Argentine : Iguaçu (ou Iguazu) selon l’endroit où l’on est

Dans l’avion qui nous emmène vers Iguaçu (ou Iguazu), les places 14 A  et 14 B sont occupées par de jeunes mariés, nous dit le pilote. L’équipage leur dédie un petit morceau de musique et leur offre en guise de cadeau ces petits biscuits secs auxquels nous avons eu droit dans tous les vols intérieurs que nous avons pris. Y avait-il au milieu de ceux parfumés au chocolat et au citron une petite variante matrimoniale plus festive ? On ne l’a pas su.

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A Iguaçu (ou Iguazu) nous attend un séduisant guide à l’accent helvéto-brésilien. Il habite au Brésil mais travaille en Argentine. Curieux mélange de précision suisse (dans les horaires) et de nonchalence souriante, reposante après l’épisode P, mais un peu distante malgré tout, brièveté du séjour en ces lieux oblige, sans doute.

 

Sachant que la majorité des chutes sont sur le territoire Argentin mais que la vue panoramique est plutôt côté brésilien, faut-il commencer par le côté argentin ou le côté brésilien ? C’est un peu comme la barbe : au dessus ou en dessous du drap ?P1090987

Les hasards du voyage nous ont fait commencer par le versant argentin. Nous avons emprunté deux circuits différents de visite au milieu de la forêt, en prise directe sur les eaux. Temps radieux, faune riche, papillons partout et de mignons petits mammifères nommés coatis dont le tourisme de masse a perverti les habitudes. Des panonceaux  nous conseillent de ne pas chercher à les nourrir ou à les tenter. Car ils mordent ces charmants là.P1100234

Le lendemain nous avons arpenté (survolé aussi pour certains) le côté brésilien. Arcs en ciel à foisons. Sur les chemins,  on se sent emporté, fragile … et définitivement brumisé. P1100142P1100071 P1100226P1100124P1100133

Peut-être est-ce cela que je retiendrai de ce périple : la puissance bienveillante des paysages. Je ne sais pas comment formuler autrement ce sentiment d’appartenance et de signifiance minuscule mais indiscutable que la nature vous donne. Je suis là, moi, dans l’immensité et la démesure : présent(e) comme ce papillon.

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Argentine : Salta

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Fondée en 1582 par Hernando de Lerma, Salta s’étire au fond d’un bassin auréolé de pics verdoyants. Ses racines espagnoles suintent partout, dans les édifices religieux surtout. Ce matin morose, la lumière un peu blafarde ne rendait pas hommage à ses rues pimpantes et déteignait un peu sur nos humeurs.

 

Petit tour dans le marché couvert. J’aime ces endroits aux effluves composites, où l’on se hèle en braillant, où l’on se retrouve les mains pleines de sacs dans de petits estaminets pour manger ou seulement boire un verre. Un endroit où l’on caquette, où  l’on rit et songe aussi.

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A quoi pense-t-elle ? Son attention semble s’être détournée du monde, de son petit étal et de la foule qui l’entoure.

 

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Ce magasin là, dont je ne me souviens plus du nom aurait pu s’appeler « Tout pour le Gaucho » ou « Au bonheur du Gaucho ». Etriers, selles, bottes, chapeaux, rènes, couvertures, boleadoras (ou bolas : armes de jet comprenant plusieurs masses sphériques réunies par des liens, destinées à capturer les animaux en entravant leurs pattes) et j’en passe ; on y sentait le cuir frais et déjà la sueur à venir. Nous avons tourné en quête d’un bon angle pour croquer ce petit monde. Si tant est que le vrai puisse se dissimuler dans un semblant d’insu. Nos stratagèmes éculés ne pouvaient surprendre ni celui-ci…

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ni celle-là. L’habitude.

 

 

 

 

 

Manquait LE sujet de la pièce : un gaucho, un vrai. Nous eûmes de la chance. Celui-là arborait la panoplie de l’authentique : couvre-chef large, pantalons bouffants, bottes graissées, moustaches attendues.

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J’aurais bien voulu (et ne suis pas la seule) le voir à l’oeuvre mais le temps nous était trop compté pour cela. Restait à débrider l’imaginaire, un imaginaire mis, un peu plus loin, à rude épreuve par le couvent San Bernardo où seules les carmélites peuvent pénétrer … pour ne plus en ressortir.

Après le dehors, le dedans. Après l’espace physique, le spirituel ?

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Argentine : Salinas Grandes

P1090511Mer de sel, plaine saline ou désert de sel (salar) ? Mme Wikipedia opte pour le salar, mon Lonely Planet pour la plaine saline et P. en tient pour la mer de sel. Il y aurait une différence,  une différence que je n’ai pas retenue faute d’avoir véritablement écouté P. Ainsi va la loghorrée, on n’en retient que la musique (aimable ou pas) et pas le contenu.

L’endroit est saisissant. Cette immense flaque d’un blanc étincelant sous le soleil est une plage trompeuse. On fait comme si pourtant. Une belle prend des poses vaguement lascives devant un photographe. On y court, on s’y amuse, on y joue peut-être au ballon,  on y a même construit une sorte de château de sel un peu zèbre (un restaurant inachevé), reflet de la versatilité climatique. P1090515 P1090535P1090533

Recueilli modestement par les riverains (de longilignes petites saignées bleutées en témoignent), le sel de salinas grandes est aussi exploité sur une autre échelle par de plus gourmandes entreprises. Il paraît qu’il se consomme après un traitement consistant à ajouter l’iode dont il est dépourvu car il est d’origine volcanique et non marine (était-ce là le fondement du distinguo de P. ?).

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P1090566C’est beau et désolé. Des pancartes marquent des frontières énigmatiques. A nos pieds de délicates fleurs cristallines, plus profond un compost mystérieux que P. accoucheur géologique d’un jour nous donna à renifler.P1090557

P1090546Avant d’aborder les rivages de Salinas nous avons croisé une grâce animale aux yeux fendus : une vigogne en bord du chemin.P1090509P1090509

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En repartant,  petit arrêt  le long d’une route ponctuée de piquets électriques évoquant une scène célèbre de « la mort au trousses » d’A. Hitchcock.  Mais, sans Cary Grant, sans l’avion meurtrier et les plans serrés d’Alfred, ce paysage figé, il faut le reconnaître, manque un peu …de sel.

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Argentine : 7 couleurs

P1090297P1090300Une dégaine de cow-boy de bande dessinée avec son visage cabossé et son prognathisme, P.  nous cueille sans ménagement au sortir d’un vol nocturne. Il y a quelque chose d’adjudantesque contre quoi mon antimilitarisme primaire se rebelle d’emblée.P1090355

Le jours suivants seront à l’unisson : lever aux aurores, programme au millimètre, séquençage des  pauses photos au carré sur fond de considérations fleuves sur la vie, la sienne, celle des autres, le pays, les regrets, les choix,  … et la géologie. Il postillonne son enthousiasme en chiquant sa coca.P1090423

Mon attention a vite déserté, préférant dériver sur les paysages. Quebrada de Humahuaca, quebrada de las conchas, rouge, ocre, crème, violette, gris-bleue, on sent la terre fragile, prête à se tordre, se fissurer encore et encore au moindre bruissement de ses entrailles.P1090467

Je repense au parc de canyonlands, au dead horse point au lever du jour, à Petra, aux bardenas reales en espagne, tout est là au centuple. 30 millions d’années d’érosion. Des maisons en pisé et des visages me ramènent au Pérou.  Je suis là et ailleurs, flottante, paisible. P1090408

Je me dis que la beauté n’a pas de mots et se sirote en silence, c’est  pourquoi je vous laisse ici. Mais, P. , lui, ne semblait pas le savoir.P1090496 P1090676P1090715P1090665Texte et Photos S. Lagabrielle. Pour voir les photos dans leur format normal, cliquer dessus.

Argentine : El Calafate

C’est là que je suis « entrée » dans le voyage. Peut-être à cause des ciels, peut-être à cause de l’espace soudain délivré et du sentiment qu’il procure : celui d’être minuscule mais « au monde » en écoutant le silence à peine troué de cris d’oiseaux. Chose impossible à éprouver dans une ville où chaque mètre est domestiqué.P1090030 P1090031

Sur la terrasse ventée de l’hôtel ce soir – là, rien ne venait arrêter le regard, limiter le mouvement. J’étais libre. Libre, allégée de tout.P1090216

Plus tard, le glacier Perito Moreno. Immense, vivante et splendide falaise aux couleurs changeantes, en plis, en arrêtes, en courbes, en arches, qui progresse entre les montagnes.  Car il bouge et grogne ce diable :  laissant une trace azur sur sa peau, des pans de son corps sombrent dans le lac Argentino, gris bleu à ses pieds. Une sorte de mouvement perpétuel puisque Perito ne cesse de se renouveler. On se précipite hâtivement pour photographier ce qui chute alors que le plus beau est dans l’onde qui, remuant toutes les petites scories flottant à la surface, remodèle la figure du lac.

Certains peuvent disserter sur ce qui fait la particularité de Perito qui, contrairement aux autres glaciers de la zone, prospère. L' »ingénue géologique » que je suis n’a pas les mots. Alors, quelques clichés … au hasard….P1090072P1090097P1090109P1090121P1090153P1090197 P1090190

 

P1090213A. est venue dans la région un jour et s’y est établie. Avec son compagnon, elle gère une hacienda qui court sur un territoire difficile à évaluer. Il paraît que celui qui a goûté au fruit du calafate (un arbuste qui produit un fruit du même nom ayant un peu le goût d’une mûre) reviendra en Patagonie. Peut-être. Je n’ai pas testé le fruit (c’était trop tard en saison) mais j’ai acheté un pot de confiture.P1090238

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intermède Princier

_89387219_89387218Prince Rogers Nelson ne croyait pas au Temps. Il ne fêtait pas les anniversaires ce qui le dispensait de compter les jours. Ainsi, disait-il (sans y voir de contradiction), je reste celui que j’étais il y a 10 ans. Qui sait si sa mort ne serait pas due à un importun qui lui aurait demandé l’heure. L’horloge intime de l’artiste, cette garce débinée d’un revers de manche (de guitare), aurait saisi là l’occasion de prendre une revanche aussi inutile, éclatante que définitive … en s’arrêtant… ignorant que sous une autre enveloppe, celle de la mémoire, il survivrait …nul ne sait combien de temps encore.

Argentine : Ushuaia

P1080835P1080764Changement total d’atmosphère avec Ushuaia, petite ville du bout du monde fondée en 1884 au fond de la baie éponyme ouverte sur le canal Beagle.

Son nom viendrait de la langue indigène yamana : ush signifiant au fond et wuaia, baie ou crique. De ces habitants, qui pendant des millénaires surent construire une vie dans cette région désolée, il ne reste plus grand chose : éternelle histoire d’une culture victime des préjugés des européens, de leur soif de terres  et des maladies qu’ils véhiculaient avec eux. Aujourd’hui ne restent que des métis qui doivent le sauvetage de leur langue à un certain Thomas Bridges.

S’inspirant d’exemples australiens, le Gouvernement argentin fit d’Ushuaia un bagne : s’échapper d’une prison sur un territoire si isolé était pratiquement impossible. De fait, la cité doit à ces travailleurs contraints sa pérennité même. Port actif aujourd’hui, elle est aussi une importante base navale.


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De loin Ushuaia a de fugitives allures scandinaves.

 

 

Nous arrivons en plein conflit social. Des baraquements de fortune en bois entourent progressivement les bureaux du gouverneur. Les fonctionnaires en grève depuis un mois luttent pour le maintien de leurs salaires et leur retraite (plus élevés qu’ailleurs dans le pays). L’encerclement de l’administration locale se construit patiemment et avec constance. Deux artères de la ville sont bouchées, une troisième en bonne voie de l’être sous peu, et les grévistes se relaient jour et nuit aux points stratégiques. Ceux qui ne font pas grève, en majorité des salariés du tourisme, assurent une sorte de service minimum.
Pour nous, cela s’est traduit par des visites avortées et un survol pédestre (sic) de ville sans grand intérêt avant le départ pour un tour en mer. Pendant le voyage, des petits refuges rocheux où se distribuent pingouins, otaries et cormorans. Le vent ramène au bateau des effluves de guano et avec elles, pour moi, des souvenirs péruviens.

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J’aurais bien aimé envoyer des mots de la fin du monde, ou, plus justement, de cette terre habitée ultime où un descendant d’émigrés basques, aux traits vaguement Cavannesques, tient un petit bureau de poste. Mais voilà, en Argentine pour envoyer vos poulets vous avez le choix entre les postes argentines et des opérateurs privés qui font boîte aux lettres à part. Je n’avais pas collé les bons timbres. Bien fait pour moi. Le service privé ne s’aventure jamais là où il n’y a rien à gagner.

J’ai posté mes cartes docilement, plus tard, dans une boîte homologuée … mais, en guise de consolation, me suis offert, moyennant 30 pesos, un joli tampon sur mon passeport. Agrémenté d’un timbre non fiscal mais au visage du postier.

IMG_20160421_0002P1080950Texte et photos S.Lagabrielle : tous droits réservés. Pour voir les photos dans leur format normal, cliquer dessus.

 

Argentine : Buenos Aires

P1130343La pluie. Ce n’était pas ainsi que je m’étais figuré le début de cette escapade argentine. J’avais rêvé plus flamboyant et me voilà déambulant dans des rues encore désertes en cette heure matinale. La floralis generica, gigantesque sculpture florale haute de vingt mètres, restera frileusement repliée sur elle-même.P1130353

Rien de tel qu’un ciel sale pour pétrifier un lieu.

Rien de tel aussi que la fatigue d’un voyage pour flouter les souvenirs.

La ville ?  Contrastée : ėlégante et snobinarde dans les environs du Puerto Madero, ancien port de la ville recyclé bobo, monumentale et cossue autour de la Recoleta, où traînent les mânes controversées d’Evita, de San Telmo et de la place de mai, où tournent, tous les jeudis après-midi, des grands-mères à la recherche de petits enfants disparus pendant la junte.
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Ce matin-là d’anciens vétérans oubliés de la guerre des Malouines étaient venus se rappeler au souvenir de leurs compatriotes.Vieux de plus de trente ans, le conflit, comme celui du Vietnam ailleurs,  empoisonne encore les mémoires.


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Coloré, déglinguè, havre gouape du tango, est le quartier de la Boca, où débarquèrent des milliers d’immigrants espagnols, italiens et d’autres que j’oublie. Les couleurs primaires des maisons en tôle ondulée claquent sous le ciel plombé. L’ancienne misère n’est pas loin, en témoignent des façades évidées et des fenêtres borgnes. Non loin de là, un stade décati mais temple footballistique porteño où s’entraîne l’équipe du quartier. Impossible ici d’échapper au ballon rond. La porte de ma chambre d’hôtel en est la preuve : un beau musculeux me souhaite la bienvenue.

 

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Tango au soir dans un café historique autant que touristique. Au menu, un spectacle d’une petite heure illustrant les diverses phases du tango, de sa création dans les faubourgs apaches de Buenos aires jusqu’à Astor Piazzola. Au delà de la fluidité compliquée des pas, un mélange assez théâtral et envoûtant de violence sensuelle toute en ruptures de rythme. Les danseuses sont minces et souples, dociles, aux jambes interminables, véritables lianes s’enroulant autour du corps de leur partenaire. On sort de là un peu étourdi. Dans la rue, des grappes de gosses attendent l’ouverture de la discothèque où se débite jusqu’au petit matin une musique d’un tout autre genre. On pense : demain dimanche, on se lèvera tard et on flânera le long de la calle Defensa où se tient un marché qui tient à la fois de la brocante locale et de l’attrape touriste. A moins que l’on aille se promener dans le jardin japonais du parc Tres de Febrero du quartier de Palermo, l’un des plus grands de la ville.P1080643 P1080646 P1080685

En définitive, nous avons fait un petit tour dans le  delta du Tigre, mal nommé car il n’y a jamais eu de tigre en Amérique du Sud mais un lointain cousin du jaguar. Les habitants rassemblés dans cette Venise un peu crasseuse, vivent de et par l’eau. Le long des rives, des carcasses de vieux bateaux où la végétation gagne son combat sur la rouille. Tout cela a un aspect un peu désolé et guère engageant malgré les attractions poussées sur le site d’anciens marchés aux fruits et légumes. La communauté compte de performants clubs d’aviron dont un aux accents italiens abritant un restaurant où l’on peut également savourer quelques moments gardéliens.

Alors, qu’as-tu retenu de Buenos aires ?

Pas grand chose en réalité sinon l’impression diffuse d’une ville encore nostalgique d’un âge d’or fauché par le krach de 1929.

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dernier post avant envol

 

 

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Deux jours à ruminer, à essayer de faire le tri dans mes sentiments. Je suis fatiguée, fatiguée de tourner autour de la mort et d’une certaine forme d’abjection. Car comment nommer autrement les tentatives de récupération politiciennes hexagonales des attentats de Bruxelles. Il faut sortir le soldat Hollande de l’ornière où il s’est fourré tout seul plutôt que d’essayer de comprendre. Il est vrai que, pour l’adjudant chef qui nous sert de premier ministre, comprendre c’est déjà excuser. Non, c’est  sortir de l’accablement, s’affranchir de ce genre de discours martial et stérile. Si nous sommes à l’heure du storytelling, qu’est-ce qui (sans gonfler les effectifs des séduits) est porteur dans celui de Daesch ?

Comme je l’ai déjà écrit, le politique, tout à ses affaires, n’a plus rien à dire à ses concitoyens dont il ne partage plus la réalité depuis longtemps. On croyait avoir touché le fond avec Bruno Le Roux essayant de fléchir le Sénat en surfant sur les morts de Bruxelles, on se trompait. M. Sapin, qui doit s’y connaître en sécurité autant que moi en astrophysique, enfonce le clou en faisant savoir qu’il considère que la classe politique belge avait péché par naïveté en laissant se développer un bastion islamiste à Molenbeek. Parce que nous avons été plus lucides sans doute ? La filière dite des Buttes-Chaumont, Mohammed Merah, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly  : c’était quoi ?

« Nous sommes en guerre », martèle le petit adjudant. Vraiment ? Contre quoi ? Car il y a matière à se poser des questions quand on vend de l’armement à tour de bras à une monarchie dont les pratiques  ne diffèrent guère de celles de l’Etat Islamique et dont on décore en catimini l’un de ses représentants. Toutes ces armes, tous ces avions à quoi contribuent-ils, passé le temporaire bénéfice pour notre commerce extérieur ?

Où l’adage audiardien « les cons ça ose  tout, c’est même à ça qu’on les reconnait », se révèle réducteur : les cyniques qui se redefinissent comme pragmatiques pour se donner une contenance de violette (mais c’est raté), aussi.

Le pire est que, par lassitude visuelle et auditive, on se ferait à tout. Même au déluge de dessins, repris en boucle, qui, passée une forme d’admiration pour un savoir exprimer en quelques traits la chair d’un moment, perdent, à mes yeux, leur énergie par leur répétition réseautée.

L’émotion, sans recul … Au fond, c’est peut-être cela qui m’embête. Ne plus savoir prendre le temps d’être « en retard » sur l’évènement. Le Gorafi s’en moque ici :

Attentats de Bruxelles : un graphiste effondré de s’être réveillé trop tard pour faire un dessin récupérant le drame

Moi, j’aime l’image en exergue de ce post pour la « filiation » de certains faits qu’elle suggère, non sans pertinence.

Dans son billet du jour (23 mars 2016) Daniel Schneidermann écrit quant à lui :

« Le terrorisme, on en parle beaucoup parce qu’il y a beaucoup de medias. Dans le temps, les guerres faisaient davantage de victimes, et on n’en parlait pas ». Eva et Vincent sont deux collégiens parisiens de treize ans, à qui Thomas Legrand a prêté pour une journée sa chronique politique. Ce qui les inquiète beaucoup plus que le terrorisme ? Le chômage et l’environnement. Ils parlent d’or, Eva et Vincent. On sent bien Legrand et Cohen perplexes, devant cet optimisme inattendu, devant ce renversement des perspectives, et des angoisses. Parler de chômage et d’environnement, alors que fument encore les débris de l’aéroport de Bruxelles !

Car c’est une gifle d’optimisme, qu’administrent Eva et Vincent à la Matinale de France Inter, et à tout le système en folie de l’info continue. Une leçon de modération, aussi. Il faut le dire calmement, mais clairement : la puissance des medias vendeurs d’effroi est une des meilleures alliées des poseurs de bombes. Chaque image, chaque seconde de ce tumulte, est une victoire des poseurs de bombes. Victoires la course aux vidéos d’apocalypse dans l’aéroport ; victoires les longs plans silencieux sur les rassemblements spontanés dans la nuit des villes meurtries ; victoires les Tour Eiffel, les Porte de Brandebourg illuminées aux couleurs de la Belgique ; victoires les embouteillages d’experts sentencieux ; victoires les moulinets du comptable Cazeneuve, imperturbable général d’une armée en déroute.

Coïncidence, ARTE diffusait hier soir le film magnifique de Rémy Ourdan, Le Siège. Vingt ans après, une plongée dans les mémoires des assiégés de Sarajevo, ces citadins raffinés, tolérants, multiethniques, évolués, qui avaient vu un beau matin, incrédules, une intruse s’inviter dans leurs vies, dans leurs intérieurs, et cette intruse, c’était la guerre. La brutalité du changement d’univers ; comment avec cette intruse ils avaient rusé, comment ils avaient bien dû s’y adapter, bouleverser leurs priorités, voilà ce qu’ils racontaient. Et aussi, comment il fut alors essentiel que la vie continue, un simulacre de vie d’avant, avec ses spectacles, ses concerts, et même une élection de Miss Sarajevo assiégée, derrière une effroyable banderole adressée au monde indifférent, « Don’t let them kill us », « Ne les laissez pas nous tuer ». La diffusion du film était évidemment une coïncidence. Il appartenait à chacun d’y chercher à sa guise les résonances avec l’actualité.  »

Pour moi je modifierais la fin : il appartient à chacun de chercher ailleurs que dans le brouet télévisuel consensuel…une autre pitance que celle qu’on lui sert.

Le 1er avril (ce n’est pas une blague) je pars pour l’Argentine. L’amie Belge qui va partager ce périple sera là.  On passera tous les portiques et contrôles. Et après ? Inch Allah !

Mise à jour du 24 mars : J’aime bien celui-là aussi : 1013997_10154028367044812_205844026372873994_n