Son visage fin et grave nous avait tous attirés. Il s’est laissé prendre en gardant cette densité indifférente à notre fébrilité photographique.
Texte et photo S. Lagabrielle
Ce blog n’est pas prémédité. Je ne planifie rien. Parfois les horizons me fatiguent, alors j’écris au plus près : sur des personnes qui m’ont marquée, sur du présent, du banal, et, quand ils me viennent, sur des imaginaires …qui n’en sont pas tout à fait, car on ne se défait jamais complètement de soi. Tout cela manque peut- être un peu d’unité, n’est pas d’airain. Cela zigzague, hésite, revient, repart. C’est comme ça. Le plus délicat est la distance car, si je ne rechigne pas à partager des émotions, l’intime reste une autre chose dont je n’ai pas envie de parler ici. Alors baladez-vous sur ce flou, si l’écriture vous en dit !
A en croire Wikipedia, il existerait des bigorneaux perceurs mais le langoureux reste un mystère. La langueur rend- t -elle le bigorneau plus aimable ? Nul ne le sait, fors ceux qui savent et ne diront rien, même sous la menace d’un perceur. Autant l’admettre, la langueur du bigorneau ne se dit pas.
Mais pour qui voudrait savourer un chocolat chaud onctueux, l’estaminet est des plus fréquentables, m’ a – t – on dit.
Le kéralais est paisible, souriant et acquiesce en dodelinant de la tête. Peut-être entre-t-il, parfois, une part d’ironie, de protestation, dans ce geste. Peut -être, en regardant de plus près, pourrait-on y déceler quelques points de suspension. Peut-être encore,
quand les voix grondent, entre-t-il aussi une pointe de jésuitisme dans ce oui : ce qu’il pense vraiment reste celé derrière son sourire, dans
le fond de sa pupille. Il faudrait pouvoir sonder les yeux. Ou être expert en dodelinement. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. Surtout en quinze jours. Alors, on s’en tient à ce balancement gracieux et habile que nos nuques raides ne savent pas reproduire, à cette expression minimale qui, chez nous, aurait des airs de refus.
Le dodelinement est peut- être au kéralais ce que le sourire est au chat du cheshire : ce qui subsiste quand tout le reste est effacé.
Texte et photo S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Point de Code de la route ici mais une seule règle : trouver son chas. Cela vaut pour tous, piétons, vélos, rickshaws, motos, autos, camions. Le klaxon est le seul mode de communication. Ainsi s’écoule sans faiblir, à longueur de journée, dans un vacarme assommant, un impressionnant fleuve humain et mécanique .
Texte et photos : S.Lagabrielle : tous droits réservés.
Fort Cochin au soir.
Dans la brume, la masse des grues du port s’évanouit et laisse place aux carrelets chinois dont la dentelle fine se détache dans le couchant.
Au milieu des klaxons s’élève la voix du muezzin. Car tout convole ici : religion et communisme, religions entre elles. La création de l’Etat d’Israël a vidé la synagogue du quartier de Mattancherry qui reste ouverte pour les quelques irréductibles demeurés là et leurs coreligionnaires de passage.
L’ironie de l’histoire veut que ce quartier juif soit aujourd’hui celui de commerçants cachemiris de religion musulmane…
ce qui ne pose pas de
problème, pas plus que le voisinage de Shiva et Vishnou avec la croix du Christ, le croissant, la faucille et le marteau.
Ainsi les choses se tissent-elles ici … avec un fil de soie.
Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés
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Kettuvallams : ils servaient autrefois à transporter les marchandises le long des canaux des backwaters. Menacés d’oubli, ils ressuscitent aujourd’hui, lustrés, peignés d’un certain luxe, baladant à fleur de rives une curiosité, des émotions venues d’ailleurs et l’inconstance des voyageurs.
Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés
Soleil magnifique ce jour, mais je reste accrochée à cette œuvre sombre, radieuse et sacrificielle. Poulenc, peut-être celui qui pourrait me faire frôler quelque chose qui serait : croire.