Démocratie, dites-vous ?

4654583_3_fdb4_le-gouvernement-avait-deja-eu-recours-au-49-3_664f6de8562b31adde643faa17fb4319Il n’y a rien à négocier avec ces yeux- là, ce doigt pointé, ces machoires crispées, cette lippe agressive.

Argumenter, débattre avec ces ectoplasmes repus, qui se coucheront parce que la paille est bonne, a – t – il un sens ? Non. C’est tout ce que dit ce visage hargneux.

« Les Frondeurs ? Laissez- moi rire. J’ai les moyens de les  réduire.  » 49-3. Imparable.

Le débat est vain. Vive la com’. Et, il faut se rendre à l’évidence, la com’ du menton ne ment jamais : taisez -vous, dit la fossette.

« La gauche peut mourir » , prophétisait celui qui s’emploie si bien à l’enterrer.

Cynisme assumé.

Un peu au dessus de lui, le chat du cheschire de l’Elysée sourit.

 

 

PS : sur la photo Valls s’adresse aux députés de droite mais il n’est pas bien différent lorsqu’il se tourne vers son flanc gauche.

 

 

 

Digression chorale 2

1-IMG_20150610_0002Claire avec des rondeurs qui te vont bien, jolie flamande qui n’aurait pas déparé dans un tableau de Rembrandt, je t’écoute. Tu t’égares parfois sur des sentes musicales personnelles et je t’y suis souvent les yeux ouverts. J’aime cet appétit qui émane de toi, mon exact envers. Terrienne, gourmande, cela se lit dans ton regard, cela se mange à ta table ouverte dans cette maison solide où toi, ton mari et tes enfants vous ressourcez régulièrement. Le voisinage est discret et amical, les occupations tranquilles : jardin, cuisine, balades à vélo, chasse aux champignons, fêtes municipales. Dans cette proximité sans calcul, tout est simple.

Certains soirs musicaux, je m’appuie sur toi sans que tu le saches. Nous sommes si différentes, moi, sombre, et toi, si solaire. Je ne sais pas comment tout cela s’est noué. Quand je fais l’inventaire, je note en vrac : une formation universitaire commune, et, peut- être, une impatience, une colère parfois. Mais je ne suis sûre de rien. Quand nos voix se mêlent et s’entrelacent, alors le doute se lève. Je pense à ce morceau des vêpres de la vierge de Monteverdi : « pulchra es », deux voix ondoyantes, enroulées autour de la mélodie comme le lierre à son arbre, se répondant, se défiant un peu aussi. Peut-être est-ce cela qui nous lie :  cette joie de nous retrouver posées, comme des oiseaux, sur une même portée.

Madrid, 24 mai 2015

Les lieux sont parfois comme de beaux endormis. Un baiser du temps les réveille.

Ce matin-là, la petite place face à l’entrée du centre d’art de la Reine Sophie se résumait à un rectangle  entouré de bars et de restaurants ayant fermé leurs quinquets au lever du jour.

Au soir, à l’heure des tapas, une petite foule, plutôt juvénile, s’y retrouvait. De grands haut-parleurs posés en angle déversaient de la musique à fond et en continu. Sur une petite estrade, un pupitre blanc avec un micro affichait un seul mot : Cambia (change).

L’Espagne votait  pour les municipales et les régionales.

Dans la journée, place du  2 mai, nos pérégrinations avaient croisé celles de caméras traquant les personnalités à la sortie d’un bureau de vote. « C’est une candidate d’Izquierda Unida » (gauche unie), avait dit l’un. « C’est une candidate d’Izquierda Unida », avais-je, mécaniquement, répété à un passant qui m’interrogeait.

 

 

 

 

 

 

Cambia, vaste programme  : mais de qui s’agissait-il ? d’où venait donc l’injonction ?

Nous nous sommes installées en terrasse, un peu en retrait pour nous protéger du bruit mais avec une assez jolie vue sur l’intérieur d’un restaurant doté d’une télévision sur laquelle les yeux des consommateurs « domestiques » étaient braqués.

Nous avons d’abord regardé défiler les résultats sur l’écran, sans bien comprendre leur portée et les enjeux réels, puis profité de l’arrivée de trois jeunes à la table voisine pour essayer d’y voir un peu plus clair.

Alors, à votre avis, cela se présente comment ? la droite ? la gauche? Podemos ?

Les premières réponses furent mitigées. La gauche alternative (Podemos, donc), qui semblait avoir leurs suffrages, n’allait pas si bien que cela.

Soudain tombèrent les premières estimations pour Madrid et Barcelone.

Explosion de joie, presque incrédule : dans la capitale espagnole, la candidate du mouvement Ahora Madrid soutenu par Podemos talonnait la droite sortante.

Alors ?

Alors, c’est intéressant, répondit l’un d’eux, tandis que les deux autres commentaient frénétiquement sur leurs portables.

P1130110Ce partage  fortuit  m’a ramenée à 1981. Rejoignant nos pénates d’un week-end, je retrouvais chez ceux  qui dévalaient les rues vers la place, des ballons « cambia » plein les mains, en scandant « Si se puede »- avatar espagnol du « Yes we can » américain- l’impression tonique et festive de cet autre mois de mai .

Quelles conclusions tirer de tout cela ? Pour l’Espagne qui vient, au travers d’un vote plus « local », de dire après la Grèce son rejet d’une orthodoxie économique et sociale qui la mine ? II est trop tôt pour le dire. Mais on peut émettre quelques craintes.

Le bras de fer qui continue entre la Grèce et la troïka est d’une symbolique terrible puisqu’il contribue, en somme, à ramener le vote de millions de citoyens à un aimable moment récréatif. Passées les manifestations de joie, retour brutal sous la férule du maître européen : « c’est bien joli tout ça, mais vous allez faire ce que l’on vous dit ».

TINA ne goûte guère les politiques buissonnières.

 

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Texte et Photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

 

Prélude madrilène

 

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… ou trop de précaution tue (presque) la précaution.

Je suis un oiseau bizarre qui aime voyager … mais pas partir. La veille du voyage, toutes sortes de sombres appréhensions m’assaillent, en particulier quand je dois prendre l’avion : le trajet vers l’aéroport (bouchons ou pas? quelle marge choisir ?), l’enregistrement des bagages (file d’attente ou pas ? Chaussures à scratch ou à lacets ?), le contrôle des sacs (ai-je bien mis toutes mes armes en soute : couteau de poche, ciseaux, pince à épiler, aiguilles et fils, dé à coudre, enclume de voyage … mais je m’égare) .. et mes papiers ? …Ah, oui, les papiers.

Ce soir là, je me suis dit qu’il serait peut-être judicieux de faire une copie de ma carte d’identité, au cas où. Cela tombe bien, j’ai un scan correct. J’imprime donc ma copie que je range soigneusement dans une pochette où j’ai mis un double de mon billet d’avion, de la carte d’embarquement du lendemain et de ma police d’assurance ainsi qu’un carnet de vaccination, ma carte de groupe sanguin, ma carte de sécurité sociale européenne, un carnet d’adresse, une liste de numéros à appeler en cas d’urgence, un préfet décoré de la légion d’honneur, un raton-laveur …mais je m’égare encore.

J’ai rangé ma pochette dans un endroit facilement accessible de mon bagage cabine, vérifié ensuite que mon petit « sac à liquides » contenait bien mon nécessaire (tube dentifrice et flacons miniatures de parfum et de solution pour nettoyer mes lentilles souples , extraits de gel de douche, crème solaire, shampoing etc….), refait le tour du contenu de ma valise, puis posé un cadenas sur le tout.

Comme d’habitude, j’ai passé ma nuit à réviser mentalement ma liste. Au matin, confiante, j’ai pris tranquillement mon taxi et, comme d’habitude encore, suis arrivée bien en avance. Tout était donc pour le mieux.

C’est au moment de rejoindre le contrôle des bagages que le doute m’a saisie. L’inventaire de mon portefeuille le confirma : ma carte d’identité était restée sur la vitre de mon scanner. J’avais en ma possession toutes sortes de cartes avec ma photo et mon adresse …mais pas la bonne. Que faire ?

Je décidai de tenter ma chance. Au pire, me suis-je dit,  on me renverrait chez moi et j’en serais quitte pour pleurer mon escapade évanouie.

Mes bagages passèrent le contrôle haut la main …Mon corps sans aspérités suspectes aussi : on me palpa « simplement » de haut en bas, de dos et de face.  Pas de souci non plus à l’embarquement  où un aimable préposé me souhaita bon voyage sans exiger autre chose que ma carte d’embarquement et un éventuel sourire avenant.

Un peu moins de  2 heures plus tard, je débarquai à l’aéroport de Barajas où je ne rencontrai personne : je veux dire aucun officiel ombrageux.

Les poussières de Madrid sont encore en suspension dans mon crayon et je raconterai mes pérégrinations plus tard.

Au retour, le scénario du voyage fut presque identique. Je dis presque, car à l’embarquement dans l’avion, on exigea une pièce d’identité. Envisageant, sans déplaisir excessif, l’éventalité de rester plus que prévu en Espagne (même dans ces conditions), j’étalais donc ce que j’avais en main : mon permis de conduire, ma copie de carte d’identité et ma carte d’embarquement de l’aller qu’une amie m’avait judicieusement suggéré de montrer pour prouver que l’on ne m’avait pas fait de misères.

L’avion était en retard, il y avait de la nervosité dans l’air. Les contrôleuses se sont un peu formalisées avant de se ranger à l’avis de l’une d’entre elles : « laissons la passer, après tout, elle rentre chez elle ». Une dame de la sécurité m’a aigrement  fait remarquer, pour le compte, que mon permis ne prouvait rien en Espagne. « Je sais » ai-je répondu en prenant mon air le plus contrit …et je suis montée dans l’avion.

Arrivée à Paris, pas un chat.

Où il appert qu’en cette ère Schengen mais néanmoins vigipiratée, on peut, malgré tout, circuler sans difficulté et (presque) sans papiers en Europe.

Remarquable ?

Contingent, plutôt. Café de peau, je n’aurais sans doute pas bénéficié d’une telle conjonction d’indifférence et d’indulgence.

On ne se méfie pas, sous nos latitudes, d’une « caucasienne » entre deux âges au poil gris.

On a peut-être tort : quién sabe ?

 

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Désert américain ?

 

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….Non, Bardenas reales, Navarre, Espagne, où les oiseaux qui glissent leurs ailes sous le vent s’accommodent de volatiles plus métalliques pointant leur nez et zébrant le ciel et les tympans à heures fixes.

 

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Car, tel est le paradoxe de ce parc naturel, classé Réserve de la Biosphère par l’Unesco, qui abrite, ou devrait-on dire, tolère, en son sein, une base de l’Otan.

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En ce moment, le terrien se voit interdire une bonne partie du territoire, reproduction d’ espèces aviaires protégées oblige. Ainsi, l’empreinte des randonneurs et autres VTTeurs serait plus menaçante que la ponctualité sonore et polluante de l’avion.

 

 

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Malgré ces censures, l’endroit est une piste aux rêves, pour peu que l’on s’aventure à gravir les promontoires  le long de chemins hasardeux et pierreux. Des rêves qui s’accrochent aux couleurs, aux formes, à la roche brute et fragile, griffée par les vents. Sur les hauteurs, pas si considérables en réalité, l’espace se réinvente entre brume et infini. Curieux moments éblouis de suspension de soi où l’oeil, soudain, croit discerner dans le sol le dessin d’un animal fantastique, une sorte d’autruche végétale. A moins qu’il ne s’agisse d’un demi-dromadaire.

 

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Non loin de là, la petite ville d’Olite offre son visage médiéval et paisible, sa pierre ocre-rose et ses rues serpentines aux rimailleurs d’un jour.

 

Les vagabondages ont cette vertu : nous rappeler qu’il est des joies brèves et durables.

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Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

 

Rêve de plumitive

Je laisse ici des lignes qui n’intéressent que quelques « happy fews ». Mais, hélas, mon anglais est bien trop rudimentaire pour un New-Yorker, seul journal patient et amant d’écriture de nos jours. Et mes graffitis se perdent dans la multitude des blogs « griffés » lemonde.fr.

Mais je rêve quand même….

Le journaliste qui mettait plusieurs années à écrire ses articles

 

Pourquoi pas moi ?

Répliques

Nouveau séisme au Népal qui appelle d’autres répliques, d’autres soubresauts de la mémoire.Nagarkot- Tukuchha 9-10-2008

Je me souviens de Nagarkot, un peu à l’est de Kathmandou. Ce jeune garçon nous avait accompagnés en chemin. Curieux comme une belette, il nous interrogeait à tour de rôle dans un sabir que seul notre guide parvenait à démêler . Tu viens d’où ? Et c’est où la France ? Tu es marié(e) ? Tu as des enfants ? Non ? Et comment ça se fait ? Moi, j’irai loin. Peut – être en France mais avant j’irai à Kathmandou. Tu connais ? Je lui avais dit que oui et  lui avais montré des photos. Très impressionné, il avait voulu que je le photographie. Il avait aussi ses exigences et j’avais dû recommencer plusieurs fois. Finalement, ce cliché là lui avait plu.

A-t-il finalement vu Katmandou ?

Bandipur 15/10/2008

Je  me souviens de Bandipur, de ses rues dallées écrasées de soleil, ses lumières vacillantes au soir et de la  conversation animée de ces deux là, ponctuée de cocoricos asthmatiques, de  Dhulikhel et de cette jeune fille au regard lourd, presque dur, du Machapuchare et de l’Ama Dablam au petit matin, des rues de Thamel où je me suis perdue …

 

Dhulikhel 9-10-2008

 

Plus loin encore, en remontant le fil des routes et des  ponts suspendus, je retrouve Namche Bazar, nichée dans sa coquille, enchevêtrement de maisons en terrasses le long de petites rues sinueuses, le plaisir de cette douche chaude avant l’altitude, la brume en arrivant à Dhole.

 

Je revois, cette mère massant son bébé,  les kampas crasseux et magnifiques sur le seuil de « notre » lodge, les danses de Tyangboche  presque sorties d’un album d’Hergé, IMG_20150514_0002

 

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cet instituteur, si beau, faisant sa classe en plein air, qui nous avait hélé, et ses petits élèves qui ont aujourd’hui plus de vingt ans. Peut-être ensevelis.

 

 

Je repense aux vols aléatoires de Katmandou à Lukla, aux dzos (hybride de vache et de yack) indifférents sur la courte piste d’atterrissage et à ces reliefs qu’il nous semblait possible d’effleurer d’un doigt

 

Quinze années ont séparé mes deux voyages mais c’est  l’émerveillement  du premier que je rebrode sur la trame de gravas et de paysages dévalant leur propre pente. Je m’étais dit, alors :  je reviendrai bientôt. Un bientôt relatif qui aurait pu être aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

A l’abri derrière nos murs, loin des fureurs de la terre, on ne sait pas le temps fragile.

 

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

François Hollande : un président pluvieux

Ce post est dédié à ma géniale génitrice qui a attiré mon attention sur cette actualité brûlante et a participé activement à son illustration.

Temps gris, ce 8 mai. On aurait pu s’en douter. Je peux, sans risque excessif, oser cette photo à peine prémonitoire.Hollande_pluie_integrales_productions

François Hollande, un Président pluvieux dont j’aurais aimé que l’imperméabilité ne s’exerce pas principalement à l’endroit des espoirs de ses électeurs.

Douchés, sommes-nous à longueur de temps. Dernier exemple en date : ce 11 janvier 2015, opportunément recyclé pour faire passer une loi sur le renseignement liberticide, critiquée, entre autres,  par certains juges anti-terroristes, et non des moindres.

François Hollande

 

 

 

 

 

Sans doute avons nous mal entendu, nous sommes nous mal préparés à cette présidence embuée, brouillée et nous voilà victimes d’un rhume de cerveau quinquennal, dont rien ne dit qu’il n’empirera pas dans 2 ans.

Pour l’heure, j’observe le ciel en attendant le seul évènement aux ressorts comiques de ce cycle hollandais : la pluie.IMG_20150508_0002

 

Mise à jour à 14 H : finalement la pluie n’a pas été au RV matinal du Président, lequel a préféré assurer sa bonne fortune météorologique en partant sous des cieux caribéens…