Le joli monde d’après

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Charles Michel, président du Conseil européen, après l’accord sur le plan de relance, le 21 juillet. © Stéphanie Lecocq/ AFP

Je n’y croyais pas mais on est toujours triste de n’être pas déçu en bien.

« Historique » donc, disent-ils, en parlant de l’accord européen de relance conclu à l’arraché à l’aube de ce 21 juillet. Au départ, un projet franco-allemand prévoyant de partager un gâteau de 750 milliards d’euros – destiné, en principe, à soutenir les économies européennes mises à mal par la pandémie du Covid-19 – de la manière suivante : 500 milliards de subventions aux pays les plus frappés par le virus, les 250 restants étant distribués sous forme de prêts. A l’arrivée, fronde « frugale » (sic) austro-scandinave oblige : 390 milliards de subsides et 360 milliards d’emprunts. Cerise sur le gâteau, ces mêmes « frugaux » ont obtenu, en contrepartie de leur accord au plan, un nouveau rabais sur leur contribution au financement de l’Union européenne. L’Autriche va ainsi bénéficier d’une réduction annuelle de 565 millions d’euros, soit le double de celle qu’elle avait précédemment, tandis que les Pays-Bas (dont la politique de dumping fiscal contribue à siphonner les rentrées de ses partenaires) voient leur rabais annuel monter de 1,57 milliard à 1,92 milliard d’euros.

Vous vous direz, une goutte d’eau dans le budget européen …mais si un sou est un sou, convenons qu’on peut faire des choses avec de telles sommes. Un peu plus mutualisées en tous cas…

« Alors que l’Europe affronte sa troisième grave crise économique en l’espace de 10 ans, les dirigeants européens savaient qu’ils ne pouvaient se quitter sur un échec : il en allait de la survie de la zone euro. Durement touchée par la pandémie, l’Italie risquait de sombrer dans des niveaux d’endettement insoutenables si aucune aide ne lui était apportée, au risque de provoquer une nouvelle crise de la dette en Europe. Et, cette fois, la Banque centrale européenne, qui tient la zone euro à bout de bras depuis une décennie, risquait de se trouver sans munitions monétaires suffisantes si les États européens ne prenaient pas le relais avec des dispositifs budgétaires. C’est cette menace qui a conduit Angela Merkel à faire volte-face et à abandonner la position dure de refus de soutien aux autres pays européens qu’elle avait adoptée au cours des 10 dernières années. Alors que la crise sanitaire met à mal toute l’économie mondiale, que la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump fait peser un risque sur ses exportations, que les produits chinois sont désormais en concurrence directe des productions allemandes, que l’industrie automobile, pièce centrale de l’économie allemande, connaît une crise existentielle, Berlin ne pouvait se payer le luxe en plus de voir s’effondrer la zone euro, devenue son marché intérieur. « Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que l’Union européenne ne s’effondre pas » reconnaissait Angela Merkel en juin (Médiapart – Europe, un plan de relance pour sauver la face -Martine Orange -Médiapart 21/7/2020). Partant, un accord était de rigueur. Les négociations furent toutefois plus pavées d’épines que de roses.

Ceux qui pensaient s’être débarrassés de toute opposition forte avec le départ de la Grande-Bretagne en sont pour leur frais. Les « there is no alternative » et « I want my money back  » thatchériens ont donc trouvé leurs héritiers. « Même si les pays dits frugaux ont en apparence échoué à imposer des conditionnalités sur le versement des crédits dispensés par l’Union – c’est-à-dire à placer les pays sous la direction de la Commission – et à obtenir un droit de veto – les plans seront adoptés à la majorité qualifiée –, ils ont arraché cependant une possibilité de faire appel dans un délai de 3 mois, s’ils considèrent que les pays bénéficiaires ne respectent pas les règles. Surtout, ils ont réussi à imposer un contrôle étroit de la Commission européenne sur tous les projets financés par l’Union » (Médiapart, article précité).

Tout se passe donc comme si le seul horizon politique européen était devenu de trouver des accords quels qu’en soient les termes. Sur le front ordolibéral rien n’est vraiment changé (l’offre, l’offre vous dis-je) et la politique « punitive » consistant pour la Commission à censurer les pays qui seraient tentés de s’écarter du « droit chemin » a de beaux jours devant elle. De quoi alimenter les forces centrifuges constatées dans la zone euro depuis plus 10 ans.

On se congratule néanmoins « au coude à coude » (Covid oblige, ce qui nous vaut de belles photos) à défaut de se les serrer. Comme si l’application d’une épaisse couche de blanc de céruse pouvait rendre vie à un visage momifié.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, aux côtés de Charles Michel et David Sassoli (président du Parlement européen), mercredi au Parlement européen à Bruxelles. © AFP

La messe est-elle dite ?

Il se trouve que ce plan vient compléter un budget européen de 1 000 milliards d’euros pour les 7 prochaines années. Éclipsés de la séquence « historique », les eurodéputés ont fait savoir par une résolution musclée qu’ils entendaient réviser l’architecture du budget qui leur est proposé. Dans leur collimateur, en particulier, certaines des coupes décidées en début de semaine, dans les secteurs stratégiques comme la santé et la recherche (ce qui tendrait à prouver que les leçons de cette période pandémique peinent à être tirées), l’éducation (Erasmus+), ou encore la mollesse de certains compromis, par exemple sur le respect de l’État de droit par les pays membres (suivez mon regard vers l’Est). Invitée à participer au débat budgétaire, jeudi 23 juillet , la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a d’ailleurs elle-même reconnu devant les députés que les coupes budgétaires qui avaient été réalisées durant le Conseil étaient une « pilule amère, difficile à avaler ».

Théoriquement, le Parlement pourrait encore bloquer l’ensemble du « deal » (plan de relance+budget) à l’automne. Mais tout porte à croire qu’un compromis, « historique » encore, sera trouvé …

Sur le plan hexagonal, il se confirme que la solidarité est avant-tout une affaire d’individus et non de politique publique. En témoigne ce billet :

Alors quoi pour ne pas déprimer totalement ? La musique. A défaut de dépaysements physiques, la toile vous offre, parfois, des fenêtres de rêveries. A lire la biographie figurant sur son site, cette artiste ne s’est pas produite chez nous. Elle le mériterait pourtant. J’ai toujours aimé ce concerto de Prokofiev qui demande des doigts et une technique d’acier alliés à un vraie sensibilité. Cette interprétation pleine de souffle me ramène à mon voyage russe de l’an dernier, aux espaces sibériens, à la légende de la rivière Angara rassemblant ses eaux comme une traîne de mariée pour retrouver son amoureux, le fleuve Ienisseï, à la fureur du vieux Baïkal. De quoi me consoler (un peu) d’évasions entravées par Covid.

PS : Ceci vaut aussi le détour …je crois.

Encore 600 jours …ou à peu près

« Le meilleur gouvernement est celui où il y a le moins d’hommes inutiles. » Voltaire. Ou de femmes ajouterai-je.

Est-ce dans les pensées de Jean Castex dont on attend toujours la désignation du « reste » du Gouvernement à savoir quelques secrétaires d’Etat ? Ou bien les tractations sont-elles plus serrées que prévues ? La réponse est sans doute dans la deuxième question.

Curieux moment où le Président « réinventé » tourne en rond, où le Premier ministre se veut ferme mais se contredit en défendant un « plan de relance » où le soutien à la demande est occulté par son soutien au capital et à l’offre, son obsession restant la baisse du coût du travail et la « réforme » (pour ne pas dire poursuite de la casse) de notre modèle social …..

…..et où le covid (j’ai du mal à dire la covid) 19 se rappelle à nos mauvais souvenirs à la faveur des migrations estivales. La Nouvelle Aquitaine passablement épargnée jusque là se retrouve parmi les territoires vulnérables et des ministres non masqués expliquent aux préfets masqués comment ils vont devoir faire respecter le port du masque la semaine prochaine. Il est vrai que ce dernier se porte le plus souvent sous le menton ou sous le nez … et qu’un rappel à l’ordre ne serait pas inutile. La disparition des macabres statistiques quotidiennes engrenées par l’impavide directeur de la santé ont donné paradoxalement de l’air et une respiration dans notre quotidien. Mais le souffle reste court.

Pendant ce temps là on apprend par le journal Médiapart, via l’exploitation sonore d’écoutes judiciaires, les drôles d’activités de l’ancien patron du service du renseignement intérieur Bernard Squarcini dit « le Squale » : entre autres choses, la surveillance du journal Fakir et de son fondateur François Ruffin qui menace de perturber l’assemblée générale du groupe LVMH, l’accélération de la délivrance de passeports pour les voyages d’affaires de cadres du leader mondial du luxe, la surveillance des procédures judiciaires intéressant la multinationale etc…. Les échanges entre « le Squale » et ses interlocuteurs se font souvent sur le ton de la blague. « Nous on est des voyous mais on est des voyous peinards » dit l’un de ses « contacts ». L’homme est bonhomme et sûr à l’époque de son impunité.

Etat dans l’Etat, marigot où intérêts privés se mélangent avec basse police, la barbouzerie ne date pas d’hier mais dans ce monde en suspension où l’expression de la colère sociale n’est plus seulement entravée par le corps policier, où la distanciation physique est une contrainte mal acceptée, cette fluidité cynique que l’on retrouve aussi sur certains plateaux télévisuels passe mal. La nécessité de se laver régulièrement les mains n’empêche pas nausée.

Pour revenir à Jean Castex son utilité pour l’heure est de suivre la feuille de route inchangée de Jupiter sans lui faire d’ombre. Ramené sur les réseaux sociaux à un personnage sorti de vieilles actualités de la IIIe République, sans doute est-il plus toutefois plus madré que sa façon d’épeler ses discours donneraient à croire.

600 jours c’est à la fois long et bien court surtout quand la sphère politique, tous horizons confondus, paraît encore bien loin, elle, de se réinventer.

Incurie endémique

« La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le politicien pense à la prochaine élection, l’homme d’État, à la prochaine génération. » James Freeman Clarke (théologien et écrivain américain 4 avril 1810-8 juin 1888).

J’ai glané cette citation sur Tweeter.

Tout bien considéré, notre cheptel gouvernemental (mais c’est assez partagé en ce monde) me semble relever plutôt de la première catégorie ou alors ses pensées envers les prochaines générations ne sont guère amicales.

Sur suggestion maternelle j’écoute l’interview de cet avocat porteur des plaintes d’un collectif de médecins contre le gouvernement pour sa gestion de la pandémie Covid 19. Ayant assisté aux travaux de la commission d’enquête parlementaire sur le sujet et en particulier à l’audition de l’ex-ministre Agnès Buzyn, il nous décrit des gens hors-sol qui ne « tiennent » pas leur administration qui leur « remonte » ce qu’elle veut bien leur remonter. J’avais souvent entendu ça à propos de la direction du trésor qualifiée d’Etat dans l’Etat mais plus rarement au-delà. Multiplicité des étages, redondance des attributions, concurrence des services, dilution et enchevêtrement consécutifs des responsabilités, chacun est dans son rôle et personne n’y comprend plus rien, à commencer, donc, par les ministres dont l’ambition se limiterait à porter leur titre sans « l’investir ».

Bref, Agnès Buzyn n’avait juste pas l’étoffe de son poste, pas plus que Marisol Touraine ou Olivier Véran.

Le véritable pouvoir serait aux mains d’une technique gestionnaire, dogmatique , sans trop d’états d’âme et la nomination du haut fonctionnaire multi casquettes Jean Castex marquerait l’acmé de la tendance.

A cela s’ajoute, selon lui, le fait que « le gouvernement et la machine administrative a pour réflexe de compter uniquement sur le secteur public, pas sur le secteur privé. Il ne s’est pas posé une seconde la question de mobiliser le secteur privé. Il y a un fossé dans le traitement appliqué au secteur public vs celui du privé, notamment entre hôpitaux publics et cliniques privées. Cette triste défiance de l’administration vis-à-vis du secteur privé a miné la prise en charge des patients et a été un facteur de contamination, en raison de la saturation des hôpitaux publics. Pensez donc. On a installé des lits d’hôpitaux sous les tentes de l’armée, alors qu’il y avait vingt lits privés de Mulhouse qui n’ont pas été sollicités ».

Il plaide donc pour un système de santé privé, encadré par la puissance publique : « le privé peut parfaitement remplir des missions de service public, via les cahiers des charges dictés par les pouvoirs publics, via la soumission à des marchés publics. Autre technique, on peut faire des sociétés d’économie mixte ».

Hum.

Aux difficultés d’organisation pure, j’ajouterais un confinement intellectuel favorisé sans doute par une identité de formation. Et un certain goût pour le verbiage, le gloubi-boulga, le vide, le creux qui infeste aussi le privé. Et le faux participatif. De grandes manoeuvres se dessinent, par exemple, dans l’entreprise où je travaille. On se doute bien que les solutions sont calées mais l’on nous demande de réfléchir sur différents thèmes relatifs à notre future organisation. Au hasard : « Organiser et structurer l’information pour avoir une compréhension approfondie des moments clés d’usage de nos offres, un suivi précis des usages de nos solutions afin d’ajuster en continu nos offres et la façon de la délivrer ». Le document qu’on nous a transmis est truffé de ce type d’injonctions ponctuées de mots tels que pricing, time to market churn, ebitda ou acronymes tels que KPI (key performance indicator) que l’on ne se donne pas la peine de nos détailler (merci google) et de jolis dessins (voir ci-dessus).

Je ne sais pas combien l’entreprise a payé pour cette bouillie. Qui sait si non seulement notre système de santé mais la société dans son ensemble n’est pas en train d’être minée par ça : laisser prospérer l’insignifiant.

Opinel ou couteau suisse ?

Fabriqué au coeur des Alpes françaises depuis 1890, le couteau de poche Opinel puise dans ses racines montagnardes sa robustesse et sa simplicité. Au fil du temps, le couteau pliant Opinel a été adopté dans le monde entier, il est aujourd’hui reconnu comme une icône du design. Objet mythique, transmis de génération en génération, il reste populaire et indispensable pour le petit bricolage, le camping ou les piques-niques dans la nature. La collection Tradition décline le couteau de poche de 1890 en différentes tailles, couleurs et bois (sur le site : http://www.opinel.com).

Compacts, agiles, prêts à affronter toutes les situations. Notre gamme de couteaux suisses est née en 1897 et ne cesse de se développer. Au cœur de celle-ci, nos couteaux de poche : un outil de survie polyvalent pouvant faire face à toutes les situations et dont la lame coupante et précise constitue l’expression la plus élémentaire. Les plus sophistiqués ont révolutionné le voyage spatial et redémarré des moteurs. Des pionniers (sur le site : http://www.victorinox.com).

Jean Castex, notre nouveau Premier ministre, tient-il plus de l’opinel (robustesse et simplicité) ou du couteau suisse (polyvalent pouvant faire face à toutes les situations) ou des deux ?

Sans doute des deux. Selon le journal Le Monde « 

« Le risque d’un portrait de Jean Castex est de sombrer dans l’éloge panégyrique : le garçon attire les louanges. A droite, comme à gauche.

Président socialiste de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel ne peut pourtant pas être taxé de groupie. « Je ne le connaissais pas avant qu’il ne s’occupe des JO 2024, raconte-t-il. Je suis totalement dithyrambique. C’est le mec réglo par excellence. Jamais de coup tordu. Il dit les choses et quand il dit oui, il s’engage à fond. Et en plus, il est très sympathique. Des comme lui, j’en ai rarement croisé dans ma carrière. »

Moi j’aime bien les couteaux Laguiole. Bien en main, moins rustiques que l’opinel, plus esthétiques que les couteaux suisses et déclinables et personnalisables en plus : Laguiole design, Laguiole de table, Laguiole confrérie, Laguiole oiseaux (élégant, charmant et atypique… : sur le site : https://www.couteau-laguiole.com) etc. Mais chers.

Difficile de savoir si Jean Castex aura aussi la portance de l’oiseau face à celui qui s’est cru Jupiter et n’est en fait qu’un pauvre Icare.

En 2017 les électeurs ont élu un laguiole oiseau. Du moins croyaient-ils en ses qualités. Peut-être est-il temps de revenir à un concret qui ne tranche pas systématiquement dans les mêmes poches. Un bon vieil Opinel en somme.

PS : j’apprends par Médiapart que Jean Castex est l’un des pères de la T2A. En plein Ségur de la Santé qui se passe mal cette nomination tient de la provocation. Mais Jupiter aime bien ça.

Démocratie et foutage de gueule

Comme ma lecture des journaux en ligne est très « ciblée » et que je ne regarde plus les nouvelles à la télé (BFMTV, Cnews, LCI, France télévision …), tellement le traitement de l’actualité par ces rédactions me paraît servile, je ne sais pas si l’on s’est vraiment penché sur la signification de ces manifestations policières sur nos étranges lucarnes.

Je crois qu’il y a de quoi s’inquiéter.

Trocadéro, place Vendôme, place d’Italie, maison de la radio à Paris, notamment, mais aussi Bordeaux ou Strasbourg où environ 200 policiers se sont rassemblés le mercredi 24 juin en début d’après-midi sur le parvis de l’hôtel de police pour dire leur « malaise » au lendemain de la condamnation d’un des leurs à une peine de prison avec sursis pour avoir frappé une manifestante sexagénaire lors d’une manifestation de gilets jaunes. Et on ne parlera pas, par pudeur, de la plainte déposée par cette policière contre un collègue qui l’a presque asphyxiée en pratiquement une clé d’étranglement.

Pauvre petits chats caparaçonnés qui semblent avoir oublié leur déontologie voire leur cerveau au vestiaire.

Qu’imaginent-ils ?

Assimiler le jet de menottes ou de tonfas dans un contexte de « surveillance » générale de la population et de pression sur un ministre totalement incompétent n’a rien à voir avec celui de blouses blanches ou de robes d’avocats. Les uns tapent quand les autres soignent et protègent.

Doit-on craindre une corporation qui se sent invulnérable ?

Oui.

Ici par exemple :

Je crois qu’on atteint là une sorte d’ Himalaya du foutage de gueule.

Quand une une police surarmée se sent en roue libre, que reste -t- il de la démocratie ?

Vous avez 5 minutes.

Contrôle continu

Big Brother Society - Home | Facebook

« Je suis de plus en plus favorable à une vision où l’emploi du temps de l’enfant serait vu pas seulement sur les heures de cours mais un petit peu sur ce qui se passe dans sa vie le mercredi et le week-end, sans arriver à un big brother éducatif. » @jmblanquer (@education_gouv.fr).

Ce n’est pas un fake mais un extrait de propos tenus par le ministre devant le Sénat. Il s’agirait, selon la suite de la déclaration, de s’assurer que le soutien scolaire soit fait par des associations de qualité et que les subventions publiques, celles de l’Etat et celles des collectivités locales, aillent dans des activités associatives dont « nous sommes sûrs qu’elles sont conformes aux valeurs de la République ».

Pas de big brother éducatif ? Les mots suggèrent exactement le contraire. Va-t-on aussi stigmatiser les gosses en fonction de leurs loisirs ? Reliez cela avec cette connerie dispendieuse Attalienne de service national universel et, pour peu que vous reviennent des images du siècle dernier largement documentées ici et outre-Rhin, vous remontent des reflux mémoriels plus que vomitifs (pléonasme).

Ce monde de contrôle continu qui déborde aujourd’hui largement le seul domaine de l’éducation est absolument sinistre. D’autant plus que l’autorité chargée d’en limiter les appétits, à savoir la Cnil , paraît souvent en retard d’une guerre, faute de moyens, quand elle n’est pas simplement ignorée.

Au travers des enfants on peut craindre que le contrôle blanquerien conduise aussi à cibler les parents.

Dans mon dernier post, j’évoquais la lassitude par rapport à mon travail, mais je pourrais dire aussi qu’au-delà, c’est cette société de désignation amplifiée qui me déprime.

Seule consolation, la loi Avia contre la haine en ligne a été vidée de sa substance par le Conseil Constitutionnel qui a pourtant validé dernièrement beaucoup de choses contestables (en ce qui concerne les manifestations notamment) au point que je m’interrogeais sur le point de savoir s’il jouait encore sa fonction de « régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics  » (dixit le site du Conseil). Il faut croire que l’instinct de survie peut animer encore ceux dont on pensait la conscience définitivement en friche ou perdue dans je ne sais quels sables de courtisanerie et les amener à se souvenir d’une chose qui se perd : les libertés. Enfin ce qu’il en reste.

Reprendre

Après 15 jours d’arrêt de travail, il va falloir s’y remettre et j’appréhende. Renouer avec les mails incessants, les écritures et révision d’articles sur le gaz et sur fond de connexions informatiques fragiles. Les grandes manœuvres structurelles au sein du groupe vont, semble-t-il, bon train et ont tendance à hystériser notre hiérarchique qui ne nous lâche pas d’une semelle. As-tu pensé à ceci ? et fait cela ? transmis ce texte à machin ? et où en est la révision du manuscrit de truc ? je ne comprends pas que telle ou telle chose ait pris autant de temps….

Les injonctions pleuvent à des heures parfois plus que tardives, voire extrêmement matinales.

Comme si nous avions perdu les clés de notre travail….à cette aune le sens de ce que nous faisons risque de suivre.

« Mon » (sic) service jongle sur plusieurs produits éditoriaux à périodicités différentes, rien à voir avec ceux qui, dans le groupe, ne sont que sur un seul. On ne peut pas « challenger » dans toutes les cours. Et c’est bien là que la menace est perçue : qui sera quoi dans l’organisation qui se profile. Le propre de la novlangue managériale est de vous endormir dans un faux-sens qui fait naître tous les soupçons.

Le déconfinement et une balade en forêt m’ont fait réaliser à quel point j’avais tiré sur la corde. Mon départ à la retraite qui restait assez vague a pris corps. D’ici là je m’interroge sur la façon dont je vais faire accepter une décélération : temps partiel, transfert progressif de mes responsabilités à de plus jeunes qui, au fond, n’attendent que ça, les deux ? Le terme, lui, est fixé : dans un petit peu plus d’un an.

Le hasard a voulu que, pendant ma « pause », je tombe sur ce documentaire sur Arte, « Le temps c’est de l’argent », qui explique, entre autres choses, comment la rationalisation et la technicisation du travail ont conduit à nous priver de temps réel de repos, de récupération, de récréation, de reconstitution, privation couplée, en notre période de déconfinement « prudent », avec le maintien d’un discours économique anxiogène (après le sanitaire) permettant la poursuite inquiétante d’un détricotage social sans précédent.

On ne travaille d’ailleurs pas seulement en exerçant notre activité mais aussi dans nos activités consuméristes : enregistrer son panier et payer en caisse dans certains magasins, commander en ligne, s’enregistrer sur un vol. Autant de choses qui constituaient autrefois des emplois salariés et qui, effectués par le consommateur, ne coûtent plus rien en termes salariaux à l’entreprise. Les conditions générales d’utilisation ou de vente sur lesquelles on exerce moins de vigilance que sur celles d’un contrat de travail vont-elles finir par supplanter le droit du travail ?

En 1981, certains s’étaient gaussé de la création d’un ministère du temps libre chargé (en langue de bois) « de conduire par l’éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps ». Ne pas se leurrer pour autant : l’idée était encore de faire consommer, mais au moins la perspective, notamment avec l’allongement des congés payés, était -elle plus agréable que celle du « travailler plus » pour 3 cacahuètes.

La redistribution des richesses n’est toujours pas à l’ordre du jour contrairement à celle du temps où les salariés sont incités à donner leurs jours de repos non pris par exemple au profit d’un collègue dont un enfant est gravement malade ou d’un collègue proche aidant, ou, Covid oblige, aux soignants. La politique sociale ne reposera-t-elle plus bientôt que sur la seule solidarité salariale et citoyenne ? Ce qui acterait presque un bond vers l’antépénultième monde.

Alors, j’envie certain.e.s, délivrés de ces contraintes temporelles qui affichent une pêche insolente réservée à ceux qui peuvent quitter le monde du travail en assez bonne santé pour profiter du temps. Un temps pas forcément plus facile à construire mais c’est au moins le leur et ce qu’ils ont décidé d’en faire. Une réflexion à mener aussi en amont.

Et pendant ce temps là ?

La soi-disant fainéantise des enseignants sert de cache-sexe à certaines révélations policières dérangeantes (sic). C’est un peu comme la menace islamiste quand on est acculé dans les coins. Mais cela a – t -il vraiment pris , ce coup-ci ?

Ce syndicat tweete:

Syndicat France Police – Policiers en colère@francepolice Puisque la police est soit disant pourrie jusqu’à l’os, pourquoi le gouvernement et Bfm Wc ne décrètent-ils pas une semaine sans police ? Juste histoire de tester le civisme de la population et de voir comment la société s’organise sans nos services..? Chiche ?

7:31 PM · 3 juin 2020·Twitter Web App

Je vous laisse imaginer le nombre de gens qui ont répondu « chiche » sur le réseau social.

Ce jour (12/6/2020) des policiers (étaient-ils 20 ou plus ?) ont manifesté sur les Champs Elysées et non loin de chez Jupiter à l’appel du syndicat Alliance Police. D’autres, la veille, ont jeté leurs menottes par terre, estimant ne plus avoir les moyens d’interpeller « correctement » suite aux annonces de C. Castaner. Tout est dans le correctement. Je ne sais pas vous mais étranglement respiratoire ou sanguin (1), voilà qui ne m’inspire guère. Il fut un temps où l’on manifestait sans crainte de finir asphyxié…

(1) L’étranglement respiratoire se pratique avec le bras de l’étrangleur sur la trachée de l’étranglé. L’étranglement sanguin, lui, suppose une pression de l’avant-bras de l’étrangleur, sur la carotide de l’étranglé.

Un monde sans contact

C’est un documentaire « PMA-GPA, les enfants ont la parole » diffusé sur France 5 mardi dernier que j’ai vu en différé suite à une chronique du « matinaute » d’ Arrêt sur images Daniel Schneidermann. Des enfants qui parlent pour eux-mêmes. Que savent-ils de leur conception, leur gestation, leur naissance ? Comment la racontent -ils -ou pas- aux copains, aux copines ? C’est quoi une famille ? Et comment voient-ils leur avenir ? Je n’ai pas minuté, mais il me semble que la part belle y est faite à la parole d’enfants, plutôt jeunes (8 à 13 ans essentiellement) à qui l’on n’a pas caché leur « origine ». Ils ont deux mamans ou deux papas voire deux mamans et un papa ou une maman seule. Des situations de moins en moins singulières mais dans lesquelles ils semblent être « au clair » (encore que le documentaire ait un peu bousculé cela et suscité de nouvelles questions chez certains et une envie d’en savoir plus). Le seul bémol vient sur la fin : un adolescent de 18 ans qui ne se posait pas de question sur ses parents jusque-là et a appris qu’il était né par PMA peu de temps (un an ?) avant le tournage.

Alors je pense à cette collègue, qui a appris tardivement les conditions de sa naisssance, mariée à un homme né lui aussi par PMA mais qui a retrouvé, lui, son père biologique. Je pense à cette collègue qui avec son mari a fait quelques unes de journaux nationaux l’an dernier alors que se profilait la discussion d’un projet de loi relatif à la bioéthique prévoyant, entre autres choses, l’extension de l’accès à la PMA. Je pense à cette collègue, un peu grisée par cette soudaine notoriété, à sa souffrance de ne pas réussir à retrouver son géniteur, qui n’avait plus la tête à son travail et à qui il me devenait difficile de dire que ce qu’elle me donnait à réviser ne tenait pas debout et était à restructurer complètement. Je pense à cette collègue qui va bientôt donner naissance à son troisième enfant dans une société « sans contact », de « gestes barrières » et de méfiance. Une collègue, en début de grossesse alors, qui, apprenant que j’avais un érysipèle au pied gauche, ne voulait plus m’approcher de peur que « je sois contagieuse ».

Et me viennent des questions : quel accueil pour ce bébé ? ça ?

Qu’en sera-t-il de toutes ces technologies à l’heure du « traçage » ? Le coronavirus a différé le reste de l’examen du projet de loi mais peut-être en a – t -il déjà modifié les termes de la discussion .

Jupiter nous livrera la quintessence de sa réflexion post Covid entre le 28 juin et le 14 juillet.

En attendant chacun a conscience que les chantiers sont énormes et les idées ne manquent pas, voir par exemple, ici :

https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/010620/gael-giraud-la-reconstruction-ecologique-nous-ouvre-un-monde-de-la-surabondance

Pour l’heure, cependant, et c’est plutôt déprimant, la parole publique dessine un monde d’après qui ne fait guère mystère : business as usual. Dépensez votre épargne, les gens, pour le salut des entreprises alors même que la conclusion d’accords dits « de performance collective » qui permettent de baisser les salaires et jouer sur la durée du travail ont le vent en poupe. Injonction paradoxale s’il en est quand un refus de la modification de votre contrat vous expose à un licenciement par principe justifié.

On s’inquiète de la situation financière de la Sécu… de la dette de l’Etat. Bref, comme on aurait bien aimé qu’il n’en soit pas ainsi, mais il aurait fallu pour cela que les comités de réflexion théodules s’ouvrent à des courants de pensée plus hétérodoxes, rien de nouveau sous un soleil qui nous cuira cet été.

L’insolente distribution de dividendes continue, le bruit est revenu polluer nos journées, une certaine fureur est palpable, bref la « réinvention » risque de ne demeurer qu’un mot de bonimenteur.

Alea jacta est ?

Selon le règlement européen UE 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, la notion de «consentement» s’entend de « toute manifestation de volonté, libre, spécifique, éclairée et univoque par laquelle la personne concernée accepte, par une déclaration ou par un acte positif clair, que des données à caractère personnel la concernant fassent l’objet d’un traitement ».

Ce même règlement contient une autre disposition intéressante : la personne concernée a le droit de retirer son consentement à tout moment.

La Cnil a donc donné son feu vert à l’application Stop Covid en émettant toutefois quelques réserves et recommandations résumées ainsi :

« La Cnil estime que l’application peut être légalement déployée dès lors qu’elle apparaît être un instrument complémentaire du dispositif d’enquêtes sanitaires manuelles et qu’elle permet des alertes plus rapides en cas de contact avec une personne contaminée, y compris pour des contacts inconnus.

Néanmoins, la Cnil estime que l’utilité réelle du dispositif devra être plus précisément étudiée après son lancement. La durée de mise en œuvre du dispositif devra être conditionnée aux résultats de cette évaluation régulière.  

Compte tenu de la sensibilité de l’application, la Cnil a formulé dans ce nouvel avis plusieurs recommandations complémentaires parmi lesquelles :

  • L’amélioration de l’information fournie aux utilisateurs, en particulier s’agissant des conditions d’utilisation de l’application et des modalités d’effacement des données personnelles.  
  • La nécessité de délivrer une information spécifique pour les mineurs et les parents des mineurs.
  • La confirmation dans le décret à venir d’un droit d’opposition et d’un droit à l’effacement des données pseudonymisées enregistrées.
  • Le libre accès à l’intégralité du code source de l’application mobile et du serveur. »

Honnêtement je ne saisis pas tout : que serais-je capable de comprendre à la lecture sur le dernier point ? Par ailleurs, je me suis demandée, pourquoi cette exigence d’une confirmation, dans un décret à venir, d’un droit d’opposition et d’un droit à l’effacement des données pseudonymisées enregistrées ?

Pour le comprendre il faut lire sa délibération en son entier. Elle est ici :

Cette période qui s’ouvre est-elle à redouter ? A vous de voir. Selon les jours, j’oscille entre la peur, l’espoir, le fatalisme et la désillusion, campant surtout sur ces deux derniers points.

Cette proposition de loi déposée par des députés LR, visant à rendre non identifiables les forces de l’ordre lors de la diffusion d’images dans l’espace médiatique, n’est pas pour me rassurer sur l’état de notre société. Dans l’exposé des motifs on peut lire ceci:  »

La prise d’images de représentants de forces de l’ordre en intervention et leur diffusion sur divers médias, notamment les réseaux sociaux, peut constituer un risque pour chacun d’entre eux et leur famille.

En effet, les forces de l’ordre interviennent de plus en plus fréquemment dans un contexte de tensions importantes lié à une défiance envers l’autorité publique et associé à une augmentation de la violence quotidienne.

Parallèlement, la pratique du « policier bashing » se développe dangereusement. À titre d’exemple, la création d’application comme Urgence violences policières a pour effet de stigmatiser les forces de l’ordre mais aussi de faire circuler, notamment sur les réseaux sociaux, des informations souvent erronées sur celles‑ci.

La circulation d’images et de propos injurieux à l’encontre de nombreux policiers ou gendarmes les place très souvent dans un climat d’insécurité. Il est devenu fréquent que les policiers ou leurs familles soient menacés, voire même suivis et agressés jusqu’à leur domicile.

Cette situation est inacceptable, alors que nos forces de l’ordre font preuve d’un dévouement exemplaire en toutes circonstances au service de notre pays.

La présente proposition de loi vise par conséquent à rendre systématiquement non identifiables les forces de l’ordre dans l’ensemble de l’espace médiatique, y compris sur les réseaux sociaux. Cela est indispensable pour assurer leur sécurité. ».

L’espace médiatique visé est celui des réseaux sociaux et autres médias indépendants. Rien à craindre de BFMTV, CNews ou France 2 ou 5 où des éditorialistes assermentés racontent le plus souvent un quotidien dont ils n’ont aucune idée. Aurait-on besoin d’un tel texte si les forces de l’ordre s’en tenaient à la déontologie qui devrait être la leur ? Un certain nombre d’images laissent à douter du dévouement exemplaire. Et la récente condamnation du Conseil d’Etat sur l’utilisation des drones donne à croire que la « franchise policière » est de mise.

L’un de mes premiers cours de droit pénal portait sur la théorie de la baïonnette intelligente c’est à dire la condamnation de l’obéissance à un ordre manifestement illégal. Il me semble que nous en sommes bien loin aujourd’hui chez les FDO même si, mais c’est peu relayé, certains l’ont fait : Alexandre Langlois du Syndicat VIGI, par exemple.

A l’heure du déconfinement, les bâtiments sont toujours là mais ce qui est à reconstruire est sans doute plus de l’ordre de la conscience et là, pour l’instant, je cale. J’aime bien cette petite séquence sur un média indépendant, longtemps stigmatisé comme d’obédience mélenchonienne, ce qui ne me semble plus vraiment être le cas depuis l’arrivée de Denis Robert à la tête de la rédaction. On en pense ce qu’on veut mais l’instantané impertinent ne me semble pas si dépourvu de pertinence.

PS : RGPD est l’acronyme du Règlement européen UE 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données.

Dans la délibération de la Cnil, AIPD signifie « analyse d’impact relative à la protection des données », il s’agit d’un « outil qui permet de construire un traitement conforme au RGPD et respectueux de la vie privée, lorsqu’un traitement de données personnelles est susceptible d’engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes concernées ». Plus de précisions ici : https://www.cnil.fr/fr/ce-quil-faut-savoir-sur-lanalyse-dimpact-relative-la-protection-des-donnees-aipd

Un monde sans visage

Il n’y a pas si longtemps le principe était celui-ci : le citoyen se devait de se déplacer à visage découvert. En témoignent ces deux loi à presque 10 d’intervalle. La loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 tout d’abord interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Puis la loi 2019-290 du 10 avril 2019, dite « loi anticasseur » qui a inséré dans le code pénal un article 431-9-1 punissant d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende le fait pour une personne, au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, au cours ou à l’issue de laquelle des troubles à l’ordre public sont commis ou risquent d’être commis, de dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime.

A l’heure de la vidéosurveillance et du développement de systèmes de reconnaissance faciale, l’injonction actuelle au port du masque semble paradoxale.

A en croire cette publicité, l’expressivité se concentrerait désormais dans les yeux. Peu avant le top départ du déconfinement, un humoriste (Thomas VDB) déclarait d’ailleurs s’entraîner chez lui à exprimer ses émotions uniquement avec les yeux : la circonspection, la stupeur, l’effroi, ajoutant qu’il était devenu très bon à exprimer la surprise joyeuse mais avait encore du mal avec l’étonnement agacé. Ainsi considéré, ce monde voilé, où la convivialité sociale distanciée rend difficile d’éprouver le sentiment d’un « en commun », a quelque chose de déprimant.

Pourtant, si le « visuel » en public se réduit et les corps s’éloignent (pour combien de temps ?), il nous reste le son et la voix même masquée peut encore dire et permettre bien des choses. Ainsi en est-il, par exemple, de cette interprétation d’un motet de Bach, partagée sur facebook par un ami qui se reconnaîtra.