Futilités en R

Rochers

C’est la seule mesure que la ville de Calais a trouvée pour empêcher les migrants d’installer leurs camps : la pose de centaines de pierres. Gageons que ce banc public en milieu hostile n’accueillera pas beaucoup d’amoureux impatients de se bécoter

Regrets

Faut-il regretter d’avoir voté contre le mariage pour tous pour devenir premier ministre ? C’est à se le demander tant les mea culpa de personnalités qui s’y verraient bien se succèdent : Darmanin, Béchu, Vautrin …. ! Bruno Le Maire, qui peine à cacher sa convoitise pour le poste, s’était abstenu alors, le regrettera-t-il aussi ?

Recueillement

Un homme et une femme récitent l’angélus, prière qui rappelle la salutation de l’ange à Marie lors de l’Annonciation. Ils ont interrompu leur récolte de pommes de terre et momentanément abandonné fourche, panier, sacs et brouette.

L’œuvre est célèbre et a fait l’objet de nombreuses « variations », les plus célèbres étant celles de Dali qui consacra d’ailleurs un livre entier au tableau.

Dali, Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet, 1935.

Caricatures, bandes dessinées, clips, boîtes à épices ou de biscuit … on la retrouve un petit peu partout, voire même dans l’actualité. Ou plutôt, je ne sais pourquoi cette photo m’a fait penser à l’Angélus. Ma culture picturale n’étant pas encyclopédique (c’est un euphémisme), il y aurait sans doute rapprochement plus pertinent à faire mais, en la regardant (sont-ce les mains jointes?), c’est l’Angélus qui m’est venu.

De l’angélus au « caddie anti-inflation » …les vagabondages sont mystérieux.

Relève

Elle s’appelle Sophie Binet et ne semble pas avoir froid aux yeux. Elle aime aussi les chapeaux, ce qui nous change de la moustache de son prédécesseur.

Cela lui donne un petit côté gibi – ce petit personnage des Shadoks coiffé d’un chapeau melon qui lui donne sa supériorité intellectuelle – à cette différence près que la cervelle de Sophie est sous le chapeau et non dedans.

Réminiscences

Upon the wings of music. C’est un des premiers disques que je me suis offert. Une pochette de nuages avec un visage juvénile en surimpression.

Jean-Luc Ponty. Je l’avais perdu de son et de vue, m’étant laissée distraire par un autre violoniste : Didier Lockwood. Et voilà que je tombe sur ce morceau, interprété avec un compère dont je possède également quelques opus : John Mac Laughlin. Sur fond de sitar et tablas me voilà aussi revenue en Inde. C’était il y a presque 11 ans.

Je flotte un peu dans tout ce temps.

Jean Luc et John ont maintenant chacun 80 ans mais, pour le premier, c’est toujours le visage sur fond bleu ciel que j’ai en tête.

Batterie de cuisine

Ceci n’est pas une casserole mais un « dispositif sonore portatif ». Cela pourrait prêter à sourire et certains apprenant que ce « dispositif » était interdit en manifestation à Ganges dans l’Hérault en ont même parfois ri. Sauf que, lorsqu’un arrêté préfectoral en vient à prohiber l’usage de ce genre d’outil en s’appuyant notamment sur la loi « sécurité globale préservant les libertés », la loi « relative à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement », ainsi que le plan Vigipirate « sécurité renforcée – risque attentat », on se demande si on a pas atteint le fond d’un inquiétant ridicule,

Jusqu’où n’iront-ils pas ? On aurait tort de minimiser l’inventivité administrative. Que nous restera-t-il alors : la voix, siffler entre ses doigts (si on y arrive) ou l’attentat pâtissier juridiquement risqué ? Les deux professeurs attaqués en justice par Jean-Michel Blanquer, pour l’avoir aspergé de chantilly, ont été condamnés à 300 euros d’amende chacun. Je ne sais pas si, comme ils l’envisageaient, ces dangereux prévenus ont fait appel de leur condamnation.

Vu les moyens policiers mis en oeuvre pour sécuriser les déplacements du Président, il faudrait d’ailleurs balancer le gâteau attentatoire à la catapulte pour lui permettre de passer le périmètre de sécurité organisé autour de sa personne.

Alors qu’il était encore ministre de l’Économie, E. Macron évoquait le vide laissé par « la figure du roi », dont « le peuple français n’a pas voulu la mort ». Porté par une majorité confortable à l’Assemblée nationale, composée essentiellement de primos-élus, le Président a dévoilé, au cours de son premier quinquennat, un sens très vertical de l’exercice du pouvoir. La donne représentative a un peu changé depuis l’an dernier sans influer sur sa « pratique des institutions ». Peut-être même a-t-elle paradoxalement aggravé cette verticalité revendiquée.

L’ « apaisement tour » aux accents impériaux, mal embarqué, si on en juge par ses premières rencontres, très millimétrées pourtant, avec « les Français », aurait tendance à le confirmer, je trouve.

« Il y a une Constitution, c’est le président qui décide et y a un Parlement qui accorde ou pas la confiance par des textes ou des motions de rejet, c’est simple hein » a-t-il affirmé lors de sa visite alsacienne. Ce qui constitue une interprétation toute personnelle des dispositions selon lesquelles « le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État » (art.5 de la Constitution). Et le Gouvernement dans tout ça, censé déterminer et conduire la politique de la nation (art. 20 de la Constitution) ? Un attelage de simples collaborateurs. Où l’on voit ce que le macronisme emprunte parfois à l’hyperprésidence srakozyste.

Alors que bruissent des rumeurs de remaniement à l’issue de ces « cent jours d’apaisement », Jean François Copé, bygmalien, ancien ministre et toujours maire de Meaux, juge que le Président est le grand gagnant de cette séquence « réforme des retraites ». Une offre de services subliminale ?

Pouvaient-ils faire pire ?

Je me souviens des guignols de l’info de la grande époque de Canal + et de la marionnette Jean-Marie Le Pen dont la réponse la plus fréquente aux questions qu’on lui posait était : « j’attends ». Son héritière aurait tort de déroger à cette devise. Le pouvoir actuel travaille pour elle.

Ce qu’il y a de constant avec le Conseil Constitutionnel, c’est qu’on a beau ne pas en attendre grand chose, on est quand même déçu. Ainsi donc, l’institution de la rue de Montpensier qui tenait, selon le professeur de droit constitutionnel Dominique Rousseau, l’occasion de montrer son « indépendance » en jouant « pleinement son rôle de gardien du bon fonctionnement de la procédure et du débat parlementaire » a préféré valider froidement l’essentiel de la réforme sur les retraites jugeant tout au plus que « l’utilisation combinée des procédures mises en œuvre a revêtu un caractère inhabituel », sans pour autant « rendre la procédure législative contraire à la Constitution ». Peu importe que l’esprit ayant conduit à l’insertion de l’article 47 alinéa 1 de la constitution, à savoir le contrôle par le Parlement des lois de financement de la sécurité sociale, ait été quelque peu « sollicité » pour limiter le temps du débat parlementaire sur les retraites. La demande de référendum d’initiative partagée déposée en mars par l’opposition a été sèchement rejetée et celle nouvellement présentée ces derniers jours risque fort de l’être tout autant. Résultat en mai.

Tout à sa joie de la décision des « sages », le Président de la République a promulgué la réforme sans attendre et, après avoir refusé de recevoir les syndicats durant toute la séquence « retraite », leur ouvre maintenant les portes de l’Elysée tandis la Première ministre avec son tact singulier tweete parallèlement : « Ce soir, il n’y a vainqueur ni vaincu ».

Circulez, il n’y a plus rien à voir et embrassons nous Folleville.

Je crains que les choses ne soient un peu plus compliquées et que ce quinquennat n’en ait pas fini avec la colère. A moins, ce qui serait peut-être pire, que le pays, cette colère retombée, ne sombre dans une apathie ouvrant une autoroute durable à Marine.

« Le peuple uni ne sera jamais vaincu », chantaient les Quilapayun quelques mois avant le coup d’Etat au Chili. Ce pianiste en fait une interprétation presque mélancolique qui me semble tutoyer ce jour où le Conseil Constitutionnel me paraît avoir ouvert une drôle (sic) de boîte de Pandore. Comme le fait remarquer la journaliste Ellen Salvi de Médiapart, si l’extrême droite devait arriver au pouvoir, elle pourrait revendiquer avec sincérité sa continuité de la pratique institutionnelle, mêlant mépris du Parlement, annihilation de la démocratie sociale et répression policière des contestations.

Interminable

Au delà du feuilleton sur les retraites, je veux parler de ce quinquennat.

Le Conseil constitutionnel mettra-t-il fin au premier le 14 avril prochain ? Les « sages » vont-ils considérer que l’utilisation successive des articles 47, alinéa 1, 44, alinea 3 puis 49, alinéa 3 de la Constitution a porté atteinte à la clarté et sincérité des débats ? Rien n’est moins sûr. Cette institution n’a que très rarement invalidé une loi dans sa globalité. Alors ? En gros 3 scenarii peuvent être envisagés : une censure des seules dispositions considérées comme des « cavaliers » car ayant un lointain rapport avec l’objet du projet de loi -ici le CDI senior et l’index senior-, une décision assortie de réserves sur le texte ou encore … une sorte de « compromis ». Selon le Canard enchaîné, en effet, une menace plus sérieuse planerait sur le projet : le référendum d’initiative partagée, une procédure permettant à un cinquième des membres du Parlement, soutenu par un dixième du corps électoral, de soumettre une proposition de loi au référendum.  252 parlementaires ont déjà déposé une demande en ce sens avec pour objectif de fixer l’âge de départ à la retraite à 62 ans maximum. Le Conseil constitutionnel pourrait alors décider de valider en même temps la demande de référendum et la loi, la première n’empêchant pas la promulgation de la seconde mais étant de nature à hypothéquer son avenir sauf si la « rue » battait en retraite (sic), ce qui au vu des sondages ne semble pas être le cas pour l’heure.

Après l’avoir snobée pendant des mois, la première ministre envisagerait de recevoir l’intersyndicale le 5 avril, soit la veille d’une nouvelle journée de manifestation. Mais pour parler de quoi si le report d’âge n’est pas négociable ? Ce semblant de reculade est bien dans le genre de la dame et je gage que la manœuvre vise surtout à s’attacher Laurent Berger considéré comme le maillon faible de ladite intersyndicale. Ce sera en tous cas l’occasion pour elle de « tester » la nouvelle secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. Gardera-t-elle la ligne du général Tapioca (P. Martinez) ?

Emmanuel Macron est, quant à lui, passé à la suite : l’eau car il y a urgence. 80 % de nos nappes phréatiques sont à un niveau « bas » ou « très bas », selon le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), contre 50 % l’an dernier, à la même période . Peut-être aurait-il dû commencer par ce dossier là plus préoccupant et moins clivant que l’état des caisses de retraite. Surtout quand on envisage de relancer le nucléaire.

Ce qui me ramène au début de ce billet. « Putain 2 ans » répétait la marionnette Chirac des anciens guignols de l’info de Canal +. Deux ans qui le séparaient des élections de 1995. Au plus bas dans les sondages il lui fallait tenir face à un Balladur alors triomphant. A son image, je serais assez encline à m’exclamer : « Putain encore 4 ans » tant cette première année de deuxième quinquennat m’a paru longue. C’est un peu comme les températures ou les mètres carrés immobiliers : il y a le réel et le ressenti.

A l’heure où le site Blast essaie de relancer le concept des guignols avec ses « marioles » pas très drôles, souvenons nous.

Fin de partie ou da capo ?

Saura-t-il se montrer à la hauteur de son rôle ? Je ne parle pas du Président de la République mais du Conseil Constitutionnel. Selon Laureline Fontaine, professeure de droit public et autrice d’un ouvrage intitulé « La Constitution maltraitée », il y a lieu de se poser des questions.

Composition excessivement politique (ses membres sont désignés par le Président de la République et les présidents des assemblées parlementaires, à savoir Assemblée nationale et Sénat), problèmes d’impartialité, règles de déontologie peu contraignantes, mauvaise qualité de l’argumentation juridique… Lauréline Fontaine met à mal la mythologie d’un Conseil constitutionnel s’étant émancipé du pouvoir exécutif pour devenir le gardien des droits et des libertés publiques. Des « sages » dit-on. « Le Conseil constitutionnel […] tire profit de l’importance et de la noblesse de sa mission, sans essayer jamais de se hisser à la hauteur » cingle-t-elle en conclusion d’un entretien avec des journalistes de Médiapart. L’émission est ici mais il n’est pas sûr qu’elle soit en accès libre.

https://www.mediapart.fr/journal/politique/150323/le-conseil-constitutionnel-ne-joue-pas-le-role-de-contre-pouvoir

Au sein de cette institution figure un homme qui, en 1995, se confronta à un mouvement de grève dur et prolongé (et nous aussi), contre un plan qui comportait entre autres :

  • un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique. Cette mesure avait déjà été décidée pour les travailleurs du secteur privé lors de la réforme Balladur des retraites de 1993 ;
  • l’établissement d’une loi annuelle de la Sécurité sociale qui fixe les objectifs de progression des dépenses maladies et envisage la mise en place de sanctions pour les médecins qui dépassent cet objectif ;
  • un accroissement des frais d’hospitalisation et des restrictions sur les médicaments et traitements remboursables ;
  • le blocage et l’imposition des allocations familiales versées aux familles, combiné avec l’augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs.

Le 15 décembre 1995, le gouvernement retira sa réforme sur les retraites, la fonction publique et les régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF), cette décision étant interprétée comme une victoire par les syndicats de salariés. Mais il refusa de céder sur la Sécurité sociale, dont le budget est depuis voté au Parlement (modification constitutionnelle historique par rapport à 1945). Un « sommet social » se tint à Matignon le 21 décembre, concluant un mois d’agitation sociale en France.

Les réformes des retraites de 2003, 2010 et 2013 viendront en quelque sorte, en partie, « réparer l’affront », mais que pense-t-il ?

Pour moi, je n’ai pas souvenir de violences telles que celles que nous voyons aujourd’hui. Pendant un mois, je me suis levée aux aurores (4-5 heures du matin). Une de mes collègues venait me « prendre » en voiture sur le périphérique parisien environ une heure, une heure et demie plus tard et pour nous détendre (on en avait besoin et bien pour une heure, une heure et demie de pare-choc contre pare-choc avant d’arriver au siège de l’entreprise), on écoutait les rediffusions des sketchs des « guignols de l’info » à la radio. On quittait le bureau quand la voie semblait possible, en espérant ne pas rester coincées sur le trajet retour (cela nous est arrivé une fois, nous sommes parties vers 15 heures, elle avait un RV médical à 19 heures et elle n’a pas pu y arriver à temps). Ce fut, pour moi, une période compliquée. Je récupérais le WE le sommeil perdu en semaine et je repartais le lundi comme une imbécile. Trop lâche pour perdre une journée de salaire alors même que je comprenais le mouvement social.

Aujourd’hui, le télétravail permet une relative continuité laborieuse et certaines unités policières désinhibées (Bac et BRAV-M en particulier) cognent, LBDisent et gazent sans sommation. Les crises économique et sociale ont fait se rejoindre (pour l’heure) des populations (jeunes et moins jeunes) qui ne se considéraient pas vraiment et des syndicats qui se faisaient la gueule.

Retoquer une réforme mal ficelée et ayant donné lieu à tous les artifices constitutionnels pour trouver une sortie conflictuelle, mérite qu’on regarde au-delà d’une censure cosmétique portant sur l’article relatif à l’index senior en particulier. Ce serait ajouter de la colère à la colère.

Avoir exercé des fonctions politiques ne dispense pas de renouer avec la politique, c’est à dire s’intéresser à la cité, ni d’être intelligent.

En seront-ils capables ? Je croise les doigts.

En attendant Charles III maintient sa visite…je serais à sa place (Dieu m’en préserve) je ferais lanterner notre roitelet jusqu’à des temps plus calmes. Les précédents Charles britanniques n’ont pas été excellemment servis, je crois. Charles III avait prévu de venir à Bordeaux (fidèle à la couronne d’Angleterre pendant la guerre de cent ans) où de vieux souvenirs traînent peut-être encore. Not a good idea Your Majesty, I would say. Take your time.

En attendant, cette singulière réflexion sur les retraites

PS : Finalement la visite de Charles a été annulée par notre roitelet. En même temps (sic) quel dommage. Let’s be punk for a while ! Mais voilà, Manu était trop jeune, alors, pour cela et trop vieux aujourd’hui. Mais a-t-il seulement été jeune un jour ?

Le retour de la Pangée

Pour me distraire d’une actualité qui me déprime, je me balade sur youtube et tombe sur cette vidéo. Je ne sais si mes cours sur le néolithique girondin ont une part dans cette « élection » qui nous projette dans des temps bien plus lointains mais cela a peu d’importance

On en reviendrait ainsi à la pangée. Plusieurs scénarii de recomposition terrestre de ce type ont été avancés :

  • la nouvelle pangée qui postule une fermeture de l’océan Pacifique, un accostage de l’Australie et de l’Asie de l’Est et un mouvement vers le nord pour l’Antarctique.
  • l’Amasie, qui pourrait se former par la fusion de l’Asie et l’Amérique du Nord
  • la prochaine pangée qui pourrait apparaître par le rapprochement de l’Afrique, de l’Eurasie et des Amériques, suivi du collage de l’Australie et de l’Antarctique

Nouvelle pangée

Amasie

prochaine pangée (qui semble être l’hypothèse de la vidéo)

Cette histoire géologique qui se recourbe sur elle-même a quelque chose d’assez fascinant mais est hautement spéculative. Le paléontologue Ronald Blakey affirme ainsi que les 15 à 100 millions d’années à venir sont, en matière de tectonique, fixés et prévisibles mais qu’aucun supercontinent ne se formera durant cette période. Alors, imaginer au-delà ….

Quant à nos chances de survivre ce temps là …autant oublier.

Mais j’aime bien cette idée de cycle : l’utopie d’une terre recomposée, qui, débarrassée des traces lamentables que nous y aurons laissées, s’offre une autre vie dans un univers qui lui aussi aura sans doute bougé.

:

Engagez-vous qu’ils disent

2 milliards d’euros pris sur le budget de l’Éducation nationale, c’est ce que coûtera le service national universel (SNU) lorsqu’il sera rendu obligatoire..

Petit retour en arrière. Le SNU a été préfiguré dans 13 départements en 2019 puis étendu à l’ensemble des départements français en 2020. En 2021, un peu plus de 61,6 millions € ont été mobilisés pour 14 650 jeunes.

Mais qu’est-ce au,juste ? En gros c’est ça (Pour plus de détails voir le site : https://www.snu.gouv.fr/.)

Quelques petites photos pour compléter la précédente :

Je ne sais pas si l’institution de ce scoutisme nationalisé avait un sens – dans la mesure où les jeunes désireux de s’investir, comme on dit, avaient déjà un panel de possibilités – mais la décision de rendre son accomplissement obligatoire interroge.

Selon le journal Politis qui a pu consulter un document sur le sujet, rendu obligatoire, le SNU s’inscrirait dans le temps scolaire. Il s’agirait, selon les mots de la secrétaire d’État chargée du SNU, Sarah El Haïry, de permettre aux jeunes de « participer à la résilience, à la force morale de notre pays ».

Le SNU se composerait d’un séjour de cohésion obligatoire de 12 jours que le jeune effectuerait en-dehors de son département ou sa région de résidence .

Plusieurs modules seraient imposés sur des enjeux liés à la défense, à la sécurité intérieure, à la mémoire, à la transmission « des valeurs de la République » ainsi qu’à la biodiversité et au développement durable. L’engagement dans des métiers en uniforme, dans des associations et dans l’économie sociale et solidaire serait aussi abordé.

La priorisation de la présentation des objectifs n’est pas indifférente. Vu l’empressement du Gouvernement en matière écologique, je doute de la profondeur des modules relatifs à la biodiversité ou au développement durable sauf à accepter d’introduire de la contestation dans l’ordre. Quant à l’insertion dans des associations et dans l’économie sociale et solidaire, d’autres canaux d’information existent déjà : les organismes. eux-mêmes ou les salons et forums étudiants, par exemple. Par contre sur les métiers en uniforme…

Le profil de cette généralisation a, en tous cas, fait surgir quelques souvenirs, pas si lointains, chez les historiens de l’éducation. Ainsi en est-il de Claude Lelièvre qui, dans son blog sur Médiapart, fait notamment référence aux ‘‘Chantiers de jeunesse’‘ : un service civil obligatoire mis en place par une loi du 30 juillet 1940. Selon une instruction du secrétariat à la Guerre du 28 juillet 1940: « les jeunes accompliront un service civil qui permettra d’assurer leur cohésion morale par la vie en commun, leur développement physique par des exercices sportifs, enfin des travaux d’intérêt général ».

L’article qui suit détaille la chose :

https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2017-4-page-45.htm

Les images mentent toujours un peu (voire plus car les « jeunes » de 1940, uniquement de sexe masculin, étaient plus âgés que nos SNUistes : 20 ans et plus) mais, tout de même, celles qui suivent confrontées aux précédentes laissent un sentiment de reproduction.

Certes nous ne sommes pas occupés et E.Macron, malgré sa sympathie pour le général de 1916, n’est pas Pétain, bien que l’autoritarisme chez lui ne soit jamais bien loin (cf. les décisions prises en comités restreints, santé, défense, et jamais débattues) mais de quoi cet engagement initialement volontaire rendu obligatoire est-il le nom ? Que veut dire manger du temps scolaire pour une hypothétique cohésion en 12 jours ? Sans compter que le trajet des jeunes de leur domicile au lieu d’exécution de leur SNU restera à la charge des familles. Et que l’objection de conscience ne sera pas de mise en l’absence de maniement d’armes par les intéressés (toujours selon Sarah El Haïry).

Pour l’heure, c’est surtout un budget dont l’école publique en piteux état aurait pu utilement bénéficier… et aussi un gros bazar logistique.

Pendant ce temps là, Pap Ndiaye laisse aller et ne dit rien.

Lors de son premier quinquennat E. Macron déclarait qu’il ne céderait « rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » En ce qui concerne les derniers (à droite) cela reste à vérifier. Pour les premiers (ou soit-disant tels) ils ont été « traités » via la réforme de l’assurance chômage. Reste les cyniques. Mais leur céder en quoi quand on est un membre éminent de la confrérie ?

Stratégies

Il y a des anniversaires dont on se passerait bien. L’année dernière j’avais posté cette photo sans y croire, persuadée que la puissance russe aurait la peau de la résistance ukrainienne. Un an plus tard, l’Ukraine est toujours là, déterminée, dans l’attente d’une nouvelle offensive russe d’ampleur.

Volodymyr Zelensky bande ses muscles et assure que l’Ukraine vaincra dans l’année mais plus nombreux sont ceux qui pensent que le conflit est parti pour durer plus longtemps. Médiapart et Politis dans leurs éditions respectives, insistent sur la résilience étonnante de la population ukrainienne, sa détermination à construire un « quotidien dans l’anormal », sa capacité à s’adapter fondée notamment, selon la sociologue Ioulia Shukan, sur un bénévolat qui s’est structuré depuis 2014 et démultiplié depuis 2022, Combien de temps tout cela tiendra-t-il encore ? ,

Et côté russe ? Selon certains, « la vraie victoire de Vladimir Poutine c’est d’avoir orchestré une apathie généralisée, une passivité mêlée à de la crainte, dans une confusion entretenue. » Lire ici : https://legrandcontinent.eu/fr/2023/02/18/les-societes-civiles-russes-dans-la-guerre/

Sur un plan plus global, il est encore plus difficile de démêler l’écheveau des implications diverses de et dans cette guerre à distance où deux impérialismes s’affrontent sous les yeux d’un troisième qui, pour l’instant, fait mine de ne pas bouger. Au fond, plus je lis, moins je comprends cette folie à laquelle nous européens avons participé. Avons-nous raté, par exemple, dans les années 1990, une occasion « d’arrimer la Russie à l’Europe ». ?

https://www.monde-diplomatique.fr/2018/09/RICHARD/59048

Les mots s’entrechoquent sur le terrain d’une communication biaisée.

Pour l’heure, et bien que tout cela se passe à des milliers de kilomètres de mon balcon, c’est le sentiment d’un chaos qui surnage. Chaos où, dans ce millefeuille mondial, la guerre vient percuter le climat. On aimerait avoir l’humeur plus futile.

Chez nous, le poker menteur, la fureur et le bruit se portent aussi très bien. Chez_pol, la newsletter politique quotidienne de Libé l’assure :

Allez savoir pourquoi, je ne suis pas surprise. Après l’ « instant Pradié » (sic), je me suis dit que la majorité minoritaire présidentielle, ne devait plus y tenir, ayant besoin des voix de LR pour faire passer son texte. Comme l’indique la brève, le scénario est maintenant plus lisible. Pas trop de crainte à avoir du côté du vote sénatorial, si les sénateurs arrivent au bout du de l’examen de la chose dans les contraintes de temps fixées par le Gouvernement.

Peu de chances qu’Olivier Dussopt perde sa voix au cours des débats qui s’y tiendront. Dommage, le massage que lui prodigue Agnès Firmin Le Bodo, ministre déléguée auprès du ministre de la Santé et de la Prévention, chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé (voilà au moins qui vous permettra de mettre un nom et un visage sur l’intitulé d’un ministère), a l’air drôlement relaxant.

Prochain épisode le 7 mars.