La Belgique est l’avenir de la France

Charline-Vanhoenacker-L-autoderision-est-un-concept-etranger-aux-FrancaisAimant les matins calmes et silencieux, je ne profite pas de ses billets en direct mais en différé et en rafale sur dailymotion. Cela tient de l’addiction :  je m’offre de bonnes tranches à intervalles réguliers, histoire de faire tomber tous ces copeaux de spleen qui se sont accumulés sur le col de ma chemise.

Elle a le regard acéré et la langue caustique, ou l’inverse, ou les deux dans tous les sens. Elle s’appelle Charline Vanhoenacker. La première fois que j’ai entendu parler d’elle, c’était sur « arrêts sur images ». Correspondante pour le journal belge Le Soir, elle suivait alors la campagne de F. Hollande.

Ce qu’elle pouvait écrire sur ladite campagne et tous nos précieux ridicules embedded dans le grand marathon présidentiel était assez joyeux à lire. C’est ici (aller dans les archives 2012) :

http://blog.lesoir.be/parisbysoir/

De quoi remiser définitivement ces vieilles blagues sinistres et éculées faisant des belges des créatures bas du front. Moins prolixes que nous ils avaient déjà le carreau plus affuté. Tenez, cette devinette : « comment faire une bonne affaire ?

Achetez un français au prix qu’il vaut et revendez – le au prix où il s’estime ».

Tout cela pour dire que l’on a tout à apprendre d’un pays qui a su se passer de  Gouvernement pendant (en jours cumulés) presque 18 mois.

La dérision ou plutôt un optimisme stratégique, pour reprendre la formule de Jean-Claude Guillebaud, une façon de refuser de se laisser glisser sur les pentes d’un pessimisme facile, seraient-ils le nerf du belge ? Je ne suis pas restée assez longtemps en Belgique pour répondre à ça. Mais, quand j’aurai le temps, j’irai voir.

Mais revenons à Charline. Au fond, je crève d’envie. Moi qui livre, péniblement, un petit billet par semaine, j’envie sa quotidienne. Ses angles. Cette façon un peu cruelle mais pas méchante de nous regarder …

Allez-y entendre. C’est inégal (mais comment ne l’être pas?) et, notre vanité dût-elle en souffrir, la politique française avec l’accent belge ….c’est drôlement instructif.

Une politique au poil

C’est presque la nouvelle de cette rentrée politique : la barbe de 3 jours d’Emmanuel Macron. Il était temps : on le croyait à jamais abonné aux images de premiers communiants médiatiques :  la joue rose et les dents du bonheur. Une lissitude propre sur elle, dissuasive.

Le poil comme stratégie politique. Fourni ici, absent là, il asseoit. Songeons plutôt.

Le verbe de celui-ci aurait – il autant porté sans cette barbe triomphante ?

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Et, sans ces moustaches là, le petit père la victoire aurait-il eu de la gueule ?

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Et les joues grises de celui-là, dans ce qu’elles disaient de travail et de nuits sans sommeil, ne participaient-elles pas à son aura singulière ?

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Un politicien poli comme un oeuf a – t- il  l’ombre d’une chance ?

L’aspérité intéresse, l’alopécie ordinaire indiffère, même si l’on peut se demander si la calvitie de Laurent Fabius, jumelle de celle de Giscard d’Estaing, n’a pas aidé à en faire un premier ministre possible malgré son âge.

Il y aurait matière à thèse, je crois.

Et les femmes ?

Leur pilosité politique est plus localisée. On s’imagine mal voter pour une femme à barbe (et pourquoi pas? pourtant).

Mais le sujet les travaille.

Pour n’en choisir qu’une …. il y eu ça

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et ça

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puis ça

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entre autres…

Dans cet univers poilitique, un homme pourrait rebondir avantageusement : le roi de l’implant fiscalement optimisé, Jérôme Cahuzac.

 

 

Phase molle

La revoilà cette morosité post fêtes. Ponctuelle as usual. Comme dit, assez joliment, une amie, je suis en phase molle. Ce sont des moments que je sens venir comme un mauvais rhume. Un ciel voilé,  des rues en pluie, un caillou dans ma chaussure, plus rien ne répond : je suis à l’arrêt avec une furieuse tentation d’hibernation. Rendez-vous aux beaux jours et bon vent.

Point de secours à trouver dans l’actualité commémorative quand cette image là, réconfortante,648x415_place-republique-quelques-heures-avant-debut-manifestation-deja-pleine-620x397

déjà ternie par celle-ci,marche-republicaine-chefs-detats_0l’est encore davantage par les errements politiques de ces derniers jours. Tandis que le discours s’égare sur les chemins de la déchéance, que le zadiste écolo et le djihadiste armé sont fichés à la même enseigne, que notre flamboyant colibri (ainsi se définit-elle elle-même cf. le naufrage politique de Christiane Taubira sur Médiapart) ne fait plus sa part en avalisant sans avaliser tout en avalisant (cela dépend des jours et des lunes peut-être) ce qu’elle contestait hier, montrant là une singulière aptitude à avaler des boas, tandis ressurgissent les émotions d’ il y a un an perverties par cette logorrhée sinistre, me reviennent ces mots de l’oncle Bernard  :

« Autrefois, plus l’homme plaçait d’espoir en Dieu, moins il croyait en lui-même. Aujourd’hui, plus l’homme croit aux objets, moins il espère en lui-même. Demain, moins il croira aux objets, plus il espèrera dans autrui » (Marx Ô Marx pourquoi m’as-tu abandonné. Bernard Maris. Editions Champs Actuel).

Réflexion pas si loin de celle d’un lointain et nostalgique cousin de l’Est : » Les hommes ont toujours envie de croire en quelque chose. En Dieu ou dans le progrès technique (….) Aujourd’hui c’est dans le marché. Bon, admettons, on va se remplir le ventre, et après ? (…..) Les magasins sont remplis de saucissons mais il n’y a pas de gens heureux. Je ne vois personne avec une flamme dans les yeux » (Svetlana Alexievitch : La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement. Editions Actes Sud).

Curieux comme la morosité vous pousse vers des choses qui la confortent.

Alors, je traque dans le fatras des nouvelles de quoi sourire un peu.

Récolte de la semaine.

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Le radicalisme barbu se serait-il infiltré à Bercy ?

ou ça (désolée pour la pub préliminaire)

http://dai.ly/x3knmxi

Ou encore cette histoire de plaque écorchant le nom de George Wolinski affublé d’un y. Correction pour correction, je crois que celui-ci aurait goûté celle-là …

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Very George,  n’est-il pas ?

 

 

 

Régionales, Hollande, urgence et autres vaines considérations

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C’était il y a  dix ans. Hollande, Sarkozy sur le même cliché : même costume (ou presque), même posture (mimétisme inconscient ? chacun cache sa main droite laissant la sinistre en évidence). Certains s’en étaient émus. J’avais alors naïvement pensé ce rapprochement contingent : les deux hommes étaient pour le Oui au TCE. Les sondages partisans donnaient la réponse assurée. Il y avait de quoi être confiant et sourire toutes barrières abaissées.

Ce fut Non. Le débonnaire Hollande accepta-t-il vraiment l’injure faite à ses certitudes ? L’incompréhension de toute une frange de la société était déjà là et la photo prémonitoire : donner à voir deux fossoyeurs appelés à se « marquer à la culotte » à l’avenir  (pour reprendre une image chère aux amateurs de foot dont font partie nos compères d’un jour) dans le grand barnum politique.

A certains égard, François Hollande se vit en décalque de l’autre François mais il n’est que le dernier avatar en date du Molletisme. Celui qui n’a plus le libéralisme clandestin et dont le machiavélisme a moins consisté à affaiblir ses adversaires (à l’exception de ceux situés à sa gauche) que son propre parti, qui vidé de sens, de substance, et de relève crédible ne mériterait de s’appeler que Le Parti, tant « socialiste » paraît aujourd’hui incongru s’agissant d’une formation qui peut revendiquer une casse de la législation sociale applaudie par le Medef et qui adopte tous les codes et le langage sécuritaires de la droite  condamnant cette dernière à se dissoudre dans un discours plus radical encore, mais déjà entonné depuis longtemps par une formation plus extrême qui peut s’en amuser sans effort.

L’antienne républicaine ressassée par qui laisse la fraternité en vrac, perquisitionne la liberté sous prétexte d’Etat d’urgence et ne semble pas douter de l’existence de gens plus égaux que d’autres n’a guère de chances de convaincre qui que ce soit. Surtout pas des millions de chômeurs et de laissés pour compte. Notre cynique « fraise des bois »  » Guimauve le Conquérant » ou autre « ‘Pépère » devrait  sérieusement  considérer les résultats de ce premier tour régional, lui qui mise toujours sur un deuxième tour l’opposant à Marine Le Pen en 2017 et s’imagine rééditer la réélection soviétique de Chirac en 2002. Le coup du Front républicain, véritable violence électorale ne peut être indéfiniment rejoué (remarquons qu’il n’a, jusqu’ici,  joué que dans un sens : en faveur de la droite). En tous cas, pour ce qui me concerne, c’est terminé. Le blanc, qui n’est pas une couleur pourtant, me sied tout à fait.

Dimanche 13 décembre au soir, tables rondes autour des élections sur Médiapart, j’écoute assez médusée cet élu LR du Vaucluse à propos du FN : « Ils sont très attractifs et nous, nous ne représentons plus grand-chose. Nous n’avons plus d’idées. La droite est une langue morte ce soir, nous n’avons plus d’ossature idéologique. » « Dans ce mariage à trois, il y en a un en trop : moi j’ai bien peur que ce soit ma famille ». Il poursuit : « Il y a urgence absolue, c’est pas la victoire ce soir qui va changer la donne. Je me réjouis bien sûr, que ce front républicain, même si c’est un mot tabou, ait fonctionné. (…) Mais si je suis moins politique et plus observateur, pour moi le problème est intact : dans mon département ce soir, Marion Le Pen est encore en tête, dans ma ville elle gagne 850 voix entre les deux tours, dans les villages aux alentours elle est à 60 %. Donc le mal est profond, il est viscéral, et il est déjà très tard. Donc pour moi c’est une victoire pas en demi-teinte, mais au goût amer. » « Cette critique vaut pour la gauche aussi. Nous sommes des vieux partis, nous sommes vieillissants, divisés, nous ne nous sommes pas renouvelés, alors qu’en face oui, ils sont en train de faire du RPR années 1990. « 

Parlant des électeurs : « ils nous disent « la gauche on a vu, la droite on a vu, mais eux on ne sait pas, donc on veut goûter ».

Perméabilité des discours, interchangeabilité des visages (à moins que ce ne soit l’inverse). Celui-ci

imageset celui-là :indexme font bizarrement penser à ce troisième là: images3« Nous devons apporter la preuve que la politique ne reprend pas comme avant, montrer que nous sommes capables – en particulier à gauche – de redonner envie de voter pour, plutôt que de voter uniquement contre. » dit le deuxième, matador catalan mal latéralisé (pour se revendiquer « de gauche » il faut croire qu’il ne sait où elle se trouve ). Chiche, me dis-je.

Vaste programme aurait le grand Charles, ironique.

Il suffit de lire ceci : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=8304.

ceci

Mauvaise nouvelle, pour les salariés au smic. La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a annoncé que le salaire minimum serait augmenté de seulement 0,6 % en 2016, pour atteindre 9,67 euros brut de l’heure. Une hausse a minima. Le gouvernement a tranché. Il n’y aura pas de coup de pouce en direction des ménages les plus modestes.

ou cela :

Au PS, la rengaine du changement

Comme après chaque défaite électorale, majorité et exécutif affirment avoir entendu le message des Français

LE MONDE | 2015/12/15 10:59:17- mis à jour le 2015/12/15 16:47:26

Pour se dire que c’est bien mal parti. Pourtant qui ne sait que « pour que rien ne change, il faut que tout change » ?

Notre exécutif semble – t -il, déjà (comme ses adversaires) tout à ses petits calculs politiciens pour l’échéance présidentielle qui se rapproche.

 

 

Un devoir d’irrespect ?

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Cette image circule sur les réseaux sociaux.

En cette période martiale et sécuritaire, où le politique joue du menton, être irrespectueux ne redevient-il pas urgent ? C’est la question qui m’est venue lorsque, hasard du ménage, je suis retombée sur cette compilation d’articles de Claude Julien, publiés dans Le Monde Diplomatique, intitulée « Le devoir d’irrespect ». Mais de quel irrespect s’agit-il ? Sans doute celui prôné par Claude Julien est-il plus exigeant et plus austère que celui de PIerre Desproges.  Le texte qui suit, qui reprend l’intitulé du livre, mériterait une reproduction intégrale trop longue pour un modeste blog mais j’ai envie de partager ces extraits là, histoire de méditer sur ces temps qui sont les nôtres.

« Fuyant tout affairisme et tout arrivisme, se consacrant exclusivement à son art, il (celui qui écrit) peut choisir de se retirer loin du bruit et de la fureur qui trop souvent troublent la vue, brouillent l’entendement, paralysent la réflexion. Ce monde trépidant, grisé de sa propre fébrilité, a tôt fait de condamner pareille retraite : vouloir ainsi s’abstraire des remous et des tempêtes, dit-on, serait trahir la fraternelle solidarité des hommes, abandonner à leur sort tragique les victimes des crises qui déchirent la planète, peut-être les enfoncer davantage dans leur drame de faim, d’humiliation et de sang.

Mais combien d’intelligences et de talents – chefs de parti ou d’entreprise, penseurs et écrivains, ingénieurs et savants, artistes et technocrates –, follement engagés dans les tourbillons de la vie moderne, ont préparé, provoqué ou aggravé les drames qui leur fournissent ensuite matière à tant d’exhortations ou de lamentations ?

(…)

En dehors du contemplatif, moins détaché qu’on ne le croit, et de l’ambitieux, fourvoyé, il reste un seul autre modèle possible : celui de l’intellectuel qui ne se propose pas de laisser un nom dans les chroniques, qui n’a même pas l’illusion de peser sur l’évolution des idées et des événements. Et qui malgré tout se bat, fût-il convaincu d’avance de perdre son combat. On le dira modeste, désintéressé : c’est pourtant lui qui atteint les sommets de l’orgueil et de la plus haute ambition, alors que tant d’autres s’égarent dans les marais d’une banale vanité. Pis : on le dira idéaliste, rêveur, accroché à une chimère, alors que, dédaignant la mousse qui pétille dans les salons, il s’attache à des réalités que les hommes de pouvoir ne savent pas ou ne veulent pas voir.

(…)

Il est grand temps de procéder à des révisions radicales si l’on veut conserver ce à quoi nous sommes le plus attachés : libertés individuelles et publiques, pluralisme philosophique et politique, mode de vie, etc., toutes choses qui seraient irrémédiablement compromises si l’on s’agrippait à leurs formes extérieures plus qu’à leur contenu, à leurs apparences plus qu’à leur signification.

Sans doute est-ce être conservateur que de refuser les miroitements de nos sociétés pour aller à l’essentiel, de dénoncer l’optimisme des promesses qui ne peuvent être tenues, de montrer les dangers sur lesquels les gouvernements sont étonnamment discrets, de contester le discours officiel qui (….) dans la crise d’aujourd’hui comme hier en pleine expansion, se déroule, imperturbable, sûr de lui, (….) alors que, de compromis en reniements, de tromperies en replâtrages, il conduit vers le désastre.

Tel est bien le devoir de critique qui s’impose à quiconque veut observer, analyser, comprendre, expliquer. Y renoncer serait abdiquer toute liberté d’esprit face aux hommes de pouvoir, quelle que soit la forme de leur pouvoir « .

 

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4 ème de couverture : En janvier 1973, lorsque Claude Julien en est nommé rédacteur en chef, Le Monde diplomatique est encore un petit journal destiné « aux membres des services diplomatiques et consulaires de tous les pays [ainsi qu’aux] personnels des principales organisations internationales ». Il est tiré à quelques milliers d’exemplaires. Au mois de décembre 1990, date du départ de Claude Julien, le Diplo, comme on l’appelle désormais, « frôle le cap des 190 000 ».

A travers une sélection d’articles, cet ouvrage rend compte de ce qui a fait cette extraordinaire réussite – une certaine « manière de voir » le monde – et aussi d’une période de l’histoire contemporaine dont les échos résonnent encore à nos oreilles.

« Personnalité exceptionnelle par la puissance de ses convictions, la singularité de son talent et l’étendue de sa culture, Claude Julien a marqué l’histoire du Monde diplomatique. Il a exercé une influence décisive sur plusieurs générations de journalistes qui ont admiré en lui la force de son caractère, les qualités de son écriture, la fermeté de ses idées, la générosité de son engagement et la passion de ses combats en faveur d’un journalisme irrévérencieux et d’un monde plus juste, plus pacifique, moins inégalitaire et plus solidaire. »

Ignacio Ramonet, Le Monde diplomatique.

HB Editions, coll. « Politique(s) », Forcalquier, 2007
634 pages, 27 euros 

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L’ile principale d’Okinawa est à 3 heures d’avion de Tokyo. 3 heures ouvrant sur un autre monde. La mémoire des lieux se réduit, bien souvent, à celle d’une bataille particulièrement sanglante de la seconde guerre mondiale : face à la mer, à Itoman, au sud de l’île, des stèles déroulent à l’infini les noms de chacune des personnes, civiles surtout, mortes durant ces quelques mois (la bataille s’est déroulée du 1er avril au 22 juin 1945 ).

90 % des bâtiments de l’île furent détruits, ainsi que d’innombrables documents historiques, artefacts et trésors culturels, laissant une existence exténuée n’ayant que boue et défiance pour horizon, sous occupation américaine.

La vie reprit pourtant :  d’anciens monuments furent reconstruits d’après les archives qui avaient pu être sauvées (le château de Shuri qui abritait la famille royale, par exemple) et d’autres virent le jour.

Château de Shuri — Wikipédia

Mais cet univers retapé ne dit pas la singularité de la culture okinawaïenne : celle de ce petit royaume indépendant et prospère, Ryukyu, qui a longtemps payé tribut à la Chine et ne fut intégré à l’empire nippon qu’en 1879 pour devenir la préfecture d’Okinawa.

Cette singularité, métissée, lisible dans la poterie, les laques, la langue, se sirote, pour qui sait flâner. Je repense, par exemple, à ce petit restaurant où nous avons chanté, emballés, de concert avec des consommateurs locaux qui nous y poussaient avec gentillesse, des chansons populaires dont nous ne comprenions pas un traitre mot, à ce lieu à ciel ouvert, saisissant et indéchiffrable, où viennent encore se recueillir les habitants, ou ce marché, un peu désolé, mais si riche en visages.

Mais, au fait, à quoi ressemble-t-il l’okinawaïen ?

Quand la guerre n’est plus là pour faucher, on peut le contempler à loisir : les okinawaïens détiennent le record mondial du nombre de centenaires et la plus grande espérance de vie. Physiquement, ils ont quelque chose d’un peu hawaïen, un visage plus carré, une peau un peu plus foncée, un gabarit souvent plus compact que celui de la plupart des Japonais  « métropolitains ».  Les hommes aiment les chemises à fleurs par dessus les pantalons, qu’il s’agisse des grooms dans les ascenseurs ou des chefs de station de métro. C’est peut être cette particularité vestimentaire, inimaginable chez le fonctionnaire tokyoïte, qui m’a fait penser à Hawaï, au-delà de la consonance.

Cette gaité fleurie contraste avec l’austérité architecturale moderne, comme ce musée de la préfecture d’Okinawa aux allures de forteresse, ce lycée catholique où les rires des étudiants détonnent, cette mairie ingrate abritant des open space plus ingrats encore.

Notre dernier jour sur l’île, il faisait un temps radieux. Le musée de la préfecture d’Okinawa abritait (entre autres) une exposition temporaire d’un jeune artiste japonais Takashi Ishida et une, permanente,  d’une école de peinture purement okinawaïenne, née sur les décombres de la guerre : des univers solaires, différents, lumineux et délicats celés dans des murs massifs.

Des bonheurs prégnants et minuscules. à l’image de celui du premier jour avec ce théâtre souple et aérien de Shin Takamatsu.

Texte et photos : S.Lagabrielle: tous droits réservés

En sortir

P1070409Dans sa livraison matinale du 26 novembre, sur le site arrêt sur images, Daniel Schneidermann exhorte à la prise de distance. « Urgence, donc : ralentir. Réfléchir. Dézoomer. Se laver la tête de la petite musique on-va-les-écraser-terrasser-exterminer-pulvériser-intensifier-les-frappes-d’ailleurs-le-Charles-de-Gaulle-est-sur-zone-regardez-nos-avions-comme-ils-sont-sexy-quand-ils-décollent ». S’extirper « du naufrage du renseignement français, qui n’a pas failli-a-fait-ce-qu’il-pouvait-d’ailleurs-c’est-la-faute-aux-Belges-laxistes-et-de-toutes-façons-le-risque-zéro-n’existe-pas ».

Sans m’être jamais laissée enfermer dans les refrains là, je dois avouer que je suis un peu à bout de lectures et que les ressorts de l’impensable … restent étrangers à ma pensée. Du moins pour le moment.

Heureusement, parfois, le quotidien des autres offre des parenthèses où loger des vagabondages indispensables à notre santé mentale.

Ma mère m’apprend que ma nièce a un devoir à faire, dans le cadre de ses cours d’arts plastiques (elle est en première au lycée), sur la courbe.

– La courbe, c’est tout comme intitulé ?

– Oui.

Quand rien ne vient, aller à la racine : la définition. Ce brave Larousse me propose :

– ligne ou forme courbe (tiens donc !) : la courbe des sourcils.

– Virage d’une route, d’une voie de communication.

– Représentation graphique de l’évolution d’un phénomène  : la courbe des ventes.

– Géométrie : image dans un espace euclidien de dimension 2 ou 3 d’un intervalle de ℝ par une application continue (??????).

En cliquant sur l’onglet « expressions » je trouve :

Balistique (on n’en sortira pas) : courbe de sécurité : courbe enveloppant toutes les trajectoires des projectiles tirés par une même arme avec la même vitesse initiale, l’angle au niveau variant seul de 0 à 90°.

Géométrie (encore) : courbe représentative d’une fonction : représentation graphique cartésienne d’une fonction dont l’ensemble de départ est infini.

Et sous l’onglet « Synonymes » : arrondi, cambrure, cintrage, courbure, galbe, voussure.

Autant se laisser errer sur le mot et ses rimes.

Je songe qu’il est des courbes aimables, celles sur lesquelles la main s’attarde, qu’il en est des revêches comme les graphiques, tels ceux que google me suggère comme illustration de ce billet.

Dans quel sens une courbe se prend-t-elle ? Celui du sentiment, de l’envie ? Une courbe qui partage 5 lettres avec le mot fourbe l’est-elle puisqu’elle n’est pas droite ? Après tout, son jumeau l’arrondi manifeste quelques libertés avec la vérité en voilant l’exactitude d’un résultat.

Au fond, j’aime la courbe floue, celle qui ne se dit pas, qui s’offre et se débine, la courbe des jours qui va croissant à partir du solstice d’hiver et ne sait pas de quoi le ciel, demain, sera fait.

Mais tout cela ne fait pas un devoir, loin de là.

Compose-t-on avec une courbe ?

Epuiser une courbe revient-il à tourner en rond ?

Je songe encore qu’il n’y a pas de jeu possible sur le mot. Juste, peut-être, des glissements ou des contrepèteries (cambre-toi, fier si courbe).

La courbe n’est pas comme le présent sur lequel avait dû disserter son père. Malicieux, il avait choisi de parler du présent au sens de cadeau. L’idée seule aurait dû lui valoir une bonne note à mes yeux. Mais il a eu zéro.

Zéro :  une courbe repliée sur elle-même, humiliante dans sa simplicité.

 

Texte et photo S.Lagabrielle. Toux droits réservés

Jours d’après

Il nous faut changer d’imaginaire politique, écrit Christian Salmon sur Médiapart. Mais quel imaginaire ? Si le défi du terrorisme est de l’ordre de la narration, quelle « meilleure histoire » opposer à ceux qui partent et reviennent du moyen-orient ou à ceux qui, sans quitter notre sol, face à leur écran, se sentent, peu à peu, « appelés » par la saga daeshienne ?

A s’en tenir aux participations aux scrutins électoraux, en particulier européens, on réalise à quel point le politique, ici, n’a plus grand chose à raconter au citoyen.

Notre Président aime le mot pacte qu’il assaisonne à toutes les sauces en oubliant qu’il a manqué dès les premiers mois de sa présidence au premier d’entre eux : sa parole.

Il est alors facile de considérer qu’il n’y a rien à attendre d’une parole devenue simplement verbale, du discours pour discourir, de la posture pour « posturer », de la com’ pour occuper le chaland.

Quand le récit politique se construit largement de manière endogamique (mêmes études, mêmes cercles, même porosité intellectuelle), il ne s’agit plus de changer d’imaginaire mais d’en reconstruire un.  Le politique se vend comme la lessive. Se souvenir du moment Ségolène : « et si c’était-elle ? » titrait le nouvel obs. Où avait-il été la pêcher ? On l’a eu mais ce ne fut pas elle. Depuis, ces « constructions journalistiques » , dont la citoyenne basique que je suis ne sait d’où elles partent, sont devenues une sorte de must, reprises de manière moutonnière par « lémédias », à quelques exceptions près. Obsolète le Valls. Voici le Macron. Jeune, actif, détergent, surtout sur la législation sociale.

Bien joli, me direz-vous, mais quel récit ? Je n’en sais rien, engoncée, moi aussi, dans ce brouet là. Je lis ici et là, des articles d’ici et d’ailleurs, comme certains se goinfrent, pour essayer, sans y parvenir pour l’instant, de réaliser quelque chose d’articulé.

Je repense à Germaine Tillion qui semblait toujours savoir où se tenir, à Pierre Mendès-France, dont la voix précise me disait que je n’étais pas une voix à conquérir mais à entendre. Je me dis que je suis bien française à vouloir trouver la personne ou la geste providentielle. Et que ce que j’écris là est sans doute assez vain.

Le vain courage de la colère quand on ne sait pas quoi faire. Mais quand on sent que les réponses qui se profilent ne sont pas les bonnes.

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernements (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt, soit aux tentations de l’arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis … La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. » P. Mendès- France.

Démarrer par ça ?