fragments en forme d’hommage tardif à Pandora, la comtesse aux pieds nus 4

Manuel l’a retrouvée sans trop savoir comment, dans ce bar à l’angle de la place où elle a pris ses habitudes.  Elle a glissé son bras autour de sa taille et ils ont marché, au hasard, jusqu’ aux remparts.

Il l’a vue rire, chanter, danser dans des rais de lumière qui la rendaient gitane, poser un regard dense sur son visage mal rasé.

“ L’amour se mesure à ce que vous seriez prêt lui sacrifier ” disait le script qu’elle avait  commencé à lire. “ Et toi”, songe – elle en l’observant, “qu’abandonnerais- tu pour moi ?”.

Elle se sait un peu ivre, c’est ce qui lui reste de conscience.

(à suivre)

fragments en forme d’hommage tardif à Pandora, la comtesse aux pieds nus 3 (reprise)

 

Petit résumé des épisodes précédents : Manuel est une sorte de moine – matador, qui tient de Manolete pour ce qui est de la conception de cette partie centrale de la corrida qu’est la faena, ce face à face entre l’animal et  l’homme et sa muleta. Pour Manuel c’est une sorte de dialogue intime avec le destin, avec sa propre histoire aussi. Mais, ce jour là, cette cérémonie singulière est troublée par un visage de femme happé dans les gradins. Une femme manifestement d’ailleurs, amenée là par un compagnon tout autant étranger

*  *

Ernest , dit “Papa”, lui a dit qu’il faut regarder au – delà de l’évidence, mais elle s’en moque. Elle est venue là pour oublier la possession, la foule et cette presse avides de sa silhouette et de ses amours.

Cette mort annoncée en trois actes, dans un univers clos, la fascine. Sans bien saisir, elle sent que ce qui se joue là n’a rien d’un caprice futile. C’est une sorte de chant. L’homme, dérisoire, prisonnier des codes et de son habit, lui paraît aussi nu que l’animal.

Tout est rouge et noir, or, clarines et silence, violence et poésie.

Elle ne sait pas si elle aime.

Peu avant l’estocade, la gravité la rejoint en cet homme qui lui offre son visage de condottiere, son sourire disloqué, sa fragilité et son art.

 

Manolete

Le retour de Tina (si tant est qu’elle ait jamais disparu des radars)

There Is No Alternative…. Présomptueux grecs qui espéraient qu’on les laisserait au moins jouer une mesure de leur partition.

There Is No Alternative. Le message de l’Europe adressé à la Grèce, via son bras financier,  mais aussi indirectement à l’électrice que je suis, est dévastateur et me ramène à un autre moment : celui où le vote « déviant » des électeurs  français a été tout autant proprement piétiné.

A quoi bon voter ? Telle est la sinistre question qui finit par s’insinuer dans les têtes ?  A quoi bon voter puisqu’il n’y a pas d’alternative possible. Puisque le politique est définitivement nu, réduit à l’état de petit soldat qu’on laisse jouer dans son bac à sable tant que cela ne dérange pas. A quoi bon voter puisqu’il n’est de bon vote que celui dicté d’un ailleurs autiste?  Puisqu’on est autorisé à avoir n’importe quelle opinion à condition que ce soit celle qu’on vous martelle à longueur d’éditoriaux eurolâtres.

Le bâton pour la Grèce, une commission d’enquête soft pour le Luxembourg. On n’ose à peine demander ce qui coûte le plus cher au citoyen européen : l’incurie méridionale ou le cynisme fiscal manucuré ?

A l’ouest rien de nouveau, donc : selon que vous serez puissant ou misérable,
les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.

There Is No Alternative : un budget équilibré et une population condamnée à l’asphyxie

En étranglant la Grèce, l’Union (sic) Européenne vient de confirmer la réduction de la démocratie à sa plus simple insignifiance.

Cette partition imposée ne dit pas autre chose.

En attendant la curée …

fragments en forme d’hommage tardif à Pandora, la comtesse aux pieds nus 2

Le buveur est un grand écrivain américain lui a- t- on dit. Peu importe. Pour lui, les livres auront toujours le visage de Federico penché sur le petit garçon solitaire et rebelle qu’il n’avait cessé d’être. Federico était un ami de ses parents qui sillonnait les routes avec une troupe de théâtre dans ces paysages arides qu’il aimait plus que tout. La barbarie avait écrasé l’homme mais ne pouvait rien contre le souvenir.

 

C’est à Federico, jusqu’ici, qu’il a dédié ses faenas épurées et rêveuses. Mais aujourd’hui les mots du poète se taisent, ravis, eux aussi, par cette beauté égarée.

Manuel s’imaginait moine, il se découvre chevalier.

Point de songe, cet après – midi, se dit- il, mais des passes longues comme un baiser. Il amènera le taureau presque au centre de l’arène, légèrement au – delà de ces lignes blanches infranchissables au picador.

Habit de lumière contre robe d’encre noire et sanguine, il offrira à sa Dame ce pas de deux tragique comme l’existence. Elle le verra, austère danseur, minuscule et sans compromission.

Ce qu’il veut, c’est lui léguer l’indicible : l’afficion.Texte S.lagabrielle

fragments en forme d’hommage tardif à Pandora, la comtesse aux pieds nus 1

Arènes de Séville- mai 1991Comment ne pas la voir ? Elle est tranquillement assise à côté de la loge du Président, sa robe vert jade découvrant de magnifiques épaules encore pâles.  Son regard, incertain, clair a-t- il semblé à Manuel, flotte sur les gradins, effleurant à peine les mantilles, la piste ocre, les vendeurs de churros, de pipas et de cigarettes.

Lasse ? Sans doute. Il l’a vue errer aux premières lueurs du jour, ses chaussures à la main, sur la Plaza del Castillo, peu de temps avant l’encierro, escortée de cet homme massif qui se tient à côté d’elle : curieux bonhomme, hurlant dans la nuit, de sa voix cassée d’alcool, des mots incompréhensibles.

Manuel n’aime pas cet abandon.

Homme de sable et de sang, de légendes et de cante jondo, la mort est presque sa muse. Il cherche toujours à la cerner dans les prunelles sombres de ses adversaires, pour mieux la dominer, l’anéantir peut – être.

Chaque combat qu’il livre le rapproche de l’immortalité.

Du moins le croit-il.Arènes de Seville-mai 1991

 

(à suivre)

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

 

 

 

 

 

Aube européenne ?

TSIPRAS-PRISONArticle mis à jour le 26 janvier 2015

Je veux le croire,  moi qui ne suis pas optimiste par nature. Si j’avais été grecque, j’aurais voté Syriza. Non que je croie aux lendemains qui chantent, mais pour donner à l’Europe une chance de se définir autrement que par une financiarisation et un matérialisme mortifères. J’aurais voté Syriza pour secouer cette Europe que j’ai naïvement, et trop longtemps, espérée sociale, culturelle et solidaire, avant de déchanter lourdement …J’aurais voté Syriza pour la beauté d’une utopie en somme. Sans doute. Car une société qui n’en a plus ou qui n’en envisage plus, fors les fourches caudines décrétées par quelques « penseurs » autoproclamés, une société qui a oublié ce que cela peut être, est une société agonisante et c’est ce vers quoi  tend notre « vieux continent » .

J’entends déjà ceux qui hypocritement s’enthousiasment,  espérant, in petto, que cela ne marchera pas, oubliant, que, dans une société mondialisée, il n’y a plus d’échec individuel et que « tout étant dans tout et vice versa », le naufrage des uns signe le naufrage du plus grand nombre. A bien y regarder, je n’aurais sûrement pas fait partie des privilégiés des quelques barques du Titanic.

Quelles Lumières aujourd’hui ? Peut-être celles d’ailleurs, de ceux  qui se sont tenus à l’écart de la vaniteuse effervescence du monde. Dubitatifs et entiers.

Parce qu’il me semble que, plus encore peut-être que la politique, le temps, une destinée déconnectée d’un immédiat par essence volatile dans lequel nul ne peut se projeter, sinon dans l’illusion, sont à ré-inventer. Le temps dans un  environnement préservé. Croire en une croissance indéfinie dans les limites de notre planète n’a pas de sens. Et, de la vie dans un autre espace nous ne savons rien encore.

Quelles Lumières, aujourd’hui ?  … une impossibilité, une liberté…celle de s’arrêter, de respirer, de l’embrasser sans peur, ce temps…

Alors… Syriza, avant que ne prévalent des idées définitivement noires, même pas en embuscade.

Noire Babel

L’un a dit

Je suis Charlie,

L’autre,

Je suis Mohammed

Entre les deux

Des ponts coupés

Un no man’s land

de pensées pétrifiées

de part et d’autre

Des terres brûlées

de mots

déchirés

devenus Inaudibles

Des sens

Interdits

Un silence effondré

Un abîme écarlate

où l’humanité

Se délite

sans fin

agonisent

Mohammed et Charlie.

.

 

fragments bordelais 3 : miroir d’eau

L’été, c’est une plage minérale le long des quais dont les jeux d’eaux attirent les riverains, les touristes, les curieux,  les contemplatifs,  …

 

 

 

 

et les enfants qui s’y amusent et rêvent en pataugeant.

 

 

 

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L’hiver, lorsque les jeux sont éteints, le miroir revient à sa fonction première : laisser imaginer la beauté renversée des nuages.P1060107

Texte et photos S. Lagabrielle

 

 

Lendemain

 

Comment faire comprendre ? Dire que je n’ai pas eu envie, dimanche, de mettre mes pas, aussi peu que soit, dans ceux des politiques ? Que je n’ai pas eu envie de partager avec eux ne serait-ce qu’un centimètre de bitume.  Comment oser dire, aujourd’hui, la liberté d’expression, oui, oui, encore et toujours, mais, « je ne suis pas Charlie », ou, plutôt, je suis tous les Charlie, tous ceux qui tombent, ici et ailleurs, dont reporters sans frontières, entre autres, tient la sinistre liste ; que je n’ai pas eu envie de partager cela avec n’importe qui. La spontanéité de mercredi soir disait quelque chose, la marche de dimanche à Paris, avec son bal des affreux, comme dit Mediapart, ne représentait plus rien  d’autre, à mes yeux, qu’une perversion politiquement opportuniste d’une sincérité citoyenne. Comment dire cela sans être stigmatisée comme celle qui ne pleure pas aux enterrements. Comme l’imbécile brèvetée qui ne comprend rien à rien. Qui confond tout.

Judith Bernard, avec une immense justesse, écrit sur le site « hors série » : « !e premier devoir de la résistance est la persistance ».

La vigilance, c’est encore et toujours. C’était hier, c’est aujourd’hui et c’est aussi demain. C’est en France et ailleurs. Alors, tailler son crayon, ne pas se censurer ou, au moins, être honnête. Etre Charlie sans l’être, peut-être, après tout.

PS : Fleur Pellerin veut débloquer un million d’euros pour Charlie  dixit Le Monde … l’histoire est une  ironie … cet argent là Charlie en manquait … cruellement.

 

noir mercredi

imagesIl s’était dit qu’il irait. Mais il n’a pas pu : une réunion. Ce n’était pas la première fois, mais il n’a pas pu, justement, ce jour là. Il a entendu, couru. Et puis il a vu. Tragique impuissance. Dans ses larmes, au-delà de la douleur, je devine quelque chose qui ressemble au désarroi de celui qui a raté l’avion qui s’est écrasé, le train qui a déraillé, de celui qui est passé dans la rue quelques minutes avant la faucheuse cagoulée, de celui qui n’était pas là où il aurait dû, à cause d’un grain de sable venu gripper le cours du temps : la culpabilité d’un hasard qui a sauvé sa vie. Mais quelle vie désormais ?

Pour l’heure, il est, dans la nuit, avec une multitude qui crie comme lui : je suis Charlie. Qui porte aussi des tee-shirt « je suis Charlie ». Il n’est pas dupe de ce merchandising émotif.

Il songe : Et après ? Jusques à quand seront-ils tous là, comme ce soir, pour les morts et pour les vivants ?

 

Texte S. Lagabrielle