Je suis là
ici plus qu’ailleurs,
proche, lointaine,
pleine et dérisoire,
un plomb, un oiseau
dense et légère
un tout, un rien
un éclat
de ce que l’on voudra
mais ici,
je suis.
Texte et photo S. Lagabrielle tous droits réservés.
Ce blog n’est pas prémédité. Je ne planifie rien. Parfois les horizons me fatiguent, alors j’écris au plus près : sur des personnes qui m’ont marquée, sur du présent, du banal, et, quand ils me viennent, sur des imaginaires …qui n’en sont pas tout à fait, car on ne se défait jamais complètement de soi. Tout cela manque peut- être un peu d’unité, n’est pas d’airain. Cela zigzague, hésite, revient, repart. C’est comme ça. Le plus délicat est la distance car, si je ne rechigne pas à partager des émotions, l’intime reste une autre chose dont je n’ai pas envie de parler ici. Alors baladez-vous sur ce flou, si l’écriture vous en dit !

Presque un terrain vague parsemé de linge. Coincés dans de petites alcoves en béton, des hommes claquent le linge contre la pierre, le frottent, le rincent et l’essorent.
Dans un bâtiment un peu plus loin d’autres le repassent avec une délicatesse étonnante à l’aide de fers antédiluviens, lourds comme des enclumes.
Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés
Varkala est un petit village touristique côtier qui s’étire sur une crête surplombant l’océan indien.
En bas, des plages de sable presque noir, en haut, un ruban de petits restaurants et
d’échoppes où l’on est invité à rentrer, jeter un œil, gentiment, sans insistance.
Sur la route couleur brique, des barques « à sec » abritent des pêcheurs ravaudant leurs filets.
Malgré la ronde des corbeaux, un sentiment paisible domine …
la chaleur moite, qui rend parfois les mouvements lourds, y est, peut-être, pour quelque chose.
Les sourires aussi.
Texte et Photos S. Lagabrielle : tous droits réservés
Il n’est pas toujours facile d’évaluer le degré de séparation quand on prend sa décision. J’imagine une distance et suis rebelle au « brisons-là » qui m’ampute de moments aimés. De manière hypocrite je me dis que le temps décidera pour moi. Mais le temps ne décide pas, il s’écoule.
Partir, revenir.
L’avers et le revers d’une même pièce.
Dans les deux cas un chemin que je ne sais pas.
Je n’aime pas laisser en friche, en désordre de sentiment.
Alors je reste souvent au milieu du gué, espérant ce hasard qui, parfois, a aboli le quitter pour le revenir, privilégiant le lien avant toute autre chose.
Texte et Photo S. Lagabrielle : tous droits réservés
Tandis que le rickshaw nous ballotte, Ana s’impatiente. « Les villes ne sont pas que cette pauvreté, ces cars bondés et presque hors d’âge. Où sont les riches ? » se demande -t-elle. Car il y en a, elle le sent ! Toutes ces publicités qui désignent un autre monde n’ont pas pour seul but de faire rêver la foule déversée dans ces rues poussiéreuses.
D’ailleurs, qui a ici le temps de les regarder ?
Ana voudrait en avoir le cœur net. Il y a sûrement des êtres pour lesquels le jour n’est pas un jour à gagner à sa sueur mais un jour oisif où l’on ira faire des emplettes dans des boutiques ordonnées se disputant l’espace d’avenues larges et goudronnées. Brésilienne, Ana sait cette conjonction de ville haute et basse, très haute et très basse.
Elle voudrait mettre un visage sur la fortune indienne. La richesse, c’est aussi la vie, me dit – elle.
Pour l’heure, on traversera les artères de la ville dans des vapeurs de fleurs et d’essence avant d’arpenter, le quartier des artisans : une enfilade de petites rues aux façades colorées où les relents d’égouts se mêlent aux odeurs d’épices.
Fileurs, tisserands, dinandiers, tailleurs de bambous se succèdent. On travaille à même le sol, dans des hangars nus et sombres. On prend l’air de la rue avec les plus petits. Des hommes dorment sur les trottoirs, indifférents au bruit des enfants qui s’amusent.
Un jour, Ana est partie seule pour Chennai (Madras).
Les a – t – elle rencontrés ces quartiers chics aux maisons cossues ?
Je ne l’ai jamais su. Je ne le lui ai pas demandé, il est vrai.
Texte et Photos S.Lagabrielle : tous droits réservés
Je me souviens de Philippe Vandel, dans une séquence de l’émission « Nulle part ailleurs », arrêtant des passants pour leur demander : « Si le 1er janvier tombe un vendredi 13, réveillonnez-vous quand même ? » Saisis dans la froidure, la pensée congelée dans l’instant, selon leur degré de superstition, les uns répondaient « ah, non ! sûrement pas », les autres « pourquoi pas ? » , un défi humide dans les prunelles.
Soyons franche, je n’aime pas particulièrement la Saint Sylvestre, cette façon champagnisée et convenue de sauter dans l’année qui vient.
Mais revenons à Philippe. Sa question, au-delà de l’absurde, met le doigt sur quelque chose d’essentiel : pas de plaisir sans piment. Et celui de l’avenir ne se lit pas dans les bulles. Sinon, je le saurais.
Alors, m’inspirant de Ferdinand Lop, qui préconisait l’extinction du paupérisme à partir de 10 heures du soir et la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique … j’entends convertir les fêtards au différé du premier de l’an au premier vendredi 13. J’y vois plusieurs avantages : une pause hygiénique de nature à apaiser les estomacs, foie et/ou intestins surmenés, un répit nécessaire pour retrouver un semblant de lucidité propre à accueillir les paroles verbales présidentielles avec l’indifférence qu’il convient, un temps indispensable pour se souvenir utilement que si la fortune vient quelquefois en dormant, les emmerdes viennent plus sûrement au réveil 1…
Pourquoi se réjouir, passé les douze coups de minuit, d’un temps de désillusions annoncé ? Je vous le demande.
L’autre raison de ma proposition tient en ceci : le 1er janvier n’a pas toujours marqué la naissance de l’année. Alors, pourquoi pas le premier vendredi 13 qui passe ?
Le premier, et le seul, de 2014 est le vendredi 13 juin ( jour de fête de Saint Antoine de Padoue qui, soit dit en passant, vaut bien Saint Sylvestre). De quoi se préparer aux promesses qui n’engagent que les gogos que nous sommes, peaufiner des vœux prudemment réalisables à la lumière des jours les plus longs, et, pour certain, continuer d’espérer, contre toute raison, que la courbe du chômage condescendra à opiner dans le bon sens. Bascule des calendriers électoraux oblige, on verrait, le 11 novembre, des hommes graves en chapeau mou poser des gerbes de légions d’honneur devant le siège de leur parti pour leurs camarades tombés au scrutin.
Résumons nous : cette liesse ritualisée me fâche.
A rebrousse cotillons, je me couche usuellement tôt, imperméable à la rumeur de la nuit.
Ce 31 décembre 2013 cependant dérogera à l’ordinaire, des amis téméraires ayant décidé de m’extraire de ma grinchitude sylvestre.
A demain donc, en vous espérant toujours là.
1. Pierre Dac si je ne m’abuse
Texte S. Lagabrielle. Nounours dessiné par Stéphane Dupas: http://www.danslalune.fr
C’est ancien, mais, au fond, pourquoi pas en cette période où il est d’usage
d’en faire ? Elle avait choisi : reconnaître le do d’un ré. Alors, m‘est venu ceci :

Ce ne pourra être qu’un piano à queue, pas un demi – queue ou un quart de queue, ni même un piano droit.
Un vrai do, naturel, clair, aisé, un ré brillant en contrepoint exigent du volume, de l’espace.
Alors nous irons ensemble dans cet bâtiment un peu pataud près du fleuve.
L’instrument sera là, noir, ouvert, éclatant, prêt à accueillir tes mains.
Quoi de plus simple qu’un clavier ?
Les touches blanches s’ y serrent, presque frileuses. Les noires sont plus indépendantes et délurées s’assemblant tantôt par deux, tantôt par trois.
Je te dirai alors ce petit truc pour reconnaître un do partout, sur tous les pianos de France, de Navarre et d’ailleurs et tu ne verras plus que lui, ce fugitif tapi à la racine des couples de touches noires (la note aux pieds du ménage à trois est un fa).
Le do repéré, il te suffira de taper la note à côté : c’est le ré.
Je te demanderai alors de me jouer un do de ton choix, car sur cette étendue d’ivoire il y en a plusieurs.
Tu réfléchiras longuement avant d’élire celui – là, devant toi, parce qu’il t’est proche et qu’il t’attend, à portée de ta main droite.
L’index hésitant tu appuieras sur la bonne touche puis sur sa voisine. Do, ré, do, ré. Ce sera lassant à la longue. Alors, on escaladera la touche noire qui les sépare. Le do dièse…ou le ré bémol.
Peu à peu tu te risqueras à taper un do grave, un ré aigu, un do dramatique, un ré égrillard, un bémol lugubre, un dièse de hasard.
Tes mains voleront agiles et sûres.
Et puis, pour finir, pour les faire tiens ces do et ces ré, tu voudras les lancer au travers de la pièce, les aiguiser contre les murs.
Tu prendras alors ton souffle, ton élan, et, tout en tapant un do fier et musclé, tu me chanteras…un la inoxydable, résistant à tout et surtout au ré que tu me joueras ensuite.
Comme suspendue
Au dessus de l’horizon
Trace des sillons invisibles
Sur le grain du papier.
Sous un vent imaginaire
Et une silhouette diaphane
Découpe dans l’onde
Des morceaux de lune.
Caressent les flancs du bateau,
Un songe s’agrippe
Aux branches d’un saule.
Une paix douce
Glisse sur la feuille
Comme la barque sur les flots pâles
Texte S. Lagabrielle