Où il sera question de langage et d’argent magique

L’exercice n’est pas nouveau. Victor Klemperer à propos du nazisme ou plus près de nous l’éditeur Erie Hazan se sont attachés à déshabiller le langage ambiant. Quelle leçons en tire-t-il pour lui-même au quotidien ? On ne le saura pas.

Sur un mode plus ludique ceux-là ne disent pas autre chose :

Je n’évoquerai pas pour ne pas tomber dans l’hypocondrie ou la paranoïa tous ces petits mots et éléments de langage qui fleurissent sur l’épidémie du coronavirus et sur lesquels de plus savants que moi se pencheront un jour pour analyser la « séquence » que nous traversons. Cluster que dis-tu ?

Il n’y avait pas d’argent magique paraît-il. La politique sociale coûtait un pognon de dingue, comme d’ailleurs l’éducation ou la recherche. Résorber la dette, la dette, la dette telle était l’obsession… au prix de l’économie réelle.

On attendait un krach plutôt lié aux aventures financières « des marchés » (ceux-ci apprendront-ils un jour quelque chose de quoi que ce soit ?). Il s’annonce autrement sur fond sanitaire et stratégies troubles autour du prix du baril de pétrole. La libre circulation marche aussi pour les virus et l’on peut s’étonner de la relative atonie, notamment des pays de l’union européenne, lorsque l’épidémie s’est déclarée en Chine. Greffée sur un hôpital public en souffrance depuis des années, il y avait de quoi avoir quelques craintes sur la capacité d’absorption de notre système de santé.

Tout était sous contrôle, nous assurait soeur Buzyn.

Fake news.

Je n’ai pas écouté le discours du Président le 12 mars 2020, mais il semble découvrir la lune : « Ce que révèle cette pandémie » aurait-il dit « est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Allelujah ! A quoi pense-t-il ? Combien de temps perdurera cette conscience ? Et réguler ces marchés y pense-t-il vraiment ? Pour l’heure des mesures « exceptionnelles et massives » de chômage partiel sont envisagées et « toutes les entreprises qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars ». D’autres, qui concernent les indemnités journalières maladie, sont déjà intervenues par décret en faveur des personnes infectées. Fort bien. Mais quelle réflexion sincère sur notre modèle de vie ces « crises » suggèrent-elles en haut lieu ? « Reprendre le contrôle » dit-il. Les mots sont faciles et l’ Etat providence n’est pas engrammé dans son logiciel. Si le ciel s’éclaircit dans quelques mois, je gage que l’on nous resservira la dette. D’ailleurs, les réformes et autres privatisations ne sont que suspendues.

Le bonhomme m’agace, car « il s’écoute écrire » comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, mais il mérite tout de même d’être lu https://blog.mondediplo.net/coronakrach

Où il sera question de pépètes, de blé, de flouze, d’artiche, de biftons etc.

Connaissez-vous la « monnaie hélicoptère » ? Moi, non, jusqu’à il y a peu. 

Selon le journal Marianne,  « depuis l’effondrement de la planète finance en 2007-2008, les économistes du monde entier se creusent la tête pour trouver une solution face à une crise qui s’enkyste. Ils pensaient bien avoir débusqué la martingale avec le quantitative easing. Un anglicisme pour désigner des politiques monétaires hyper accommodantes menées par des banques centrales – américaines et européennes principalement – à grands coups d’argent gratuit distribué aux banques commerciales. Pour en faire quoi ? Tels des castors, ces dernières ont retenu ces montagnes de liquidité dans leurs barrages… à la barbe des ménages et des entreprises, privés de cette manne. Résultat : pas ou peu de croissance de l’économie réelle. D’où cette idée de confier des liquidités non aux banques commerciales, mais directement aux citoyens, aux ménages ».

Pourquoi « monnaie hélicoptère » ? Parce que ce serait, pour reprendre l’image de son « inventeur » Milton Friedman, l’équivalent de balancer des milliards de billets depuis un hélico : les autorités monétaires impriment des billets et les jettent d’un hélicoptère dans les rues. Les gens les ramassent et les dépensent, ce qui permet de faire repartir l’inflation en territoire positif (entendre vertueux ou soutenable ?).

Petit résumé (partisan) ici :

Et là

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/04/de-quoi-faire-decoller-christine-lagarde_6024766_3232.html

Que feriez-vous si, du jour au lendemain, la Banque Centrale Européenne virait 20.000 euros sur votre compte? Vous payer un voyage, gâter vos proches … ou les garder pour vous sur un compte épargne ou sous votre matelas (attention aux punaises de lit quand même) ? Car, là, semble être le danger (un peu éludé par la vidéo). Pour que le système fonctionne, il faut que les consommateurs jouent le jeu et dépensent l’argent (au moins en principal). Or, en période d’incertitude, ceux qui le peuvent préfèrent thésauriser.

Selon une étude faite l’an dernier par la banque ING, seul un tiers des sommes serait effectivement dépensé par les ménages. D’où l’idée de certains qu’elles pourraient être versées sous forme de bons d’achat à validité limitée. En attendant d’autres suggestions …

Pour l’instant, seule l’idée – parfois réactualisée sous le nom de drone monétaire – tourne dans les cervelles de nos banquiers centraux. Autant dire qu’il faudra patienter avant de voir surgir un hélicoptère crachant des billets de banque.

Loin d’une manne financière hypothétique, on peut préférer cette idée là qui impose d’en finir avec le capitalisme ambiant.

http://www.slate.fr/story/68185/salaire-vie-travail

Ce qui relie les deux choses ? Elles ne sont pas vraiment « dans les clous » de la pensée économique dominante, il me semble.

Au vrai, je n’ai aucune compétence en la matière. C’était juste une petite contribution pour distraire du coronavirus.

PS : j’avais pensé à un billet s’interrogeant sur l’avenir d’expressions telles que « s’en laver les mains », « être au coude à coude » ou « lutter pied à pied » (sans compter celles que vous trouverez) mais je suis restée sèche comme un mouchoir à usage unique déballé inconsidérément.

Coronavirus et algorithme

La vidéo est virale comme on dit. Profitant de la visite sa visite à l’hôpital de la Pitié Salpétrière (où vient de décéder un patient atteint du coronavirus), un médecin neurologue entreprend Jupiter sur l’état de l’hôpital public. L’échange est courtois mais je me suis dit que le Président n’en avait pas exagérément apprécié la chute.

« Vous pouvez compter sur nous », lui dit le médecin, qui ajoute, « L’inverse reste à prouver ».

La confirmation ne tarda pas. Plus tard dans la soirée, alors qu’il était à Naples pour un sommet franco-italien avec Giuseppe Conte, le président de la République est revenu sur la séquence : « C’est un médecin qui représentait la coordination, l’intersyndicale, lequel est neurologue – il n’a rien à voir avec le coronavirus – qui a tenu ces propos. Il n’a rien à voir avec la crise que nous sommes en train de vivre ». 

Le coronavirus sauvera-t-il paradoxalement l’hôpital ? se demandait Daniel Schneiderman dans son billet du 28/2 sur le site arrêt sur images. La réaction italienne du Président, où l’important semble être de laver « l’offense » qui lui aurait été faite en délégitmant la parole du médecin, ne me rend pas optimiste….  « On ne peut pas passer sous silence le fait que les personnels hospitaliers ont alerté depuis plusieurs mois sur la situation dramatique des hôpitaux publics et que c’est sur cet hôpital fragilisé que va survenir cette crise sanitaire » a rappelé, de son côté, le neurologue. Il faut croire que si.

En attendant il (le coronavirus) n’est pas sans vertus. Ainsi, selon le journal Reporterre, en Chine, les mesures visant à contenir le coronavirus, qui se sont traduites par une réduction de la production industrielle, auraient permis d’éliminer un quart ou plus des émissions de CO2 du pays au cours des deux dernières semaines, période où l’activité aurait normalement repris après les vacances du nouvel an chinois.

Nos amies les bêtes ne seraient pas en reste : selon Science et Avenir, la faune sauvage « bénéficierait » aussi de l’épidémie. C’est ici :

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/le-coronavirus-fait-du-bien-a-la-faune-sauvage_141869

Mais ce qui vaut pour les animaux ne vaut pas pour les hommes … ni pour l’industrie ou les marchés financiers.

Ainsi la bière Corona serait une victime collatérale du virus. Au début j’ai cru qu’il s’agissait d’une reprise d’un article du journal parodique Le Gorafi, Mais non … et dire que Jacques Chirac n’est plus là pour déclarer l’état d’urgence « coronaïque ».

Les Bourses s’inquiètent et on réalise enfin, dans certains milieux autorisés (comme raillait Coluche), la légèreté, pour des raisons d’âpreté financière, d’avoir fait de la Chine l’atelier polyvalent du monde. Nous n’avons, par exemple, plus d’autonomie « médicamenteuse » en France. Et l’industrie pharmaceutique de s’interroger soudain sur l’utilité de maintenir un peu de fabrication sur nos sols nationaux et d’envisager de relocaliser une partie de leur activité.

En même temps, après quelques semaines d’attentisme, le ministère du travail se réveille et publie sur son site un guide des bonnes conduites face au virus.

https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/coronavirus_entreprises_et_salaries_q-r.pdf

Le mari d’une de mes collègues revient d’une zone à risques. Je me demande quelle sera la réponse de l’entreprise et des écoles où ses enfants poursuivent leur scolarité. Tous confinés ? Et on s’alimente comment en attendant la fin de la période d’incubation dont il n’est pas assuré qu’elle ne soit que de 14 jours (on n’évoquera pas, par pudeur, le cas des porteurs sains) ?

Ces crises sanitaires, contrairement à ce qu’affirme cet « éditorialiste » télévisuel estampillé Rassemblement national, ne datent pas d’hier. La conscience serait de prendre acte que, si l’on sait aujourd’hui traiter nombre pathologies d’antan, l’évolution des techniques ne nous préserve pas, entre autres choses, des risques sanitaires. Peut-être nous rend-t-elle, à certains égards, plus vulnérables et qu’il serait peut-être temps de ré-interroger sérieusement nos modes de vie et de développement.

Et pourquoi les algorithmes dans ce titre, alors ?

A cause de cette sortie d’un jeune député LREM dont je ne saisis pas bien le rapport entre ses propos et le projet de loi sur les retraites si ce n’est de tenter de justifier l’intégration du régime des avocats dans le régime universel (sic) en faisant valoir le fait que leur métier en tant que tel va finalement disparaître.

« Pourquoi le nombre d’avocat va baisser ? Parce que la profession va évoluer. Ce que l’on fait aujourd’hui en contentieux de masse n’existera plus parce que les algorithmes le feront bien mieux. Les avocats vont se spécialiser dans l’accompagnement » assure ainsi Sacha Houlié.

Il paraît que l’on doit, en partie, le casting des députés LREM à Jean-Paul Delevoye qui examinait les candidatures dans je ne sais quel comité Théodule pendant la campagne législative. Le résultat est tout de même édifiant (comme son leg plus qu’ajouré sur la réforme des retraites). En entendant cela, et en regardant le fonctionnement de cette majorité « pscittacique » depuis bientôt trois ans, je me dis qu’il ne serait pas incongru d’imaginer également son remplacement par un algorithme. Ce dernier d’ailleurs ne serait-il pas plus sensible à l’absence de données vérifiables sur les paramètres qui gouverneront la fin de vie laborieuse de tous ceux qui nous suivront ?

Il est toujours aisé d’approuver un changement de régime qui ne vous concernera pas, ou peu. Et je me demande si l’individualisme galopant n’est pas plus toxique pour l’avenir que le coronavirus.

Un adieu

photo S.Lagabrielle. Tous droits réservés.

Il est des évènements qui font un bruit de porte qui se referme. Un chapitre de votre vie se clôt. C’est le cas de celui-ci : le décès de mon ancienne rédactrice en chef. Un bruit qui lui va bien, elle qui claquait énergiquement celle de son bureau (« tiens Chantal est arrivée » pensait-on dans le service. Plus tard j’ai trouvé dans la BD « Quai d’Orsay » quelques similitudes sonores qui m’ont rétrospectivement fait rire).

Deux mots « triste nouvelle » en objet du mail d’une collègue et voilà la mémoire qui s’emballe avant même de l’avoir lu.

Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré Chantal, puisque tel était donc son prénom, et de sa ressemblance avec ma tante Lulu (qui s’appelait Lucienne et n’était pas ma tante …ou plutôt la tante d’une famille extensible aux confins d’improbables cousinages) : petite, brune, mince, aux traits réguliers. Mais les yeux de Chantal ne riaient pas comme ceux de Lulu. Le milieu (juridique) et la fonction y incitaient sans doute moins que nos repas familiaux dominicaux.

A la fois brusque, pète sec, chaleureuse et humaine, Chantal n’était pas d’un abord facile. J’incriminerai ici une certaine réticence à se dévoiler affective et sensible. Comme je n’étais pas non plus très extravertie, nous n’avons jamais été démonstratives l’une envers l’autre durant toute ces années laborieuses. Passées des temps craintifs (liés au sentiment, chez moi, de ne pas être à la hauteur de ses exigences), nos relations se normalisèrent si j’ose dire (à la faveur de mes progrès ?) pour aboutir à des liens amicaux à distance puisque attachés presque exclusivement à ce modeste blog (je ne l’ai recroisée physiquement qu’à de rares occasions après son départ de l’entreprise).

Lui en avais-je parlé (du blog) ? ou quelqu’un d’autre ? Toujours est-il qu’un jour je reçus ce premier courriel (elle ne se manifestait jamais sur le blog lui-même).

Ballade dans votre blog

Le choix du « flou » est parfait pour qui ne cherche rien, seulement un peu d’évasion grâce à des photos et des textes superbes. Recherche esthétique mais images souvent prises sur le vif , beaucoup de poésie et de sensibilité.sans oublier l’humour glissé partout, parfois une pointe d’ironie acérée..
Après m’être perdue au gré du hasard, j’ai tout de même retrouvé « l’ordre » et ses catégories. Après Bélem 2 ma curiosité m’a conduite dans non classé où je me suis reperdue pour m’arrêter sur Débuts….
A bientôt de vos nouvelles ? J’espère que tout va pour le mieux au travail et au plan personnel (vous, votre maman..).
Amicalement

Chantal Aubry
 PS : Votre éloge du banal m’interpelle. Suis-je passée à côté d’un plaisir insoupçonné ? 

Ces quelques lignes recèlent plus de compliments que je n’en ai eu en presque 30 ans sous sa direction. La maladie qui devait l’emporter se déclara quelques mois plus tard et ses courriels s’espacèrent.

Never complain, never explain.

Quelque temps après son départ des Editions, nous (ses ouailles) avions concocté une fausse revue de jurisprudence sociale mais une vraie revue de jurisprudence Chantal.

Je la relis ce soir : le portrait polyphonique, humoristique et respectueux, n’élude pas grand chose de l’être complexe qu’elle était. Je n’ai jamais su ce qu’elle en avait pensé. Je gage qu’elle avait su y lire notre affection malgré les frictions que nous avions pu vivre les uns et les autres. Car il y avait aussi de la bienveillance derrière sa rigueur. Difficile à cerner mais bien réelle.

Je la relis et je me dis qu’il ne me viendrait pas l’envie d’écrire ainsi sur ceux qui nous dirigent aujourd’hui. Parce qu’avec l’âge sans doute m’en imposent-ils moins qu’elle ne m’en imposait. Mais aussi parce que le mot équipe n’était pas vain dans sa bouche. Les paroles verbales qui forment le gros de la communication actuelle n’étaient pas son genre.

Je relis cette vraie-fausse revue et je souris. Je repense à cette affiche (on est dans les années 1980), ramenée d’URSS par le frère (je crois) d’une collègue, représentant un Lénine, le bras tendu et la main ouverte, si ouverte qu’on avait collé notre petit livre rouge (le mémento social) dans sa paume, avant de punaiser (ou scotcher) notre création sur un mur que nul ne pouvait ignorer. Le slogan en cyrillique signifiait « la bonne direction », si je me souviens bien. Certains s’offusquèrent du montage, mais Chantal laissa faire (le rouge était la couleur des publications sociales des Editions). L' »outrage » (sic) resta quelques jours à sa place avant d’être retiré sur « suggestion » hiérarchique.

Vous jugez cela anecdotique. Vous avez peut-être raison…. ou pas. Le bleu fiscal conservateur des publications de l’entreprise était écrasant, alors un peu de rouge sur les marges des résultats commerciaux… Le gant fut largement relevé alors même que la matière sociale ne manquait pas (et ne manque toujours pas) de caciques éditoriaux concurrents ce qui n’est pas le cas en fiscal. Cela valait bien qu’on s’amuse un peu.

En postant tout cela, qui ne suffit pas à faire le tour de Chantal et de toutes ces années sous sa houlette, je me sens comme un vieux machin qui ressasse un je ne sais quel « c’était mieux avant ». Je n’en sais rien, au fond. Difficile de savoir ce qu’en penseraient les jeunes d’aujourd’hui. Mais les belles personnes sont rares. Alors quand on en a côtoyé une de près…

Ainsi vont les jours…

N’est-il pas temps de sonner la retraite ?

La politique politicienne n’était pas vraiment ton terrain de dessin mais j’aurai bien aimé tu t’attaques à la sociologie de nos (récents) startuppers députés majoritaires… So long Claire. L’Obs sans toi ressemblait à une couronne mortuaire.

Indice étau

A bien y regarder, nous sommes en absurditude (sic) absolue avec ce projet de loi sur un régime universel de retraite. A en croire certains journaux, le Premier ministre et certains membres de son cabinet n’étaient pas favorables à l’abandon de la répartition pour de la capitalisation pure. L’universalité du projet n’a pas tardé à se fissurer de spécificités. Le financement s’est vite annoncé comme une verrue sur le texte. Age pivot, âge d’équilibre, synonyme ou non ? Et la valeur du point ? Et la pénibilité (branche fragile sur laquelle la CFDT essaie de se refaire une image moins compromise) ? Autant de questions au fond de la corbeille aux amendements. Dernier avatar, l’indice de revalorisation des pensions. Édouard Philippe s’était engagé à ce que la valeur du point soit indexée « sur les salaires ».  Mais la promesse a fait long feu. La valeur du point ne sera pas indexée sur les salaires, mais sur un autre indicateur : le revenu moyen d’activité par tête, qui présente l’originalité …de ne pas exister encore. Ce qui n’empêche pas Laurent Pietraszewski, Secrétaire d’Etat chargé des retraites, d’assurer qu’il sera plus en phase (voire plus favorable que les salaires) avec l’universalité du projet en ne se limitant pas à prendre en compte les seuls salaires. Quant à la définition de la composition du panier qu’on a pensé déléguer aisément à l’Insee, voilà que celui-ci traîne des pieds, estimant qu’il  n’a pas à répondre  » à la commande du gouvernement « lorsque celle-ci porte sur un indicateur central dans un projet de loi contesté ». En somme rechigne à porter le chapeau des (futures) retraites.

Sachant qu’il est un autre principe sur lequel tout assouplissement semble impossible – l’argent consacré par la France au paiement des pensions de retraite ne doit pas dépasser 14 % du PIB sous peine de tomber dans un coupable laxisme budgétaire-voilà qui fait penser à la règle d’or européenne des 3 % de déficit public qui nous valent ces politiques socialement toxiques de désengagement de l’Etat. La rue n’est plus seulement jaune le samedi mais aussi noire de toges et blanche de blouses en semaine, entre autres couleurs. Peut-être bientôt sera-t-il plus facile de décompter ceux qui ne manifestent pas.

Ce projet n’est, comme l’a pointé le Conseil d’Etat, qu’une somme de trous que ne combleront pas les 29 ordonnances prévues. Alors, pourquoi s’obstiner à ce point et ne pas engager un vrai travail sur l’avenir des retraites, si tant est qu’il soit véritablement si menacé ? Peut-être la première question à honnêtement se poser sans pavlovisme économique.

« Pourquoi renoncer à un système par répartition qui ne va pas si mal ? » se demande cette collègue (née après 1975) dont le macronisme flanche à la perspective de voir s’installer l’incertitude économique jusqu’à la mort, pour reprendre une expression d’E. Todd.

L’affaire est si mal emmanchée (pourquoi une procédure accélérée pour un projet aussi grave de conséquences) que certains députés LREM commencent à s’inquiéter (effet des permanences chahutées ?), à demander des comptes, à la grande satisfaction, paraît-il, d’Edouard Philippe :

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/02/13/retraites-edouard-philippe-se-rejouit-des-questions-des-deputes-lrm-sur-le-cout-de-la-reforme_6029463_823448.html

Pour moi je me demande si cette singulière obstination à présenter une raquette législative réduite à un trou (foncer dans le vide en somme) ne vise pas à laisser au final la patate chaude au Conseil constitutionnel. S’il valide, tant mieux, s’il retoque sévère, on aura beau jeu d’essayer de convaincre Bruxelles qu’on aura tenté de réformer ces bûches d’esprits gaulois réfractaires.

Mots valises

Selon Madame Wikipedia, le mot-valise, appelé techniquement amalgame lexical, est connu depuis le xvie siècle (Rabelais a par exemple créé le mot « sorbonnagre » en amalgamant « sorbonne » et « onagre »). De nombreux mots-valise sont entrés dans le langage courant, mais il est courant d’en créer de nouveaux par jeu (amalgames fantaisistes). https://fr.wikipedia.org/wiki/Mot-valise

En son jeune temps, alors qu’il avait encore un peu d’humour, A. Finkielkraut avait commis un amusant bouquin « Ralentir : mots-valises ».

L’invention conceptuelle Gouvernementale a suscité des vocations. Ainsi en a-t-il été du mot coopétition, mélange de coopération et de compétition, non pas inventé mais convoqué par la ministre de la recherche Frédérique Vidal pour justifier sa la loi de programmation pour la recherche, plus que contestée elle aussi.

Bon, on en pense ce qu’on veut. Pour moi, le deuxième me laisse perplexe. Il doit s’y nicher un acronyme pour initié.

Et pendant ce temps là ?

Jupiter reçoit à l’Elysée les députés de sa majorité pour une séance de calinothéragranddébatàmoi. Debout, micro à la main, au milieu de sa cour, il s’enflamme (si l’on en croit ce tweet) :

Louis Hausalter@LouisHausalter · 10hMacron : « Il faut choisir quelques enchantements simples et se mobiliser à fond sur les deux dernières années. Il faut cinq à dix sujets simples qu’on scandera partout pour être associés à ça. On a trop communiqué sur des choses compliquées, pas assez tangibles. »

Vous voilà prévenus.

Après la pensée complexe, le sapeur Camembert ?

Novlangue et nostalgie

C’est le début qui est amusant (jusqu’à 2 minutes 09), à peine caricatural, d’ailleurs, si j’en crois notre « convention annuelle » d’entreprise et autres pots de printemps ou de rentrée, qui sont l’occasion d’éprouver cette éprouvante novlangue managériale, ces jardinières de paroles verbales, comme disait mon père, fleurant moins la pensée que le creux.

Par exemple cette phrase que je rapportais dans un précédent billet : « Nous escomptons bien profiter de ces opportunités pour faire valoir nos concepts et asseoir ainsi une identité forte en termes de positionnement sur le marché Y, porteur d’avenir (…) Notre progression est de x %, ce qui constitue un bon chiffre, mais qui doit être tempéré par des tendances baissières usuelles en fin d’année sur certains produits sensibles et la nécessité probable de réajustements au regard d’anticipations dont la confirmation tarde à venir, sans compter les aléas toujours possibles ». C’est ainsi que « libérer les énergies » ne va pas forcément de pair avec une augmentation de salaire incitative (pour vous « booster » veux -je dire), quand elle n’annonce pas cyniquement un plan de sauvegarde de l’emploi (déjà ce qualificatif ….). Il faut parfois comprendre que, pour progresser en efficacité, en libération de l’énergie entrepreneuriale, les moyens et marges financières sont indispensables. Alors on se libère de certaines énergies qui ne sont plus perçues comme telles…Autre exemple : nous ne devons plus être capable mais « en capacité de ».

Notre bien aimé PDG nous délivre périodiquement des allocutions de ce calibre (dont je ne peux faire état, devoir de loyauté oblige) qui ont sur moi cet effet là.

On devrait créer des ateliers de formation au dialecte RH pour deviner derrière les souriantes insignifiances les réelles vacheries.

A la faveur de la chandeleur, circule cette archive télévisuelle.

Je me souviens de ce livre, « la cuisine est un jeu d’enfant », de son fils Michel Oliver, que nous avions à la maison. Je ne me souviens plus sur quoi je me suis fais, si j’ose écrire, les dents. La faire valoir (sic) de Raymond était Catherine Langeais que je n’ai connue qu’avec des coiffures choucroutées. Cette vidéo date d’un temps que je n’ai pu connaître, n’ayant pas la faculté d’être consciente avant ma conception. Mais en en discutant avec des collègues à la machine à café, je me suis aperçue que beaucoup d’entre eux n’avaient pas connu le noir et blanc télévisuel, les speakerines, le temps où il n’y avait que des chaînes de service public…ce qui me range au niveau des vieilleries automobiles comme la Panhard qui eut l’honneur de me voiturer aux premiers jours de ma vie.

Ah, les speakerines … on attendait, non sans malice, le lapsus ou le fou rire…encore une institution disparue pour « gagner en efficacité » publicitaire. On aurait tort de les juger futiles : elles, au moins, annonçaient clairement le programme.

Vous avez dit violence ?

C’est une tête en carton au bout d’un manche à balai promenée lors d’une retraite aux flambeaux. La réaction de Robert Badinter, qui sait ce qu’il en a été de la guillotine, est compréhensible. Mais au-delà de l’indignation, il aurait peut-être pu aussi s’interroger sur la raison pour laquelle on peut en arriver à manier cette image là. Ce qu’il faut de sentiment d’impuissance et de détestation. Dans une société plus proche du réflexe pavlovien que de la réflexion, l’image devient offensive. Alors, chacun sa comm’. La « pique » répond aux « gens qui ne sont rien ».


La citation est célèbre et vaut d’être rappelée :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »
Dom Helder Camara

Certains me diront que cela tient du marronnier, de ces choses qui reviennent inlassablement comme la citation tronquée de Maurice Thorez – rappelée ici il y a peu- l’autre marronnier étant celle de cet extrait de la déclaration des droits de l’homme de 1793 : Article 35. – Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. Problème, ce texte, qui ne fait pas partie du bloc de constitutionnalité, n’a sous la Ve République aucune portée juridique.

Reste à savoir où l’on se situe actuellement sur l’échelle de richter de la violence révolutionnaire. Le paysage national, de ce point de vue, est plus que contrasté : il y a ceux qui ne s’offusquent de la violence policière que lorsqu’elle touche à un corps respecté – le pompier-ou lorsqu’elle se manifeste sous la forme d’un croche-pied sournois et « gratuit » quand d’autres songent au nombre de blessés et mutilés durant les manifestations dont le journaliste David Dufresne tient, depuis plus d’un an, une sinistre recension.

Une certitude, l’heure n’est pas à la désescalade, hélas. Rien à espérer de la Préfecture de police de Paris, par exemple : le préfet Lallement qui, avant d’être promu à Paris, a sévi à Bordeaux, y était détesté par nombre de ses subordonnés pour ses conceptions gestionnaires notamment celle du maintien de l’ordre pendant les manifs. Curieux comme cet homme semble mettre ses pas dans ceux de Maurice Papon (je pense ici à la manifestation du 17 octobre 1961, pas à d’autres choses qui lui ont été reprochées). Pourtant, il y avait un autre Maurice de nettement plus estimable à considérer. Mais notre Didier raisonne en « camps » : le manifestant voilà l’ennemi. On devrait peut-être lui rappeler cela «la garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.» C’est dans la déclaration des droits de l’Hommes de 1789 (art. 12), qui, elle, fait partie du bloc de constitutionnalité de la Ve république.

Le projet bâclé de réforme des retraites sur lequel le Gouvernement s’arc-boute ne devrait pas réduire les fractures. J’attends de voir le lapin que les caciques LREM de l’Assemblée Nationale sortiront de leur chapeau pour faire adopter en l’état (ou moyennant quelques concessions cosmétiques) à leur majorité (dont une partie s’interroge) un texte plein de trous … et ce n’est pas moi qui le dit (qu’il est plein de trous) mais le Conseil d’Etat. Songez, 29 ordonnances sont prévues, soit 29 renoncements à se saisir du sujet dans l’immédiat.

On ne doit jamais désespérer de rien et le pire est parfois sûr.

Amusons-nous un peu tout de même. Benjamin Griveaux, candidat officiel de LREM projette, s’il est élu en mars prochain, de déménager la gare de l’Est aux portes de la capitale ou en banlieue, par exemple porte de la Villette, libérant ainsi 30 ha pour créer un « Central Park parisien ». Je ne sais pas vous mais à moi cela me fait penser à cette proposition de Louis-Auguste Commerson : « Il faudrait construire les villes à la campagne, l’air y est plus sain « .

Retrait et retraites

Photo © Valentina Camu prise sur Médiapart

Au cinéma, selon Madame Wikipédia, un plan séquence est un plan qui consiste en une prise de vues unique se déroulant en plusieurs endroits d’un même lieu ou successivement en plusieurs lieux reliés l’un à l’autre. Son utilisation la plus fréquente consiste à suivre un personnage pendant le temps de son déplacement au travers d’un décor ou plusieurs décors.

Le film, du réalisateur britannique Sam Mendes, que je n’ai pas encore vu, s’appelle 1917. L’histoire est simplissime : deux jeunes caporaux britanniques ont pour mission de traverser les lignes ennemies afin de délivrer un message qui pourrait empêcher une attaque anglaise, où périraient 1600 soldats. La prouesse du film résulterait qu’il donne l’illusion d’un plan-séquence unique d’une durée de presque 2 heures avec une caméra qui court de tranchée en tranchée, qui saute au-dessus des barbelés, qui enjambe les cadavres et qui ne s’arrête jamais afin que le spectateur soit immergé en temps réel dans la guerre de tranchées.

Pourquoi j’en parle ? Parce que, si c’est exact, ce film me fait penser à tous ces derniers mois. Cette impression d’être enkystée depuis plus d’un an dans un plan séquence, ici sur un rond point, là dans ces tranchées urbaines que sont devenues les rues, sur fond de lacrymos qui claquent, de GLI F4 et tirs de LBD qui pètent et qui mutilent.

Les portefeuilles ayant raison des grèves (malgré la constitution de caisses de solidarité), l’endurance s’invente d’autres mises, mais que valent-elles face à un pouvoir qui s’est barricadé, en particulier sur le projet retraites, bancal, sans analyse d’impact financière sérieuse et critiqué par le Conseil d’Etat de manière plutôt sévère (par exemple, mais l’avis est assez cinglant me semble-t-il sur l’amateurisme gouvernemental, « le Conseil relève que le choix d’une détermination annuelle de chacun des paramètres du système y compris ceux applicables à une génération entière aura pour conséquence de limiter la visibilité des assurés proches de la retraite sur les règles qui leur seront applicables » et je vous épargne ce qu’il pense du recours aux ordonnances)? Car l’absurde est là : à en croire le journal Libération E. Philippe (et son équipe rapprochée) n’était pas chaud pour cette réforme, estimant qu’une simple modification des bornes d’âge aurait suffi. Mais il est devenu absolutiste sans nuance, zélé, pire presque que son commanditaire élyséen. Faussement prêt à concéder : le passe-passe de l’âge pivot est une grosse ficelle et la lettre de cadrage délivrée aux partenaires sociaux participant à la Conférence sur le financement de la réforme pour sortir du blocage est proprement intenable. Les casseurs les plus violents ne sont pas où on les pense.

L’inversion du calendrier des élections présidentielles et législatives fait que le scénario de la dissolution d’une Assemblée nationale – où Jupiter dispose d’une majorité absolue et asservie – est impensable et les élections municipales n’auront que des effets indirects …et peut-être pas immédiats (quoique) sur la composition du Sénat. Depuis quelque temps, d’ailleurs, je trouve des tracts dans ma boîte aux lettres dans lesquels le candidat ne se « déclare » pas, ne dit pas d’où il parle (comme on-dit de nos jours). Vous me direz, seul le programme est à lire et jauger. C’est vrai, sauf que de programme il n’y a. Juste de la communication aseptisée, creuse et narcissique, car il y a de belles photos. Sans compter l’entourloupe Castaner pour les municipales… que l’association des maires de France ne semble pas goûter.

Alors voilà. Je balance entre irritation et colère ce qui ne mène pas bien loin. A part se gratter et mal dormir.

Certains, plus lucides, seraient plus optimistes que moi : «Jusqu’à présent, être français, c’était vivre dans l’angoisse économique, arriver sur un marché du travail difficile, s’en sortir plus ou moins bien en fonction de son niveau de diplômes (…) Bref, c’était essayer de survivre jusqu’à l’âge de la retraite, moment où l’on pouvait enfin trouver un refuge et souffler. Ce qui se profile derrière le système à points, c’est l’anxiété économique jusqu’à la mort. Il est tout à fait possible que le gouvernement perde ce conflit social. L’enjeu est quand même celui de la vieillesse et de la mort ! Si Edouard Philippe et Emmanuel Macron ne parviennent pas à détourner le regard des gens de ce qui va leur arriver, la réforme ne passera pas.» (E. Todd).

Détourner le regard des gens. Pour l’instant il tient.

A propos de la violence légitime ce billet de F. Lordon, un autre irritant (comme Todd) qui s’écoute un peu écrire (sic) mais qui a aussi le mérite de donner à penser.

https://blog.mondediplo.net/quelle-violence-legitime

Municipales : un nuançage très … »nuancé »

C’est un document qui parle de lui-même publié sur un site qu’on ne saurait qualifier de gauchiste échevelé : public Sénat. J’espère que la circulaire du ministre de l’intérieur sera lisible. J’ignorais cette histoire de nuançage. Cette circulaire n’a fait l’objet que d’une diffusion discrète et je gage que celles qui sont annoncées à la fin du document le seront tout autant. Voilà qui amène à s’interroger sur le crédit à accorder aux résultats des futures municipales.

https://www.publicsenat.fr/article/politique/document-la-circulaire-polemique-de-l-interieur-sur-les-nuances-politiques

https://fr.scribd.com/document/443181108/DOCUMENT-PUBLICSENAT-FR-Circulaire-du-ministere-de-l-Interieur-sur-l-attribution-de-nuances-politiques-pour-les-municipales-2020#from_embed

Divers et avariés

Détournements et troncatures

A la faveur de la prolongation du mouvement de grève contre le projet de réforme des retraites, la petite phrase est ressortie: « il faut savoir terminer une grève ». Sauf que ceux qui s’en prévalent s’en tiennent à ce qui les arrange car la phrase prononcée par Maurice Thorez en 1936 est celle-ci :

“Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications”.

A cette aune on comprend bien que l’injonction de nos responsables politiques ne suffise pas à faire rentrer les gens chez eux. La petite et temporaire concession d’Edouard Philippe sur l’âge pivot à destination principalement de la CFDT, en attendant les résultats de la conférence sur le financement de la réforme initiée par son secrétaire général Laurent Berger, n’est certainement pas de nature à calmer les esprits. Car la lettre de cadrage des discussions qui écarte la possibilité de jouer sur le montant des cotisations ou des pensions ne laisse qu’une marge bien étroite aux partenaires sociaux. Si les négociations n’aboutissent pas ou si la solution (miracle) alternative ne plaît pas, l’âge pivot reprendra des couleurs dans le texte et le Gouvernement la main.

Si on y ajoute qu’il y a peu à espérer du travail parlementaire comme l’a montré, par exemple, la réforme du Code du travail, le tableau ne rend pas très optimiste.

Grève, jets et arts

L’idée a germé chez les avocats et est devenue virale (comme ont dit de nos jours) à la suite de la diffusion d’une vidéo montrant une assemblée d’avocats jetant leurs robes aux pieds de Nicole Belloubet venue leur présenter ses voeux. Puis elle s’est propagée, chez les enseignants (jets de manuels scolaires obsolètes et de cartables), chez les soignants (jets de blouses), chez les ouvriers du mobilier national (jets d’outils) … en attendant d’autres happenings.

Dans le même temps, ont fleuri des chorégraphies ciblées en manifestations dont celle-ci qui s’inspire d’un tube belge (côté musique) et de l’affiche de Rosie la riveteuse d’outre atlantique des années 40 (côté look) :

ou celles d’avocats osant la synthèse de la robe et du tutu voire celle du tube belge et de leur tenue de travail. On serait peut-être tenté d’en rire et pourtant ces actes présentent l’intérêt de remettre le travail au coeur des images et il se peut que la contestation du projet de réforme des retraites ne soit peut-être que la partie émergée d’une détestation (je sais, le mot est fort, mais j’en ai pas d’autre sous le clavier pour l’instant) plus profonde de ce que notre société est devenue : fracturée et individualiste.

Démission

Celle d’Emmanuel Macron, scandée dans la rue, n’aura pas lieu mais celle des médecins de leurs fonctions administratives pour cause de naufrage de l’hôpital public devrait faire réfléchir au ministère. Comme sa collègue Nicole Belloubet, Agnès Buzyn reste impavide et compte sur les « bed manager » (gestionnaires de lits) pour refonder, notamment les urgences. Au fait, c’est quoi un bed manager ? Il est là pour identifier les lits disponibles à l’hôpital afin d’y orienter les patients des urgences. Ainsi un patient pris en charge pour une certaine pathologie peut être « hébergé » dans un service différent de sa prise en charge initiale, si un lit vide s’y trouve. 

voui, voui, voui et ça donne quoi cette « optimisation » de la gestion des lits et indirectement des patients façon palettes en entrepôt ? Elles deviennent quoi ces personnes orientées vers un service qui ne s’occupe pas de ce dont elles souffrent? Que ceux qui ont des données lèvent le doigt.

Et alors ?

Pas de quoi pavoiser. Quant aux résolutions (des conflits) … attendons les résultats des municipales …encore que …

Petite question annexe que je me pose : arrivera-t-on, enfin, à mettre Ségolène Royal qui est à la politique ce que le sparadrap est au capitaine Haddock définitivement en retrait(e) ? Ce serait une petite consolation sur le champ de ruines sociale et environnementale qui nous menace. Mais son congédiement prochain me donne à penser qu’on en a pas fini avec l’oiseau.