les réflexions sur une « unification » des services et des métiers au sein du groupe dont fait partie mon employeur. Pour ce qui concerne ma profession (qui a télétravaillé non stop depuis le 16 mars), cela devrait se concrétiser au cours du deuxième semestre 2021. A une collègue qui demandait, à l’occasion de l’une de nos conférences téléphoniques hebdomadaires au sein de l’équipe, si un plan de départ ou des « incitations » étaient prévus pour les « vieux » (sic), il fut répondu que cela n’était pas à l’ordre du jour pour l’instant. Tout est dans le « pour l’instant ». Quand les comptes auront été faits, en revanche …

Pour l’heure, alors que rien n’est réglé et que le virus court toujours, s’amorce dans mon quartier une sorte de « comme si de rien n’était  » singulier. Les applaudissements au balcon du soir se sont tus dès le 10 mai (l’ « élargissement » décrété par notre Président approchant, ils déclinaient cependant depuis quelques jours en intensité). La circulation sous mes fenêtres et le chantier d’en face ont repris le lendemain, me faisant amèrement regretter le silence du confinement. La distanciation sociale est déjà presque un souvenir…et les barrières des gestes abaissées (faudra – t- il instituer la circulation alternée sur les trottoirs pour que la prudence revienne ? ).

Une seule étrangeté perdure : la fermeture des troquets environnants.

Il fait beau. L’air est -pour combien de temps encore ?- moins saturé de saletés qu’ « avant ». Il faut pourtant (ô paradoxe !) aller masqué (enfin c’est fortement conseillé).

L’ironie n’ a pas de limite (je sais c’est indigent mais comme le chroniqueur il faut bien conclure).

Masques et cervelle

Pendant deux mois, je m’en suis passée, ou plutôt je m’en suis bricolé, au gré de tutoriels croisés ici et là sur la toile : avec des feuilles d’essuie-tout, des chutes de matériel de randonnée que je n’utilise plus. Un infirmier vivant dans mon immeuble s’amusait de ma mise tout en me disant « c’est pas si mal ». Mes masques essuie-tout étaient à sortie unique, ma machine à laver s’occupait de celui en tissus. Ainsi allait la vie.

Et puis, nous a – t -on annoncé, il est devenu possible de s’en procurer en pharmacie à partir du 27 avril, puis en grande surface à partir du 4 mai. Je ne me faisais guère d’illusions : il en serait des masques comme du papier toilette et des pâtes en début de confinement. J’ai donc continué avec mes bricolages …me sentant un peu minable tout de même face au nombre grandissant de personnes en portant des « certifiés » ou m’apparaissant comme tels.

Au fond, ce n’était pas le masque en tant que tel qui me préoccupait mais le fait de ne pas en avoir « d’homologué » , signe de mon manque de débrouillardise, de volonté peut-être, ou d’une forme de fatalisme.

L’amour-propre est un drôle d’aiguillon : je me suis mise à en chercher (des masques). Recherche du juriste d’un sentiment rassurant de retour à la norme ? Dans une première pharmacie d’abord (dont le turn-over du personnel ne m’a jamais inspiré une excessive confiance) où j’ai pu en acquérir un qui s’est avéré inutilisable : trop petit (nez ou menton, il fallait choisir), élastiques cousus en longueur ..

Sur internet ensuite sans trop y croire. Mais j’avais tort.

Puis la mairie de ma ville (Levallois-Perret) en a distribué gratuitement. A chaque tranche d’âge son jour. Le lieu : notre bureau de vote. Senior citoyenne homologuée au bureau n° 16, je me suis présentée à l’ouverture munie de ma carte d’identité et de ma carte d’ électrice. Une dizaine de personnes me précédait, toutes masquées mais impatientes. Pourquoi cette distribution prenait-elle autant de temps ? « Ronds de cuir un jour, ronds de cuir toujours », me dit celui-là, dûment protégé par un masque chirurgical, espérant de ma part une approbation qui ne vint pas car c’était mon tour …Car là est l’absurdité : les plus énervés, ce matin là, étaient ceux, déjà détenteurs de masques certifiés (ou du moins étrangement ressemblant à ces derniers).

Au fond, pendant deux mois je n’ai pas éprouvé ce manque de masque officiel. J’évitais les heures de pointe au supermarché ou dans les rues, respectait une distance un peu supérieure à celle préconisée. Pourquoi cette angoisse d’un coup « mais je n’en ai pas de vrai » ? Pourquoi cette tension, alors que rien ne dit que la situation soit si différente de celle de début mars.

La réponse se trouve peut-être dans cette interview de ce docteur en neurosciences, Sébastien Bohler (Télérama n° 3669 du 9 au 15 mai 2020). Le cortex l’emporterait-il chez moi sur le striatum ?

Vagabondages sur 1er mai confiné

On avait plutôt l’habitude du Je. Mais voici que les discours Jupitériens se teintent depuis le confinement d’un peu plus de nous. En témoigne cet extrait de celui du jour.

« Privés des rituels de cette journée, nous en éprouvons aujourd’hui toute la valeur, tout le sens. Avec cette volonté forte : retrouver dès que possible les 1er Mai joyeux, chamailleurs parfois, qui font notre Nation »

Chamailleurs ? La première pensée qui vient est que notre Président n’est pas encore en phase de réinvention de sa personne.

Sans remonter aux exploits d’Alexandre Benalla place de la contrescarpe le 1er mai 2018, souvenons – nous par exemple de cela :

Chamailleries vraiment que cela ? Dans quel monde vit-il ? Et ce nous ?

Nous inclusif ou nous de majesté ?

J’opterais plutôt pour le second, même si l’intention jupitérienne semble incliner vers le premier, tant cette union à laquelle il fait référence est contredite par les faits. Faut-il croire, par exemple, que par le miracle du saint déconfinement, les forces de l’ordre cesseront de verbaliser ou de nasser ? Il faudrait pour cela changer de personnel et de doctrine, ce qui passerait, notamment, par la mutation du Préfet de Police de Paris sur un poste n’ayant rien à voir avec le maintien de l’ordre.

La mise en place de l’application Stop-covid est suspendue mais on note un curieux appel d’offre d’un montant de près de 4 millions d’euros pour l’achat de plusieurs centaines de drones de types différents (micro-drones du quotidien», drones de capacité nationale, nano-drones spécialisés) dont on peut redouter l’usage qui en sera fait dans le contexte d’une police en roue libre. Dans le même temps Sibeth Ndiaye déclare tranquillement « la crise du COVID19 favorise la propagation de fakenews. Plus que jamais, il est nécessaire de se fier à des sources d’informations sûres et vérifiées. C’est pourquoi le site du @gouvernementFR propose désormais un espace dédié ». C’est ici.

https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/desinfox

Bien(sur)veillance pour reprendre le mot de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury et prêt à penser…Nul doute que les listes aimablement diffusées auront autant pour effet de faire descendre sur les publications citées la défiance qui se manifeste à l’égard du Gouvernement.

Passés les applaudissements et autres casserolades de 20 heures, on se sent assez chiffon dans son confinement. Penser le monde d’après, une gageure tant les prémices de son visage ressemblent à celui d’avant.

On apprend ainsi que des grandes enseignes ont « sécurisé » des millions de masques quand l’hôpital en manquait cruellement (et en manque toujours). Individualisme et profit.

On voit déjà poindre les « efforts » auxquels il faudra consentir dont on sait sur qui il pèseront puisque le Président n’envisage pas de modifier substantiellement les bases de sa politique. Le nouveau capitalisme plus respectueux des personnes cher à Bruno Le Maire a déjà vécu. Autre signe annonciateur, quelle sera la temporalité des décisions prises en matière sociale, notamment sur la durée du travail ? Seront-elles effectivement remises en cause à la fin de l’année ? Pendant ma semaine de congés, je me suis bien gardée de suivre « mon terrain » de près. Cela faisait du bien de s’aérer l’esprit, de se faire moins de cheveux virtuels, la réalité capillaire se suffisant à elle-même.

Post minimal

Le mot goguette ne remonte pas à la plus haute antiquité mais, selon Madame Wikipedia, on le rencontre dès la seconde moitié du XVe siècle avec le sens de « se régaler, en être aux caresses (avec une femme), être de joyeuse humeur ». Il s’agirait d’un dérivé de « gogue » ( qui connaîtra également une acception plus olfactive), pour « réjouissance, bonne humeur » . Une survivance du mot se retrouve dans des expressions encore utilisées comme « être en goguette » (être d’humeur enjouée) ou « partir en goguette » (aller s’amuser).

Plus tard goguette désigna une pratique festive en France et en Belgique consistant à se réunir en petit groupe de moins de 20 personnes (ce qui nous est interdit pour l’heure sinon virtuellement) pour passer un bon moment et chanter. A la longue se constituèrent des sociétés artistiques dont beaucoup ont disparu aujourd’hui. On s’y retrouvait pour se détendre, boire, rire, s’amuser et « pousser son cri », c’est-à-dire chanter une chanson, soit connue soit pastichée.

Ce petit groupe, Les Goguettes donc, dont fait partie l’un de mes collègues (voir vidéo ci-dessous sur une « reprise »de Brassens) a redonné un peu de visibilité au genre. Ce même collègue qui traite des questions relatives à l’activité partielle et qui est en train, comme moi qui révise son travail, de tourner en bourrique, le ministère s’ingéniant à défaire, refaire, modifier pas toujours de manière transparente ni claire ce qu’il avait fait la veille ou l’avant-veille, m’a dit qu’il allait en concocter une de goguette sur le sujet. Songez, depuis le 16 mars nous aurons eu sur la chose, 3 ordonnances, deux décrets et des « questions-réponses » sur le site du ministère sans cesse réaménagés. Tout semble fait pour nous noyer. Je ne sais si l’on doit s’attendre à l’avenir à une banalisation de ce procédé qui consiste à annoncer sur le site des décisions que l’on sécurisera (ou pas) juridiquement plus tard par un texte ayant, lui, une force obligatoire. Entretemps, du flou, du flou et démerdez-vous. C’était bien la peine de nous pondre, il y a à peine 2 ans avec force roulements de tambours, une loi pour une société de confiance …. Pour revenir à la goguette à venir, j’espère que notre « administration de tutelle » (sic) en sortira bien assaisonnée. On a les petits plaisirs qu’on peu.

En attendant, je vais quitter ce cirque pour une semaine. Je n’ose pas parler de vacances car j’ai trop de respect pour ce qu’elles représentent …en temps normal.

Grosse fatigue

Une surproduction ministérielle éreintante

C’est ce qu’éprouvent la plupart des juristes en droit social en ce moment. Tous les jours sa petite nouveauté, des documents questions/réponses ministériels actualisés pour certains quotidiennement sans que soient indiqués les parties affectées (il faut donc tout relire et comparer), des textes qui tardent à venir, d’autres qu’on n’attendait pas forcément, des dates d’entrée en vigueur qui varient. « Afin de protéger le maximum d’entreprises et de salariés, le Gouvernement a décidé que les nouvelles règles d’activité partielle couvriraient toutes les demandes des entreprises effectuées depuis le 1er mars 2020. » peut-on lire, par exemple, sur le site du ministère à propos d’un premier décret sur ce sujet qui est vraiment dans l’oeil du cyclone. Mais voici que surgit ultérieurement la date du 12 mars 2020 dans une ordonnance du 15 avril 2020 modifiant une précédente du 27 mars et un décret du 16 avril concernant des catégories particulières de salariés où l’on peut se délecter d’une littérature aussi poétique que celle-ci (je pense que le premier alinéa vous suffira, c’est juste pour vous donner une idée ):

 » Pour les journalistes pigistes en collaboration régulière entrant dans le champ d’application de l’article L. 7112-1 du code du travail, qui ne sont pas soumis aux dispositions légales ou conventionnelles relatives à la durée du travail et qui ont bénéficié au minimum de 3 bulletins mensuels de pige sur les 12 mois civils précédant la date du placement en activité partielle, dont 2 dans les 4 mois précédant cette même date, ou qui ont collaboré à la dernière parution dans le cas d’une publication trimestrielle, les modalités de calcul de l’indemnité et de l’allocation d’activité partielle sont les suivantes ….° ».

Voilà. Si je vous livre tout ça c’est juste pour donner un aperçu de mon quotidien légal confiné depuis un mois. En gros, l’activité partielle me prend tout mon temps. A peine diffusées, les informations que nous livrons, sont déjà modifiées. Il y a ce que dit le ministère, ce que dit l’Urssaf, le site de l’assurance maladie (Ameli), les communiqués des uns, des autres … rien ne semble vraiment coordonné.

Mais je crois qu’il y a pire comme situation : celle des gestionnaires de la paie qui ne doivent plus savoir sur quelle adaptation de leur logicel danser.  » C’est l’heure du Xanax » poste de twittos de la profession. On veut bien croire. Je pense, au bout du compte (sic), qu’il en sera de la gestion de la paie comme des urgences ….chacun va bricoler. Si je devais inventer une torture à destination des fonctionnaires du ministère du travail (voire de Muriel Pénicaud herself) qui nous balancent leur cogitations dans le plus grand désordre, ce serait de les obliger à faire un bulletin de paie « activité partielle » . M’est avis qu’ils ne seraient pas sortis des ronces même à la fin du confinement (surtout Muriel qui me donne toujours l’impression de ne pas comprendre ce que ses directeurs de cabinet lui font dire…)

Allons bon … Pekin ne nous dirait pas tout ?

Selon le professeur Montagnier, prix Nobel de médecine (excusez du peu)

https://www.cnews.fr/france/2020-04-17/le-coronavirus-est-un-virus-sorti-dun-laboratoire-chinois-avec-de-ladn-de-vih

« Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas », a confié, pour sa part, Emmanuel Macron dans une interview au Financial Times le 16 avril. Aux US les rumeurs virales auraient pris un nouveau tour ces derniers jours avec la publication d’une enquête du Washington Post assurant que l’ambassade des Etats-Unis a alerté à plusieurs reprises en 2018 le département d’Etat américain sur des « mesures de sécurité jugées insuffisantes » dans ce laboratoire de Wuhan, le Wuhan Institute of Virology (WIV), étudiant les coronavirus chez les chauve-souris.

Et nous voilà repartis …pas sûr que ce soit judicieux sur fond de guerre d’approvisionnement en masques …qui se poursuit jusque sur les tarmacs chinois.

De façon moins polémique, on observera simplement que la rigueur budgétaire n’a pas seulement ruiné l’hôpital et le système de santé mais aussi mis un sacré plomb dans l’aile de la recherche fondamentale pourtant …fondamentale…. (au fait a-t-on des nouvelles de Frédérique Vidal ci-devant ministre chargé de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation dont l’agenda ne semble pas surchargé ?).

De la toxicité de privilégier les retours sur investissement à court terme.

https://www.humanite.fr/entretien-avec-bruno-canard-specialiste-du-coronavirus-en-delaissant-la-recherche-fondamentale-perdu

Dans la dernière livraison du Monde Diplomatique, Renaud Lambert et Pierre Rimbert concluent leur article intitulé « Jusqu’à la prochaine fin du monde …. »

« L’épiphanie du chef de l’État (les auteurs parlent de son discours du 12 mars 2020 évoqué dans un précédent post) évoque celle qui frappa Nicolas Sarkozy un jour de septembre 2008, peu après l’effondrement de Lehman Brothers. Devant ses partisans médusés, le président de la République avait solennellement annoncé : «Une certaine idée de la mondialisation s’achève avec la fin d’un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à la pervertir. (…) L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle.» Ce qui ne l’empêcha pas, une fois la tempête passée, de reprendre le cours de la folie ordinaire….

M’est avis qu’il en sera également de ce Président-ci dont le ministre ds comptes publics après avoir appelé aux dons pour les hôpitaux plancherait sur une taxe sur l’épargne …qui frappera les mêmes catégories de contribuables qu’ « avant ». On parie ?

Entomologie des jours

Journal de Louis XVI

« Aujourd’hui, rien » pourrais-je écrire comme Louis le Seizième ce 14 juillet 1789 à la suite d’une journée de chasse infructueuse. Rien ou presque. Des petits détails. Le chantier en face de chez moi, à l’arrêt depuis 3 semaines s’est brièvement animé ce matin. 3 ouvriers dûment masqués, une pelleteuse. 3 heures environ d’activité, le temps de « validité » de leurs masques chirurgicaux ?

Il y a les joggeurs du matin et ceux du soir, souvent sans masque (il faut bien souffler à fond) et assez peu respectueux de toute distanciation sportive.

Le chant des oiseaux a couvert celui des pigeons ce qui n’est pas pour me déplaire mais les pollens et autres saletés printanières ne m’ont pas oubliée. J’éternue confinée, unique consommatrice de mes gouttelettes.

Des heures insignifiantes.

Démarrée vers 8 h30, avec un break entre 13 et 14 heures, ma journée se poursuit entre mails à profusion, coups de fils et autres conférences téléphoniques jusqu’à 19 heures environ. (parfois plus, parfois moins). Entretemps, je ne quitte guère mon banc de labeur. Bizarre cette sensation de pression permanente, d’injonction redoublée de produire toujours plus qui me laisse au soir, le dos cassé et les yeux explosés car mon installation personnelle n’a rien d’ergonomique.

Étrange cette culpabilité lorsque je me laisse aller à lire des quotidiens en ligne pour changer d’angle alors même que je n’y passe pas le quart du temps des échanges usuels et informels que j’ai au bureau avec mes collègues à la machine à café ou ailleurs. Je comprends mieux la fringale des travailleurs à domicile qui se noient sous les tâches de peur d’être considérés comme des feignasses.

Alors que les rues vides donnent le sentiment d’un temps immobile, j’ai l’impression de courir après lui. Absurde non ?

Il fait un temps radieux depuis notre décrété confinement. Un temps qui donne envie de randonnée, de paysages, de rencontres. Toutes choses bannies pour le moment et pour ce qui est de l’aération, j’ai largement épuisé les charmes des pâtés de d’immeubles voisins.

Une légende veut qu’en 1839 à l’âge de onze ans, le petit Jules Vernes aurait tenté de s’embarquer sur un long-courrier en partance pour les Indes, en qualité de mousse. Son père l’aurait récupéré in extremis à Paimbœuf. Jules aurait avoué avoir voulu partir pour rapporter un collier de corail à sa cousine, dont il était amoureux. Rudement tancé par son père, il aurait promis de ne plus voyager qu’en rêve.

Heureux homme qui a pu (presque) tenir sa promesse.

Le droit n’incite guère à la rêverie d’où cette envie, mes capacités d’adaptation techniques reculant, d’abréger mon temps laborieux.. Mais avec ce coronavirus et ces « efforts » auxquels on nous promet de devoir nous plier, pas sûr que j’y parvienne à court terme..

Certains pensent que le Codiv 19 nous engage à réfléchir sur demain. Pour s’en tenir à l’Union (sic) européenne, ou aux déclarations de notre ministre des finances (après un égarement fugace sur un capitalisme solidaire à inventer), économiquement, écologiquement rien n’est moins sûr. Les crises financières et sanitaires se rapprochent les unes des autres et l’on veut croire que notre modèle de développement est encore soutenable.

Misère. Sapiens, il est temps de te faire greffer un cerveau neuf.

Vie partielle

C’est un peu le sentiment qui me vient, en regardant ma cour vide qui ne s’anime que vers 17 heures à peu près. La jeune femme à la corde à sauter fait ses exercices et les gamins s’égosillent comme à l’école. Pourquoi cette heure là et pas une autre moins usuelle ? 17 heures, la quille pour les enfants.

Ne pas croire que l’immeuble est silencieux. Je viens de me taper pratiquement une semaine de travaux au-dessus de ma tête : perceuse, marteau, ponceuse, bruits d’ ustensiles qu’on préfère laisser tomber plutôt que reposer. Les sols et les murs vibrent et il est difficile de se concentrer sur quelque ligne de texte que ce soit. Je monte et je demande poliment aux ouvriers pour combien de temps ils en ont : « il faut bien qu’on fasse aussi notre travail madame ». Fermer le ban, je n’en saurai pas plus. Par le gardien de l’immeuble, j’ai su que ces travaux auraient dû être réalisés il y a quelque temps. Avant notre confinement en tous cas. D’où mon agacement. Mais ce petit entrepreneur, prisé par mon bailleur, que je croise depuis près de 20 ans que j’habite ici, n’a jamais su gérer correctement ses chantiers. Pour moi, j’ai appris à me passer de ses services, sans doute pas cher mais très médiocres.

Reste que le voisin qui devait emménager ne le pourra pas de sitôt et que la fondation qui possède notre immeuble ainsi que quelques autres autour, devra se mettre quelques loyers derrière l’oreille.

On croyait avoir touché le fond de cuve, c’était compter sans le préfet de police de Paris, notre Lallement national pour qui les victimes du covid-19 en réa l’ont bien cherché en ne se soumettant pas au confinement dès le début. Gros succès auprès des médecins, soignants, aides à domicile, salariés des commerce d’alimentation, voire certaines forces de l’ordre envoyés sur le terrain sans luxe de protection. L’homme a rétropédalé ; on l’avait mal compris bien sûr. Mais on le sent qui s’ennuie avec ses drones de surveillance des citoyens au-dessus de Paris. Ah, le post-confinement, quand il sera temps, pour trier les immunisés des pas immunisés, les asymptomatiques des populations à risques, toutes ces proies relâchées en liberté, de tracer tout ce monde là comme on traçait la vache folle … on le sent frétiller sous son képi trop grand pour ce qui lui sert de réflexion.

Comment dire sans insulter : il faut croire que l’ignominie protège.

Suis-je asymptomatique ? Comment savoir ? Je sors un jour sur 3, me tiens à distance sans masque. Jamais chopé la grippe de ma vie. Alors ?

Je note que si les hôpitaux manquent de masques, certains en trouvent. Bien sûr, il y a les self-made mais pas seulement : des FFP2 tous neufs aussi, qui vous font un bec de canard, dans la queue de la supérette en dessous de chez moi, tous les jours. Où ces gens se les procurent-ils ? Par les temps qui courent, il en est des sources d’approvisionnement comme des coins à champignons. Cela ne se dit pas. Chacun pour soi et au bon beurre.

Parce qu’on voit aussi remonter des choses qui fleurent (sic) bon d’autres temps : à 20 heures on applaudit les soignants, ce qui n’empêche pas certains d’engager ceux habitant leur immeuble à aller vivre ailleurs via des notes anonymes ….on n’est jamais trop prudent.

On laisse des cliniques privées qui proposent leurs services sans réponse (pour ne pas à avoir à les remercier plus tard ?), Alors que l’usine Luxfer pourrait préserver la France d’une pénurie de bouteilles d’oxygène, le ministre de l’économie vient d’écarter l’hypothèse d’une nationalisation du site. Et j’oublie sans doute plein d’autres initiatives laissées dans le vide.

Ah, ce nouveau capitalisme, plus humain , qu’on nous promet (comme en 2008 soit-dit en passant) comment y croire ? Surtout quand certaines notes de la caisse des dépôts et consignations relatives au devenir du système de santé dévoilées par Médiapart mettent en lumière que ce Gouvernement, à commencer par son Président, n’apprends rien. Ou ne veut rien apprendre ce qui semble encore plus grave.

https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/actualites/l-etat-refuse-la-nationalisation-de-l-entreprise-luxfer-de-gerzat-puy-de-dome-pour-fabriquer-des-bouteilles-d-oxygene-medical_13772937/#refresh

Activité partielle

Ce sera sans doute mon seul jour du genre. Et pour cause, mon activité pouvant être exercée en télétravail, sans ralentissement notable, mon employeur n’est pas éligible, au moins pour les fonctions comme les miennes, à ce dispositif. Il y aura songé pourtant…l’espace d’une semaine. Le beurre, l’argent (public) du beurre et la crémière avec.

J’avais pensé que, ce nouveau mode de travail n’étant pas l’évidence même -je pense en particulier aux parents de jeunes enfants-, on aurait pris le temps de réfléchir un peu plus sur l’organisation du travail en fonction des aptitudes des uns et des autres. Il y a les agités de l’information, les affolés du vide, qui aiment à publier à tour de bras, pour occuper l’espace informatif, peu important qu’il y ait du fond ou pas. Et d’autres, comme moi, qui auraient bien aimé en profiter pour réfléchir, sérieusement, sur des réécritures de plus longue haleine. Mais cela ne me sera pas donné.

Je termine mes journées, rincée, avec ce sentiment de n’en avoir rien fait d’utile. Rien avancé. Juste couru après le temps. J’aurai relu les papiers des uns et des autres avec un intérêt décroissant tant cette espèce de ponctuation quotidienne « coronavirus : le point au xxx mars » finit par me sortir par les trous du nez.

Il fait un temps radieux, froid et sec, qui inciterait, en temps normal, à la promenade, à la rêverie, à l’envie de lire en se balançant dans un jardin imaginaire et me voilà scotchée à un écran et un bureau inconfortable (faute d’avoir eu le temps de m’organiser autrement). Là où il pourrait y avoir une continuité apaisée, je ne rencontre qu’agitation…..finalement assez stérile. Combien de temps continuera, cet engouement du lectorat pour nos vignettes coronavirussiennes ? Dans ce qui se décrète et ce qui s’ordonnance il y a vraiment plus inquiétant !! Non ? Vous y croyez vous au temporaire qui ne va pas durer ? L’absence de réflexion sur cet après qu’on aurait supposément soupesé … comme le coronavirus en somme est sidérante.

« Alors que le gouvernement américain prévoit expressément que les entreprises qui procèdent à des rachats d’actions et distribuent des bonus seront exclues du plan de relance de 2 000 milliards de dollars qu’il s’apprête à lancer, que le gouvernement allemand demande à tous les groupes de renoncer à leurs dividendes et à leurs bonus, que le gouvernement suédois a interdit à ses banques de verser le moindre dividende cette année afin de préserver leur trésorerie » le gouvernement français par la voie de son inconsistant ministre des finances, Bruno Le Maire, « demande à toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération sur le versement des dividendes » Combien de milliards seront ainsi distribués, notamment par les banques, sans aucun profit pour la collectivité ? « Aucune contrepartie, aucune conditionnalité n’est imposée aux entreprises qui vont demander la garantie de l’État sur leurs prêts, dans le cadre du plan d’aide de 300 milliards d’euros qu’il (le gouvernement) a annoncé le 24 mars (Martine Orange, Médiapart 27 mars 2020).

Aucune contrepartie quand on demande tant à ceux qui « ne sont rien ».

Où l’on voit en quelque sorte se reprofiler le scénario du CICE qui a coûté si cher pour si peu d’emplois. Aucune leçon de rien. Désespérant.

Le confinement est prolongé jusqu’au 15 avril… en voilà une surprise ! Je pense qu’on ira facilement jusqu’à fin mai au bas mot. Dans la pénurie sanitaire organisée par ce Gouvernement et ceux qui l’ont précédé cela me paraît inévitable. Ayant vus quelques résiduels rouleaux de PQ et paquets de pâtes dans mon supermarché ce jour, je me disais, « tiens, côté hystérie, ça a l’air de se calmer ». Pas sûr … que cela ne reprenne pas de plus belle.

« On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur » tonne Jupiter. On pourrait lui tendre un miroir ou cette vidéo hallucinante sur « le pognon de dingue » où il s’agit des responsabiliser « les acteurs » sans que cela coûte aux finances publiques…

A leur Grande époque les Guignols de l’info de Canal plus en avaient fait un gamin insupportable qui ne suscitait qu’une envie : celle de lui claquer le beignet pour qu’il se taise. C’était assez bien vu.

Canards sans tête ?

Chacun y va de son journal de confinement. Je n’ai pas l’intention d’en tenir un. Sans intérêt.

Juste noter ici que j’ai eu l’impression pendant cette première semaine de vivre au milieu de canards sans tête. Le tout tout de suite, l’actualité, l’actualité, l’actualité, ma rédaction est comme la légion sur Kolwezi. Dès qu’apparaît le mot coronavirus sur un de nos sites favoris, il faut lâcher ce que l’on fait et aller voir si cela ne vaut pas une info flash là dans l’heure. On publie un état des lieux journalier avec des communiqués, des projets de loi, des annonces, dans tous les sens, dans une effervescence qui ne voit plus qu’il n’y a rien de plus volatile qu’un document « informatique » modifiable à tout moment. Nous ne sommes pas dans le scoop pourtant mais dans le supposé sérieux, alors pourquoi courir sur des pistes qui ne sont pas les nôtres ? Un sprinter n’est pas un coureur de fond et vice versa. Enfin, en principe. Et je ne suis pas sûre que l’on nous attende sur l’instantané. On n’a pas les codes, ni les relais auprès des ministères.

Ralentir.

N’est-ce pas ce que nous dit en creux cette pandémie ? La nature se purifie quand nous nous infectons….

https://www.geo.fr/environnement/le-coronavirus-fait-chuter-la-pollution-en-chine-selon-des-images-de-la-nasa-200108

https://www.geo.fr/environnement/covid-19-les-eaux-de-venise-transparentes-depuis-le-confinement-200255.

(on remarquera au passage qu’il est assez paradoxal de faire précéder ces vidéos de publicités pour un 4×4)

L’absurdie détestable n’est jamais loin encore, pourtant. Ainsi, par exemple, à Lyon des sans-abri auraient été verbalisés pour non-respect des mesures de confinement. Muriel Pénicaud fustige ces employeurs défaitistes du BTP qui arrêtent leurs chantiers. Je suppose qu’elle ne voit là que des prédateurs essayant de se refaire une vague cerise sur le dos du chômage partiel.

Je suis allé au supermarché, écrit ce twittos. « Il y avait de tout à part des pâtes et du PQ. A croire que les gens se font des cannelloni fourrées au lotus. »

Mon père travaillait à domicile. Par rapport à ceux obligés de se lever tôt pour se rendre sur leur lieu de travail, ses conditions de travail me paraissaient confortables. Me voilà confrontée au même problème que lui (qui pouvait tout de même sortir quand il voulait et ne travaillait pas sur des machines capables de détecter ses réelles heures laborieuses). Comment construire une vie sociale dans cette solitude ? Et une journée tout court ?

Les moyens aujourd’hui ne manquent pas pour rester en contact et de se cultiver : des musées proposent des visites virtuelles, des librairies également virtuelles sont proposées et même de quoi occuper les enfants qui ne savent plus s’occuper tous seuls.

Celle-ci propose des coloriages quotidiens, comme celui-ci pour des petits.

Et, pour les plus grands, les livres à lire ou relire, les films à voir ou revoir ….

J’ai fini par me fixer une sorte d’emploi du temps, m’en tenir à de petites choses qui m’empêchent d’en perdre le fil (du temps) et m’amuser de ce qui me paraît encore insolite : par exemple, ce soir, regarder une jeune femme en mal d’exercice sauter à la corde dans la cour de mon immeuble et me dire qu’elle devait faire cela jusqu’ici dans une salle de fitness aux odeurs de camphre et de sueur (je n’ai jamais fréquenté ce genre d’endroit donc je brode) et pas à l’air libre … Nous proposera-t-elle un jour un cours collectif ? Elle en bas et nous, chez nous ?

Et maintenant ? Pour l’heure …. (merci Isabelle qui se reconnaîtra)

Pendant ce temps :

Et c’est ainsi qu’Allah est grand comme disait le divin Alexandre.