Big quit

C’est, entre autres médias, France 24 qui s’en fait l’écho : « Les Américains l’appellent le “Big Quit” ou « great resignation ». Cette “Grande démission” désigne la vague d’employés qui quittent en nombre leur travail aux États-Unis. Ils ont été plus de 4,3 millions à remettre leur lettre de démission en août, d’après les dernières statistiques du département du Travail, publiées mercredi 13 octobre ».

https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20211015-aux-%C3%A9tats-unis-le-myst%C3%A8re-de-la-grande-d%C3%A9mission-de-millions-d-am%C3%A9ricains

Pourquoi s’en vont-ils ? Ce mouvement illustrerait avant tout, « un grand ras-le-bol des employés dans les secteurs les plus durement touchés ou sollicités durant la crise sanitaire. Nul hasard au fait que les caissières de supermarchés, les aides-soignantes, les femmes de ménages dans les hôtels et autres titulaires d’emplois peu qualifiés et mal payés soient les plus nombreux à avoir claqué la porte », souligne le Wall Street Journal.

Et chez nous ? Globalement nous n’en serions pas là, encore que l’on pourrait s’inquiéter du constat fait par notre fantomatique Conseil scientifique (le machin à Macron à nous qu’on a) : selon un avis publié le 5 octobre dernier, 20% de lits en moyenne seraient fermés dans les hôpitaux français, et ce, dans tous les secteurs de soins. En cause : le manque de personnel soignant. La réaction du Gouvernement ne s’est pas fait attendre : le ministre de la santé a estimé urgent de diligenter …une autre enquête.

On pourrait aussi s’inquiéter des départs dans l’Éducation Nationale. « Des stagiaires qui renoncent, des professeurs qui partent…Rapportés au total de 800 000 enseignants, ces départs ne pèsent pas grand-chose. Mais d’année en année, ils se font de moins en moins rares », signale le journal Le Monde dans un article publié le 22 novembre.

Conditions de travail dégradées, perte de sens, sans parler des salaires : ces métiers n’attirent plus. Et chacun cherche son chas. Reconversion pour les uns, retraite pour d’autres.

Pour moi, j’ai bien aimé mon métier (rédactrice dans une maison d’édition d’ouvrages et revues juridiques) jusqu’à ces 5 dernières années. Au cours de ces années, mon plaisir « laborieux » (sic) s’est fané – imperméabilité à une forme de communication qui me devenait étrangère ? Mon père m’a légué sa méfiance de ce qu’il appelait des « paroles verbales » : j’avais l’impression de plus en plus nette d’en être environnée et de ne plus être à ma place au milieu d’une logorrhée franglaise cachant mal son vide.

Je n’avais plus rien à dire à cette entreprise dont le nouveau visage ne me disait rien. Peut-être est-ce pour cela, au-delà des spécificités d’un métier, que l’on s’en va.

Pas de big quit chez nous, donc, mais, ça et là des exigences qui vont au delà du simple « matériel ». Il est d’usage que les mouvementa étasuniens mettent du temps à traverser l’atlantique. Il n’est donc pas exclu que nous y venions.

En attendant, avec les pots de départ d’usage, des regards envieux vous suivent …

A rebours de cette tendance au « leave » (départ), Courrier international nous narre l’histoire de cet entrepreneur néerlandais de 69 ans qui demande aux autorités de baisser de 20 ans son âge légal : “J’ai 69 ans mais je me sens comme si j’en avais 49, dit-il. C’est pour cette raison que j’ai demandé à l’état civil de diminuer mon âge. Si tu peux changer ton nom, passer d’homme à femme, ou l’inverse, pourquoi ne pourrais-tu pas rester coincé au même âge ?”.

Ce qui me fait penser à Oskar, ce personnage du « Tambour » de Günter Grass et ne me rends pas optimiste sur notre santé mentale.

Représentation

On se dit qu’on est à la retraite et que l’on a tiré un trait sur son ancienne discipline laborieuse et puis on apprend ça.

Saisi par la chambre sociale de la Cour de cassation d’une question prioritaire de constitutionnalité à la demande du Syndicat national de l’encadrement du groupe Carrefour CFE-CGC, le Conseil constitutionnel vient de rendre une décision assez « décoiffante » en matière d’élections professionnelles dans l’entreprise.

En application de l’article L 2314-18 du Code du travail, sont électeurs (et donc potentiellement éligibles en vertu de l’article L 2314-19 du même Code) les salariés des deux sexes, âgés de seize ans révolus, travaillant depuis trois mois au moins dans l’entreprise et n’ayant fait l’objet d’aucune interdiction, déchéance ou incapacité relatives à leurs droits civiques.

Selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation cependant, les salariés pouvant être assimilés au chef d’entreprise doivent être exclus de l’électorat et de l’éligibilité à ces élections. Sont visés les salariés détenant sur un service, un département ou un établissement de l’entreprise une délégation particulière d’autorité, écrite, permettant de les assimiler à l’employeur et ceux représentant effectivement l’employeur devant les institutions représentatives du personnel.

Ce qui pouvait sembler avoir du sens. Les institutions représentatives du personnel ont pour objet la défense des intérêts des salariés de manière constante, objective et subjective et des responsables (en l’occurrence des directeurs de magasin) ne peuvent pas présenter l’ambiguïté de représenter tantôt l’employeur, tantôt les salariés.

C’est cette jurisprudence que le Conseil constitutionnel vient bousculer (pour le moins). Sa décision s’appuie, en gros, sur les éléments suivants :

  • le Préambule de la Constitution de 1946 dispose, en son huitième alinéa, que : tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises.
  • l’article 34 de la Constitution range, par ailleurs, dans le domaine de la loi la détermination des principes fondamentaux du droit du travail. Ainsi, c’est au législateur qu’il revient de déterminer, dans le respect du principe énoncé au huitième alinéa du Préambule, les conditions et garanties de sa mise en œuvre et, en particulier, les modalités selon lesquelles la représentation des travailleurs est assurée dans l’entreprise.
  • les dispositions de l’article L 2314-18 du Code du travail ne contiennent aucune restriction électorale relative aux responsabilités des salariés. En privant néanmoins certains d’entre eux de toute possibilité de participer en qualité d’électeur à l’élection du comité social et économique, au seul motif qu’ils disposent de telle délégation ou de tel pouvoir de représentation, ces dispositions (telles qu’interprétées par la Cour de cassation se doit-on d’ajouter) portent une atteinte manifestement disproportionnée au principe de participation des travailleurs.

Par conséquent, l’article L 2314-18 du Code du travail doit être déclaré contraire à la Constitution.

Constatant que, l’abrogation immédiate des dispositions déclarées inconstitutionnelles aurait pour effet de supprimer toute condition pour être électeur aux élections professionnelles entraînant ainsi des conséquences manifestement excessives, les « Sages » ont décidé de reporter au 31 octobre 2022 la date de cette abrogation. Les mesures prises avant cette date en application des dispositions déclarées inconstitutionnelles ne peuvent être contestées sur le fondement de cette inconstitutionnalité.

Cette décision me laisse pour ma part un peu perplexe. Doit-on y voir un appel du pied de la Haute Juridiction au législateur (en clair le Parlement) à clarifier ses critères (la notion de « tout travailleur », sauf à lui donner une définition relativement connotée, ne laisse guère d’espace) ? Et si rien ne se passe d’ici là, il faudrait, alors, admettre qu’un responsable ayant, par exemple, âprement « négocié » un accord de performance collective qui, dans une perspective « d’adaptation rapide de l’entreprise aux évolutions à la hausse ou à la baisse du marché » (sic), permet d’ « aménager » (entre autres choses) la durée du travail et les rémunérations avec des répercussions graves (licenciement considéré par principe comme fondé sur un motif réel et sérieux) pour les salariés refusant ces « aménagements » de leur contrat, puisse se muer en colombe salariale lors d’une négociation ultérieure annuelle sur les rémunérations. Hum !

Je passe ici volontairement sur le processus électoral de ces élections qui pourrait permettre de limiter un peu la casse au premier tour mais au second, les candidatures sont libres. Alors … l’une des conséquences un peu paradoxales de la décision du Conseil constitutionnel pourrait être de redonner aux salariés une certaine exigence électorale. Mais j’ai sur ce point un optimisme très très mesuré.

Plus généralement, elle m’interroge sur ce qu’est devenu le sens public du mot représenter. Je me souviens de salariés faisant partie du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de l’entreprise dans laquelle je travaillais, plus prompts à relayer la parole directoriale que de faire valoir notre point de vue. L’attitude de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale (qui a le dernier mot dans le processus de discussion parlementaire) ressemble assez à cela. Si j’en crois le site internet de cette assemblée, être député, c’est exercer un mandat confié par le peuple français au service de l’intérêt général. Mais force est de constater que, majorité oblige, la parole gouvernementale jupitérienne n’y est que très peu discutée et l’opposition, de quelque bord qu’elle vienne, fort peu entendue. Il suffit d’aller sur le site du travail des commissions.

Alors, plus que représentants, ces élus me semblent être en perpétuelle représentation d’un pragmatisme sans colonne vertébrale (En Marche : combien de divisions territoriales au juste ?) …ce qui ne signifie pas la même chose.

A propos de la candidature de Muriel Pénicaud au poste de directrice générale de l’Organisation internationale du travail, la députée Insoumise Manon Aubry observait « ce serait comme confier à Monsanto la lutte contre les pesticides ».

En levant toute condition pour être électeur (et donc éligible) aux élections professionnelles dans l’entreprise, en introduisant une sorte d’ « en même temps » singulier dans la représentation salariale, le Conseil Constitutionnel me paraît avoir ouvert une semblable porte.

Globalement, politiquement, climatiquement etc, il me semble que nous en sommes là

Marcher sur la tête, un projet interdisciplinaire - Bienvenue chez les  P'tits !

Heureusement, il est des livres qui délivrent du marasme. Je n’ai pas encore fini celui-ci, conseillé par un ami : « La tristesse est un mur entre deux jardins » (chez Odile Jacob), une rencontre lumineuse entre deux femmes, Michelle Perrot, historienne, et Wassyla Tamzali, avocate et féministe algérienne. L’intelligence et l’ouverture, il n’y a que ça de vrai.

Le réel et le ressenti

Ce 13 novembre à Bordeaux : temps couvert, température 15° C, ressenti 16°. Cette notion de ressenti ne m’ « interpelle » pas spécialement en température basse mais mon mercure personnel s’emballe en été. C’est même à partir du moment où les températures estivales me sont devenues difficiles à supporter que j’ai commencé à faire attention à la chose dans les bulletins météo.

De quand date cet indice météorologique ? Et que signifie-t-il ?

A en croire les décodeurs du Monde, le concept aurait émergé en 1939 aux États-Unis lors des expéditions de Paul Siple et Charles Passel en Antarctique. L’idée générale était que le froid est ressenti de manière plus violente lorsqu’il y a un gros coup de vent. C’est ici :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/06/24/canicule-qu-est-ce-que-la-temperature-ressentie_5480770_4355770.html

Plus généralement, selon Madaame Wikipedia, la température ressentie est un indice qui exprime la sensation subjective de froid ou de chaleur en fonction de la température mesurée, du vent et de l’humidité relative. Elle est le résultat d’une équation basée sur les échanges thermiques et sur des données expérimentales acquises auprès de volontaires.

A l’heure de la post vérité, l’indice ne me paraît pas dénué de déclinaisons hors de son univers physique.

Prenons, par exemple, le sujet du pouvoir d’achat ou du Covid et de l’hôpital ?

Si l’on en croit l’Insee, le pouvoir d’achat des français serait en hausse de 1,4% sur une moyenne annuelle, comparativement à 2020. Chiffre confirmé par lObservatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui lui, table sur une hausse du pouvoir d’achat pour fin 2021 de l’ordre de 1,5 %. Quant à 2022, l’évolution du pouvoir d’achat est estimée à 0,7 %, selon ce même organisme.

Pourtant tel n’est pas le ressenti des intéressés. L’ humeur dépensière, portée par la réouverture des restaurants, le tourisme ou les loisirs s’évanouit, En cause « la hausse des prix à la consommation, qui ont augmenté de 2,6 % sur les 12 derniers mois, selon les chiffres publiés vendredi 29 octobre par l’Insee, soit la plus forte hausse depuis octobre 2008, souligne Aurélien Daubaire, chef du département des prix à la consommation à l’Insee. A eux seuls, les prix de l’énergie (gaz, électricité, carburant) ont enregistré une hausse de 20,1 % en un an » (Le Monde 29 octobre 2021) .

La comptabilité des ménages, sur laquelle ces derniers prix pèse, ne s’accommode guère dès lors du discours selon lequel leur situation se serait améliorée ni du satisfecit affiché par le Gouvernement selon lequel, les Français auraient vu leur niveau de vie s’améliorer depuis 2017, malgré la pandémie de Covid-19, grâce, entre autres, à des mesures telles que la suppression de la taxe d’habitation, l’exonération de certaines cotisations sociales sur les heures supplémentaires ou encore le chèque énergie.

Quid du Covid et de l’hôpital ?

On se souvient des lancinantes conférences de presse du directeur de la santé Jérôme Salomon nous annonçant les chiffres de la progression du virus et des reportages sur les conditions de travail, pour le moins dégradées (manque de personnel, de masques, de blouses, de respirateurs …), dans les services confrontés à l’arrivée des patients. Certains ont vu une intervention programmée les concernant (ou un proche) différée. Bref, le sentiment semblait assez partagé que cette pandémie galopante avait mis l’hôpital dans une tension proche de l’insoutenable et les soins hors Covid presque à l’arrêt.

Or qu’apprend-t-on ? Que seuls 5 % des malades en réanimation et 2 % de tous les malades hospitalisés en 2020 l’auraient été pour cause de Covid 19.

 Ces chiffres surprenants ont été avancés  par le médecin Martin Blachier sur le plateau de LCP mardi dernier s’appuyant sur un rapport de l’agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH). Stupeur. Devait-on en déduire que notre système hospitalier était devenu fragile à ce point là ?

A vrai dire non. Car si le chiffre de 2 % figure bien dans l’étude de l’ATIH, il s’agit d’une moyenne sur l’année 2020. Or, les hospitalisations pour Covid-19 se sont principalement concentrées sur les mois de mars-avril au printemps, puis entre octobre et novembre pour la deuxième vague. Il est valable pour l’ensemble du territoire, ne disant rien des différences régionales. Ce ne sont là que « quelques réductions » (sic) dont nos médias deviennent coutumiers. Pour d’autres omissions sur ce rapport, voir par exemple ici :

https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/non-le-chiffre-de-2-dhospitalisations-liees-au-covid-19-ne-demontre-pas-quon-en-a-trop-fait_14043833/

On pourrait aussi gloser sur la guerre des chiffres relatifs au nombre de lits fermés faute de personnel : 20% selon le Conseil scientifique cher à notre Jupiter, 6 % selon une enquête de la Fédération hospitalière de France …Résultat des courses, le ministre de la Santé vient d’ en diligenter une nouvelle par ses services… enquête qui ne réglera sûrement rien si elle ne finit pas au fond d’un tiroir tant les sujets ne font plus qu’un petit tour dans les colonnes (au fait les pandora papers, on en cause ?).

Le pékin moyen qui a applaudi les soignants pendant le premier confinement après les avoir vus, impavide, puis revus le confinement levé, manifester dans les rues en tiendra, lui, pour ce qu’il sait : les attentes hospitalières.

Ainsi, dans la surenchère d’informations souvent biaisées quand elles ne sont pas tronquées, dans l’abondance renouvelée d’éléments de langage, le réel social se dissout et le ressenti s’affirme, largement alimenté par des réseaux sociaux en roue libre. Ce dont certain polémiste fait ses choux gras.

Quant aux politiques à l’aube de ces présidentielles ? Le ressenti d’une navrante course à l’échalote virant au grand foutage de gueule l’emporte chez moi sur toute notion de sérieux.

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Parenthèse florentine

Florence Ponte Vecchio 27 octobre 2021

De la ville je n’avais que de pauvres souvenirs : ceux d’un point de rencontre matinal à la gare Santa Maria Novella pour une randonnée dans les vignes du chianti qui devait nous conduire jusqu’à Sienne. Ce jour de mai 1994 était un dimanche et la ville semblait endormie. Musées, églises, tout était fermé. Alors nous nous étions promenés dans les rues, désertées à cette heure là dans mon souvenir. Ne m’était restée que cette impression de la cathédrale Santa Maria del Fiore presque engoncée dans une place trop petite pour elle.

Dès le lendemain nous avions quitté la ville pour les sentiers.

Rien de tel cette fois-ci.

Arrivées, ma compagne de voyage et moi, en début d’après-midi, nous avons plongé dans des rues pleines de vie et de touristes en majorité italiens … au fond, dans une ville rendue à l’idée volubile que je me faisais de l’Italie.

Florence marché central 26 octobre 2021

Offices, dont je n’ai pas bien compris la logique de présentation des œuvres (je suggère d’ailleurs aux amateurs, s’ils le peuvent, de sélectionner les salles où sont exposées celles qui les intéressent…pour s’éviter de piétiner inutilement dans nombre de pièces au deuxième étage où démarre la visite), Académie –qui ne saurait se limiter au David de Michel ange-, Palazzo Vecchio, Palais Pitti, Dôme de Brunelleschi (sujets au vertige et asthmatiques s’abstenir : plus de 400 marches et 100 mètres de « vide » vous attendent), chapelle des Médicis, églises Santa Maria Novella, Santa Croce … de notre hôtel idéalement situé près du marché central nous avons arpenté la ville sans céder autant que cela à la découverte musarde.

C’est ce que me photos me disent.

Au fil du temps -week-end prolongé de Toussaint oblige-une certaine asphyxie m’a gagnée à mesure que la foule gonflait dans les rues. La fluidité des premiers jours s’était évanouie.

De cette semaine je retiendrai surtout une après-midi « au pif » (aucune visite calée ce jour là) sur les bords de l’Arno avec le Ponte Vecchio en perspective et les jardins de Boboli deux matins plus tard, un silence retrouvé et cette vue détachée qu’ils offrent sur la ville. La quiétude d’être délivrée de la rumeur du monde.

Florence rives de l’Arno 27 octobre 2021

Florence, jardins de Boboli 29 octobre 2021

Rentrée en France, j’ai repensé à ce film de James Ivory, tiré d’un roman de E.M.Foster « Avec vue sur l’Arno », à ces – so british- voyages edouardiens « initiatiques » avec duègnes incorporées. Florence n’y jouait que son rôle de prétexte romantique et, en le revoyant, je me rendis compte qu’au delà des déserts matinaux de 1994, la ville, au fond de mes pupilles, avait conservé le visage encaustiqué de Maggie Smith, sublime chaperon devant l’Eternel.

Florence, vue du palazzo vecchio 31 octobre 2021

Texte et photos S. Lagabrielle :tous droits réservés.

De collection en collection

Autant l’avouer, il m’est de plus en plus difficile de m’extraire d’une certaine morosité mêlée de colère devant ces titres quotidiens qui annoncent une austérité plombante et une campagne présidentielle déprimante. Mon stylo regimbe, ma pensée déserte.

L’actualité me colle au sol quand j’aimerais donner à lire léger.

En d’autres temps, pour me défaire de cette pesanteur, j’aurais été au cinéma, mais pas cette fois. L’envie ne m’est pas venue. Désir de choses plus contemplatives ? Allez savoir.

Sur le site Là bas si j’y suis, Daniel Mermet avait commencé une série d’émissions intitulée « apprendre à regarder » autour de tableaux de Pieter Bruegel. Hélas interrompue trop tôt pour l’élève assidue que je commençais à être.

Savoir voir. Une gageure quand on n’a pas de culture picturale. Ma complexion myope m’a détournée du visuel pour le sonore. Ce que je suis capable de deviner d’une partition – sa construction, par exemple-je suis incapable de le faire devant une toile.

Vous me direz : et la photo ? Mhmmm.

Cette photographe professionnelle, à l’issue d’un stage, m’avait joliment écrit que j’étais arrivée à former des mots photographiques et qu’il me restait à créer un langage. Autant dire que mon « œil » ne parle pas encore.

Peut-être a-t-il besoin de statique pour se former … d’où la peinture. Que j’aime pour l’heure comme on aime le vin : « en bouche ».

A rebours de la chronologie j’ai commencé par la collection Pinault à la bourse du commerce. Quelques compositions m’ont « interpellée », comme on dit, mais j’ai davantage été séduite par la « scénographie », comme on dit aussi. Le travail de recomposition architecturale de Tadao Ando : sobre, fonctionnel….., japonais.

Bouse du commerce Paris Septembre 2021

Qu’est-ce qui oriente le regard vers ceci plutôt que cela ? Qu’est-ce qui vous fait sentir que vous êtes « au monde » ? C’est la question que je me suis posée en allant voir la seconde collection : celle des frères Morozov à la Fondation Vuitton.

Du réalisme russe au post impressionnisme, le voyage visuel se saisit du bâtiment presque dans son intégralité. Il se dit qu’Ivan Morozov pouvait mettre plusieurs années avant d’acquérir une œuvre, non par manque de moyens financiers mais il avait comme besoin « d’y entrer » dirais-je.

Et c’est un peu là que je m’inquiète de ma relative impassibilité devant les choix artistiques de M. Pinault qui disent un monde âpre et consumériste.

Martin Kippenberger – S’il vous plaît ne me renvoyez pas chez moi 1983

Antonio Oba – Eucalipto corpo electrico 2020
Urs Fischer 2011-2020 Sans titre. Composée de sculptures en cire, Untitled, 2011 est un groupe de bougies monumentales que l’on allume au premier jour de leur exposition : la réplique grandeur nature d’un célèbre groupe sculpté de la période maniériste L’Enlèvement des Sabines (1579-1582) de Giambologna, sept chaises diverses (d’un tabouret africain à la banale chaise plastique en passant par le fauteuil d’avion),  que contemple l’effigie de l’artiste Rudolf Stingel (ami et pair d’Urs Fischer), absent du cadre ici.

Et si mon époque ne m’intéressait pas ?

Pourtant si.

N’ayant pas les moyens des frères Morozov ou de François Pinault, je n’ai acquis que quelques œuvres dans lesquelles je me sens bien. Ce tirage argentique, par exemple, d’une réalisation qui pour moi exprime avec malice l’ « inéquilibre » dans lequel nous sommes.

Stacks Image 11
Bleue Roy – Atlantic Electric

PS : Ce blog prend ses quartiers pour une bonne semaine florentine.

PPS : En prologue à l’exposition Morozov, je suggère à ceux qui le peuvent d’aller voir l’exposition consacrée à Ilya Répine (1844-1930) au petit palais. Peintre réaliste au langage pictural très plastique, il fit partie d’un groupe singulier d’artistes russes qu’on appela « les ambulants » …

Fin de mandat et projections

Le traître et le néant. C’est le dernier opus de la doublette Gérard Davet-Fabrice Lhomme. Après « Sarko m’a tuer » sur les années d’icelui et « Un président ne devrait pas dire ça », sur le quinquennat Hollandais, nous voilà donc au bilan macronien. Je n’ai pas lu le premier ouvrage, ai profité d’une version aimablement mise en ligne pour le second et ne suis pas sûre d’avoir envie de lire celui-là. A tout prendre, les chroniques de Patrick Rambaud étaient plus amusantes mais ni François ni Emmanuel ne l’inspirèrent autant que Nicolas.

Le quinquennat comme rente littéraire. C’est un peu l’effet que me font ces retrouvailles DavetLhomiennes. Deux livres de Marc Endeweld « L’Ambigu monsieur Macron » puis « Le grand manipulateur » avaient déjà largement suggéré le traitre …restait le néant.

Pourquoi le néant ? En quatre ans de mandat, l’homme a pulvérisé façon puzzle le paysage gauche-droite habituel, instrumentalisé comme nul autre un Parlement à sa dévotion, cisaillé un tissu social qui lui résiste encore un peu … entre autres réalisations (sic). Voilà qui n’est pas rien.

A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose : le constat que l’exercice si vertical du pouvoir par Emmanuel Macron n’a pas permis de constituer un parti derrière lui. Et la martingale de 2017 semble éculée. Ce qui fait dire à François Hollande, qui s’autorise au passage un petit tacle : « Il y a un mécontentement sourd qui est là ; mais comme il n’y a pas de débouché politique… on est dans le néant.« 

Pour l’heure, s’agit-il vraiment de néant ou de hors-sol ?

Cette sortie lunaire de notre Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances de France, Agnès Pannier Runacher donne une idée de l’aréopage aux manettes

A croire que les accidentés du travail se sont laissés distraire par la magie de l’atelier ou se demander ce qu’ils et elles fument.

Dans la même veine, cette autre trouvaille. La santé et l’hôpital sont en lambeaux, les sages femmes dans la rue pour réclamer des effectifs supplémentaires, un vrai statut médical à l’hôpital, une revalorisation de leur salaire et de meilleures conditions de travail. Mais on offre une bébé box aux jeunes mères dont le séjour à la maternité s’écourte (2 jours et demi pour ma nièce qui a accouché de son troisième enfant en août dernier). Comme si ceci, une boîte, pouvait compenser cela, un accompagnement humain.

Le gadget comme politique sociale.

On peut s’en amuser ironiquement comme cette chroniqueuse sur France inter …

…ou s’en inquiéter franchement devant la pléthore de candidats aux présidentielles de l’an prochain, la plupart englués dans des problématiques « séparatistes » (islamo – gauchisme fantasmé, wokisme supposé et autre cancel culture) ayant peu à voir avec le quotidien très précarisé d’un français sur cinq, selon une étude de l’Insee.

Rien de bien réjouissant.

Envolés des Unes les pandoras papers, relégué à une certaine presse le rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l’Eglise, presque évaporée la geste bennallesque tandis qu’ une laïcité à vif s’épanche sur fond d’hommage à Samuel Paty et que se profile le soixantième anniversaire d’un 17 octobre sanglant, largement documenté aujourd’hui et rappelé aux consciences lors du procès intenté à un ancien préfet de la Gironde nommé Papon. Mais il y a loin de la connaissance à la reconnaissance.

Certains misent l’avenir sur mars quand il serait peut-être plus sensé de s’occuper de cette planète – ci.

Justement, notre Jupiter – initiateur d’une convention citoyenne sur le climat, dont la plupart des propositions sont restées lettre morte – y vient en fin de mandat.

Passons sur le marronnier introductif : « les Français travaillent moins, en moyenne, que les autres« , nous aurions  » une quantité de travail allouée qui n’est pas au bon niveau, à la fois dans le cycle de vie et en horaires cumulés ».

Selon les fact-checkeurs du journal Le Monde, l’indicateur de l’OCDE sur lequel s’appuie le Gouvernement ( nombre moyen d’heures annuelles travaillées par pays) « mélange les emplois à temps plein et les emplois à temps partiel. Ces derniers font mécaniquement baisser la moyenne, particulièrement en Allemagne, où ils sont répandus, notamment chez les femmes : le pays se retrouve dernier de ce classement ». Impossible, donc, d’effectuer, comme le suggère Gabriel Attal, des calculs sur la base de « journées de travail de sept heures » . »La prise en compte des saisonniers, très nombreux dans les pays touristiques comme la France, contribue de la même manière à faire chuter la moyenne du temps de travail annuel. Enfin, ces comparaisons tiennent compte du nombre de jours non travaillés (congés payés et jours fériés), qui diffèrent d’un pays à l’autre. Avec 35 jours « off », les travailleurs en France sont parmi ceux qui en ont le plus, ce qui tire la moyenne horaire annuelle vers le bas ».

« Et puis c’est oublier que la productivité de la main-d’œuvre par personne occupée et heure travaillée, qui élimine les différences entre plein-temps et temps partiel, sont plutôt à l’avantage de la France (magie des ateliers ?). Selon les données de l’Union européenne, le pays se situe au septième rang pour l’année 2019, et même au cinquième pour 2020. Si l’Irlande est loin devant, la France fait mieux que l’Allemagne (étalon de référence) dans ce domaine ».

Bref, il y aurait de quoi discuter sur les « quantités de travail allouées qui ne sont pas au bon niveau ».

« Il nous faut avoir un pays qui produise davantage » ajoute le Président . Mais quoi et avec quoi ?

«Un plan d’investissement massif (30 milliards) pour faire émerger les futurs champions technologiques de demain et accompagner les transitions de nos secteurs d’excellence, automobile, aéronautique ou encore espace » précise-t-il – annonce qui ne l’engage pas à ce stade même s’il prévoit d’affecter un budget de 4 milliard pour amorcer la pompe- qui s’appuie notamment sur des « réacteurs nucléaires de petite taille innovants avec un meilleur gestion des déchets, l’hydrogène vert et l’exploration des fonds marins ».

Les premiers seraient « le nouveau mirage du nucléaire pour faire oublier le fiasco industriel et économique de l’EPR partout dans le monde. En France, l’EPR de Flamanville a déjà englouti plus de 19 milliards d’euros au lieu des 3 milliards prévus et accumule plus de 10 ans de retard. Or ces “petits” réacteurs ne sont même pas prêts : leur technologie n’est pas aboutie et ne le sera pas à un niveau industriel avant au mieux 2035 selon EDF. Beaucoup trop tard pour répondre à l’urgence climatique. Par ailleurs, ils n’offrent pas de réelles solutions face à la question majeure des déchets radioactifs” selon Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique à Greenpeace France.

La deuxième technologie serait fortement consommatrice d’énergie. Quant aux fonds marins si la gestion de leurs richesses est à l’aune de celle de la pêche, il y a du souci à se faire.

Et puis d’autres imaginent plus loin.

« Nous manquons d’une stratégie à l’horizon 2050 » et « je veux avec vous la bâtir » assure Édouard Philippe en lançant son parti « Horizons ». « Nous croyons que cette ambition passe par l’instauration d’une politique efficace de décarbonation de notre économie, la préservation de la biodiversité et un investissement accru dans l’excellence des filières énergétiques et agricoles françaises », a-t-il expliqué.

A croire que sa loyauté ministérielle l’a empêché d’initier … ces initiatives ou que le repos (sic) havrais lui a ouvert les écoutilles.

Mais au fait, il me semble que nous nous étions dotés d’un haut commissaire au plan. Que devient-il ?

Bêtises sur les prénoms

Paroles sur les prénoms

J’en ai trois : Sylvie, Sophie, Eliane. Les deux premiers ont été choisis par mes deux parents, le troisième fut un ajout paternel lors de ma déclaration à l’Etat civil. L’officier a – t – il jugé que deux prénoms c’était un peu chiche ?

Silva la forêt, Sophia, la sagesse – un minimum pour un professeur agrégé de philosophie- … et Eliane en référence à une tante séduisante et un peu braque qui appréciait l’ironie, l’humour de mon père et, peut-être son antimilitarisme provocateur, lui qui avait fait ses classes mais ne fut jamais appelé ( mon grand-père et mes deux oncles étaient militaires, guerre de 14-18 pour le premier, guerre d’Indochine et d’Algérie pour mes oncles).

Au fond, tous deux ne rentraient pas dans le moule familial … et ma mère, plus tard, pas plus.

Or donc, me voilà avec ce prénom qui a toujours surtout été synonyme pour moi de cadeaux singuliers – un joli encrier sans encre ni plume, un réveil qui n’a jamais marché, des pantys trop petits … que sais-je encore – et de rencontres sporadiques.

A lire les « projections » (sic) que je lis sur certains sites féminins, le prénom Eliane serait d’origine française (AOP ?) et voudrait dire « Dieu ». Diable !

« Eliane est une personne travailleuse et un peu stricte, en demande de challenge. En dépit du fait qu’Éliane puisse être rigoureuse, elle peut être un peu trop acharnée ».

Travailleuse, soit, persévérante, plutôt. Pour le reste rien ne me ressemble. Ce portrait d’ailleurs ne s’accorde pas avec ce qu’était à ma tante.

Notre ou nos prénoms nous précèdent et je crois qu’il n’est pas indifférent que l’on « s’y retrouve ». Ma mère qui ne se sentait ni Marie, ni Thérèse, est Françoise pour tous ceux qui n’ont jamais rencontré sa famille.

Eliane correspond donc simplement pour moi à une personne fugitivement croisée dans ma vie, un prénom que j’ai toujours vaguement mentalement évacué …sauf administrativement.

Pourquoi parler de cela ? Parce que les obsessions zemmouriennes semblent être devenues les sujets politiques du moment, médias « obligeants » aidant. Et le prénom en fait caricaturalement partie.

A celle qui portait un prénom rare – Hapsatou – Eric Z asséna au cours d’une émission qu’elle aurait,par exemple, pu s’appeler « Corinne » (je n’ai rien contre ce prénom, je précise).

Car il y croit le bougre ou tente par la répétition de le graver dans les esprits : « Un prénom français, c’est un prénom chrétien, cela vient d’une loi établie par Bonaparte. » A en croire le magazine L’Histoire « Certes, la loi 2614 du 11 germinal an XI (abolie en 1993) établissait des règles, mais pas l’obligation de choisir parmi les saints catholiques. Elle acceptait « les noms en usage dans les différents calendriers et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne ». D’où le succès de Germinal, issu du calendrier républicain, pour les petits garçons au début du XIXe siècle ; ou le prénom Sadi, donné par Lazare Carnot à son fils, le physicien, par admiration pour le poète persan, et repris par son petit-fils, futur président de la République ».

L’homme est coutumier des assertions sans fondement sérieux mais quand on déverse un tel discours de rejet tous azimuts, on peut se poser la question : Éric, Justin, Léon Zemmour se sent-il si bien que cela dans la peau d’Eric ?

Retraite

Autoportrait. © Vivian Maier/John Maloof Collection
Vivian Maier autoportrait

Me voilà donc entrée dans la confrérie des retraités.

Ayant été priée de solder tous mes congés non pris avant la date fatidique du 1er octobre 2021 (date choisie pour cesser mes activités), je ne travaille plus, en pratique, depuis le mois de juin. Ma sortie des effectifs de l’entreprise aurait dû me laisser indifférente. Et pourtant non. La restitution, hier, de l’ ordinateur qui me permettait de suivre la vie et l’activité de mon service, et de mon badge qui me donnait accès aux locaux et d’user de tout le matériel fourni par mon employeur (imprimantes, photocopieurs, bibliothèque …etc.) a définitivement concrétisé ce qui n’était encore que virtuel.

Retraite, un mot que je n’aime pas. Un mot qui, à première vue, sent la débandade et l’isolation, le placard et la naphtaline. Les anglais avec leur « retirement » partagent une brume semblable, ce qui n’est pas le cas de nos proches voisins latins (on pourrait vagabonder plus loin sur le mot mais cela risque d’être fastidieux ou mériterait peut-être une thèse, allez savoir). Les espagnols (j’ai sûrement dû déjà le dire ici) ont un mot nettement plus festif pour parler de cette période particulière où, au fond, il faut s’inventer une autre vie au monde : jubilacion. Les italiens en tiennent pour le pensonamiento qui a des relents pensifs, les portugais pour la reforma ce qui est carrément radical.

Pour revenir à hier, je suis sortie de ma communauté laborieuse sous l’œil envieux de ceux qu’il me faut bien nommer ex-collègues maintenant.

« Il va falloir structurer vos journées » me dit cette chef de service.

Sans doute. Tant que j’ai été « en congés », je n’y ai pas vraiment songé. Pour l’heure, je ne me sens pas trop l’âme à structurer mais j’ai ma liste de tâches. Je procrastine dans les rues de Paname quand le temps s’y prête. Des déambulations qui m’ont amenée dernièrement au Musée du Luxembourg où se tient une exposition consacrée à une singulière photographe : Vivian Maier.

Nourrice de son état et photographe compulsive, Vivian n’a jamais cherché à faire connaître son travail. A l’origine de sa découverte, une vente aux enchères et un jeune homme à la recherche de photographies pour illustrer un livre sur un quartier de Chicago. A l’arrivée plus de 100 000 négatifs dont très peu tirés par la photographe elle-même : manque de place (elle vivait chez ses employeurs) et de moyens sans doute.

A en croire le documentaire réalisé plus tard par le jeune homme, Vivian embarquait parfois les enfants dont elle avait la charge dans ses « promenades » au milieu de toutes ces solitudes urbaines que nombre de ses clichés donnent à voir : laissés-pour-compte, marginaux, SDF, miséreux noirs ou blancs auxquels elle semblait s’identifier.

Vivian Maier qui êtes-vous ? « A mysterious woman »
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Drôle d’œuvre dont on ne saura pas l’aboutissement, le regard ultime puisque ce qui nous est montré n’a pas été développé par ses soins. Quel contraste, quel cadrage final, quelle sélection (si elle en avait été capable ce dont le documentaire précité fait douter) auraient donc été les siens ? Cet inachèvement explique peut-être en partie la réticence de certains musées à accrocher son travail sur leurs cimaises.

Pour l’heure, on peut en apprendre un peu plus ici.

Loin de moi d’imaginer un jour produire des clichés de l’intensité de ceux de Vivian mais je me dis que tester une acuité visuelle revisitée par l’opération subie en mai en arpentant les rues sur mon temps délivré ..pourrait être une activité « structurante ».

To go or not to go …

https://images.bfmtv.com/QekjbevMhkmolup5Xw2rAH7Ual0=/0x0:1920x1080/1920x0/images/Jean-Luc-Melenchon-et-Eric-Zemmour-debattent-sur-BFMTV-le-jeudi-23-septembre-2021-1133327.jpg

Fallait-il débattre avec Eric Zemmour à la télé ou non ? La question est vieille comme celle de débattre avec l’extrême droite. Certains s’y sont aventurés (Lajoinie en 1987 puis Tapie en 1989 contre Le Pen père). Mais la majorité des politiques s’en abstint.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon s’y est-il collé ?

« Parce que les. journalistes.n’ont.pas.fait.leur.boulot. Point. Ils étaient en première ligne pour nettoyer la merde répandue dans les oreilles des gens, ils ont préféré l’étaler partout », fait remarquer cet abonné au site « arrêt sur image ». Ce qui n’est pas totalement faux. A quoi un autre abonné sur le même site lui fait remarquer que, ce faisant, ce débat a peut-être ouvert une longue plage d’expression à JLM qui ne bénéficierait que rarement d’un accès à de tels temps de parole.

C’est possible. A vérifier.

https://medium.com/d%C3%A9penser-repenser/il-ne-faut-jamais-d%C3%A9battre-avec-lextr%C3%AAme-droite-f793840f65b5

Ce blogueur qui a un avis argumenté sur la question (il ne faut pas y aller) y mettait un bémol s’agissant de JLM : « Mon texte concernait un débat, qui n’avait d’ailleurs pas eu lieu, entre le rappeur Booba et l’éditorialiste Jean Messiha. Cette fois nous avons affaire au porte-parole d’un groupe politique et à un presque-candidat. Mélenchon est capable de maîtriser son ethos et sa posture. Et comme la mécanique d’audience est en ce moment en sa défaveur, il peut profiter de ce débat pour mettre la lumière sur lui. Le problème, ce n’est pas Mélenchon, ce sont les médias qui font de la pub gratuite à un candidat fascisant (La rhétorique zemmourienne va guider le débat, article sur le site ASI 21 septembre 2021) ».

Ce qui nous ramène peu ou prou à l’échange précédent.

Olivier Tonneau, enseignant-chercheur à l’Université de Cambridge et membre de la France Insoumise (mais qui en 2017 avouait que voter Macron au second tour ne lui posait pas de problème particulier), penche lui aussi pour un oui au débat pour les raisons suivantes :

“On ne discute pas avec l’extrême-droite, on la combat. Cette phrase est devenue un cliché qui, comme tous les clichés, n’a plus de sens. La preuve: on la trouve dans la bouche d’un maire LR, Alexandre Vincendet, du chiraquien Hugues Renson, bref de tout le monde: un tour sur Google vous le confirmera.

Pour donner sens au cliché, il faut en définir les termes. Clémentine Autain s’exprimait plus précisément dans Libé: “On ne négocie pas”, disait-elle, avec l’extrême-droite. Discuter ne signifie donc pas “parler” mais entrer en pourparlers, chercher un compromis – se compromettre.

Il y a longtemps, on pouvait considérer que parler, c’était déjà céder du terrain puisque c’était donner une place à l’extrême-droite dans le cercle de la raison (ou de la République). Cette bataille-là est évidemment perdue depuis longtemps. Alors aujourd’hui, la parole est-elle l’un des terrains sur lequel il faut affronter l’extrême-droite droite? Je crois que oui ; combat à mener tout en continuant d’affirmer qu’on n’aurait jamais dû s’y trouver contraint, donc en désignant également comme ennemis ceux qui ont introduit le loup dans la bergerie, à savoir les médias. La stratégie de confrontation avec l’appareil médiatique est donc une dimension indispensable de la lutte contre l’extrême-droite.

Sinon parler, que signifie combattre? J’avoue que je n’ai pas trouvé de réponse dans les posts de ceux qui reprochent à Mélenchon de débattre avec Zemmour. Je suis curieux qu’on m’en donne. En attendant, à défaut de mieux, je me dirai que débattre est la moins mauvaise façon de combattre… ».

Quoique, pour ce qui est de la télé … Les dispositifs mis en place pour ce genre de joute sont souvent tels que la petite phrase ou la « punchline » ( exemple : « le monopole du cœur » giscardien ou « l’homme du passif » mitterrandien 7 ans plus tard, ou encore le « je vous trouve un peu molle » de Darmanin adressé à Marine Le Pen voire l’anaphore hollandienne face à Sarkozy ) importent presque plus que le fond. Elles semblent même constituer le graal de l’exercice. Le petit « point » marqué dont, par médias interposés, on se souviendra. Et puis, il y a la posture, la posture, analysée, décortiquée, dépecée. D’où ce troisième élément de plus en plus omniprésent : le plateau.

Les chaînes ont essayé divers formats au fil du temps -incluant invité surprise, public, vérification des assertions des uns ou des autres (fact-chacking), pluralité de journalistes (dont les différences de sensibilité ne sont pas toujours évidentes), des tables, rondes, ovales, triangulaires, carrées, des pupitres, que sais-je ? – mais l’impression que j’en retire est toujours la même. Beaucoup de bruit pour rien (ou presque).

Bien entendu, ce matin (lendemain du débat litigieux) les unes ont des allures de résultats sportifs : « selon vous qui a gagné ? » Question sans aucun intérêt puisque chacun aura vu son champion à sa porte.

A cette question s’ajoute celle relative aux audiences qui « spéctacularise » encore plus l’évènement : « quel score pour «Élysée 2022» (avec Valérie Pécresse et Darmanin) face au débat Mélenchon-Zemmour sur BFMTV ? », pour ne parler que des émissions d’hier. Selon Le Figaro, « pour la Deux, c’est un échec avec seulement 1 million de téléspectateurs intéressés, soit 5,1% de part d’audience (PDA). La chaîne du service public est sixième dans le tableau Médiametrie des audiences, derrière TMC et Camping 3 (un film). En revanche, pour BFMTV, c’est un carton avec plus de 3,8 millions de téléspectateurs en moyenne (18,7% de PDA). Une audience qui place la chaîne d’information en tête des audiences de la soirée, toutes chaînes confondues ».

Où l’on se retrouve alors, avec- étage supplémentaire- la problématique du « bon client » télévisuel susceptible d’attraire le téléspectateur, la bonne affiche en quelque sorte. Le trublion Eric Zemmour, avec ou sans son comparse Eric Naulleau, a émergé comme tel et son exposition médiatique, sans contradicteur sérieux, ces dernières années, l’a consacré dans ce rôle. Sans cette dernière (l’exposition médiatique), le débat aurait-il eu lieu ? Pas sûr.

« Débattre est la moins mauvaise façon de combattre », et « combattre c’est parler »… je me dis souvent en regardant les extraits de ces émissions sur youtube : ici on ne parle pas véritablement, on joue ( ce qui, à vrai dire, est également une forme de combat). On peut apprécier ce type de jeu pour ce qu’il est : du théâtre. Et s’en tenir là sans être dupe. Ou passer son tour, ce que j’ai fait.

La réflexion se nourrit d’autres choses. D’où l’utilité de lire, écouter, voir… ailleurs.

Un ailleurs démultiplié par la toile, ce qui n’arrange pas forcément les choses pour l’individu.

« Si tous ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin » (P. Dac). Vous avez 4 heures.

Santé !

Hopital Américain, Neuilly. Venue y faire effectuer une prise de sang, je m’étonne des horaires du Labo (7h30-15h45), un peu différents de ceux annoncés sur le site de l’hôpital (7h30-18h).

« Nous sommes en effectif réduit, actuellement », me dit l’infirmière.

« Le vaccin pose problème ici aussi ? » Je ne sais pas pourquoi, j’ai tendance à placer cet établissement sur une autre planète hospitalière.

« Oui, il y a un peu de ça », avoue-t-elle, « et puis des départs, des congés. Mais cela devrait prochainement revenir à la normale ».

Je n’ai pas insisté. J’ai songé que les départs ou les congés pouvaient éventuellement aussi être liés à l’obligation vaccinale et me suis demandée si les recrutements en remplacement étaient si faciles.

J’ai repensé au pass obligatoire à présenter à l’entrée de tant de lieux, à la « vitrification » sociale qu’il entraîne, et à un article du canard enchaîné faisant état d’une missive de février 2021 du procureur général près de la Cour de cassation, François Molins, adressée aux magistrats de la Cour de justice de la République (CJR) chargé d’instruire l’affaire Buzyn.

Selon ce dernier, “On peut parfaitement concevoir le souci de la commission d’instruction d’apprécier l’ensemble des moyens mis en oeuvre pour combattre le sinistre par les ministres qui en sont en charge. Qu’il s’agisse des choix des mesures de contrainte ou de la gestion de la politique vaccinale. il faut toutefois avoir présent à l’esprit que la Cour de justice de la république n’a pas vocation à juger l’efficacité et l’opportunité de la politique gouvernementale mais à rechercher des infractions pénales commises par les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions. Or, en l’état du dossier d’information, et même si un certain nombre de témoins, d’élus ou d’articles de presse ont formulé des critiques sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, aucun indice d’infraction imputable aux trois personnes actuellement visées (Philippe, Buzyn, Véran : ndlr), dont deux ne sont, qui plus est, plus en fonction (Philippe et Buzyn), n’est encore apparu…”

Autrement dit, résume le Palmipède, « le procureur général fait observer aux trois magistrats que, dans le terrain de jeu, qui leur est assigné, ils n’ont rien trouvé qui ressemble à un délit pénal, mais seulement matière à critiquer. Ce qui, en droit, ne les concerne pas. Ces recommandations ne tuent pas la procédure, puisque les magistrats ne sont pas tenus de les suivre, mais elles la fragilisent considérablement. D’autant que, si un procès devait finalement avoir lieu, ce même procureur général devrait requérir, en l’état du dossier, sans doute, la relaxe… »

Toutes les plaintes adressées à la CJR, et elles sont nombreuses (plusieurs milliers selon le procureur général, mais combien sont-elles recevables ?), ne sont pas toutes du même acabit, mais un motif semble surnager « mise en danger de la vie d’autrui ». Voir un exemple ici.

https://www.blast-info.fr/articles/2021/lavocat-a-lorigine-du-scandale-agnes-buzyn-verePPpWTTiqX22fuUaoNw

Je ne suis pas pénaliste et ne saurait affirmer s’il a des chances de perdurer, comme on dit dans le milieu.

Mais la chose fait remonter une sorte de trop plein d’interrogations. On a tous encore en mémoire les injonctions contradictoires sur le port du masque, les interventions régulières sur le nombre de cas détectés et de morts, les débuts calamiteux des campagnes de test et de vaccination, les soignants travaillant à flux tendu en système D, applaudis le temps d’un confinement et remisés ensuite (tandis qu’on continuait contre tout ce qui semblait être de l’ordre logique, hormis budgétaire, à supprimer des lits dans le secteur public). Et la colère qui ne semble pas lasser non plus de s’ensuivre.

Au-delà de celle-ci, le problème s’étend : pendant les divers confinements, de nombreuses opérations ont été différées que l’on ne peut réaliser aujourd’hui faute de lits dans les services ad hoc et de personnel …y compris dans le secteur privé.

L’hôpital était déjà malade. La thrombose sanitaire est là.

Les constats parlementaires sur la gestion de la pandémie sont durs. Lire ici.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-quatre-choses-a-savoir-sur-le-rapport-accablant-de-la-commission-d-enquete-de-l-assemblee-nationale-sur-la-gestion-de-l-epidemie-par-le-gouvernement_4204085.html

et ici

https://www.senat.fr/presse/cp20201210a.html

Mais il serait abusif de n’incriminer que les personnes en place à ce moment là, (même si certaines œuvraient déjà avant, Jérôme Salomon, le directeur de la santé notamment). Qui savait quoi ? et, au fond, comment, d’abord, en est-on arrivé là ?

Cet article du journal Le Monde (ne pas s’arrêter au patronyme de l’auteur) donne quelques clés. Pour résumer, « la pandémie de coronavirus, d’ampleur totalement inédite, a pris de court la plupart des pays. Peu d’entre eux étaient prêts à encaisser une vague épidémique majeure. Il en existe pourtant au moins un qui avait su mettre au point un dispositif de protection très ambitieux contre des pandémies de cette ampleur. Et ce pays c’est… la France de 2007 ! Malheureusement, ce dispositif a été progressivement désarmé pour diverses raisons ».

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/30/claude-le-pen-en-2007-la-france-avait-su-mettre-au-point-un-dispositif-de-protection-tres-ambitieux-contre-des-pandemies_6034911_3232.html

Jusqu’où remonter dans l’enchaînement des responsabilités ? L’engagement de la responsabilité pénale est-elle la plus pertinente ? et quelle juridiction « incontestable » pour ce faire ?

A dignitaire, juridiction particulière. Ce qui n’a pas cessé de poser problème.

Jusqu’à la réforme constitutionnelle de 1993 (à l’origine de la création de la CJR), seul le Parlement avait la faculté d’engager des poursuites à l’encontre des membres du gouvernement devant ce qui s’appelait alors la Haute Cour de justice, composée uniquement de parlementaires élus par chaque assemblée. Cette dernière devant être saisie après le vote d’un texte identique dans les deux assemblées était rarement convoquée. La création en 1993 de la CJR avait pour objectif de réconcilier l’opinion publique avec ses responsables politiques. En effet, pour celle-ci, la classe politique semblait échapper aux règles communes ce qui fut pointé surtout lors de l’affaire dite « du sang contaminé ».

https://www.vie-publique.fr/eclairage/19542-la-cour-de-justice-de-la-republique-une-institution-contestee

Le « responsable mais pas coupable » de Georgina Dufoix avait fait jaser et phosphorer les exégètes en son temps. Mais en est-on sorti ?

Je me souviens de ce documentaire « Edouard : mon pote de droite : épisode 3 » diffusé sur France 5) où Edouard Philippe envisageait (en 2018) qu’on puisse lui reprocher plus tard de ne pas en avoir assez fait notamment sur la recherche et la santé si un virus inconnu surgissait.

Étonnante réflexion faite presque pour lui-même.

« Gouverner c’est choisir, si difficiles que soient les choix (…) disait P. Mendès France. Lire intégralité ici.

https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/pierre-mendes-france-3-juin-1953

Une juridiction d’exception, qui ne condamne que rarement, aura-t-elle raison des vocations ? Je ne crois pas.

Les ambitions ne manquent pas, voire même jamais (ne serait-ce qu’à considérer le nombre de nos candidats déclarés à la présidentielle 2022. Pourquoi y vont-ils, la majorité d’entre-eux sans programme encore) mais leurs revers sont souvent sous-estimés par les mêmes.

Alors, pour se faire une idée de la « salade politique » responsable hexagonale, petit résumé ici (jusqu’à 35’11).

Au risque de passer pour une innocente très cul serré : au fond, la responsabilité politique c’est quoi ? Dire « j’assume » en bombant le torse ? Gagner du temps en procédures ? Ce qui revient presque à la question qui précède.

Et, en attendant, fors le vaccin, quid des recherches sur un traitement possible ?