identité pastafariste

FSM_Logo.svgL’émission « si tu écoutes, j’annule tout » sur France inter est une mine. J’y apprends, par exemple, l’existence du pastafarisme au travers d’une brève concernant un citoyen belge qui s’est vu refuser de figurer sur ses papiers d’identité avec une passoire (couvre chef obligé du mouvement) sur la tête (alors que certains européens ont pu obtenir ce droit).

L’homme est déterminé et prêt à aller jusqu’aux plus hautes instances internationales pour obtenir gain de cause.

Le belge étant facétieux, j’ai cru à une blague. Apprenant, plus tard, l’origine américaine du pastafarisme et ce pays ne manquant pas de loufoques pas toujours sécurisants (à preuve le nouveau gourou du moumouttotalitarisme candidat à la candidature républicaine), j’ai voulu y voir de plus près.

Un petit tour chez Madame Wikipédia m’apprend ceci :

Le pastafarisme (mot-valise faisant référence aux pâtes et au mouvement rastafari) est une religion monothéiste considérée par les médias comme une parodie de religion dont la divinité est le Monstre en spaghettis volant (Flying Spaghetti Monster) révélé en 2005 par Bobby Henderson, diplômé en physique de l’université d’État de l’Oregon. Ce dernier écrit alors une lettre ouverte pour protester contre la décision du Comité d’Éducation de l’État du Kansas d’autoriser l’enseignement du dessein intelligent (1)  dans les cours de science au même titre que la théorie de l’évolution. Dans cette lettre , Henderson professe sa foi en un dieu créateur surnaturel dont l’apparence serait celle d’un plat de spaghettis et de boulettes de viande et demande que le pastafarisme reçoive une durée d’enseignement égale à celle du dessein intelligent et de la théorie de l’évolution (2).

J’apprends aussi grace à M. Google qu’il existe une fédération pastafariste francophone (http://pastafrancophone.canalblog.com).

Et quelques thuriféraires non stipendiés vont jusqu’à donner 10 bonnes raisons de se convertir : http://www.topito.com/top-raisons-convertir-pastafarisme

Mais une question me taraude : existe-t-il une passoire d’identité universelle pastafariste  (sachant que dans certains pays le pastafarisme est susceptible d’emprunter de multiples courants  : voir ci-dessous :  liste non exhaustive) ?

 

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Et si oui, où se la procurer en étant sûr qu’elle répond aux normes homologuées  (c’est à dire cadrant avec les standards de l’Union Européenne qui, je suis sûre, n’a pas manqué de intéresser à l’objet)?

Autre sujet de préoccupation : le pastafarisme a-t-il essaimé en Asie ? Ou plus exactement, existe-t-il une déviance nouille dans le pastafarisme ? Auquel cas, elle se déclinerait éventuellement en motions ramen, yakisoba, udon et soba ..

Le pastafarisme est-il de droite, de gauche, centriste (j’avoue ne pas avoir trouvé trouvé de canal pastarafarinien  type « le vermicelle est droit mais la pâte est forte ») ? Rien de tout cela puisqu’il est cosmique ?

Selon Madame Wikipédia encore, le pastafarisme serait, parfois,  considéré comme une version moderne de la Theière de Russell (3)…

Si la passoire « pastafarie » remporte son combat identitaire, alors, vivent les passoires à thé modulables, les casseroles à un trou et il y a fort à parier que nous finirons tous par arborer un entonnoir monogrammé en guise de béret.

 

 

(1) Dessein intelligent : le dessein intelligent est l’hypothèse selon laquelle « certaines observations de l’univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par une cause intelligente que par des processus non dirigés tels que la sélection naturelle ». La plupart des commentateurs et des scientifiques y voient une résurgence du  créationnisme.

(2) Entre les lignes, pour certains, l’objectif de la lettre d’Henderson  était de montrer qu’il n’y a pas plus de bases scientifiques pour le dessein intelligent que pour l’idée selon laquelle une créature omnisciente faite de pâtes a créé l’univers. Si les partisans du dessein intelligent peuvent demander un temps d’enseignement égal dans les cours de sciences alors pourquoi pas les autres ? La seule solution raisonnable est de n’enseigner que la meilleure science disponible  (Justin Pope )

(3)  Théière de Russel : la théière de Russell (parfois appelée théière céleste) est une analogie évoquée par Bertrand Russell (1872–1970), pour contester l’idée que c’est au sceptique de réfuter les bases « invérifiables » de la religion et d’affirmer que c’est plutôt au croyant de les prouver. L’idée est une hypothétique théière en orbite autour du Soleil, entre la Terre et la planète Mars ; selon Russell, y croire (et demander aux gens d’y croire) sous prétexte qu’il n’est pas possible de prouver sa non-existence est insensé. La théière de Russell serait elle-même une déclinaison du rasoir d’Ockham  selon lequel, les  entités ne doivent pas être multipliées par-delà ce qui est nécessaire. Autrement dit, les hypothèses suffisantes les plus simples sont les plus vraisemblables. J’arrête là car sinon ce billet va finir par ressembler à une brocante (si ce n’est déjà fait).

 

Le rire il n’y a que ça de vrai

Fatiguée de tourner autour du même thème, le Code du travail, j’étais en panne d’inspiration quand je suis tombée sur cette petite vidéo qui a vite fait se marrer la Toile :  question de décalage entre l’intention du président de la Confédération Helvétique et son « interprétation ». L’introduction musicale, façon grande corne de brume montagnarde suisse, donne le ton. Pas de légèreté à attendre. Ensuite, j’avoue que cette façon désincarnée (lecture sur un prompteur oblige) de célébrer les vertus du rire, m’a amusée. Tel est le paradoxe : parler du rire de façon sinistre peut être drôle.

D’aucuns seront, sans doute, tentés par la parodie de ce moment de pure mécanique verbale. Je ne saurais le faire.

A force de visionnages, j’ai fini par trouver  quelque chose de Busterkeatonien dans le visage de cet homme monocorde (à l’accent suisse près).

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Mais Buster avait un corps « slapstick » qui racontait d’autres choses.

 

 

 

Rien de tel chez ce clown blanc présidentiel et tétanisé. Le rire sarcastique qu’il dénonce lui revient cruellement dans la figure via les réseaux sociaux. Ainsi va l’humour qui n’est jamais aussi divertissant que quand il satisfait une petite part de cruauté en nous.

Peut-être que penser le rire c’est déjà le tordre. Et quand il prend sa revanche, l’on est à notre tour tordu  (sinon mort) de rire.

Il y a aussi, au-delà de sa musique, tous les mots du rire. Moi,  j’aime bien me gondoler. Cela ondoie et s’évade comme l’eau. Par exemple, avec cet extrait d’un film à l’humour ravageur, au sens propre, auquel je suis plus particulièrement sensible en ce moment (réminiscences de récents désagréments plombiers)  et qui me fait …pisser de rire :

Le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression (P. Dac) et Peter Sellers en hindou mutique égaré dans une party américaine tatiesque est l’un de ses plus grands serviteurs.

PS : Sinon sur les bienfaits de l’humour et du rire je ne saurais que conseiller cette revue : « Pratiques – Les cahiers de la médecine utopique : le jeu dans le soin » :  Juillet 2013. Site de la revue : pratiques.fr/

 

 

 

 

Fragment hebdomadaires en d : où il est question de déverrouillage et de digressions

1403584231Ah ! les  « valeurs », elles sont à la politique ce qu’elles sont au quotidien économique et financier : un sujet de je (jeux) et de rivalités. Philippique, cours, repli, polémique, indice…et la morale dans tout ça ? Moins cotée que la « valeur ». C’est indéniable.

Les arcanes de la novlangue sont intéressants à suivre. Pour ce qui est de la politique, certains  s’y sont attelés comme Eric Hazan dans LQR  (Lingua Quintae Republicae, allusion à l’analyse linguistique menée par Victor Klemperer pendant la montée en puissance du Troisième Reich et de sa langue qu’il avait baptisée Lingua Tertii Imperii: la propagande du quotidien.

Tenez, par exemple, l’essor irrésistible du mot « déverrouillage » de nos jours, tellement plus signifiant pour le commun des mortels que l’expression « briser des tabous ». Au-delà de ses acceptions informatiques, il s’agirait de nous « libérer » de nous – mêmes (à l’insu de notre plein gré), en quelque sorte. Mais à déverrouiller au pied de biche, on n’est pas loin de se prendre la porte sur le nez. Ainsi en est-il pour le travail. Et, à l’usage, on constate aussi que verrouiller pour mieux déverrouller se porte bien aussi :

https://www.mediapart.fr/journal/france/030316/loi-sur-le-travail-crainte-de-verrouillage-au-sein-du-groupe-ps

Pour l’heure, dans ce pastis de clés perdues, chacun cherche son chas pour ne pas porter un chapeau aux contours indéfinis.

« On ne peut pas tout brutaliser » glisse notre jeune ministre de l’économie. Tout est dans le « tout. » Faut-il comprendre qu’il y aurait un(e) plage, frange, niveau, domaine de « brutalité » acceptable ?  Ou bien : il vaut mieux distiller puisqu’on ne peut pas tout faire d’un coup (encore que l’état de choc ou la sidération sont parfois d’inespérés anesthésiants intellectuels) ? On suppute, tout en devinant que les manières affables (à fables ?) de l’homme nous préserveront sans doute d’un lâcher de noms d’oiseaux ou d’une tentation autoritaire mais pas d’une entourloupe enrubannée (voire plusieurs).

Chacun prend aussi ses marques pour 2017 ou pour plus tard  (la pente est forte et l’échéance est courte)… tandis que les futurs « ubérisés »  que nous sommes comptent les points et les trimestres … de retraite qui leur manqueront pour vivre une vieillesse heureuse de moins en moins garantie.

Pendant ce temps là, la ministre du travail est victime d’un « accident domestique » qui l’immobilise très temporairement et dont on n’hésite pas à donner la teneur (on n’est jamais assez méfiant vis à vis des baignoires). Le délicat M. Le Guen se serait esquinté en glissant sur un tapis de bain (ce qui vaut bien une glissade dans une baignoire), le côté domestique de l’accident eût été passé sous silence. Au contraire, on aurait loué l’ endurance de l’homme (c’est beau, un essoré qui assiste à un conseil des ministres), insisté sur sa ténacité (à défaut de gloser sur sa lucidité tapissière), son imperméabilité et sa dignité face aux attaques politico-politiciennes d’une sournoise lilloise publiées en Une d’un quotidien du soir.

Ainsi vont les jours qui sous certains aspects …ne changent pas. Tiens, quand j’y pense on dit aussi de nos jours que la France est l’homme malade de l’Europe … pas la femme donc … malgré sa définitive et féminine incarnation. Soit, quoique de mauvaise grâce.

« Il y a 4 types idéals : le crétin, l’imbécile, le stupide et le fou. Le normal, c’est le mélange équilibré des quatre. » disait Umberto Eco.

Le « normal » 2012, qui se rêve reconduit, est-il vraiment celui-là ? Joker.

Pour sortir de toute cette samba politique indigeste (pour rester polie), un retour élégant aux sources s’impose  :

 

La guerre est déclarée

 

La déchéance de nationalité n’avait pas suffi, l’avant-projet de loi sur la réforme du Code du travail l’a fait : la guerre est déclarée un an avant avant les présidentielles. Fantassins du XIX ème contre Jedis du XXIème siècle (à moins que ce ne soit l’inverse), chacun fourbit ses armes lexicales. Pendant ce temps, Mme El Khomri (qui sourit moins sur les  photos) défend laborieusement son texte devant la commission nationale de la négociation collective et moi je pense à ça :

Si l’on peut s’accorder avec Raymond sur la métaphore du bandonéon …

… force est de constater que le vent qui souffle ne sent plus la rose depuis belle lurette.

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(ça c’était avant « le changement c’est maintenant »)

 

Blog. Je ne sais pas pourquoi je me suis imposée une livraison hebdomadaire. Sans doute pour conjurer une paresse naturelle. Ou pour délier une écriture qui ne me vient pas aussi facilement qu’on pense. Commencé sous le signe du voyage, ce blog continue sous celui de l’humeur. Je m’apprêtais à vagabonder sur la rencontre historique et havanaise du Pape François et du Patriarche Kirill ( en terre cubaine comment qualifier ce rapprochement après presque 1000 ans de schisme ?  Si la religion est l’opium du peuple,  la patrie de Fidel en est-elle la fumerie ultime ?) quand est tombée la bombe « El Khomri ».

Boulot.  On croit avoir touché le fond et l’on découvre qu’il est mutiple et infini. Le plus étonnant est la neutralité des titres de la presse spécialisée  sur cet avant – projet de loi qui (entre autres choses : Macron, El Khomri, faut-il voir dans ces textes boursouflés aux allures d’auberge espagnole la marque de notre ibère premier ministre ?) :

– viserait à réformer la durée du travail  (alors qu’il s’agit d’un dynamitage en règle du peu qu’il en reste)

– définirait le barème des indemnités de licenciement sans cause réelle et sérieuse (ce qui aura pour conséquence de priver de tout effet l’exigence d’une telle cause : l’employeur, au fait de la peine encourue, provisionnera, et licenciera en toute illégalité sans aucun état d’âme) ;

– réformerait en profondeur le droit de la négociation collective avec pour objectif principal de la booster (quand il s’agit, du moins en partie, de contourner l’opposition des syndicats en faisant valider des accords minoritaires par référendum de salariés … dont la situation de l’emploi tiendra la main),

le tout  en introduisant en préambule d’un Code fracassé, une liste de principes essentiels, dont la force juridique reste à établir,  portée par une « figure tutélaire » de la droite socialiste dont on aurait aimé qu’elle en reste aux sujets qu’elle connait.

Comme si cela ne suffisait pas, l’ingénue ministérielle, dont on ne sait si elle comprend ce qu’elle dit ou a décidé de ne pas comprendre par opportunisme bien compris, lui, annonce en substance et tranquillement (article dans le journal les échos du 18 février) qu’en cas de mauvaise humeur parlementaire on fera usage de l’article 49-3 de la Constitution (qui n’a qu’un seul mérite, celui de permettre au représenté de jauger le courage et les convictions de son représentant).

« Le débat va être très nourri, car il y a un changement de philosophie important. Je le redis : nous voulons faire avancer le pays par le dialogue social, garantir davantage des droits réels et rendre les entreprises plus compétitives. »

Quand on annonce, à mots à peine couverts, avant toute discussion, qu’on envisage en cas de « blocage », de museler le Parlement, on se demande où va aller se réfugier ce fameux dialogue.

Intitulé « projet de loi visant à instaurer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs », la philosophie du texte, qui prend soin de ne pas utiliser le mot salarié dans son titre, laisse songeur. Mais, au fond, peut-être ne va-t-il pas assez loin. La double peur évoquée par P. Gattaz (celle des patrons d’embaucher et celle des salariés d’être licenciés) pourrait être avantageusement remplacée, pour peu que l’activité le permette, par la transformation du travailleur (mot qui sent le vieil encaustique) en autoentrepreneur. Plus d’embauche puisque l’autoentrepreneur serait prestataire de services indépendant et plus de licenciement … pour la même raison. La vie ne serait-elle pas plus belle comme ça ?

Le site satirique Gorafi.fr n’est pas loin d’abonder dans mon sens :

« Selon la nouvelle ministre du travail, il était plus que temps de s’attaquer à cet épineux problème de versement de salaire. « Oui c’est un très vieil acquis social mais qui n’a plus lieu d’être au regard de l’économie d’aujourd’hui, en 2016 » explique Myriam El Khomri qui a suivi les conseils de Pierre Gattaz : « Chaque année, nous demandions au gouvernement de mettre fin à ce diktat financier et syndicaliste qui force les pauvres entrepreneurs à verser de l’argent à des gens qu’ils connaissent à peine, et, ce, chaque mois !».

Délivrées de cette charge, les entreprises devraient voir leur bénéfices augmenter très rapidement et plusieurs grands patrons se sont immédiatement félicités d’une telle mesure. « C’est une fantastique initiative pour l’investissement, cela va dégager des sommes faramineuses » s’est réjoui un autre patron pleurant de joie, ajoutant que cela permettrait peut-être aussi des embauches en masse. « Près de 98% des patrons se disent prêts à embaucher quelqu’un s’il n’y a plus d’obligation de salaire, c’est un signal fort pour l’économie » ajoute aussi Pierre Gattaz.

La ministre réfléchit aussi à d’autres possibilités d’amélioration du droit du travail comme par exemple l’obligation pour un salarié de verser une prime ou un salaire à son employeur pour le remercier de lui donner du travail. Et la ministre d’expliquer très simplement la méthode de calcul. « Versé chaque mois, cela pourrait être calculé sur les heures passées par l’employé dans l’entreprise »

Bourdon.  A ce stade, face à cette violence d’État, vous dites – vous, il n’y a plus rien à réformer. Si,  les congés-payés, par exemple : pourquoi payer des feignasses qui osent se dorer au soleil ou, pire, polluer nos jolies plages de leur grossière présence, au lieu de faire ce pour quoi elles sont faites : travailler ?

Blum est mort, vive notre matador social catalan, amoureux d’une entreprise qu’il n’a jamais fréquentée que d’en haut et de loin.

Pas sûr que la réconciliation entre un parti qui aura avalisé tous les reniements et son électorat se produise avant longtemps : Cuba existera-t- elle encore ?

Heureusement…

Belle. Il y a de belles personnes comme cette femme souriante, qui, paisible derrière son buffet d’orgue, jonglant avec les rythmes et les jeux, passant sur nos imperfections musicales, nous soustrait du chaos par son harmonie intime.

 

Digression chorale et provinciale

choraleQuelle drôlesse (1) pouvais-tu bien être ? Longue et fine sans doute, jolie plante poussée peut-être un peu trop vite, poursuivant inlassablement un souffle qui te fuit encore parfois aujourd’hui. Tu ne devais pas grimper aux arbres ni construire des abris tapissés de fougères, comme moi, dans la forêt attenante à ma petite école primaire.

Quelle histoire et quels souvenirs derrière ce sourire étincelant ? Je regarde ces yeux graves et je songe à notre pays commun. Nous sommes de là : de cet espace battu par les vents – où l’on prend le bouilli (2) quand il brouzique trop (3),  où l’on cabane (4) aux beaux jours pour empêcher la chaleur d’entrer- de ces rues tortueuses et intactes où des girondins en herbe jouent à pousse-ballon,  du pays des jalles (5), des bastides (6), des échoppes (7), des mattes (8), des poches (9), des chocolatines (10) et des canelés, du pays où l’on avoue sans vergogne  préférer aller à la baille plutôt qu’au maille (11), du pays où l’on se sépare de ses vielles gueilles (12)  et où l’on passe sa since (13) sur le carrelage en pensant que ça daille (14), du pays où l’on fait key (15) pour être au pit (16), parce que c’est la moindre des politesses. Un pays en plusses et moinsses, gavé beau (17)  où l’on aime au moindre rayon de soleil partir sur le bassin  qui n’est pas l’océan, ni un lac non plus, juste une invitation au large, aux huitres et au farniente aquatique.

Flâneuses jamais rassasiées (parce que j’imagine que tu l’es aussi) de la beauté des chartrons,  de ces mascarons qui se reflètent  dans le miroir d’eau le long des quais, nous sommes de là, du pays  d’Ausone, ou  plus près de nous, de  François Mauriac, Jacques Ellul, Philippe Sollers, Danielle Darrieux, Jean Lacouture, Sempé, Lolita Lempicka, Lou de Laâge…., ou encore, pour rester dans l’actualité immédiate, Benjamin Millepied.

Fragile sans doute, endurante sûrement. Je l’entends dans ta voix un peu cassée. Ma payse : un mot désuet et affectueux.  Nos routes scolaires se sont croisées à quelques années près. Au lycée Camille Jullian, par exemple. As-tu connu les sens interdits placés à l’entrée de certains couloirs pour cause de fragilité du bâtiment ? Ou cette professeure d’anglais à la syntaxe impeccable et à l’accent parfaitement teuton ? La cantine ? La surveillante, que l’on jugeait un peu fêlée, qui menaçait de sanctions disciplinaires les réfractaires au code des couloirs…?

Nous avons, depuis lors,  troqué les tabliers alternatifs contre une tenue de concert sombre et changé avantageusement de surgé. Mes racines, mes a(e)ncres, resurgissent certains soirs où nos regards se croisent et où  nos voix s’emmêlent.

Nous évoquons peu cette ville, sa  pierre dorée et fragile, vulnérable, ce nuage parfumé d’outre-manche qui irrigue encore subtilement notre histoire et les pages de l’annuaire.  Un peu comme les sources ailleurs, cela ne se dit pas.

Parfois en regardant l’élégante courbe du fleuve  qui file vers l’estuaire, je songe, non sans orgueil, que Paris est trop petit pour les enfants d’horizons que nous sommes.

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La rue de L’Arbre-Chéri (baptisée platement depuis le XIXe siècle rue de l’Hôtel-de-Ville) évoque la plantation, le 16 novembre 1793, d’un arbre de la Liberté près de l’Hôtel du Département.

Lexique (sources : petit dictionnaire absurde et impertinent de Bordeaux et de la Gironde : JP Gauffre. Editions Féret et site : http://www.francelive.fr et blog : http://limagetlaplume.over-blog.com)

(1) Gamine

(2) S’énerver

(3) Bruiner

(4) Fermer les volets

(5,6,7,8,9) Jalles : petit ruisseau finissant par se jeter dans la Garonne ou la Gironde ; Bastides : en Gironde jolis petits villages, construits le plus souvent au moyen-âge, en général autour d’une place avec des arcades ; Echoppes : habitation typique de Bordeaux, on distingue  les échoppes simples (entre 5 et 6 m de façade), qui ont un couloir latéral desservant une chambre côté rue, une pièce sombre et la salle commune côté cour, des échoppes doubles (entre 8 et 10 m de façade), qui ont un couloir central desservant les diverses pièces de part et d’autre. La salle de vie, à l’arrière, donne sur un petit jardin potager ou d’agrément ;  Mattes : sortes de polders médocains initiés par Louis XIII ; Poches : sac en papier ou plastique.

(10) Pain au chocolat. Lu sur le blog limagetlaplume, cette explication séduisante quoique fantaisiste de l’origine du mot : C’est à l’époque où le commerce fluvial était à son apogée que serait né le mot. La Garonne brassait bon nombre de bateaux chargés de diverses cargaisons et de marins affamés. A quai, beaucoup d’anglais profitaient des victuailles de la région proposées par des commerçants bordelais qui ont vu, en ces estomacs asséchés par la disette iodée, une manne. Les boulangers proposèrent donc un pain chaud dans lequel ils avaient glissé une barre de chocolat. Les marins anglais, surpris d’y trouver le chocolat fondu s’esclaffaient « oh there’s chocolate in ». La phonétique suggéra aux bordelais que cette viennoiserie existait déjà sous l’appellation « chocolatine » !

(11) Aller au maille (ou au mail) : partir travailler ; Aller à la baille : aller se baigner. Il y a aussi avoir de la baille : avoir de la chance.
(12) chiffon, vieux habits (qui deviennent parfois des chiffons)
(13) passer la serpillière
(14) c’est fatiguant (voire chiant)
(15) prononcer faire « keille »   : faire attention
(16) être au pit : être là de bonne heure.
(17) Très, extrêmement (plutôt djeune comme expression)

 

 

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Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

 

 

 

 

Contribution à un grand n’importe quoi

Où l’on voit (si l’on en doutait encore) que la langue du pouvoir relève d’une sorte de mécanique écologique (tant les mots paraissent aisément recyclables) et du non-sens…

….et qu’au fond l’on pourrait dire que, sur la déchéance de nationalité, F. Hollande, qui devrait laisser tomber cette « brillante » idée qui lui revient dans la figure, en est à peu près là
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sous réserve réserve d’adapter la phrase comme suit : Même si tu ne sais plus où tu vas, parce que celui persévère sur une voie calamiteuse ressemble  à un stratège auquel il manque un étage (pour reprendre les mots de notre ex-Garde des Sceaux : Canard enchaîné du 3-2-2016, p.2), fais semblant de maîtriser le sujet, sous peine de passer pour un dangereux guignol.

Faire du Machiavel impose un peu plus que de relire ses fiches cuisine politiciennes ou revisiter de vieux souvenirs élyséens de soupente mitterrandienne.

Résultat des courses : le roi de la synthèse se retrouve à cliver comme jamais et à entraîner toute son équipe dans une triste farce nationale. Piéger la droite en adoptant ses discours et marginaliser à gauche, y compris dans son propre parti, en surfant sur un sentiment défiance à l’égard des étrangers symbolisé par le vote FN, c’était vouloir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière avec. On sait ce qu’il en est de la crémière : il arrive un moment où elle ne sourit plus et ne s’en laisse plus conter. Et notre Président n’a rien d’un enchanteur.

Alors ?

Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins d’idées noires (P.Dac)

PS : Selon une rumeur Ségolène Royal entrerait prochainemant au quai d’Orsay : une étrangère aux affaires aux affaires étrangères …la bouclitude serait bouclée. Le changement dans le n’importe quoi (et/ou l’inverse) c’est maintenant !

 

fragments hebdomadaires en a

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Décidément le monde artistique paie un lourd tribut à la mort en ce début d’année. Parmi ses victimes,  Ettore Scola. Je suis loin de connaître sa filmographie mais, en ces temps de repli identitaire, de rétrécissement moral et social et de tentation autoritaire (toujours se méfier des mentons « à fesses » propulsés en avant), il me paraît sain de revoir « une journée particulière » : cette rencontre improbable de deux exclus (Antonnieta et Gabriele), de deux condamnés, l’une à la maternité et l’usure ménagère, l’autre pour ses préférences sexuelles. Tout est beau, élégant, jusqu’aux bas filés et aux yeux cernés de Sofia Loren.

« Ce n’est pas le locataire du 6e étage qui est anti-fasciste. C’est plutôt le fascisme qui est anti-locataire du 6e étage » disait Gabriele (Mastroianni).

Taubira

French Justice Minister Christiane Taubira attends the questions to the government session at the National Assembly in Paris June 25, 2013.   REUTERS/Charles Platiau    (FRANCE - Tags: POLITICS HEADSHOT) - RTX110KK
French Justice Minister Christiane Taubira attends the questions to the government session at the National Assembly in Paris June 25, 2013. REUTERS/Charles Platiau (FRANCE – Tags: POLITICS HEADSHOT) – RTX110KK

Je me demande si cette phrase, moyennant quelques adaptations, n’a pas, dans ce nouvel ordre libéral – sécuritaire aux exquises « perquises » matinales, une belle renaissance devant elle. Christiane Taubira a jeté l’éponge et le nouveau Gouvernement ressemble aux chaussons du petit Manuel (se méfier  des gamins qui se relèvent, au soir, pour mettre leurs pantoufles bien parallèles au pied de leur lit) (1) : aligné, le doigt sur la couture du pantalon … plus de « rebellitude » à redouter (à quelques royalismes et macronismes près). La caution de gauche que Christiane représentait était, il est vrai, condamnée (elle aussi) depuis de longs mois aux utilités mutiques. Aurait-elle dû partir avant ? Sans doute. Sans la déchéance nationale, aurait-elle tenu jusqu’au bout ? Peut-être. Ecrira-t-elle, comme Cécile Duflot, un livre sur son expérience ? Pour ce qui me concerne, j’en ai bien envie tant, exception parmi les politiques, la dame a une écriture (même si son lyrisme n’est pas sans une certaine emphase). On verra bien. En attendant, elle s’accorde une petite revanche sur le palmipède du mercredi qui, raillant ses états d’âme, ne tablait pas, dans son édition du 27 janvier, sur son départ. De l’inconvénient de boucler un mardi soir …

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Je tombe, par hasard, lundi, à la télé, sur un documentaire consacré à Yolanda Cristina Gigliotti et je revois Ariane déboulant furibarde dans l’enclos de cet atelier d’écriture. Rarement vu quelqu’un investir à ce point l’espace. Soudain, je me suis sentie réduite à une petite insignifiance sur fond de mur blanc. Elle n’avait pas pu se garer, ou avait dû affronter des bouchons, je ne sais plus. Passée cette entrée en matière énervée, et la petite présentation personnelle de rigueur, elle avait pris connaissance de l’exercice du jour et s’était jetée dessus comme une gosse affamée.

Je la regardais noircir des pages avec désespérance, moi qui n’avais réussi à produire que quelques lignes.

Quel rapport avec Dalida ? Elle faisait partie de ses fans. De ceux capables de se mettre en danger sur la route pour assister à l’un de ses concerts. Elle avait appartenu à un cercle proche de la chanteuse et ne se remettait pas de sa mort. Elle en avait fait un livre, un peu brouillon, mais sincère.

Je ne sais pas pourquoi j’écris à l’imparfait parce que cette petite bonne femme vive, désespérée et drôle a une richesse qui résonne encore à mes oreilles : une voix et un rire énormes.

« Pleurer est une chose que l’on peut faire seul, mais rire, il faut être deux pour rire » disait encore Gabriele dans « une journée particulière ».

Au moins deux, mais pas seulement.

 

1. http://abonnes.lemonde.fr/televisions-radio/article/2015/04/11/manuel-valls-un-style-sans-rondeur_4614323_1655027.html

 

Pause musicale

A l’heure où certains s’écharpent sur à peu près tout et son contraire, je me complais dans un plaisant œcuménisme choral. C’est l’avantage de se partager entre deux formations.

Au mardi en dévotion  …

 

 

succède un mercredi leste….avec ceci

La meusniere de Vernon,
Tire tire tire ton don don don don
Elle est mignonne et gorriere,
Et si elle est, ce dit on,
Tire tire tire ton don don don don
De bien aymer coustumiere.
Un jour tout a l’environ
Tire tire tire ton don don don don
D’une saulsaye et riviere
Un beau jeune compaignon
Tire tire tire ton don don don don
D’amour luy fit la prière.
Lors la baisant le mignon
Tire tire tire ton don don don don
Se print à luy faire chere
Puis s’assit en son giron
Tire tire tire ton don don don don
De, bonne grace et maniere.

Puis cela, du même auteur (ça commence à 0: 46 . Cherché traduction en français contemporain mais pas trouvé) :

 

Au joly jeu du pousse avant il fait bon jouer.
L’aultrier m’aloye esbaloyer,
Je rencontray la belle au corps gent,
Soubzriant doucement, la vois baiser.
Elle en fait doute,
Mais je la boute,
Laissez trut avant.

Au joly jeu du pousse avant il fait bon jouer.
Pour ung reffuz me fault laisser
Propos luy tins amoureusement,
Soubzriant doulcement, la vois baiser.
Elle riotte,
Dance sans note,
Laissez trut avant.
Au joly jeu du pousse avant il fait bon jouer.

Programme joliment troussé auquel j’ajouterais bien encore ceci, de Pierre Certon, pour faire bonne mesure …. mais je doute que la suggestion soit retenue  ( et encore, ces chers King’s singers n’ont  pas hésité à s’affranchir des deux derniers couplets …)                                             

Refrain:
La, la, la, je ne l’o, je ne l’o
Je ne l’ose dire,
La, la, la, je le vous dirai,
La, la, la, je le vous dirai !


Il est un homme en nos villes
Qui de sa femme est jaloux.
Il n’est pas jaloux sans cause,
Mais il est cocu du tout !


Refrain


Il n’est pas jaloux sans cause,
Mais il est cocu du tout ;
Il l’apprête et s’il la mène
Au marché s’en va à tout !


Refrain


Enfin, las de ce supplice,
Le pauvre homme se pendit.
Mais sa femme par malice
Chez Lucifer le suivit !


Refrain


La morale de cette histoire
C’est qu’avant de se marier
Il faut savoir le jour-même

Que c’est pour l’éternité !

De quoi distraire la mélancolie qui suinte de ces jours où la faucheuse fait son marché macabre parmi les artistes de plume, d’image et du son ….

en s’abandonnant à une revigorante malice ….