
Le 19 février dernier, 58 députés et sénateurs, membres des commissions des lois des deux instances parlementaires, se sont prononcés sur le candidat présenté par le Président de la République pour prendre la tête du Conseil constitutionnel : Richard Ferrand. A l’issue d’une audition au cours de laquelle celui-ci fit montre de plus de morgue que de connaissances juridiques, sa nomination fut entérinée …à une voix près, les membres du Rassemblement National ayant décidé de s’abstenir.
Bien qu’aucune condition de compétence en matière juridique ne soit exigée par la Constitution française pour pouvoir être nommé(e) – ce qui distingue le Conseil constitutionnel d’autres cours constitutionnelles de démocraties libérales (par exemple; la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne ) -cette nomination a relancé la question du recrutement de nos juges constitutionnels tant, pour reprendre l’expression du Canard enchaîné du 25 février 2025, l’intéressé (outre une proximité avérée avec le chef de l’État) arrive au Conseil lesté d’un tas de conflits d’intérêts. Entre autres singularités, elle a, en particulier, fait revenir à la surface des démêles judiciaires passés du susnommé sur lesquels avait eu à se pencher une ancienne magistrate, Véronique Malbec, nommée membre du Conseil constitutionnel le 23 février 2022, par le Président de l’Assemblée Nationale de l’époque, à savoir, M. Ferrand Richard. Nul doute qu’ils auront plaisir à se retrouver.
Robert Badinter (à moins que ce ne soit le Doyen G. Vedel) disait « qu’on a un devoir d’ingratitude avec son autorité de nomination à partir du moment où l’on rentre en fonction ». Mais, comme le rappelle le journal « Le Monde (article du 19/2/2025), « en matière de conflit d’intérêts, le Conseil constitutionnel vit en totale autogestion. Le président ne peut pas demander à l’un de ses collègues de se déporter. C’est à chacun de se juger, les demandes de récusation ne pouvant être soumises que par des parties extérieures. Libre ensuite au Conseil d’en décider ».
L’indépendance (ou l’ingratitude) du nouveau Président du Conseil ne va pas tarder à être testée puisque l’on prête à Laurent Fabius (encore Président du Conseil pour quelques jours), l’intention de lui laisser en cadeau le soin de trancher une question prioritaire de constitutionnalité concernant un élu de Mayotte, condamné à 4 ans d’inéligibilité assortis d’une exécution provisoire pour prise illégale d’intérêt, qui pourrait influer sur la possibilité pour Marine Le Pen de se présenter aux futures élections présidentielles.
Bref récapitulatif : soupçonnées d’avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un « système de détournement » de l’argent versé par l’Union européenne (UE), destiné à l’embauche de collaborateurs parlementaires, afin de financer les activités politiques du Front National (FN), 25 personnes, dont la cheffe des députés du Rassemblement national (RN, héritier du FN), ont comparu en septembre dernier devant le tribunal correctionnel de Paris. Dans le cadre de cette affaire, le parquet a requis cinq ans de prison, dont deux fermes, et cinq ans d’inéligibilité contre Marine Le Pen, assortis d’une exécution provisoire. Décision attendue pour le 31 mars prochain.
La question soumise dans le cadre de l’affaire mahoraise au Conseil constitutionnel est celle de la combinaison des dispositions du Code électoral sur l’inéligibilité des élus condamnés par la juridiction pénale pour atteinte à la probité et de celles du Code de procédure pénale ouvrant la possibilité d’assortir cette peine d’ inéligibilité d’une exécution provisoire, cette dernière étant susceptible d’écarter l’élu pour un temps plus ou moins long de la vie politique, alors même que le juge d’appel et de cassation réviserait ou annulerait la sanction ultérieurement.
Où l’on voit que l’abstention du RN lors de l’examen de la candidature Ferrand prend une autre signification : plutôt un politique à la tête du Conseil constitutionnel qu’un juriste pointilleux.
Les décisions du Conseil constitutionnel ne permettent pas de savoir si elles ont été prises à l’unanimité ou à la majorité puisqu’ il n’y est pas fait état des opinions dissidentes (minoritaires par essence), contrairement, par exemple, à celles rendues par la Cour européenne des droits de l’homme qui, elles, les mentionnent.
Cette absence de transparence, et, parfois, le caractère abscons de leur motivation, renforce l’impression qu’elles traduisent souvent l’emprise d’intérêts, directs ou indirects, qui éloignent les « sages » d’un travail de fond portant sur le caractère constitutionnel ou inconstitutionnel de ce qui est soumis à leur jugement.
A l’heure où l’on a l’impression que rien signifie tout ou peut-être son contraire, c’est préoccupant. Pour le moins.
« Les démocrates, on s’en fout. La véritable opposition, ce sont les médias, et on s’en occupe en inondant le terrain de merde ! », aurait dit le très droitier Steve Bannon, stratégie dont Donald Trump nous gratifie quotidiennement depuis le début de son deuxième mandat. N’importe quel mensonge ou absurdité balancés sur les réseaux ou relayés par les médias dits mainstream imprime plus que des semaines de vérifications réelles et recoupements. Le politique se victimise avec l’onction des oligarques papivores et numérivores. Peu importe qu’il se contredise ou élude. La preuve, ces derniers jours, par Bétharram.
Autre chose. C’est une vidéo créée par intelligence artificielle mais elle donne une idée du cynisme de prédation décomplexé actuel qui nous mine.






