Retour Bohémien (4) : Pernstejn et Zvole

Le  château de Pernstejn est une  forteresse austère  tardivement agrémentée de corniches et de balcons qui lui donnent un visage aussi avenant que celui d’une Joconde barbue.

 

 

L’intrigue s’y distille plus que le plaisir, le froid s’y instille plus que les rires. Accroché à son piton il étire sa masse brutale au milieu des collines. Je n’aurais pas aimé être un enfant dans ce désert minéral.

 

 

Peu à dire de l’intérieur, si ce n’est deux pièces claires, stuquées, inattendues et crémeuses, légères comme un sourire, vols au vent dans cette austérité blette, et un christ d‘une finesse émouvante suspendu au centre d’un mur inégalement blanc.

 

 

 

 

Cap sur Zvole ensuite. Ici l’atmosphère est ocre et l’illusion subtile. A l’origine de cette œuvre d’art, une complicité, ou  plutôt une communion, entre Jan Blažej Santini-Aichel  et un moine.

La nef semble allongée alors qu’elle est courte, l’église étant construite sur un plan de croix grecque. La force simple des murs se rit des stucs et la lumière est toujours là…malgré la pesanteur du discours qui s’étale dans ces vagues de faux marbre enlaçant Saint Jean Népomucène, encore lui, inconscient général christique dix étoiles.

(Photos S.Lagabrielle.  tous droits réservés)

 

Voyage immobile : digressions sur la chaleur et la pluie

 

Ben a décidé de ne pas bouger. A cette heure, c’est superflu. Même cette petite pichenette, ce petit mouvement du pied pour entretenir le balancement de son rocking chair , même ce petit mouvement là, il ne le fera pas. Le seul qu’il s’autorise est celui qui consiste à porter son verre de thé, plus très glacé maintenant, à ses lèvres.

 

 

Le ciel est blanc et, dans la moiteur, ses cent kilos pèsent le double.

Tizia lui dit qu’il n’est plus qu’un gros homme paresseux, plus bon à rien.

Tiens donc !

 

C’est cette carcasse usée, ce sont ces mains calleuses qui ont payé la maison. Elle n’est pas bien grande, ça non, mais elle est à eux. Alors, il a bien le droit d’en profiter, non ?

Que sait – elle Tizia de la mine ? Que sait-elle des langues de bitume qu’il s’est avalées, plus tard, dans un camion hors d’âge ? Que sait- elle de ces nuits où la fatigue trouble les lumières, de ces nuits à se mordre les mains pour ne pas s’endormir ?

Hein ? Qu’est- ce qu’elle en sait ? Bon Dieu ! Cette véranda est son territoire.

Des chaleurs il en a éclusé, ça, on peut le dire. 60 ans de chaleurs sirotées ici et là. 60 ans de chaleurs, jamais les mêmes. Avec le temps, il a établi ses mesures à lui. Dire la température, ce n’est rien ; ça ne dit pas la lourdeur, ça ne dit pas l’abandon, ni la sueur  :  ça ne dit rien. C’est un chiffre, c’est tout.

Cette chaleur-là est mauvaise. C’est une chaleur à six verres. C’est ce qu’il a bu en une heure. Il faudra qu’il bouge pour remplir la carafe. Teigneuse comme elle est, Tizia prendra un malin plaisir à le voir s’extirper de son fauteuil en soufflant. Alors il ruse : ne pas bouger, ou le moins possible, et regarder le ciel se charger. L’immobilité est un long travail.

Les chaleurs de son enfance avaient le goût de l’eau, des baignades en bordure du fleuve. Will, Phil et Jonas : où êtes- vous ?

Le ciel est sale et Ben se sent soudain vieux.

Si on lui posait la question, il dirait qu’il y a des chaleurs sèches et d’autres pleines de suc, des chaleurs qui piquent, des chaleurs qui vous écrasent, des chaleurs qui vous éveillent et des chaleurs qui vous caressent. Il vous dirait aussi, que, dans sa jeunesse, ces chaleurs étaient douces et tendres. Comme sa mère, quand elle lui chantait des berceuses. Qu’il y a des chaleurs ardentes …

Oui, la chaleur était pleine de baisers et de mains, pleine de peau et de cris en ce temps-là.

Et maintenant ?

Il ne trouve rien à dire du présent, sinon que cette chaleur-là est vicieuse, rance et amère. Si seulement le ciel pouvait libérer ses pleurs. Ici, la pluie est une délivrance et un cauchemar. Une délivrance quand elle advient et un cauchemar quand elle dure.

Ben a soudain faim de ces zébrures qui l’effrayaient enfant. De vent. De désordre. Le paysage est trop inerte, trop silencieux. Comme s’il attendait lui aussi.

Mais quoi ?

Son verre est vide et sa gorge sèche. Il se lève avec effort, à regret.

Le ciel est acier.

Tizia est assise près de la fenêtre du salon, inquiète. Son profil est toujours aussi altier et il aime ces formes qui lui sont venues avec les enfants. La nuit, il respire son odeur de musc, de coriandre et de noix de pécan, son corps qui se tait. Ils sont là comme deux vieux matous perdus à se griffer : et pourquoi ?

Le vent se lève. Le ciel grondera sans rien livrer, demain sera plus humide encore et lui, toujours aussi lourd.

Il s’est approché d’elle et a posé sa main sur son épaule. Elle ne l‘a pas chassée.

“Foutu temps hein !”

“Oui, pour sûr. Cela ne donnera rien aujourd’hui. Peut – être demain.”

“Peut – être demain, oui.”

Elle a tapoté sa main pour le rassurer.

“Nous voilà trop vieux désormais” a pensé Ben.

Il a rempli la carafe et regagné son fauteuil. Il sent monter la bourrasque et l’éclair. L’idée du danger ne l’effleure même pas.

Il attend en se berçant.

 

 

 

 

 

Texte Sylvie Lagabrielle : tous droits réservés

 

Retour Bohémien (3) : Zelena Hora

C’est un magnifique mensonge blanc où le symbole affleure dans chaque rai de lumière, une sorte de piste de cirque dont le monsieur Loyal serait, encore, Saint Jean Népomucène.

 

 

De multiples fenêtres parsèment l’église, avide de clarté comme un tournesol immobile.

Point d’angle ici,  autre que celui des étoiles. Ce qui casse et ce qui rompt ne devait pas faire partie des références de Jan Blazej Santini Aichel. Dans ces espaces, quelque chose de linéaire et de pur suinte des murs. L’artiste s’est joué, dans une géométrie ondulante, de la lumière et des visiteurs. Un rayon de soleil, soudain, balaie le chœur, une prière muette et fragile le suit, nous laissant le théâtre. L’essentiel ?PS : Jan Blažej Santini-Aichel ( 3 février 1677, Prague – 7 décembre 1723, idem) est un architecte tchèque d’origine italienne célèbre pour l’invention du style du baroque gothique..

Retour Bohémien (2) : Jicin et Kuks

La petite place de Jicin devait être plus animée alors, saturée chevaux et d’étals brouillons, de cris, d’éclats de voix interpellant le chaland, et de rires.

 

 

Le toit de la tour qui la ferme était – il déjà de ce grenat agressif ?

 

 

 

 

 

Le Comte Franticek Spork ne s’en souciait sûrement pas. Son regard, du haut de sa colline, devait enjamber facilement l’Elbe, presque à sa naissance ici, pour se poser sur l’autre rive où la réalisation de ses rêves suivait, elle aussi, son cours : l’église, l’hospice, l’escalier enfin, écho monumental à celui menant à son chateau.

Matthias Bernard Braun doit passer, sous peu, montrer ses vices et ses vertus ou plus exactement les cartons des sculptures qu’il se propose d’installer en exergue à cet édifice long et raffiné qui s’accomplit au fil des jours.

 

 

 

A rebours de quelques jaloux, des visiteurs payants, acheminés en grappes disciplinées, loueront plus tard le luxe, le calme et la sensualité inscrits en ces lieux. Mais Franticek l’ignore. Son projet est philosophique, humaniste, esthétique, dans cet ordre ou dans un autre, peu importe, pourvu qu’il soit lu et compris dans la pierre, dans ces jardins qu’il esquisse dans l’épaisseur des forêts qui l’ entourent, dans tout cet espace dédié à la connaissance, la nature et la curiosité. La bibliothèque est à côté et, tranquillement, il s’y rend.

C’est ainsi que je l’imagine. Un peu rond, un peu rouge, pas vraiment beau, le corps contraint dans des habits convenables et seyant à son rang. Son énergie et son ambition s’écrivent et se taillent en ce paysage. Il ne sait pas qu’il anticipe ces lumières qui fleuriront plus de cinquante ans plus tard, à l’ouest surtout, alors qu’il ne restera déjà plus rien de son utopie sinon ces marches, ces bâtiments qu’il contemple…et ces sculptures à venir.

      L’aventure mourut en même temps que le  mécène ambitieux et me voici,  enfant d’un siècle de matières et constructions volatiles, un peu perdue dans ce rêve presque évanoui. Il me faut imaginer son versant perdu et je n’ ai pas ses yeux. Alors, je m’en remets au tangible. Les jardins de Bethléem, ultime ambition,  sorte de modelage artistique de la nature ou d’essai d’art Naturel, sont aujourd’hui une aventure condamnée par la nature elle – même. Une belle sensuelle, au sourire extatique, abandonnée en bordure du chemin, un amoureux transi et étêté, des titans musculeux frileusement protégés par de petits abris en bois en témoignent. D’ici quelque temps cette volonté forcenée se noiera, faute d’entretien,  dans les profondeurs originelles qu’elle pensa un jour dominer.

 

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

Retour Bohémien (1) : Cesky Raj

Une forêt dense et noire. Une sorte d’ode naturelle à la nostalgie. Les effluves d’un romantisme neurasthénique et thermaliste y traînent encore. Curieuse époque qui aima la nature sans espoir et les amours idéales.

 

Au bout de cet abîme plan, un chateau symbolique : Valdstejn.

 

 

 

En gros, une ruine médiévale laborieusement reliée à une jumelle baroque remaniée, sans grand intérêt, puis, plus sérieusement, un pont orné de statues au déhanchement ostentatoire, sagement alignées, véritables digeste de l’histoire tchèque, tiraillée entre l’est et l’ouest.

Tout d’abord Ludmila, par qui tout commença, chantre de l’amarrage religieux de la Bohème à l’ouest, c’est à dire à Rome : assassinée par sa belle – fille Drahomira.

Wenceslas ensuite, qui, cinquante ans plus tard, confortera, sur le plan politique, l’ancrage à l’ouest de la Bohème et lui léguera un saint aimable et dodu : Saint Guy.

Saint Jean Népomucène, martyr improbable et révéré, plus modestement, sans doute, moine qui eut le tort d’être en des temps troublés qu’il ne comprenait sans doute pas.

Saint Adalbert et Procope, enfin. Respectivement évêque insoumis et rebelle orthodoxe.

Toute l’iconographie de ce petit royaume se trouve résumée là, dans ces volutes de grès, dans des dragons aux allures de teckel. Aujourd’hui, cette brocante de morale jésuite, restaurée aux frais de la République, s’abandonne, presque lascive, aux regards et aux intempéries.

Enfance ?

Longtemps je l’ai croisé, tôt le matin, sur le quai du métro, petite chose tapie dans le giron de son père, silencieux et grave, trop grave pour les quatre ans que je lui donnais, au jugé, en regardant la taille de ses mains, trop grave, trop calme, trop silencieux, avec ce regard qui se pose sur vous sans ciller et ne vous lâche plus, même quand vous êtes passé, ce regard qui vous suit , fiché dans votre dos, entre les omoplates.

C’était un petit bonhomme châtain clair aux yeux d’encre, au visage rond,  insolite dans cet univers agité, nerveux et indifférent, où chacun cherche à se placer pour être le premier à grimper dans la rame, se ruer sur une place assise, voire, aux heures les plus pleines, monter, annexer un petit bout d’espace en poussant, pressant, les mains appuyées sur le montant supérieur de la porte, sans se soucier du reste et surtout pas des autres.

Peut-être mon regard avait-il été précisément happé par ce décalage entre la fébrilité des usagers et le bloc impassible, presque dérangeant, que l’enfant formait avec son père, le caractère absolu de leur solitude commune ; je ne les ai jamais entendus se parler l’un à l’autre, je n’ai jamais vu l’enfant sourire, encore moins rire, ni même bouger, même quand vous déposiez une pièce dans le petit béret posé à côté de la pancarte qui disait “pour manger s’il vous plaît”, même quand vous esquissiez un bonjour ou un petit mouvement vers lui, comme une ébauche de caresse, parce que vous ne pouviez pas vous en empêcher, parce que ces journées entières sur un quai ne sont pas une enfance, parce que ça ne devrait pas exister des enfances comme celle-là, ici surtout …

Six mois, un an, peut – être plus, peut – être moins ; le pire, quand j’y repense, est de m’être tellement habituée à les voir tous deux-là, l’un entourant l’autre de ses bras, tellement immobiles et mutiques, et pourtant si présents, que leur soudaine absence m’a perturbée, un peu comme si cette rencontre matinale participait à la ponctuation de ma journée, comme la lecture du matin avant la douche, devant un bol de café, l’achat de “Libé” chez la marchande de journaux en bas de mon immeuble, l’attente du métro lui-même.

Un jour, ils n’ont tout simplement plus été là.

Peut -être ont-ils  changé de ligne et de quai ?  Peut – être ont- ils été refoulés au loin par notre aimable République? A moins qu’ils n’aient, ce que j’espère obstinément encore aujourd’hui, trouvé une place ici, autre que ce coin de bitume sale où je les ai retrouvés des semaines durant, une place parmi ces gens qui passaient le plus souvent sans les voir.PS : Cela remonte au temps où je prenais le métro pour aller travailler.  Pour diverses raisons, j’ai pris mon après-midi aujourd’hui (9/7/2013) et j’ai recroisé une scène presque identique ; la mémoire m’est revenue, alors, voilà.

Chocolat ou matins maternels

J’avais choisi cet appartement, un peu rapidement,  parce qu’il avait un plancher brut et de jolies moulures au plafond. Je n’avais pensé ni à la lumière, ni à la vue.

Le lendemain de mon installation, mes yeux se sont ouverts sur des volets clos et des murs de briques jaunes. C’est alors, seulement, que j’ai réalisé.

Depuis, les saisons se révèlent aux rayons qu’elles projettent au milieu de la cour et mon ciel se borne à un petit triangle aux couleurs changeantes qui m’apparaît lorsque je m’appuie contre la fenêtre du salon.

C’est de ce point stratégique et minuscule que j’ai pris l’habitude d’observer le temps qui passe, en sirotant mon café, dans la douceur du petit matin.

L’appartement qui me fait face est longtemps resté celé, sans vie. La peinture grise, écaillée, des volets était devenue comme une sorte d’horizon tacite.

Aussi, quand, ce jour-là,  en tirant les rideaux, j’ai vu les fenêtres éclairées, je me suis sentie dépossédée. Mon empire routinier était mort. Je me suis d’abord reculée, de peur d’être vue,  puis suis revenue à mon poste d’observation abandonnant mon triangle  immobile et quotidien pour ce petit rectangle animé.

Une jeune femme brune en peignoir bleu s’activait en cuisine bientôt rejointe par un enfant. Elle l’a pris dans ses bras et embrassé goulûment.

Tout était calme. Il n’y avait que le noir de la cour, nous…le silence…et  cet air soudain saturé de sucre et de cacao.

Le chocolat : tu le faisais d’abord fondre dans un peu d’eau.

Nous étions seules, encore enveloppées de nuit.

Tes pas dans l’escalier me tiraient du lit. Je comptais mentalement les marches et attendais patiemment le claquement de la dernière, avant de quitter ma chambre pour te rejoindre à la cuisine. Je fermais soigneusement la porte derrière moi, sur nous.

Tu me tournais le dos.

Le tic-tac de la pendule murale ponctuait tes mouvements lents et précis.

Tu me savais là. Nous ne nous disions rien. Je te regardais, ton corps charpenté moulé dans une robe de chambre bleue élimée aux coudes, ta main serrée sur la cuillère en bois et ces cercles calmes tracés dans l’air.

Derrière la fenêtre, les arbres des jardins voisins n’étaient encore que ces masses réglisse dont l’ombre portée sur les murs avaient hanté mes nuits, quelques années auparavant.

Tu t’interrompais soudain pour te diriger vers le frigidaire et y prendre une bouteille de lait dont tu versais une partie du contenu dans la casserole : ces gestes tranquilles, toujours.

L’opération terminée, tu te retournais et c’est seulement à ce moment-là que je voyais ton visage, tes yeux gris encore un peu rêveurs.

Un câlin et pleins de petits baisers plus tard, j’allais chercher nos bols, des couteaux, des cuillers,  le pain, le beurre et la confiture et nous nous installions face à face.

Nous buvions, presque synchrones, et puis, lisant dans mes pensées, tu disais : “Et si on se mettait un peu de musique?”.

 

 

 

Pérou : îles Ballestas

 

 

Des oiseaux par milliers, un bourdonnement incessant. Les îles noires d’ailes aux couleurs métissées ondulent : pétrels, pélicans, cormorans, manchots … tous en villégiature amoureuse … sans compter ceux dont je n’ai pas retenu les noms.

 

 

 

 

 

 

 

La richesse de ces confettis pierreux  ? Le guano récolté tous les huit ans.

 

Cette population aviaire qui nous paraît conséquente diminue pourtant d’année en année. A cause de la pollution et de l’indifférence des hommes …

 

 

 

 

Fors les oiseaux,  des otaries. Seuls mammifères présents, hormis ceux qui se pressent sur des barques gîtant le long des côtes, l’œil vissé à l’appareil photo.

 

 

Le chapeau est bienvenu pour se prémunir contre la manne « guanesque », attachante s’il en est !

Une dame, qui voulait savoir si les cormorans pondent plusieurs œufs ou un seul,  demande distraitement :

« Et ils se reproduisent comment ? ».

« C’est sexuel » répond le guide, impavide.

Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

 

Pérou : Paracas

 

 

Les publicités sont à la route de Paracas ce que le vent est à la pluie. Cela ne veut rien dire, bien sûr, mais c’est ce qui me vient en observant ces  « réclames »  qui défilent : boissons, électronique, télé, produits de beauté, programmes  immobiliers  (Bienvenue à la Planta San José)… je me demande qui peut  vraiment, ici, s’offrir cela. Ces images, copiées d’ailleurs, qui font face à des slogans politiques laborieusement peints sur des murs  éphémères, donnent à sentir une société écartelée entre représentation et réalité.

Le village de Paracas n’a rien de bien notable, hormis des enfilades de restaurants où l’on peut  déguster son premier ceviche (poisson cru mariné dans du jus de citron) : un photographe ayant annexé quelques pélicans  monnaie ses clichés, on chante à la terrasse des cafés pour quelques sols,  on vend ici et là, cartes postales, lunettes, foulards, sacs et chapeaux griffés « Paracas ».

La presqu’île proche est une mer  terrestre et  lunaire où le sel affleure sous un sable aux couleurs changeantes et mordorées dans le couchant.

 

 

 

 

On se prend à envier l’altière liberté des oiseaux, hormis la condition de ce petit-là,  qui ne cessera de fuir devant l’écume

 

 

 

Le soir se perd dans le sillage des voitures et l’œil suit le jour qui s’enfuit.

 

Sentiment de vide et de plein : c’est ce qui me reste de l’horizon de ce jour là.

 

Ballestas, le lendemain,  me donnera le sens du plein.

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Teasing péruvien

Pérou : côte pacifique

 

Je n’avais pas imaginé cela : un désert à la fois sablonneux et minéral, troué d’oasis fugitives, saupoudré de hangars d’élevage de poulets en batterie,  presque à ciel ouvert,  certains abandonnés,  et de cultures enchevêtrées : coton, canne à sucre, vergers, vigne,  pour ce que j’ai retenu.

 

En bord de mer, des villages désertés  en ce mois de mai, hiver approchant oblige.  Derrière les vitres embuées du bus, ces alternances vertes, blanches, ocre  et rosées se dévident.

 

 

Le long de la route poussent des colonies dont la viabilité m’échappe.  Qu’attendre de cette sécheresse et de ce vent ?  Hormis le tourisme et la relative proximité des villes, je ne distingue pas la raison de cette « invasion »- selon le terme de  Virgilio, notre guide- de cette installation sauvage et progressive (une cabane en feuille de palmier, puis un abri en bois, puis en dur, une ébauche de village, enfin, sans eau  courante ni électricité …) si ce n’est une misère plus grande ailleurs. Avec  l’opiniâtreté viendront , peut- être, ces commodités qui nous paraissent si naturelles et qui sont ici de l’ordre du luxe.  Pour l’heure, il s’agit de marquer son territoire. Le marquer malgré la bourrasque venue de l’horizon.

 

 

 

 

Recroquevillés dans leurs tombes à peine protégées par de dérisoires  abris en bois, des morts d’un autre âge semblent  se gausser de cet univers à la fois désolé et vivant.

 

 

 

( à suivre)

Photos et texte S. Lagabrielle : tous droits réservés