Kathakali, Kérala, Inde

Silence, pénombre. Le geste est précis, la concentration palpable, presque détendue pourtant, et nos souffles suspendus. Peu à peu, le visage disparait sous le maquillage épais.

 

 

Cela tient de la danse, du mime et du langage des signes : un chœur et des percussions se chargent de la narration ,  le sentiment, lui, se niche dans une gestuelle aérienne et subtile, une mobilité expressive impensable.

 

C’est à la fois lent et animé, surjoué et léger,  gracieux, puissant, tragique et presque clownesque. On ne badine pas avec le Mahâbhârata, et pourtant le sourire affleure.

 

 

 

 

Les costumes chatoyants intriguent avec ces paniers qui nous parlent d’autres temps.

 

 

 

Ces spectacles qui peuvent durer des heures, des jours, des nuits, exigent un engagement physique qui a sans doute participé à en faire une affaire d’hommes.

Mais certaines, paraît-il, s’y mettent …et revendiquent.

Ce soir-là, après une brève initiation technique, on nous parla  d’Arjuna,  habile archer dont la déesse Shiva détruira l’orgueil. Dans le noir, ignorants, nous effleurâmes surtout la beauté  délicate d’une certaine féminité masculine.

 

 

 

(Photos prises à l’occasion d’une représentation au Kerala Kathakali center de la ville de Cochin. S.Lagabrielle. tous droits réservés)

Fragments en forme d’hommage à Nicolas Bouvier

Kashan : des maisons restaurées ou en restauration :  immenses, nettes et presque trop lisses. Des marchands aisés y vécurent mais aujourd’hui tout s’y tait. Dans le silence de cette après-midi blanche et sèche, tout reste à rêver, figurer : le bruissement des étoffes, le murmure des fontaines, l’effervescence et la volupté dans l’ombre des cours, le chant des tours de vents. Tout est celé entre les murs, dans des fresques qui racontent d’autres vies, dans le clinquant des plafonds. Tout, même les odeurs fragiles d’épices et les cris des enfants. Je songe aux rires des femmes derrière les portes. Deux heurtoirs différents : un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Alors, me vient l’image d’une femme sourde qui n’aurait que sa peau, sa peau contre la porte, à l’affût des vibrations, pour deviner et reconnaître cet autre, qui l’attend peut -être.

 

Je me suis arrêtée là, à l’orée de cet amour là, Nicolas. Je n’ai pas su dérouler. L’Orient me ramène toujours  à toi : ces mots de pierre et de sable qui ont crissé sous tes pas surgissent entre mes lignes, me lancent, me défient. Alors, tout ce qui traînait sur mes lèvres, tout ce que je murmurais en marchant,  se dérobe.

Me voilà désorientée, Nicolas. Ne ris pas, s’il te plaît.

Quand tu adviens ainsi, j’entends ton écriture. Je la vois aussi. Cette écriture formée et déformée par  la route. Sur la fin, presque des idéogrammes. L’œil et la main rassemblés en un trait pur et tourmenté.

 

L’œil est une autre chose qui me manque. Diana, la photographe qui feuillette mon album de photos japonaises me dit que la beauté ne suffit pas. Il faut lui souffler dans les bronches, s’émerveiller de la chose la plus banale  comme de l’extraordinaire, trouver ses lignes, ses angles, sa force. Photographier, comme écrire, c’est dire ce que l’on est, le revendiquer, courir le risque de n’être pas aimé, toutes choses que la carte postale ignore…puisqu’on ne la choisit pas forcément pour ce qu’elle exprime …mais pour y gribouiller des souvenirs au mieux, des fadaises souvent. Il y a de l’idée dans mes clichés comme il y en a, peut-être, dans mes mots, mais pas encore de griffe, de patte.

 

Griffe, patte …faut-il donc être agressif pour être singulier ? Ce pourrait être un sujet pour le jeune assis à côté de moi qui révise fiévreusement sa géographie, sans doute un peu tard.

 

La route est longue et droite comme les rails du métro. Sur les bas côtés, des drapeaux de prière à l’infini, des mots qui s’entremêlent et s’effilochent, pâlissent, s’envolent, ne meurent jamais, même effacés… à moins d’abolir le vent.

 

Et si j’écrivais  pour le vent ?

 

 

Texte rédigé dans le cadre de l’ atelier  d’écriture  « Gaz à tous les étages »

Consigne d’écriture  : « Esprit vagabond es-tu là ? »

Lectures sous l’arbre

Andrésy , dimanche 19 juin 2011

(Photos S.Lagabrielle. tous droits réservés)

6 avril 2012

 

 

 

Poulenc-Mompou : c’était une affiche de feu. Des noces de sang et d’angoisse. Nos habits de lumière étaient noirs comme le jais, indiscernables dans la pénombre mais l’afficion était là. Parce qu’il s’agissait bien d’un corps à corps avec des musiques sensuelles et bouleversantes. Comment aborder une faena vocale, le cœur entre les lèvres et la gorge serrée ? J’ai pensé à certains matadors qui sculptaient leurs mouvements dans la fragile épaisseur de l’air, offrant leur fière et folle vulnérabilité à un public parfois cruel. C’est ainsi que j’ai vécu ce soir-là : une arène à gorger de cette sombre beauté qu’engendrent certains soleils de passage.

RIP Margaret Thatcher

 

La mort rend parfois fugitivement aimable. Jusqu’à ce que la mémoire se reprenne. « The measure of love is what one is willing to give up for it (approximativement : l’amour se mesure à ce que vous êtes prêt à lui sacrifier)  » rappelait un personnage du film Pandora d’Albert Lewin. Maggie sacrifia beaucoup et nous légua TINA. Laquelle se porte bien. There Is No Alternative, reprend, en effet, sur un autre mode, appuyée par un chœur connivent, une certaine Angela …

Sortir du lit

(Photo S.Lagabrielle. tous droits réservés)

D’abord j’ai pensé au lit. A mes lits, de fortune et d’infortune. A leur odeur sucrée, musquée. A mes ciels tantôt blêmes et confinés, tantôt libres et étoilés, rêveurs, livrés à l’espace où l’on se berce de bruits.

Puis ont surgi les matins froissés mais heureux, les rêves collés aux cils, les corps qui ronronnent, les yeux qui se touchent dans un demi-sommeil et tous ces tendres murmurés.

J’ai pensé aussi à cette joie que j’avais, petite, d’embrasser la lumière qui vient et au désir qui me prend, parfois, aujourd’hui, de retenir le jour passé. Cette envie recourber le temps, le replier sur lui-même en une sorte d’origami songeur et personnel.

Et puis j’ai songé à l’eau où j’explose, cet univers proche qui charrie souvenirs aimants et douloureux. Je me suis imaginée boueuse et minuscule à ma source, sinueuse, me projetant sans savoir, endurante jusqu’ à ma délivrance dans l’horizon. Galet roulé, âme parmi les âmes dans un flux serein avant ma renaissance.

Ensuite mes idées se sont délitées, ont vécu leur propre cours. J’ai rêvé de rires éclatés sous l’orage, de poussières suspendues dans un rayon de lune, de pas, de pierres, de jardins sages et fluides, de chemins de traverse, de mains tendues, de regards sombres, de peaux d’épices, de lèvres ourlées, de fumées et d’effluves,  de chagrins gris, de chants délivrés, de traces, et de reflets fragiles… Le temps passant je n’ai plus cherché à construire. Je me suis sentie torrent se jouant de ses digues.

 

Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture  « Gaz à tous les étages »

Consigne d’écriture  : « Sortir du lit »

Lectures sous l’arbre

Andrésy , Samedi 26 juin 2010.


 

 

Souvenirs islandais

 

 

J’ai oublié la nuit et ses ciels liquides pigmentés de lumières artificielles.

Je l’ai laissée à son hasard, abandonnée pour des pentes de réglisse étoilées de safran, pour un pays qui se tord, convulse, explose , se froisse, se rompt et s’apaise, somptueux et rageur dans une  semi – clarté où les rêves s’ébattent comme des papillons captifs.

J’ai oublié la nuit dans les torrents, pour des ailes d’elfes que j’ai cru voir sous la mousse, pour le rire de mouettes au ventre doux comme une joue d’enfant.

J’ai oublié la nuit dans des replis de glace, sur des courbes tendres et soyeuses, dans la pluie, dans les nuages jetés comme des flaques sombres contre l’horizon, dans les gués, dans un  espace que mon corps ne pouvait embrasser.

J’ai oublié la nuit pour des cratères de sang, pour un temps nu comme le premier jour, pour un provisoire silencieux , paisible dans les regards.

J’ai oublié la nuit dans le vent qui charrie les pleurs contenus des trolls et les crues des sagas.

J’ai oublié la nuit, presque ma vie, et me voici rentrée, les yeux secs fixés sur un square déserté,  la mémoire accrochée aux crinières de chevaux  infiniment libres.

Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Voilà …

L’envie d’écrire, des suggestions amicales : et c’est ainsi que l’on se retrouve à créer son blog. Au vrai, je n’ai pas encore les idées claires, si ce n’est d’y faire partager goûts et humeurs, le lointain et le proche. Enfin, on verra …

Bienvenue si vous passez par ici.